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Carène, à Poissy

ou

le voyage héroïque

des hommes du Sahel vers la Sicile

 

poème d’Yves Bergeret en quatre actes

(adaptation du grand texte en cinq actes, à paraître)

pour cinq voix, clarinette, flûte, violon et violoncelle

 

a été présenté par Art’Yvelines / Poésie au jardin

le vendredi 9 juin 2017 au soir

dans le jardin du Prieuré royal de Poissy et de l’atelier du peintre Ernest Meissonier

 

par l’Ensemble instrumental The Island Progress, spécialisé en improvisation contemporaine :

Dominique Bernstein, violoncelle / Gloria Bernstein, flûtes / Anne-Sophie Bottineau, clarinette / Joaquin Ramirez, violon

 

et les comédiens : Daniel Raguin, Laurence Sonneck, Frédéric Gérard, Mireille Gesret

avec intervention du poète dans le quatrième acte.

 

*****

 

Prologue devant l’Atelier d’été de Meissonier par Geneviève Chignac, présidente d’Art’Yvelines, par Agnès Guignard, « maîtresse de maison », descendante du peintre Meisssonier et historienne, et par le poète.

 

 

*

 

Acte 1

Cheval Proue

pour deux voix

devant huit poèmes calligraphiés par le poète en très grand format et dressés sur le mur ouest de l’Atelier d’été de Meissonier.

La traversée de la Méditerranée, nouvelle épreuve d’une Odyssée perpétuelle

 

*

 

Acte 2

Quatre hommes du Sahel

pour quatre voix, violon et violoncelle ;

entre les grands buis devant l’autre côté de l’Atelier de Meissonier.

L’Homme de grès, l’Homme-trame, l’Homme-onde, l’Homme des pierres

 

*

 

Acte 3

Le Chroniqueur immobile

pour quatre voix, clarinette et flûte ;

au centre du Jardin de Meissonier, devant une immense demi-sphère de poutres de bois.

Le Chroniqueur immobile, Le Ruisseau incrustant, La Colline en feu

La parole énergique et triste de l’Aîné qui au Sahel ne peut faire le grand voyage

 

*

 

Acte 4

Deux hommes du Sahel au cœur de la Sicile

pour deux voix, violon, violoncelle, flûte et clarinette ;

sous un immense tilleul aux branches retombantes, à l’entrée de la nuit avec les chants des merles et les aboiements inquiets de chiens.

Ankindé seul : sa grande et courageuse vision nocturne en haut d’une colline. [Ce poème se lit sur ce blog, accompagné se sa version chinoise, avec ce lien : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2017/07/01/ankinde-seul- ]

 

Le Rêve d’Alaye : pensant aux noyés son cauchemar puis, avec Ankindé, leur double incantation de vie. [ Ce dernier poème se lit sur ce blog grâce à ce lien : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2017/01/19/le-reve-dalaye-les-voix-de-nuit/ ]

*

 

5

Sous le couvert de l’Atelier d’été de Meissonier, s’est engagé, comme un vrai cinquième acte, un long débat, longue et intense réflexion de tous les participants, acteurs, musiciens et dizaines de spectateurs restés jusque tard dans la nuit.

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

Le Cercle de pierres-paroles, Sicile, 9 mai 2016

Répétition 3

Répétition, une heure avant

Répétition 5

Répétition 6

Si legge in italiano nella seconda parte di questo articolo

Réunis dans un tout nouveau livre bilingue des éditions Algra, avec une version italienne de Francesco Marotta, des cycles de poèmes que j’ai écrits ces quatre dernières années en Sicile, à l’île de La Réunion, à Die et à Paris, ont été présentés le lundi 9 mai au public à Catane : en plein centre de la grande ville portuaire, non loin de la mer qui porte et porte encore les barques des migrants.

Pour lire quelques extraits du livre et le commander chez l’éditeur on peut utiliser ce lien : 

https://rebstein.wordpress.com/2016/05/25/antidoti-2/

 

En reprenant le titre d’un des cycles j’ai intitulé ce livre, Le Cercle de pierres.

Ce cercle existe. Des mains anonymes l’ont créé avec des pierres blanches sur la cendre noire, sur la crête nord dominant Valle del Bove dans le flanc oriental de l’Etna. Ce cercle de pierres surplombe les tresses de coulées de lave sombre qu’émet par violents sursauts le volcan. On marche plusieurs heures, hors tout sentier, pour monter à ce simple cercle. Parfois je dors à la belle étoile près de lui.

 

De la vie simple et tenace ce livre témoigne, par ses poèmes, par ses rebonds, par son élan. De la vie simple, tenace qui ouvre la parole et que la violence, la bêtise, l’oppression féodale ne feront jamais taire. Je dis parfois en public ces poèmes, car cet allant tenace vers l’espace ouvert et vers son oralité  est au cœur de la poésie. J’ai d’abord peint et calligraphié en grand format, toujours dehors, en plein montagne, certains des cycles de poèmes de ce livre. Puis je les ai dits, souvent avec des musiciens, partageant l’élan performatif du geste de liturgie profane qui s’accomplit alors.

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Je suis heureux que ce livre ait été en premier présenté à Catane, cœur battant de la Sicile, île splendide par sa créativité et ses migrations, île de rencontres et de luttes dures et sourdes. L’éditeur, Alfio Grasso, et les deux directeurs de la collection Ginestra dell’Etna qui publie ces poèmes, Maurizio Cucchi et Antonio di Mauro, nous ont réunis dans l’Auditorium de Camplus d’Aragona.

Antonio Di Mauro et Giovanni Miraglia, préfacier du livre, ont ouvert la manifestation. J’ai un peu parlé, malgré mon italien bancal. J’ai lu des poèmes. Pour cette soirée j’avais peint spécialement six extraits du premier cycle du livre, Falaise, en très grand format.

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Carlo Sapuppo, l’ami sculpteur, a dressé une œuvre intense en pierre et fer, Vibrazioni della parola, spazio. Pia Scornavacca, Francesco Gennaro et Antonio Di Mauro ont lu des poèmes du livre en italien.

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Trois migrants du Mali et du Sénégal, Bandiougou Diawara, Séni Diallo et Ali Traoré, arrivés depuis peu en barque, qui sont eux aussi devenus mes compagnons de création en Sicile, sont venus spécialement du centre de l’île où ils vivent actuellement, à Aidone. Nous avons dit le cycle Sang futur, moi en français, eux dans la langue italienne qu’ils ont très vite apprise et aussi en Soninké, en Mandinka et en Bambara : ainsi, par dessus le contrepoint brutal des tresses de la violence, avons-nous tous, amis siciliens et africains et moi, créé un premier cercle extraordinaire de pierres-paroles, un cercle de l’oralité la plus active et de la poésie la plus ouverte.

Yves Bergeret

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Il cerchio di pietre-parole

Raccolti in un recentissimo volume bilingue delle Edizioni Algra, tradotti in italiano da Francesco Marotta, alcuni cicli di poemi, scritti negli ultimi quattro anni in Sicilia, nell’Isola della Réunion, a Die in Provenza e a Parigi, sono stati presentati in pubblico lunedì 9 maggio a Catania: nel centro della grande città portuale, non lontano dal mare che porta e ancora porta le barche dei migranti.

Riprendendo il titolo di uno dei cicli, ho chiamato questo libro Il Cerchio di pietre.

