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Le Jardin bâti de Giuseppe Leonardi, à Zafferana, en Sicile

 

 

 

 

 

Le versant est de l’Etna est loin d’être calme. Là, Zafferana, petite ville sous l’immense volcan reçoit régulièrement des pluies de cendres. Là, les puissantes coulées de lave de chaque éruption se précipitent dans le large et très profond ravinement de Valle del bove : ravinement splendide, sauvage, labyrinthique. Pendant des années, j’allais, dormant à la belle étoile, écrire et peindre sur son rebord nord, au dessus du refuge Citelli, au risque de recevoir une bombe volcanique. Dans ce versant le cyclope Polyphème vivait dans sa grotte ; Ulysse et ses marins lui ont échappé par ruse puis Ulysse l’a nargué ; Polyphème, l’œil crevé, a jeté dans la mer vers le sarcasme d’Ulysse des blocs de lave : ce sont les écueils pointus juste au large de la côte basaltique, là.

 

 

 

 

Lors de la grande éruption de décembre dernier, la pente ici a fortement tremblé. Des pans de murs se sont effondrés dans la rue principale de Zafferana. Une déviation oblige à circuler quelques cent mètres plus bas, par le quartier Fleri. Il y a deux jours passant là j’ai remarqué une étrange suite de petits bâtiments jaune vif. Cette fois ci nous nous arrêtons car, sans aucun doute, il s’agit d’une très vivace « installation » d’art brut. J’ai connu une « installation » de cette ampleur dans la banlieue de Nicosie, à Chypre, en 1996 ; une autre encore plus originale dans un quartier Tamoul de la ville du Port, à La Réunion, en 2013. On pense bien sûr au Palais idéal du facteur Cheval, dans la Drôme.

 

 

 

 

Je salue la maîtresse de maison, charmante, âgée, et lui dis mon admiration pour ce jardin de grandes sculptures à dominante jaune. Le rouge aussi est présent partout, le vert un peu également, un tout petit peu de blanc. « Mais regardez donc, Monsieur, entrez, prenez des photos si vous le voulez. Vous voulez un café ? ».

 

C’est une douzaine de constructions maçonnées, à la fois très aériennes et un peu lourdes. Une sorte de village héroïque. Déployé dans le jardin entre la rue et la maison d’habitation. Certaines constructions jaunes laissent voir leurs petits habitants, d’une dizaine de centimètres de haut. Sur des balcons ou par des portes entr’ouvertes. Ci et là apparaissent aussi des figurines pieuses. Également une grosse Tour de Pise bien inclinée. Également trois arcs de cercle de plein cintre sous lesquels passer. Également quatre ou cinq étranges fleurs de maçonnerie, au moins aussi hautes que les petits bâtiments ; l’une d’entre elles a été fortement déséquilibrée par le tremblement de terre de décembre.

 

 

 

 

Enfin surmontant le tout, un extraordinaire palmier métallique rouge de trois mètres de haut, un autre palmier métallique jaune de même hauteur et une plante métallique jaune encore plus haute, cinq mètres sans doute, où culminent des figurations de figuiers de Barbarie à virulentes épines ; ou bien un haut bouquet de soleils criblés de trous et aux courts rayons acérés. Puis dans la végétation naturelle du jardin d’autres groupes de figurines, commémorant gravement la volonté humaine de rester stoïque, ironique, fier, face aux violences de la vie et à la rage du volcan.

 

 

 

 

 

Arrive l’artiste, infirmier de bloc opératoire, âgé. Il a été aussi pilote de rallye. il s’appelle Giuseppe Leonardi. Il a travaillé pendant des années et des années à l’élaboration de cette sorte de cité sacrée-profane, animiste, laïque-pieuse. Des petits drapeaux italiens et des figurines des puissants Saints locaux, dont la Sainte Agathe extrêmement populaire en Sicile, renforcent avec solennité et non sans quelque ironie la majesté de l’ensemble. Et voici aussi quelques ferronneries, pour les balcons des petits bâtiments ou certains ornements circulaires ci et là.

 

 

Et deux étranges structures cubiques très légères en fer et pièces rectangulaires de verre coloré : des sortes d’abstractions que n’auraient pas désapprouvées Mondrian ni Vasarely. A la nuit des projecteurs posés ci et là par Giuseppe Leonardi libèrent sûrement la magie de ces carrés de verre coloré. En somme, une double quadrature du monde mis en ordre tandis que quelques kilomètres plus haut à l’ouest dans le ciel le volcan conique perpétue sa menace.

 

 

 

 

A l’entrée du jardin Giuseppe Leonardi a assis un gros lion, gardien des lieux. De ses yeux vigilants glissent des larmes de sang, que l’artiste lui a peintes Car en silence le lion marmonne les légendes tragiques et braves des héros de jadis et de maintenant.

 

 

 

 

Dans le dos du lion, un peu plus loin, des gardes armés en plastique rehaussés de peinture protègent une princesse habituellement invisible derrière la porte à double battant d’une tour carrée, jaune bien sûr ; puis la même scène de l’autre côté de la tour. En haut de la tour, de nombreux petits drapeaux italiens. D’ailleurs pour un anniversaire récent de son mariage l’artiste a organisé une fête en grandeur nature et un défilé en ville avec une charrette traditionnelle dont il a peint lui-même les scènes épiques, fertiles à l’inspiration du « cantastorie », ce chanteur de rue qui, s’appuyant sur des images peintes que le public voit, chante les légendes, les rebellions, les gestes héroïques.

 

 

 

 

Lorsque je demande à Giuseppe Leonardi et à sa femme s’ils ont donné un nom ou un titre à l’ensemble de cette magistrale « installation », ou même des titres à chacune des constructions jaunes ils répondent en me montrant des cartels de plastique bleu : ils portent la mention « ceci a été conçu et réalisé par Giuseppe Leonardi en 2012, pour la Beauté de Zafferana », sur un autre cartel, le même texte mais « … en 2009 », etc.

Comme si langage ordinaire ne pouvait coiffer par des intitulations ni embrasser cet ensemble artistique qui déborde largement l’usuel, le rationnel, le convenu. Comme la lave du volcan, l’œuvre échappe ici à l’emprise académique. Elle est lave jaune de l’intuition artistique, lave pacifique, elle.

 

 

 

 

Tandis que je converse chaleureusement avec l’artiste et son épouse, arrive peu à peu la famille, joyeuse, hospitalière. Chœur se réunissant autour des grands parents, sous les auspices de la pensée libre.

Tandis que là-haut gronde le volcan qui nous prépare je ne sais lequel de ses mauvais coups.

Cependant dans deux grandes cages à l’arrière du jardin bâti un paon nous observe ; quatre splendides perruches inclinant leurs têtes en tous sens pépient leur contrepoint au chœur familial qui entoure notre conversation.

 

 

 

 

Avant de partir je demande la permission de photographier l’artiste et sa femme : très courtoisement ils s’assoient de part et d’autre du vigilant lion.

 

Yves Bergeret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Quatre résurgences

 

 

La conversation fréquente avec un ami historien, d’une lucidité méthodique et sans faille, spécialiste de la colonisation et de la décolonisation française en Afrique, Romain Poncet, m’a soudain fait prendre conscience qu’une logique supplémentaire se trouvait au cœur de quatre actes de poésie que j’avais enchaînés dans la foulée, en peu de temps, il y a presque vingt ans. Avec une forte clarté rétrospective, cette logique ressort des lieux eux-mêmes que j’avais choisis. De fait, dans sa dimension historique et spatiale la parole libre est toujours en très vivant gisement ; meilleure métaphore, en capacité de puissante résurgence.

 

Dans la situation actuelle où des menaces graves de racisme et de populisme pèsent sur nous tous en Europe et hors d’Europe, il me paraît utile de présenter brièvement ces quatre épisodes ; ils rappellent à chacun de nous que la poésie est d’abord une parole en acte, une parole humaine qui est de tous et n’est nullement la propriété d’âmes raffinées et amères calfeutrées dans de mélancoliques tours d’ivoire. Est poésie cette parole de plein vent, qui a un sens pour tous, et avant tout un sens de dignité, un sens de grandeur par sa clarté de, justement, parole libre.

 

A cette époque je prenais peu de photos ; je suis désolé de ne pouvoir accompagner d’une iconographie solide ces paragraphes. Je n’avais pas d’appareil numérique. Je n’ai fait et gardé que les petits tirages argentiques qu’on voit ici (et rien hélas pour le premier épisode).