Questo cerchio esiste davvero. Mani anonime l’hanno creato con pietre bianche sulla cenere nera sulla cresta nord che domina la Valle del Bove, sul versante orientale dell’Etna. Il cerchio di pietre sovrasta le trecce scure di colate laviche che il vulcano espelle con violente scosse. Ci vogliono parecchie ore di cammino, fuori da qualsiasi sentiero tracciato, per risalire fino a questo semplice cerchio. Mi è capitato talvolta di dormire all’aperto nei suoi paraggi.

Coi suoi poemi, le sue riprese, il suo slancio, questo libro è una testimonianza della vita semplice e tenace – quella che apre la parola e che né violenza, né ottusità, né oppressione feudale metteranno mai a tacere. Mi capita talvolta di leggere questi poemi in pubblico, perché la tensione ostinata verso lo spazio aperto e la sua oralità diffusa è il cuore stesso della poesia. Dapprima ho dipinto e calligrafato, sempre all’aperto, in piena montagna, alcuni cicli di poemi di questo libro; poi li ho detti, spesso accompagnato da musicisti, partecipandone lo slancio performativo del gesto da liturgia profana che solo allora va a realizzarsi compiutamente.

Sono felice che questo libro sia stato presentato in anteprima a Catania, cuore pulsante della Sicilia, splendida isola di creatività e migrazioni, terra di incontri e di lotte dure e sorde. L’editore, Alfio Grasso, e i due direttori della collana Ginestra dell’Etna che ospita questi poemi, Maurizio Cucchi e Antonio di Mauro, ci hanno riuniti nell’Auditorium del Camplus d’Aragona.
Antonio di Mauro e Giovanni Miraglia, prefatore del libro, hanno aperto la manifestazione. Io ho parlato un po’, nonostante il mio italiano zoppicante. Ho letto dei poemi. Per questa serata avevo dipinto appositamente sei estratti del primo ciclo del libro, Falesia, su fogli di grandissimo formato.

Carlo Sapuppo, l’amico scultore, ha realizzato un’opera intensa in pietra e ferro, Vibrazioni della parola, spazio. Pia Scornavacca, Francesco Gennaro e Antonio di Mauro hanno letto in italiano testi tratti dal libro.

Tre migranti provenienti dal Mali e dal Senegal, Bandiougou Diawara, Séni Diallo e Ali Traoré, arrivati da poco in barca e diventati essi stessi miei compagni nel lavoro creativo in Sicilia, sono venuti appositamente dal centro dell’isola dove vivono attualmente, Aidone. Insieme abbiamo detto il ciclo Sangue futuro; io in francese, loro in italiano, lingua che hanno appreso velocemente, e anche in Soninké, in Mandinka e in Bambara: così, al di sopra del contrappunto brutale delle trecce della violenza, tutti noi, io e gli amici siciliani e africani, abbiamo creato un primo cerchio straordinario di pietre-parole, un cerchio dell’oralità la più attiva e della poesia la più aperta.

Traduzione di Francesco Marotta

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*****

***

*

Cheval Proue, Poitiers, Baptistère, 20 mars 2016

 

Il s’agit de huit poèmes inédits calligraphiés d’octobre 2015 à mars 2016 ( encre de Chine et acrylique, 200 cm x 75 sur Fabriano 220g ) par Yves Bergeret et dits par lui

avec des interventions en musique contemporaine du violoniste Jean-François Vrod

 ( On consultera son site [concerts, festivals, CD, émissions de France Musique, master class, performances, etc.] : http://www.jf-vrod.com/

Jean-François Vrod et Yves Bergeret ont commencé leur dialogue de création contemporaine dans un festival Musique et Poésie Contemporaines en 2006 à Nicosie, à Chypre, où ils étaient invités ensemble.

 

L’œuvre créée spécialement pour le 20 mars est un nouvel échange avec l’esprit des lieux dans l’orientation délibérée du dialogue avec l’autre, l’étranger, l’homme inattendu, l’homme nouveau. Le Baptistère de Poitiers, le plus ancien édifice bâti (au 4ème siècle) par la chrétienté, est par excellence le lieu du passage et de la transformation. Sur son sol, des sarcophages mérovingiens dont les couvercles relevés et posés contre les murs portent des signes géométriques incisés, signes pour le voyage de l’âme du défunt ; le haut des murs porte des fresques du dixième au douzième siècles sur les thèmes de l’Ascension et de la vie de saint Jean Baptiste, signes posés comme des baumes pour aider au passage de l’âme neuve et du corps neuf.

Au temps contemporain où l’exil des migrants est si grave, l’œuvre du poète et du musicien est l’écho des signes sculptés et des signes peints et dit à son tour la nécessité de l’accueil, de l’audace et de l’écoute de l’autre.

L’œuvre est accueillie par La Maison de la Poésie de Poitiers et la Société des Antiquaires de l’Ouest.

En outre on peut la lire dans une version bilingue, italienne et française, créée par Francesco Marotta, poète et traducteur, en allant à cette adresse : https://rebstein.files.wordpress.com/2016/03/yves-bergeret-cheval-proue2.pdf

On peut également lire l’oeuvre en version bilingue, chinoise et française, créée par Zhang Bo ; cette version se trouve à la fin de cet article, après l’analyse d’Anne Michel. 

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1

Les rouleaux de l’océan

projettent en l’air les proues des barques,

c’est fureur et c’est guerre.

 

Assis nombreux ils s’agrippent

aux bords et aux bancs des barques

c’est clameurs et éclats.

 

La mort frappe des deux mains,

assis nombreux ils s’ouvrent

dans l’air et dans le corps

des portes et des brèches,

s’y engouffrent

puis remontent hors d’haleine les pentes

de la mémoire et de l’avenir,

l’horizon salé vient se plier

sur leurs genoux.

 

2

Les arbres arrachent leurs racines,

les plient sous les ailes de la colère

et remontent les pentes.

 

Sur l’échine des vents

sont assis sont debout

les héros qui ouvrirent des brèches dans les montagnes

et détachèrent des morceaux de mort et de banquise.

 

Les arbres remontent les pentes

vers l’œil des héros.

 

3

« Je creuse mon berceau dans les montagnes,

dit le vent,

c’est elles qui m’apprennent de quel pas

l’alphabet des images jamais ne se lasse

à descendre remuer la nuit des hommes

pour leur façonner un mythe supportable. »

 

-« Ecoute ma crainte, répond le cheval,

aux cris des assassins je me cabre.
Mais mon bond est le fils de ta vitesse,

ô vent carnassier, ô vent cristallin,

et même là où mon sabot ripa mon bond reprit foi.

Rien ne me lasse, j’emporte mon cavalier

par-dessus des abîmes».

 

La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants.

Le cheval est musique, voix, chant.

Cheval vocal chant cheval musique.

 

4

« Entre le vent vif qui creuse le sillage des images

et le cheval aux bonds solaires

je suis le récit,

 

le récit que l’enfant sur son tricycle

tourne devant le palais des meurtriers.

 

La fontaine en son bassin

fredonne mon rire de séparation.

 

J’écarte les poings qui se frappaient,

je reprends les montagnes qui tombent,

je distends les foules qui s’égarent et se piétinent.

 

Je raconte l’itinéraire,

je déroule l’alternance des falaises qui se bloquaient

et la joie du couple dépossédé de ses rages,

je déplie vos phalanges de fer,

je chante ce que j’entends. »

 

5

Les montagnes et les grandes pierres

vont en voyage

en suivant le fil du récit

 

en déroulant le fil du récit

 

celui de la naissance de Vénus dans l’écume sur les galets,

celui d’Ulysse sauvé du naufrage sur la rive de Nausicaa,

celui d’Ali et Séni rescapés à Lampedusa

 

le fil du récit

reprenant à l’envers le vacarme du volcan

et lui créant une mémoire

avec des épisodes tranchants ou tendres

selon la rage ou la pitié des héros

lorsqu’ils ouvrent la bouche, les yeux, le cœur.