 

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Fer, feu, parole, sur la montagne Pelée, à la Martinique, avril 1999

 

 

De 1991 à avril 1999 je me suis très souvent rendu dans les Antilles et en Guyane pour en « lire l’espace ». Les îles sont volcaniques ; après l’extermination des pré-colombiens par les Européens, la population dans l’immense majorité en a été Noire, descendante d’esclaves achetés en Afrique. A la Martinique, je rencontrais le poète Aimé Césaire, je travaillais avec le poète Monchoachi et avec le plasticien Christian Bertin. Et toujours dans les lieux populaires du littoral, jadis interdits aux esclaves, la bande côtière des « cinquante pas géométriques » où était né Césaire, où travaillaient Monchoachi et Bertin. Avec ce dernier, et après diverses expositions et « performances » dans les îles, je réalisai une très grande « installation » en onze petites « installations » simultanées de mes poèmes (calligraphiés sur plaques de bois) et de sculptures en bidons rehaussées de goudrons de Bertin, depuis les places centrales des bourgs les plus pauvres au pied du volcan jusqu’au sommet même de celui-ci, la Montagne Pelée. Malgré le Fer qui enchaîne l’esclave et le Feu du volcan, c’était hommage à la Parole libre qui court jusqu’aux vents qui balaient le cratère. Fer, feu ? Parole ! C’était l’hommage à la volonté farouche du marronnage, à la dignité des esclaves et des pré-colombiens et une vaste salutation à l’Afrique perdue, là-bas à la racine des alizés. J’avais réuni pour Fer, feu, parole, cet ensemble d’« installations », toute une équipe de réalisation, Bertin bien sûr, un ami musicien, psychiatre et alpiniste, un collègue de l’UFR d’Arts Plastiques à la Sorbonne où j’enseignais alors (bien sûr j’enseignais les relations entre « poésie et espace »), un régisseur, des étudiants et ma fille, encore toute jeune alors.

 

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La Langue de Barbarie, quartier de Guet N’dar, à Saint-Louis du Sénégal, novembre 1999 & février 2000

 

 

 

Au fur et à mesure de mes années antillaises je ne taisais pas mon souhait d’aller « lire l’espace de l’aut’e bo’rd» (comme on disait en créole), c’est-à-dire les signes graphiques et les effets d’oralité de cette Afrique perdue dont parlaient tous mes amis antillais. Vers la fin de 1999 je fus invité à Saint-Louis de Sénégal par l’université Gaston Berger, de cette grande ville, et le Centre Culturel Français sur place. Saint-Louis est l’ancienne capitale coloniale de L’Afrique occidentale française qui y a laissé comme bâtiments de pouvoir et de mémoire un Musée de l’Institut Français d’Afrique noire, rebaptisé Institut Fondamental d’Afrique Noire puis Musée du Centre de Recherche et de Documentation de Saint-Louis ; également un Prytanée militaire, lycée d’élite pour les meilleurs « fils de chefs » destinés à encadrer la jeune nation que Senghor maintenait dans des liens serrés avec la France, lycée particulièrement ambigu ; plus un palais du Gouverneur et un long pont métallique dont une légende tenace attribue la conception à Eiffel. Mais surtout Saint-Louis est construit à l’embouchure du fleuve Sénégal, frontière naturelle entre Afrique blanche (la Mauritanie est à son nord) et Afrique noire (le pays Sénégal est à son sud). Je devais conduire un atelier d’écriture de poèmes. Je décidais de le consacrer à l’esprit, animiste bien sûr, du fleuve. Les professeurs senghoriens de lettres classiques (de latin et de grec !!! chez les Wolofs et les Sérères…) du Prytanée et de l’université se sont immédiatement pré-inscrits à toutes les places disponibles de cet atelier, s’attendant à se perfectionner en écriture de… sonnets rimés. J’ai exigé que des étudiants participent à l’atelier et aussi d’autres personnes.

 

Dès le soir de mon arrivée à Saint-Louis, j’ai vu hors centre colonial de la ville la longue plage du quartier des pêcheurs wolofs, Guet N’dar, face aux rouleaux violents de l’Atlantique. Il avait toujours été rebelle à la colonisation des Portugais puis des Français. Le flanc des longues pirogues étaient couverts d’alignements de signes graphiques peints dont je compris aussitôt la nécessité rituelle. Le soir même je fis connaissance de deux peintres de pirogue et le lendemain à l’aube, avant le début de mon atelier, de deux autres ; je les invitais à se joindre à l’atelier ; intimidés ils ne venaient que le soir après le départ des professeurs. Nous créâmes donc des bannières avec les plus vivants poèmes créés dans la journée. Jusque tard dans la nuit, je peignais ces poèmes avec les peintres de pirogue sur des rouleaux de papier kraft ; les quatre peintres ajoutaient les signes rituels graphiques adéquats au sens de chaque poème. Enfin je proposais que ces quinze poèmes peints en grand format soient dressés sur la place principale du quartier des pêcheurs et dits là à forte voix par leurs auteurs. Certains participants à l’atelier s’offusquèrent, « comment, Guet N’dar est un quartier impénétrable et dangereux, de voyous et de voleurs ! ». Mais l’enthousiasme l’emporta et une foule populaire, venue de tout le quartier des pêcheurs, se réunit le soir pour écouter dire les poèmes du fleuve, suspendus dans le vent de la place.