 

6

Contre la coque les vagues et le sel

claquent chaque heure plus haut.

Ici le grand récit vient se poser sur les genoux du migrant

assis à la proue de la barque :

le migrant lui parle à l’oreille comme à un cheval.

 

« Tu vois, j’ai le corps trop lourd pour flotter.

Porte-moi, grand récit, jusqu’à l’île utopique,

porte-moi comme dans son bec l’oiseau porte la graine.

Mûrir et mourir dans la terre que je n’ai pas,

cela moulera la phrase de mon destin.

La terre est toujours autre.

J’ai besoin de toi, récit,

comme tu as besoin de mon sang

et de mon courage ivre ».

 

 

7

Le grand récit nous donne nom

puis nous dit

 

puis nous jette aux quatre coins de l’édifice,

dans le courant des quatre fleuves,

dans le chaud et le froid des quatre points cardinaux.

 

Le grand récit délie l’horizon

qui se lovait sur nos genoux,

il bouscule les images car leur beauté était mièvre et sucrée.

 

Il recueille nos épisodes en braille,

nos accidents amers

puis se cabre, se jette dans l’espace

et nous, à cru, agrippés à sa crinière,

l’écoutons, le chantons,

 

chœur de l’espace,

vocalité chorale.

 

Au grand récit je me cogne,

au grand récit je m’entends,

au grand récit je nous connais.

 

8

Le grand récit est le fleuve de l’air

dans le vent sonore aux mille langues.

 

Dans ses jeunes bras le récit prend

le bruit de fond sous la croûte terrestre.
Le bruit de fond prend souffle sur les paroles

et les gestes et les joies et les larmes d’Ulysse, de Rama,

de Roland et de Sindbad, d’Enée et d’Hanuman.

Il n’a pas de fin car chacun lui tresse

épisode et réplique, chacun de nous,

chacun tresse. Chacun creuse à coups de burin sur la pierre

les jambages d’un signe. Pose le baume d’une

peinture. Mille langues, mille signes

qui retombent en feuilles vives ou mortes et créent

des masques bigarrés, fissurés ; des Achille,

des Perceval, des Zidane, des Gilgamesh.

 

Pose ton ocre et ton rouge,

creuse des arcs de cercle,

chacun de tes gestes est le cheval proue qui se cabre,

le cheval qui retourne comme un vêtement passé

le grand récit qui bondit encore encore,

le cheval qui l’emporte dans l’élan actuel de la parole

où la violence et l’ombre ravagent.

Mais récit et parole ne se lassent jamais.

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Photographies de Clémence Bergeret

*****

Da Otranto a Poitiers

di Antonio Devicienti

 

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Seguo con ammirazione e partecipazione l’attività di Yves Bergeret che non si limita alla scrittura poetica, ma è incontro con le persone, arte figurativa, performance in situ, musica, viaggio, caparbia ricerca del dialogo.
Poitiers, il Baptistère de Saint Jean (la testimonianza cristiana più antica in terra di Francia), il 20 marzo 2016: qui, in quest’ambiente che unisce la propria sacralità alla bellezza dell’architettura e dei suoi affreschi, Yves ha realizzato un atto non solo artistico, ma etico, preparato a lungo in ogni dettaglio e che ha dovuto affrontare e superare anche delle opposizioni d’ispirazione fascista e razzista; ricordo che a Poitiers fu combattuta, il 10 ottobre dell’anno 732, la battaglia che Carlo Martello vinse contro gli Arabi, fermandone l’espansione in Francia, per cui in certi ambienti Poitiers viene usata e abusata come vessillo anti immigrati e anti Islam; Yves, che ha accumulato una lunga esperienza in Mali e che ripetutamente ritorna in Sicilia, ha voluto, con la passione e la veemenza che lo contraddistingue, raccogliere nel Battistero di Poitiers coloro che credono nella forza pacificante della parola e dell’arte.
E io, Salentino, non posso non andare col pensiero alla Cattedrale di Otranto, al pavimento musivo del monaco Pantaleone e alla Cappella dei Martiri: qui, in questo “carrefour des langues et des routes” che desidero sia Via Lepsius, mi piace pensare ad un cammino ideale che leghi Otranto (il punto più orientale d’Italia) a Poitiers, che, portandoci a meditare sugli scontri sanguinosi del passato, ci faccia riflettere senza pregiudizi e con chiarezza su quello che succede ai nostri giorni.

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On consultera le blog d’Antonio Devicienti à cette adresse

 https://vialepsius.wordpress.com/

***

 

Une analyse d’Anne Michel

Cher Yves

C’est une dynamique centrée sur la nécessité d’un humanisme solidaire reliée à certains évènements actuels qui préside, pour moi, à cette présentation de vos tableaux et poèmes. On y perçoit aussi, parallèle à cette exigence éthique, le besoin qu’éprouve l’artiste de nouer le contact entre l’oeuvre contemporaine et celle du passé. Ici, se rapprochent deux bords du Temps, l’un aux confins du Moyen-Age, l’autre à ceux du troisième millénaire. Rapprocher, nouer, unir, voici des concepts qui sont des ferments d’évolution essentiels.

L’architecture du Baptistère, bâti au IV siècle, permet d’exposer les tableaux par deux au coeur de ces belles pierres taillées. Rivés aux lignes et aux formes qui courent sur vos panneaux peints, eux-mêmes adossés aux couvercles mis debout des sarcophages, les poèmes calligraphiés semblent danser, chevauchant la peinture dans un tourbillon de mouvements, de zébrures hachées, vibrionnantes, comme la foudre au-dessus de la mer.

Ce remuement coloré des tableaux répondant aux fresques du XIIème siècle m’évoque un grand bouquet de fleurs qui palpite au rez de chaussée tandis que les figures bibliques du haut se pressent sous les voûtes pour fêter l’Ascension et Saint-Jean Baptiste.

Dans leur naïve et touchante raideur, ces silhouettes médiévales ont perduré de siècle en siècle, dominant des assemblées successives de fidèles pour les associer au mariage du Ciel et de la Terre, rêvé par le poète William Blake.

Cette présentation de Cheval Proue, du nom de l’une des figures d’animaux en haut du Baptistère, est une étape importante pour vous, qui vous êtes déjà depuis 1993, également en 2006 dans La Mer parle, soucié du grave problème des migrants, aujourd’hui en situation d’espérer ce que célèbrent ces fresques dédiées à Saint-Jean Baptiste : l’accès à une vie nouvelle, un soutien moral ainsi que le repos pour leurs corps épuisés.

Vos poèmes participent d’une épopée dont les strophes éclatées dénoncent la violence de la traversée sur des barques rudimentaires

Les rouleaux de l’océan

projettent en l’air les proues des barques,

c’est fureur et guerre.

On pense au cri du héros  » Guerra e morte  !  »  dans Le Combat de Tancrède et Clorinde, de Monteverdi.

Une cadence nerveuse emporte dans son rythme impétueux des mots chargés de mémoire collective, nous décrivent ces pauvres êtres fuyant dans l’urgence, l’eau qui piaffe autour des barques, la peur, le désordre et la tension. Les verbes fusent pour empoigner la brutalité de cette cavalcade maritime. Tout se précipite pour évoquer l’urgence d’un exil sauvage : le ciel hostile, la mer et les tragédies du récent passé s’entremêlent en un décor à la Géricault.

Puis voici le Cheval qui bondit et se cabre, symbolisant la révolte devant le fracas d’un monde saisi de folie. Il incarne aussi celle de la création, figure de proue d’un art qui n’est pas seulement au service de la beauté mais aussi, ou même d’abord, à celui de l’humanité.

 » La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants

Le cheval est musique, voix, chant.

Cheval vocal chant cheval musique. « 

Enfin, à partir du poème 4, intervient le récit qui, personnifié tel un héros, va tenir le rôle d’un narrateur justicier et chantre de la multiplicité des expériences et de leur partage, récit étymologiquement du verbe réciter, mot-acteur mis en œuvre par le poète, par définition acquis à l’acte de transmission, à l’élargissement de la parole

Le grand récit est le fleuve de l’air

dans le vent sonore aux mille langues.

Anne Michel

 ***

Cheval Proue 船艏马

Yves Bergeret

Traduction en chinois par Zhang Bo

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1

Les rouleaux de l’océan

projettent en l’air les proues des barques,

c’est fureur et c’est guerre.

大洋的巨浪

把舟艏投向空中,

那是狂怒,那是战争。

Assis nombreux ils s’agrippent

aux bords et aux bancs des barques

c’est clameurs et éclats.

大群人坐着他们紧握

舟舷与舱板

那是叫嚷与轰响

La mort frappe des deux mains,

assis nombreux ils s’ouvrent

dans l’air et dans le corps

des portes et des brèches,

s’y engouffrent

puis remontent hors d’haleine les pentes

de la mémoire et de l’avenir,

l’horizon salé vient se plier

sur leurs genoux.

死亡用双手敲击,

大群人坐着他们在空中与体内

为自己开启

城门与豁口,

一拥而入

然后气喘吁吁地爬上

记忆与前途的斜坡,

盐渍的地平线折叠

在他们膝头。

 

2

Les arbres arrachent leurs racines,

les plient sous les ailes de la colère

et remontent les pentes.

树木扯出根茎,

把它们收进愤怒的羽翼

然后爬上斜坡。

Sur l’échine des vents

sont assis sont debout

les héros qui ouvrirent des brèches dans les montagnes

et détachèrent des morceaux de mort et de banquise.

在风的脊梁上

坐着和站着

打开群山豁口的英雄

解开死者与浮冰的碎片

Les arbres remontent les pentes

vers l’œil des héros.

树木爬上斜坡

向着英雄的眼睛

 

3

“ Je creuse mon berceau dans les montagnes,

dit le vent,

c’est elles qui m’apprennent de quel pas

l’alphabet des images jamais ne se lasse

à descendre remuer la nuit des hommes

pour leur façonner un mythe supportable. ”

“我在群山中开凿我的摇篮,”

风说,

“群山教会我图像的语汇

以怎样的步伐永不疲倦地

降落并摇动人类的夜晚

为他们制作一个可堪忍受的神话。”

-“ Ecoute ma crainte, répond le cheval,

aux cris des assassins je me cabre.
Mais mon bond est le fils de ta vitesse,

ô vent carnassier, ô vent cristallin,

et même là où mon sabot ripa mon bond reprit foi.

Rien ne me lasse, j’emporte mon cavalier

par-dessus des abîmes”.

“倾听我的忧虑”,马回应道,

“面对杀人者的叫嚣我挺身直立。

而我的跳跃是你速度的子裔,

哦食肉的风,哦结晶的风,

即使在那里我的马蹄依旧移动我的跳跃重获信仰。

没有什么使我疲倦,我载着我的骑士

狂奔在深渊之上。”

La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants.

Le cheval est musique, voix, chant.

Cheval vocal chant cheval musique.

马的皮毛散发出乐,和声,和歌。

马是乐,是声,是歌。

声之马歌唱乐之马。

 

4

“ Entre le vent vif qui creuse le sillage des images

et le cheval aux bonds solaires

je suis le récit,

在开凿着图像尾迹的烈风

与俊马光芒四射的跳跃之间

我是记叙,

le récit que l’enfant sur son tricycle

tourne devant le palais des meurtriers.

关于一个孩子骑着三轮车

在杀人犯的宫殿前打转的记叙。

La fontaine en son bassin

fredonne mon rire de séparation.

水池中的喷泉

哼唱我分离的笑声。

J’écarte les poings qui se frappaient,

je reprends les montagnes qui tombent,

je distends les foules qui s’égarent et se piétinent.

我隔开互相敲打的拳头,

我重建分崩离析的山峦,

我安抚误入歧途和互相践踏的人群。

Je raconte l’itinéraire,

je déroule l’alternance des falaises qui se bloquaient

et la joie du couple dépossédé de ses rages,

je déplie vos phalanges de fer,

je chante ce que j’entends. ”

我讲述旅程

我展开阻塞的峭壁让它们重新交替

还有夫妇间被怒火剥夺的欢喜,

我掰开你们的钢手指,

我歌唱我听到的一切。

 

5

Les montagnes et les grandes pierres

vont en voyage

en suivant le fil du récit

群山与巨石

出发旅行

跟随着记叙的线索

en déroulant le fil du récit

展开着记叙的线索

celui de la naissance de Vénus dans l’écume sur les galets,

celui d’Ulysse sauvé du naufrage sur la rive de Nausicaa,

celui d’Ali et Séni rescapés à Lampedusa

那是关于泡沫中卵石上诞生的维纳斯的记叙

那是关于海岸边被瑙西卡从海难中救起的尤利西斯的记叙,

那是关于在兰帕杜萨岛脱险的阿里和塞尼的记叙

le fil du récit

reprenant à l’envers le vacarme du volcan

et lui créant une mémoire

avec des épisodes tranchants ou tendres

selon la rage ou la pitié des héros

lorsqu’ils ouvrent la bouche, les yeux, le cœur.

记叙的线索

倒诉着火山的吵嚷

为它创造一段记忆

以及锋利或柔和的插曲

依据英雄的怒火或同情

当他们张开嘴,眼与心。

 

6

Contre la coque les vagues et le sel

claquent chaque heure plus haut.

Ici le grand récit vient se poser sur les genoux du migrant

assis à la proue de la barque :

le migrant lui parle à l’oreille comme à un cheval.

抵抗着船身海浪与盐分

劈啪声随着时间愈加轰鸣。

这里伟大的记叙被放进坐在舟艏的

迁移者膝头:

迁移者向它耳语仿佛倚着马颈。

“ Tu vois, j’ai le corps trop lourd pour flotter.

Porte-moi, grand récit, jusqu’à l’île utopique,

porte-moi comme dans son bec l’oiseau porte la graine.

Mûrir et mourir dans la terre que je n’ai pas,

cela moulera la phrase de mon destin.

La terre est toujours autre.

J’ai besoin de toi, récit,

comme tu as besoin de mon sang

et de mon courage ivre ”.

“你看,我的身体对于漂浮来说过于沉重。

承载我吧,伟大的记叙,直到乌托邦的岛屿,

承载我吧,就仿佛鸟儿用它的尖嘴承载种子。

在一块我不曾拥有的土地上成熟并死去,

这将铸造出属于我命运的语句。

土地永远在别处。

我需要你,记叙,

就像你需要我的血液

还有我酒醉的勇气。”

 

7

Le grand récit nous dit

伟大的记叙对我们言说

puis nous jette aux quatre coins de l’édifice,

dans le courant des quatre fleuves,

dans le chaud et le froid des quatre points cardinaux.