 

 

 

 

 

Peu de mois après je revins travailler seul avec les deux principaux peintres de pirogue, qui avaient écarté les deux autres. Quinze jours de travail sans relâche, toujours en extérieur et en public. Le dernier jour les longs poèmes-peintures sur Leporello chinois de huit mètres de long (format d’une petite pirogue) et à 24 volets, plus des poèmes-peintures de très grands formats sur tissu furent exposés au Musée de l’ex-IFAN ; une foule d’habitants de Guet N’dar en grands boubous de fête vint au vernissage ; je dis à forte voix mes poèmes qu’un des peintres, excellent chanteur, fit résonner sous les hauts plafonds de l’ex-IFAN colonial qui n’avait jamais reçu ces visiteurs-là, du quartier rebelle.

 

 

 

 

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L’escalade expiatoire de Tabi, août 2000

 

Cet épisode se lit en italien, traduit de manière très vivante par le poète Francesco Marotta, à cette adresse :  https://rebstein.wordpress.com/2019/03/15/lespiazione/

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L’été suivant de tribulation en tribulation, cherchant quelque trace de « poseurs de signes » dans les rares montagnes du Sahara au nord du Mali, j’arrivai au village très isolé de Tabi, dans des blocs au pied d’une montagne tabulaire. J’en ignorai l’ethnie et l’histoire. Il est dogon Toro nomu, la même ethnie que Koyo, dont la montagne se dresse trente kilomètres plus à l’ouest dans les sables. Je saluais les Anciens, disais mon admiration pour les « poseurs de signes », demandait peu à peu s’il y avait des signes peints dans le village. J’avais vu des portes entièrement « décorées » de damiers noirs et blancs. Longue délibération des Anciens. Soudain ils me désignent quatre hommes armés de vieux fusils, à suivre. Ce que j’ai fait. Long cheminement jusqu’à une gorge profonde dans la falaise. Une forte cascade rendait les rochers dangereusement glissants. Nous avons grimpé. Sur le plateau, une magnifique longue citerne naturelle de l’eau claire de la saison des pluies. Les quatre hommes me font aller encore un peu plus loin : ruines d’un village. « Assieds-toi ici ». Ils tirent des salves de fusil en l’air. Au soir nous redescendons au village. Le lendemain je poursuis mon chemin dans les sables, arrivant un soir à Boni et le lendemain, toujours à pied, en escalade, à Koyo.

 

 

 

 

Cinq ans après je compris l’escalade qu’on m’avait fait faire. Dans les années 1920 l’armée coloniale française avait soumis tout le Mali. Il ne restait que Tabi. Mais Tabi était alors en haut, sur le plateau tabulaire. Et pouvait résister à l’infini, grâce à son eau abondante et ses petites terrasses de culture sur le plateau. L’armée française fit monter un canon sur un sommet voisin pour bombarder le village ; des habitants furent tués. Le village résistait toujours. Finalement un traître révéla le passage dans la falaise, où gronde la cascade. Le village fut pris. Toute la population fut déportée à Hombori, chez les Songhaï, à cinquante kilomètres à l’est. Puis autorisée en 1948 à revenir à sa montagne sacrée, mais à son pied, en creusant des puits très profonds. Là où est le village actuel. A peu près cinquante ans après les Anciens du village m’avaient fait faire l’escalade expiatoire, sous escorte armée comme un prisonnier, jusqu’aux ruines du village bombardé. L’été 2005, la saison des pluies tardait dramatiquement à commencer et deux Anciens de Tabi vinrent en émissaires me chercher à Koyo, où j’avais été initié comme « nassi », c’est-à-dire homme ayant le pouvoir de faire tomber la pluie ; ils voulaient que je déclenche la pluie sur Tabi.

 

Aux alentours de 2008 un ethnophonéticien de l’université américaine de Michigan qui cartographiait les langues du nord du Mali pour son université et avec la participation avisée de la CIA arriva à un hameau satellite de Tabi, au pied de la même montagne, et demanda à enquêter sur la langue et à l’enregistrer ; les Anciens lui désignèrent deux jeunes scolarisés, qu’il paya. Il obtint ainsi des lexiques mêlés de langue peul, sans qu’il s’en rende compte ; les noms rituels et conceptuels clefs de la pensée dogon Toro nomu ne lui avaient pas été accordés. Quand il s’approcha de Koyo, seul village resté en haut de son propre plateau tabulaire, plus loin, il demanda dans l’oasis de Boni le jour du marché à rencontrer des gens de Koyo pour continuer sa collecte phonétique. Il croisa en effet Hamidou et d’autres de mes amis de Koyo qui lui répondirent que, non, ils ne connaissaient pas de village du nom de Koyo.

 

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L’atelier d’écriture de Boni, février 2001

 

 

 

 

 

Au tout début de 2001 le Centre culturel français de Bamako m’invita à faire un atelier d’écriture à Bamako. Je remerciai certes mais répondis que faire cet atelier m’intéressait beaucoup plus à Boni, mille kilomètres plus au nord. Dans ce bout du monde ? Oui, insistais-je. Je l’obtins et restais là-bas un assez long séjour. Le week-end je montais en escalade à Koyo, bien sûr. Une « Ecole Fondamentale » venait de s’ouvrir à Boni, scolarisant alors deux cents enfants de la région pour une population recensée de vingt mille nomades et sédentaires. On y enseignait en français, élèves, familles concernées et instituteurs refusant une scolarisation en Peul, la langue féodale dominante de la région. Avec une quinzaine des élèves les plus âgés et deux instituteurs remarquables, des poèmes furent créés tous les jours ; Ils disaient l’esprit des lieux de Boni, de ses puits et de sa source mythique dans un piémont. Je peignais les poèmes à la lueur de bougies la nuit sur de grands tissus blancs que j’avais achetés à Bamako. Le grand marché se tenait le jeudi, attirant des foules lointaines en particulier pour le commerce des bestiaux. C’est le jour que choisissent actuellement le grand banditisme touareg et les djihadistes de tout poil pour enlever, égorger, faire sauter des mines sur les pistes, tuer, tuer encore ; la région est ravagée. Mais en février 2001 la veille du jour du marché, où il y avait vraiment beaucoup trop de monde, quinze poètes en herbe de toutes les ethnies de la région, leurs instituteurs et moi avons dressé dès l’aube et toute la journée nos poèmes de paix, de dialogue et d’écoute qui n’avaient de cesse de redire sans fin la nécessité du dialogue et de la parole digne et claire.

 

 

 

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Yves Bergeret

 

 

 

 

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Carène, à Catane et à Misterbianco (Sicile, décembre 2017)

Dans une adaptation théâtrale et une mise en scène d’Anna Di Mauro, Carène, d’Yves Bergeret, traduit par Francesco Marotta, a été porté au théâtre en Sicile même les 8 et 9 décembre 2017 dans le Théâtre Coppola, expérimental et d’avant-garde, au centre de Catane, juste à côté du port où débarquent les migrants secourus en mer.

 

Le texte intégral de Carène, Poème en cinq actes, est disponible en italien et en français, publié par Algra editore, en librairie ou sur le site de l’éditeur  : http://www.algraeditore.it/index.php/catalogo/produttore/yves-bergeret-algra/0/

 

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Dans la même adaptation et la même distribution, Carène a été donné à  nouveau dans le Théâtre Mandela, à Misterbianco, juste au nord-est de Catane le 11 décembre.

 

En épilogue apparaissent soudain, en forme d’installation en fond de scène, les quatre derniers vers de l’oeuvre, calligraphiés en très grand format en italien par le poète.  Une carène de fils de fer tressés, avec son cheval-proue rehaussé de feuilles d’or, oeuvre du sculpteur Carlo Sapuppo, est constamment en scène, voire à l’avant-scène.

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Carène, à Poissy

ou

le voyage héroïque

des hommes du Sahel vers la Sicile

 

poème d’Yves Bergeret en quatre actes

(adaptation du grand texte en cinq actes, à paraître)

pour cinq voix, clarinette, flûte, violon et violoncelle

 

a été présenté par Art’Yvelines / Poésie au jardin

le vendredi 9 juin 2017 au soir

dans le jardin du Prieuré royal de Poissy et de l’atelier du peintre Ernest Meissonier

 

par l’Ensemble instrumental The Island Progress, spécialisé en improvisation contemporaine :

Dominique Bernstein, violoncelle / Gloria Bernstein, flûtes / Anne-Sophie Bottineau, clarinette / Joaquin Ramirez, violon

 

et les comédiens : Daniel Raguin, Laurence Sonneck, Frédéric Gérard, Mireille Gesret

avec intervention du poète dans le quatrième acte.