然后把我们抛向建筑的四角,

在四条江河的水流中,

在东南西北的冷暖中。

Le grand récit délie l’horizon

qui se lovait sur nos genoux,

il bouscule les images car leur beauté était mièvre et sucrée.

伟大的记叙解开

缠绕在我们膝头的地平线,

它推翻图像因为它们的美造作而甜腻。

Il recueille nos épisodes en braille,

nos accidents amers

puis se cabre, se jette dans l’espace

et nous, à cru, agrippés à sa crinière,

l’écoutons, le chantons,

它收集我们用盲文组成的插曲,

还有我们苦涩的意外

然后挺身直立,抛洒在空间之中

我们径直抓住它的鬃毛,

倾听它,歌唱它。

chœur de l’espace,

vocalité chorale.

空间的齐鸣,

合唱的歌吟。

Au grand récit je me cogne,

au grand récit je m’entends,

au grand récit je nous connais.

向着伟大的记叙我敲击自己,

向着伟大的记叙我听见自己,

向着伟大的记叙我认出我们。

 

8

Le grand récit est le fleuve de l’air

dans le vent sonore aux mille langues.

Dans ses jeunes bras le récit prend

le bruit de fond sous la croûte terrestre.
Le bruit de fond prend souffle sur les paroles

et les gestes et les joies et les cris d’Ulysse, de Rama,

de Roland et de Sindbad, d’Enée et d’Hanuman.

Il n’a pas de fin car chacun lui tresse

épisode et réplique, chacun de nous,

chacun tresse. Creuse à coups de burin sur la pierre

les jambages d’un signe. Pose le baume d’une

peinture. Mille langues, mille signes

qui retombent en feuilles vives ou mortes et créent

des masques bigarrés, fissurés ; des Achille,

des Perceval, des Zidane, des Gilgamesh.

伟大的记叙是一条气流

在千种语言的洪风中。

在它年轻的臂弯里记叙抓住

地壳深处的声响

地心的声响

为尤利西斯、罗摩、罗兰、辛巴达、埃涅阿斯与哈努曼

的气息与动作、喜悦与呼唤带去生命。

它永无止境因为每个人都为它编织着

插曲与对白,我们中的每个人

每个人都在编织。用刻刀在岩石上开凿

字符的部首。抹上颜料的香膏。

一千种语言,一千种符号

重新落下,变成鲜活或枯死的纸页,创造出

遍布五色裂纹的面具:阿喀琉斯的,

帕西瓦里的,齐达内的,吉尔伽美什的。

Pose ton ocre et ton rouge,

creuse des arcs de cercle,

chacun de tes gestes est le cheval proue qui se cabre,

le cheval qui retourne comme un vêtement passé

le grand récit qui bondit encore encore,

le cheval qui l’emporte dans l’élan actuel de la parole

où la violence et l’ombre ravagent.

Mais récit et parole ne se lassent jamais.

抹上你的赭石与鲜红,

开凿圆弧形的图案,

你的每一个动作都是那挺身直立的船艏马,

骏马翻转记叙仿佛反穿一件褪色的衣物

伟大的记叙依然依然在跃起,

骏马承载着它,在暴力与阴影肆虐的

话语当下的冲击中。

但记叙与话语永不停息。

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*****

***

*

Liste des principales installations d’Yves Bergeret

04 Tin Piri Koyo 1 février 2008

 

(le plus souvent avec interventions d’instrumentistes en musique contemporaine : Pierre-Yves Artaud, Marina Borgo, Enrico Ciullo, Clément Caratini, Francesca Gugliota, Savi Mana, Jean-Luc Menet, Nicolas Mizen, Enrico Sorbello, Jean-François Vrod… ; et avec des dictions en italien par Pia Scornavacca )

 

1999 avril Fer, feu parole, ensemble de onze installations du pied au sommet de la Montagne Pelée, volcan actif de la Martinique (avec le plasticien martiniquais Christian Bertin)

 

2000 Signes et levées de pierres, Musée du Peuple Galicien, Saint Jacques de Compostelle, puis à Lugo, Espagne (avec le professeur Anxo Fernandez Ocampo)

 

2001 La Langue de Barbarie, Musée du Centre de Recherche et de documentation (ex IFAN), Saint-Louis du Sénégal (avec les peintres de pirogue pour la pêche océanique Iba Ndiaye et Vieux Ada Diagne) ; puis à Paris et Rennes

 

2000 à 2009 vingt installations de poèmes-peintures sur pierres dressées sur les montagnes entre Hombori et Boni, nord du Mali (avec principalement six « poseurs de signes » et peintres muralistes dans leurs maisons de terre, de l’ethnie dogon Toro Nomu [ plus très nombreuses œuvres sur tissu et sur papier avec les mêmes, ensuite exposées en Europe ])

 

2005 Parole et Montagne, Museo nazionale etnografico e preistorico Pigorini, Rome, Italie : sur le sujet précédent et avec ses très grands formats sur tissu (jusqu’à 7 mètres de large sur 3 de haut)

 

2006 La Mer parle, installation de poèmes sur soixante pièces de céramiques, Caltagirone, Catane, Venise, etc. (avec le céramiste Andrea Branciforti )

 

2007 Verba et imagines, dans la double grotte Eroa sicule puis hellénistique, dans le parc archéologique de Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2010 Alimentum, à la vasque d’eau au débouché du ravin des tanneries antiques, Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2012 L’Ombre loquace, Palais Nicolaci di Villadorata,  Noto, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2013 L’Os léger, sur la façade de l’ermitage de la Providence, Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo) ; puis à Paris et à la Biennale du Trièves (près de Grenoble)

 

2013 Les Voix du sol, dans les ruines de l’église Del Carmine, Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo),

 

2014 La Soif, grande salle de la MdA du 15ème, Paris

 

2014 Dans cette bouche autour de laquelle nous tournons, Musée Ermitage San Marco, Aidone, Sicile (avec le poète Giampaolo De Pietro et le sculpteur Carlo Sapuppo )

 

2014 Archipel Vigie, temples de Poyols et de Ponet (entre Valence et Gap), dans la Drôme ; puis à Monaco

 

2015 Cinq inadéquats, salla Prisma, Aci Bonaccorsi, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2015 Le Cercle de Pierres, temple de Poyols, puis à Paris, puis à Noto (Sicile)

 

2016 Cheval Proue, Baptistère saint Jean de Poitiers

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Rome, Museo Pigorini 2, 2005

 

Le Cercle de pierres

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Poèmes tous peints en plein air pour une installation 

sur papier Fabriano 200gr de format vertical de 200 cm sur 75 :

première présentation publique le 26 août 2015 à Poyols avec des interventions musicales du saxophoniste Nicolas Mizen ( basées sur les éléments de la Sequenza IX de Luciano Berio ) et avec des rehauts exceptionnels de Mariam Partskhaladze (laine, soie, feutre, etc.) sur le cinquième poème.

Cette installation est conçue et réalisée dans la lignée directe d’Archipel Vigie (cf ce blog, septembre 2014) créée à Poyols et Ponet, près de Die, un an avant. A la demande des habitants de Poyols (Association des Amis de la Béoux ; aide du Conseil Presbytéral) et avec leurs participations actives et remarquables le cycle de ces poèmes a été créé et réalisé sur très grands papiers en trois mois.