 

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Prologue devant l’Atelier d’été de Meissonier par Geneviève Chignac, présidente d’Art’Yvelines, par Agnès Guignard, « maîtresse de maison », descendante du peintre Meisssonier et historienne, et par le poète.

 

 

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Acte 1

Cheval Proue

pour deux voix

devant huit poèmes calligraphiés par le poète en très grand format et dressés sur le mur ouest de l’Atelier d’été de Meissonier.

La traversée de la Méditerranée, nouvelle épreuve d’une Odyssée perpétuelle

 

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Acte 2

Quatre hommes du Sahel

pour quatre voix, violon et violoncelle ;

entre les grands buis devant l’autre côté de l’Atelier de Meissonier.

L’Homme de grès, l’Homme-trame, l’Homme-onde, l’Homme des pierres

 

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Acte 3

Le Chroniqueur immobile

pour quatre voix, clarinette et flûte ;

au centre du Jardin de Meissonier, devant une immense demi-sphère de poutres de bois.

Le Chroniqueur immobile, Le Ruisseau incrustant, La Colline en feu

La parole énergique et triste de l’Aîné qui au Sahel ne peut faire le grand voyage

 

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Acte 4

Deux hommes du Sahel au cœur de la Sicile

pour deux voix, violon, violoncelle, flûte et clarinette ;

sous un immense tilleul aux branches retombantes, à l’entrée de la nuit avec les chants des merles et les aboiements inquiets de chiens.

Ankindé seul : sa grande et courageuse vision nocturne en haut d’une colline. [Ce poème se lit sur ce blog, accompagné se sa version chinoise, avec ce lien : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2017/07/01/ankinde-seul- ]

 

Le Rêve d’Alaye : pensant aux noyés son cauchemar puis, avec Ankindé, leur double incantation de vie. [ Ce dernier poème se lit sur ce blog grâce à ce lien : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2017/01/19/le-reve-dalaye-les-voix-de-nuit/ ]

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5

Sous le couvert de l’Atelier d’été de Meissonier, s’est engagé, comme un vrai cinquième acte, un long débat, longue et intense réflexion de tous les participants, acteurs, musiciens et dizaines de spectateurs restés jusque tard dans la nuit.

 

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Le Cercle de pierres-paroles, Sicile, 9 mai 2016

Répétition 3

Répétition, une heure avant

Répétition 5

Répétition 6

Si legge in italiano nella seconda parte di questo articolo

Réunis dans un tout nouveau livre bilingue des éditions Algra, avec une version italienne de Francesco Marotta, des cycles de poèmes que j’ai écrits ces quatre dernières années en Sicile, à l’île de La Réunion, à Die et à Paris, ont été présentés le lundi 9 mai au public à Catane : en plein centre de la grande ville portuaire, non loin de la mer qui porte et porte encore les barques des migrants.

Pour lire quelques extraits du livre et le commander chez l’éditeur on peut utiliser ce lien : 

https://rebstein.wordpress.com/2016/05/25/antidoti-2/

 

En reprenant le titre d’un des cycles j’ai intitulé ce livre, Le Cercle de pierres.

Ce cercle existe. Des mains anonymes l’ont créé avec des pierres blanches sur la cendre noire, sur la crête nord dominant Valle del Bove dans le flanc oriental de l’Etna. Ce cercle de pierres surplombe les tresses de coulées de lave sombre qu’émet par violents sursauts le volcan. On marche plusieurs heures, hors tout sentier, pour monter à ce simple cercle. Parfois je dors à la belle étoile près de lui.

 

De la vie simple et tenace ce livre témoigne, par ses poèmes, par ses rebonds, par son élan. De la vie simple, tenace qui ouvre la parole et que la violence, la bêtise, l’oppression féodale ne feront jamais taire. Je dis parfois en public ces poèmes, car cet allant tenace vers l’espace ouvert et vers son oralité  est au cœur de la poésie. J’ai d’abord peint et calligraphié en grand format, toujours dehors, en plein montagne, certains des cycles de poèmes de ce livre. Puis je les ai dits, souvent avec des musiciens, partageant l’élan performatif du geste de liturgie profane qui s’accomplit alors.

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Je suis heureux que ce livre ait été en premier présenté à Catane, cœur battant de la Sicile, île splendide par sa créativité et ses migrations, île de rencontres et de luttes dures et sourdes. L’éditeur, Alfio Grasso, et les deux directeurs de la collection Ginestra dell’Etna qui publie ces poèmes, Maurizio Cucchi et Antonio di Mauro, nous ont réunis dans l’Auditorium de Camplus d’Aragona.