Portée par l’éloquence métaphorique et géologique des montagnes du Diois et des reliefs de la Sicile, l’installation a pour thème central la migration (drame, exils, long voyage) toujours dans la conscience éthique de l’autre, de son écoute, du dialogue, donc de la parole qui ouvre.

En activant ce lien : https://youtu.be/7gLYD05lC9A on entend l’enregistrement de la création de l’oeuvre

e in italiano, ecco : https://rebstein.wordpress.com/2015/09/07/il-cerchio-di-pietre/

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1

Exceptionnellement peint à Aidone, au cœur de la Sicile

au format vertical 260 cm x 75, le jeudi 11 juin 2015

Des cavaliers sautèrent dans le vide,

la falaise signait leur mâle destin.

Puis une femme prit sa monture,

la fit tourner dans la paume des montagnes.

Les alouettes à tue-tête acquiesçaient

invisibles, là-haut.

Puis les martinets,

dans l’éloquence sonore de la beauté

qui ne possède pas.

2

Créé et peint sur les galets du lit de la Sure, juste à l’amont de Sainte-Croix, près de Die

le jeudi 25 juin 2015

en pensant à la Crête d’Aucelon

Les maîtres font ravaler aux nourrissons leur langue,

les puissants applaudissent, rachètent.

Lui, scindant, scindé,

tranchant, tranché,

ouvrant le ciel en deux

partage les eaux entre ubac et adret.

Effrayé du pouvoir que son geste lui jette au visage,

sacrificateur sans victime

si ce n’est de lui-même,

auberge de chair et de sang

dont cave et grenier brûlent,

pilote aux yeux crevés,

il entend sans fin les tambours de dépossession,

cherche, en jetant de part et d’autre dans le vide des pierres,

cherche la parole claire.

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3

Créé et peint le lundi 29 juin 2015 dans une clairière de Combemal, à Rousset,

sur les hauts plateaux du Vercors près de Die

en pensant aux piliers verticaux du Roc d’Ambanne

Lui traverse à gué le détroit

portant sur ses épaules le monde

harassé, hirsute, argile et ténèbre.

Cette aube il sera le haut pilier calcaire

pour porter son âme vers le dixième ciel

où le sédiment devient allégresse

puis sera une montagne qui se penche

pour poser au sec le monde,

ôter son vieux masque

et lui parler.

4

Créé et peint le mardi 30 juin 2015 dans une clairière de Combemal, à Rousset,

sur les hauts plateaux du Vercors près de Die

en pensant à la haute falaise de Boutarinard, sur la crête d’Aucelon, près de Die

 

Lui aussi traverse à gué le détroit

portant à l’épaule gauche la lune blanche

du doute et de l’épuisement,

à l’épaule droite le noyau de l’étoile

qui monte en vrille dans le ciel

et lève une montagne claire,

simple comme un jeune dieu.

Or la traversée n’en finit pas,

la montagne est creuse

et s’évide par moitié.

Lui reprend l’étoile et la montagne,

les cogne l’une contre l’autre,

en recueille la poussière d’humanité,

plancton sobre et beau de la traversée sans fin.

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5

Créé et peint le 8  juillet 2015 à Die

en pensant au Vallon de Combeau

Elle entend ses enfants jouer dans le sable du jardin,

les grains tombent, le sable chante,

chaque grain est une colline du Caucase,

chaque grain une montagne de son enfance,

grain un glacier noir,

grain une griffe de tigre,

grain une page d’épopée,

elle écoute ses enfants recoudre son enfance,

elle les écoute dégager grain à grain

l’autre pied de l’arc en ciel

qu’elle créa en commençant son voyage.

6

Créé et peint le 8 juillet 2015

aux marnes de Boutarinard, au pied de la falaise de Boutarinard, près de Die

 

De son son enfance il fit un hachis

qu’il jeta en pâture au tigre des glaciers.

Bien après son âge mûr

il grimpe talons nus sur les volcans.

Les empreintes de la plante de ses pieds :

un curieux archipel, dur comme vertèbres,

comme osselets des épopées

qu’il fait tomber et rouler sur la table où se jouent nos destins,

mêlant fine raison et symbole rutilant.

7

Créé et peint le 12 juillet 2015

sur la crête de Solaure, près de Die

en pensant à la crête au dessus du refuge Citelli, dominant Valle del bove, sur l’Etna

J’atteignis la crête avant la nuit

où je vis un large cercle de pierres claires.

La nuit avait déjà noué les vallées.

Je n’entrais pas dans le cercle de pierres.

Qui était miroir du ciel

puis baiser du ciel avant le noir.

Et j’entendis la jeunesse de la montagne,

le lent déménagement des planètes,

l’ardeur avant l’entrée en scène

et le souffle de la création

qui cherche encore ses mots.

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8

Exceptionnellement créé et peint à Casa Corpo, à Noto Antica,

dans le sud de la Sicile le 31 juillet 2015

Car les pierres pensèrent et naquirent

mettant la violence en fuite alluviale

vers le fond des ravins.

Les pierres saluent

et incarnent si bien l’ombre de la parole

que s’y reconnaissent les générations humaines

et que les dieux s’y accrochent même en pleine crête.

Les pierres seront la cave du ciel,

les traces de l’assemblée des dieux,

l’anneau au doigt de la parole

fidèle à la parole

dans sa migration à jamais.

9

Créé et peint le 17 juillet 2015

sur la crête juste à l’est du col de Menée

en pensant à la crête au dessus de Valle del Bove, sur l’Etna

Vers minuit à la lune

arriva un homme très sombre.

De l’autre côté du cercle de pierres il s’assit

et chanta ces paroles :

«  nous avons un précipice dans le cœur.

Quatre volcans portent le ciel.

Mon âme est une haute tour de signes mirifiques,

elle ignore la poussière et la déroute

et j’en pleure.

Un précipice se creuse dans ma bouche.

Serai-je enfin un gué dans quatre vallons ? ».

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10

Créé et peint le 20 juillet 2015

Dans lit du torrent de la Jarjatte, en amont du village, dans le Dévoluy

en pensant à la crête au dessus de Valle del Bove, sur l’Etna

Puis à cheval sur une comète

qui semblait une barque sans fond

arriva un homme au très clair regard.

Il s’assit au bord du cercle de pierres

et chanta ainsi :

« après le gué, j’ai posé le vieux monde

sur un lit de galets étranges ;

tous mes os deviennent harpe

et osselets et flûte dont le vent apprend à jouer.

Assis j’attends, j’entends, je pressens des destins et des mondes

naissant de nos paroles. »

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Créé et peint le 22 août 2015 à Poyols

en pensant au cercle de pierres sur une crête de l’Etna et à Boutarinard

Puis arriva dans le creux du vent

une personne à la voix multiple ;

elle s’assit au bord du cercle de pierres

et chanta ainsi :

« dans des barques ou des trains,

à pied ou en car,

nous allons, déjetant la panoplie de la violence, je vais,

précipice-jardin empli d’enfants et de cris.

Sonnant douce harpe et claire percussion de mes clavicules

et de mes côtes courbes et légères

je porte la parole en graines et son émoi

et la livre à la main de qui veut ne pas tuer ni mourir ».

 

12

Créé et peint au col de la Servelle, au dessus de Saint-Nazaire le désert le 21 août 2015

en pensant à la crête de nuit au dessus du refuge Citelli sur l’Etna

Alors le cercle de pierres s’éleva,

devint colliers de lunes lucides au cou de la déesse invisible ;

du centre une voix chanta, proche et immense :

« je suis l’utopie qui nous fait délivrance et lien,

je suis la parole, j’aime sans aimer.