Antonio Di Mauro et Giovanni Miraglia, préfacier du livre, ont ouvert la manifestation. J’ai un peu parlé, malgré mon italien bancal. J’ai lu des poèmes. Pour cette soirée j’avais peint spécialement six extraits du premier cycle du livre, Falaise, en très grand format.

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Carlo Sapuppo, l’ami sculpteur, a dressé une œuvre intense en pierre et fer, Vibrazioni della parola, spazio. Pia Scornavacca, Francesco Gennaro et Antonio Di Mauro ont lu des poèmes du livre en italien.

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Trois migrants du Mali et du Sénégal, Bandiougou Diawara, Séni Diallo et Ali Traoré, arrivés depuis peu en barque, qui sont eux aussi devenus mes compagnons de création en Sicile, sont venus spécialement du centre de l’île où ils vivent actuellement, à Aidone. Nous avons dit le cycle Sang futur, moi en français, eux dans la langue italienne qu’ils ont très vite apprise et aussi en Soninké, en Mandinka et en Bambara : ainsi, par dessus le contrepoint brutal des tresses de la violence, avons-nous tous, amis siciliens et africains et moi, créé un premier cercle extraordinaire de pierres-paroles, un cercle de l’oralité la plus active et de la poésie la plus ouverte.

Yves Bergeret

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Il cerchio di pietre-parole

Raccolti in un recentissimo volume bilingue delle Edizioni Algra, tradotti in italiano da Francesco Marotta, alcuni cicli di poemi, scritti negli ultimi quattro anni in Sicilia, nell’Isola della Réunion, a Die in Provenza e a Parigi, sono stati presentati in pubblico lunedì 9 maggio a Catania: nel centro della grande città portuale, non lontano dal mare che porta e ancora porta le barche dei migranti.

Riprendendo il titolo di uno dei cicli, ho chiamato questo libro Il Cerchio di pietre.

Questo cerchio esiste davvero. Mani anonime l’hanno creato con pietre bianche sulla cenere nera sulla cresta nord che domina la Valle del Bove, sul versante orientale dell’Etna. Il cerchio di pietre sovrasta le trecce scure di colate laviche che il vulcano espelle con violente scosse. Ci vogliono parecchie ore di cammino, fuori da qualsiasi sentiero tracciato, per risalire fino a questo semplice cerchio. Mi è capitato talvolta di dormire all’aperto nei suoi paraggi.

Coi suoi poemi, le sue riprese, il suo slancio, questo libro è una testimonianza della vita semplice e tenace – quella che apre la parola e che né violenza, né ottusità, né oppressione feudale metteranno mai a tacere. Mi capita talvolta di leggere questi poemi in pubblico, perché la tensione ostinata verso lo spazio aperto e la sua oralità diffusa è il cuore stesso della poesia. Dapprima ho dipinto e calligrafato, sempre all’aperto, in piena montagna, alcuni cicli di poemi di questo libro; poi li ho detti, spesso accompagnato da musicisti, partecipandone lo slancio performativo del gesto da liturgia profana che solo allora va a realizzarsi compiutamente.

Sono felice che questo libro sia stato presentato in anteprima a Catania, cuore pulsante della Sicilia, splendida isola di creatività e migrazioni, terra di incontri e di lotte dure e sorde. L’editore, Alfio Grasso, e i due direttori della collana Ginestra dell’Etna che ospita questi poemi, Maurizio Cucchi e Antonio di Mauro, ci hanno riuniti nell’Auditorium del Camplus d’Aragona.
Antonio di Mauro e Giovanni Miraglia, prefatore del libro, hanno aperto la manifestazione. Io ho parlato un po’, nonostante il mio italiano zoppicante. Ho letto dei poemi. Per questa serata avevo dipinto appositamente sei estratti del primo ciclo del libro, Falesia, su fogli di grandissimo formato.

Carlo Sapuppo, l’amico scultore, ha realizzato un’opera intensa in pietra e ferro, Vibrazioni della parola, spazio. Pia Scornavacca, Francesco Gennaro e Antonio di Mauro hanno letto in italiano testi tratti dal libro.