Vous gravissez les montagnes,

vous traversez les déserts et les mers

et je marche toujours à vos côtés.

Je suis votre peau et la racine de vos noms,

je suis votre corde vocale éternelle.

Je disparais dans les rides de la main que je serre,

je suis votre sillage dans la mer

et le poids de la pierre qui monte au ciel puis en revient.

Toujours je vous suis attentive, vigilante et aimante,

mais je n’existe que dans le retrait.

J’allonge la nuit et lui creuse le corps

jusqu’à en faire un volcan au fond de votre sommeil.

Je détends le jour et marche devant vous

qui cherchez à mieux vivre en traversant mers et déserts

pour être plus proches de moi,

mais je vous échappe, déesse oiseau invisible.

Je suis la parole, la délivrance et le lien

qui vous sépare et vous nomme amoureusement.

Vous me suivez et me poursuivez,

je vous devance dans le silence entre les salves de mon chant.

Je suis l’ombre sous les mots

et la clarté de la lune devant les pierres.

Marchant marchant vous me cherchez,

je me montre et m’esquive,

je vous dis et vous indique,

je suis la parole qui vous aime sans aimer ;

aussi faisons-nous cercle

roulant sans fin par les monts et les mers,

cercle qu’aucun dogme ni guerre n’épuise ni n’arrête,

roulant notre cercle par les plaines, les houles et les pentes,

anneau de la paix qu’après tant de violences et d’exils

la parole et le corps se passent au doigt l’un de l’autre,

simple utopie de pierres claires

ou d’os légers sur une crête

ou sur un rivage dans la nuit. »

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*

L’installation Le Cercle de Pierres, avant de proches présentations à l’étranger, a été reprise à Paris le 27 janvier 2016 dans la Grande Salle de la Maison des Associations du 15ème, à l’invitation de l’association Le pont Mirabeau et avec une introduction par Anne de Commines. Voici deux photos de cette présentation :

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Le Cercle de Pierres 1, Paris janvier 2016.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

La Soif

Poèmes-peintures pour une installation en quatre mouvements avec création musicale en musique contemporaine par Clément Caratini, clarinette,
écrits dans les montagnes de Die à partir de juillet 2013, peints-calligraphiés en novembre 2013 à Die.

Tous les poèmes sont calligraphiés et peints, sauf deux, sur polyptiques verticaux de 150 cm de haut par 35 cm de large, chacun à six volets

La création de l’œuvre en « installation » a eu lieu à Paris, Salle de la Saïda, Maison des Associations du 15ème arrondissement (production Cadrans & LP36)

en janvier 2014 avec les interventions de Clément Caratini.

Traduction nouvelle (juillet 2015) chinoise de Zhang Bo.

La Bouche, mouvement 1, novembre 2013

La soif, mouvement 2, novembre 2013

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La soif, mouvement 4, novembre 2013

___________________

Premier poème en quatre polyptiques à six volets chacun

Premier mouvement

Premier poème, premier polyptique

La soif, mouvement 1, 1a

Aux coups et poussées de cette humanité
qui ne parvient pas à elle-même
le haut plateau
dur ondule

bourrelets de dalles lisses
pour brandir boucliers

lapiaz cisaillés
pour taillader le pauvre dialogue

pierres émiettées par myriades
pour égarer la réplique

在这不抵达自身的人性

的击打与推动下

严峻的高原

起伏绵延

光石板的凸缘

为了挥舞一面面盾牌

剪刀般的岩沟

为了划破贫瘠的交谈

千百万块碎石

为了忘却反驳与辩白

__________________

Premier poème, deuxième polyptique

La soif, mouvement 1, 2a

ou
vent et soleil retournent la houle calcaire

ou
bourrelets de dalles
consonnent

ou
vent et vent poussent le plateau
vers sa seconde face
d’humanité
de paix

ou
lapiaz rythmés en chœur à pas félins

或者

风与阳光翻转着石灰的涌浪

或者

石板的凸缘

鸣响

或者

一阵又一阵风把高原

推向它那

平和

人性的

第二张面庞

或者

岩沟猫步般应着合唱

_________________

Premier poème, troisième polyptique

La soif, mouvement 1, 3a
myriades de pierres blanches
où la parole profuse coule comme l’eau du ciel
jusqu’au saut des falaises qui ceignent le plateau

万千白色的碎石

它们充沛的话语如空中雨水

奔流直至环绕高原的悬崖飞瀑

_________________

Premier poème, quatrième polyptique

La soif, mouvement 1, 4b
et la parole tombe en cascade
dans le silence des plaines
où l’autre humanité notre humanité
dans une nuit de tendresse affolée
attend

话语从瀑布飞落

落入原野的寂静

在那里另一种人性,我们的人性

在夜色受惊的温柔中

等待

____________________

Deuxième poème, cinquième polyptique

Deuxième mouvement

La soif, mouvement 2, novembre 2013
Au centre du plateau
dans un creux
une grotte sèche, petite,

accès entre trois rochers serrés,
lèvres minces,
bouche du plateau

Aux parois, traces de peinture
poussière

une silhouette ici,
une auréole, un bras tendu

et là
deux jambes, autre silhouette

et ici
seuls deux yeux sombres
repliés sur l’intérieur du monde
et sur l’autre humanité qui bataille
dans la plaine que la brume cuit

grappins deux yeux
qui tirent l’humanité
vers la dalle claire
où la parole met à sécher la violence,
la colère, la pitié, l’autre tendresse

modestes effigies de couleurs de cette humanité
qui ne parvient pas à elle-même
mais bredouille parmi les pierres sèches
à tâtons de couleurs

在高原的中心

在一道凹隙中

一个岩洞,小而干燥

入口在三块紧贴的巨石之间

瘦长的双唇

高原的嘴

在岩壁上,颜料的痕迹

灰尘

这里一片侧影

一道光晕,一只手臂

那里

两条小腿,另一片侧影

这里

唯有一双昏暗的眼睛

朝向世界内部合拢

朝向在迷雾蒸腾的平原上厮杀的

另一种人性合拢

如爪的双眼

把人性拉向清明的空地

那里话语风干暴力,

怒火,怜悯,另一种温柔

而那不抵达自身的人性

的简朴彩像

在干燥的石块间低语

寻找属于它的色彩

__________________

Poème, sixième polyptique

Début du troisième mouvement

La soif, mouvement 3, 1b

Au sommet peignant
ce que me disent haletantes
la plaine et les crêtes
j’éclabousse hors mon papier
la pierraille et les dalles

Accourant sur le papier
la parole gicle
à tâtons de couleurs
qu’ancêtres et gens de plaine
assoiffés de tendresse
aspirent dès que je relève la main
et elle, le vent la remodèle

我在山尖上描画

平原与山峰

迫切向我诉说的一切

我溅湿了纸页外的

石堆与石板

话语迸射

在纸页上飞奔

寻找属于它们的色彩

祖先与平原上

渴望温柔的人们

在我抬手时开始呼吸

话语,被山风重塑
__________________

Poème, en deux polyptiques.

Septième polyptique

La soif, mouvement 3, 2a

Et si s’éclaboussent les couleurs
c’est que leur jet crée le torrent
qui court par la pente du plateau

en roulant ses galets
qui tintent
au fond du rond vacarme du monde

如果色彩飞溅

缘于它的喷射形成激流

在高原的斜坡上奔涌

卵石滚动

鸣响在

世界无边的喧嚣深处

_________________

Huitième polyptique

La soif, mouvement 3, 3b

Ma rotule est un galet en sol
ma clavicule un galet en mi
mon crâne un écho
tous autour de l’os léger
qui résonne dans la petite grotte peinte

os léger tendre omoplate
dont la parole affûte la joie
au fond obscur du ciel
et de ma pauvre montagne blanchie au soleil
我的髌骨是G调卵石

我的锁骨是E调卵石

我的头颅是回音

一切环绕着轻盈的骨骼

在彩色小岩洞中混响

轻盈的骨骼,温柔的肩膀

话语磨尖欢乐

在天空晦暗的深处

在我被阳光漂白的质朴的山中

__________________

Poème en trois polyptiques.

Neuvième polyptique

La soif, mouvement 3, 4b

N’ignorant pas le flux et le reflux
la couleur erre
entre cascade du soir
et aube fêtant seule
l’implacable tendresse

不要忽视潮起潮落

色彩流浪

在黄昏的飞瀑之间

黎明独自欢庆

不可抗拒的温柔

_________________

Dixième polyptique

Quatrième mouvement.

La soif, mouvement 4, 1b
Erre la couleur
refluant dans la petite grotte
giclant sur mon papier
fruit mûr sans mourir
dont la graine bondit
entre les galets aveuglants
dans un mot

色彩流浪

涌回小小的洞穴

飞溅在我的纸页

成熟的果实不死

它的种子跃起

在炫目的卵石之间

在一个词中

_________________

Onzième polyptique

La soif, mouvement 4, 2c

tandis que sous les nuages de l’orage
les étages des falaises se courbent
pour écouter le chant grave du torrent

qui se moule à l’os léger
brandi d’une main d’enfant

par l’intransigeante beauté de la parole

风暴云下

层岩躬身

为了倾听激流肃穆的歌

歌声被铸成孩子手掌下舞动的

轻盈骨骼

通过话语毫不妥协的美

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Archipel Vigie

Huit poèmes-peintures de 2 m de haut sur 50 à 75 cm de large,
créés, dans une première étape, par Yves Bergeret dans les montagnes du Dévoluy et autour de Die l’été 2014 (aidé de Francine Dutartre) avec improvisations en musique contemporaine de Nicolas Mizen, saxophone,
en observant les cimes calcaires très mouvementées du Dévoluy à l’Est de Die, en dialoguant avec elles.

Les hautes crêtes calcaires du Dévoluy à l’Est des hauts plateaux du Diois s’opposent aux vastes ondulations lentes de ceux-ci, lentes comme les flux d’une houle minérale. Le Dévoluy a la forme d’un archipel aux îlots élancés, aux silhouettes abruptes et épiques.

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Ou bien le Dévoluy a la forme d’une flottille cherchant à accoster une terre très étrangère. Cette opposition a inspiré Archipel Dévoluy.

***

Dans une seconde étape, les huit grands poèmes peintures ont été présentés tout près de Die au public au temple de Ponet

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et au Temple de Poyols le dimanche 14 septembre 2014,

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Nicolas Mizen en complète improvisation contemporaine a inventé les correspondances musicales de ces huits poèmes-peintures en réminiscence de Jolivet puis surtout de Xenakis, Kientzy, Debussy, Philippe Geiss, Ryo Noda et Berio ;

************

Yves Bergeret a dit les poèmes dans une diction profondément renouvelée ajoutant à l’énonciation simple glissements, répétitions, retournements syntaxiques, murmures, balbutiements, sans toutefois que jamais ne se perde le sens des poèmes.

La présentation de cette œuvre dure 50 minutes.

Poèmes 1 et 2

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1
Sur la crête de Solaure, près de Die, le jeudi 3 juillet 2014

Archipel cortège
navigue

accoste à notre grand récit

Dans ses cales, ses cavernes, ses soutes
le récit à l’envers

de l’eau à la pierre,
de la falaise en plateau,
de l’horizon en spirale,
du souffle en ponctuation
et du mot seul en légende

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2
A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le mardi 22 juillet 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure en crue

Ce sommet là entre dans l’aube
par un mot à trois tons

cette brèche salue les vallées profondes
par un glissement sous deux verbes

ce sommet ci entre dans la vie
par un jet d’ombre en trois syllabes

et le plus haut
prend le ciel par la main
et l’assied à notre écritoire

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Poèmes 3 & 4

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3
A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le lundi 28 juillet 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure avant un grand orage

Un seul nuage sur l’océan
un seul vent sur la montagne
une seule note dans la nuit
et toute l’histoire revient,
le cycle des héros et des grands voyages
et aussi le cycle mineur que tristesse et faim rongent

Le nuage passe en saluant,
le vent roule en riant,
la note ouvre la syllabe
qu’à pleine gorge la nuit délivre
et je nais dans la seconde syllabe.

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4
Dans le vallon de Gleyssoles, près de Saint-Nazaire le désert, au sud de Die, le mercredi 29 juillet 2014,
en écho réciproque aux improvisations au saxophone de Nicolas Mizen, en même temps sur l’île granitique d’Ouessant, extrême pointe des terres dans l’Océan Atlantique, à mille kilomètres de Die

Elle a traversé les steppes du sommeil,
la montagne

elle a dormi sur son coude replié,
la montagne

cette aube elle se dresse jusqu’au cinquième point cardinal
comme un jet de sang frais dans un rêve aigu :
elle a vu arriver l’étranger
assoiffé de parole

elle lui réplique en dansant

elle est la voix étrangère

elle est la voix étrangère
fusant au cinquième point cardinal

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Poèmes 5 & 6

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5
Dans le lit du Bez, juste en aval de Châtillon en Diois, le jeudi 28 septembre 2014

La vie peut être un gué dans une mer sèche.
On ne l’oublie jamais.
Au creux des guerres et des siècles
cette montagne a pris le nom d’Obiou.
Elle préfère que la vie soit une longue nuit de veille.
Et ainsi l’Obiou nous chante cap et vigie.

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6
Dans le lit du violent torrent issu de la face Nord-Ouest du Grand Ferrand, à Tréminis, dans le Trièves,
le samedi 30 août 2014

Au revers des séismes et mutilations
cette montagne a pris pour nom Grand Ferrand.
Elle chérit l’incision, le nuage, la filiation rude,
le marronnage, l’éclair.
La vie, dit-elle, est un gué entre la lave et le magma.
Les hommes de parole ne flattent pas le Grand Ferrand
mais l’écoutent, s’il chante cap et vigie.

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Poème 7

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7

A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le vendredi 5 septembre 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure aux eaux très basses

Les crêtes du Dévoluy ne dansent-elles pas
en chœur pour nous ?
Ne dansent-elle pas au cœur de nous ?
Les voici, proches et rebelles,
embryon d’un horizon tiers,
parole notre à venir,
plus vive
plus miroitante

piétinant,
nous tendant les mains

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Poème 8

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8
Sur la crête de Solaure, près de Die, le samedi 6 septembre 2014

Les hauts plateaux,
belles lignées des gens de la parole,
accostent au Dévoluy

Les hauts plateaux naissent
dans la troisième syllabe
luy
luit, lueur de la parole hors tout maître
lui, l’autre, distant, l’étranger, vigie à jamais

et danse le Dévoluy
comme les pas des gens de parole
passant le gué
du silence à toi

***

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L’installation Archipel Vigie a été présentée de nouveau à la galerie Tunnel Riva, à Monaco, le vendredi 10 avril 2015, les poèmes étant dits par le poète accompagné par des improvisations musicales de Roland Proell au piano et de Roberto Sechi au violon.