Tre migranti provenienti dal Mali e dal Senegal, Bandiougou Diawara, Séni Diallo e Ali Traoré, arrivati da poco in barca e diventati essi stessi miei compagni nel lavoro creativo in Sicilia, sono venuti appositamente dal centro dell’isola dove vivono attualmente, Aidone. Insieme abbiamo detto il ciclo Sangue futuro; io in francese, loro in italiano, lingua che hanno appreso velocemente, e anche in Soninké, in Mandinka e in Bambara: così, al di sopra del contrappunto brutale delle trecce della violenza, tutti noi, io e gli amici siciliani e africani, abbiamo creato un primo cerchio straordinario di pietre-parole, un cerchio dell’oralità la più attiva e della poesia la più aperta.

Traduzione di Francesco Marotta

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*****

***

*

Cheval Proue, Poitiers, Baptistère, 20 mars 2016

 

Il s’agit de huit poèmes inédits calligraphiés d’octobre 2015 à mars 2016 ( encre de Chine et acrylique, 200 cm x 75 sur Fabriano 220g ) par Yves Bergeret et dits par lui

avec des interventions en musique contemporaine du violoniste Jean-François Vrod

 ( On consultera son site [concerts, festivals, CD, émissions de France Musique, master class, performances, etc.] : http://www.jf-vrod.com/

Jean-François Vrod et Yves Bergeret ont commencé leur dialogue de création contemporaine dans un festival Musique et Poésie Contemporaines en 2006 à Nicosie, à Chypre, où ils étaient invités ensemble.

 

L’œuvre créée spécialement pour le 20 mars est un nouvel échange avec l’esprit des lieux dans l’orientation délibérée du dialogue avec l’autre, l’étranger, l’homme inattendu, l’homme nouveau. Le Baptistère de Poitiers, le plus ancien édifice bâti (au 4ème siècle) par la chrétienté, est par excellence le lieu du passage et de la transformation. Sur son sol, des sarcophages mérovingiens dont les couvercles relevés et posés contre les murs portent des signes géométriques incisés, signes pour le voyage de l’âme du défunt ; le haut des murs porte des fresques du dixième au douzième siècles sur les thèmes de l’Ascension et de la vie de saint Jean Baptiste, signes posés comme des baumes pour aider au passage de l’âme neuve et du corps neuf.

Au temps contemporain où l’exil des migrants est si grave, l’œuvre du poète et du musicien est l’écho des signes sculptés et des signes peints et dit à son tour la nécessité de l’accueil, de l’audace et de l’écoute de l’autre.

L’œuvre est accueillie par La Maison de la Poésie de Poitiers et la Société des Antiquaires de l’Ouest.

En outre on peut la lire dans une version bilingue, italienne et française, créée par Francesco Marotta, poète et traducteur, en allant à cette adresse : https://rebstein.files.wordpress.com/2016/03/yves-bergeret-cheval-proue2.pdf

On peut également lire l’oeuvre en version bilingue, chinoise et française, créée par Zhang Bo ; cette version se trouve à la fin de cet article, après l’analyse d’Anne Michel. 

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1

Les rouleaux de l’océan

projettent en l’air les proues des barques,

c’est fureur et c’est guerre.

 

Assis nombreux ils s’agrippent

aux bords et aux bancs des barques

c’est clameurs et éclats.

 

La mort frappe des deux mains,

assis nombreux ils s’ouvrent

dans l’air et dans le corps

des portes et des brèches,

s’y engouffrent

puis remontent hors d’haleine les pentes

de la mémoire et de l’avenir,

l’horizon salé vient se plier

sur leurs genoux.

 

2

Les arbres arrachent leurs racines,

les plient sous les ailes de la colère

et remontent les pentes.

 

Sur l’échine des vents

sont assis sont debout

les héros qui ouvrirent des brèches dans les montagnes

et détachèrent des morceaux de mort et de banquise.

 

Les arbres remontent les pentes

vers l’œil des héros.

 

3

« Je creuse mon berceau dans les montagnes,

dit le vent,

c’est elles qui m’apprennent de quel pas

l’alphabet des images jamais ne se lasse

à descendre remuer la nuit des hommes

pour leur façonner un mythe supportable. »

 

-« Ecoute ma crainte, répond le cheval,

aux cris des assassins je me cabre.
Mais mon bond est le fils de ta vitesse,

ô vent carnassier, ô vent cristallin,

et même là où mon sabot ripa mon bond reprit foi.

Rien ne me lasse, j’emporte mon cavalier

par-dessus des abîmes».

 

La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants.

Le cheval est musique, voix, chant.

Cheval vocal chant cheval musique.

 

4

« Entre le vent vif qui creuse le sillage des images

et le cheval aux bonds solaires

je suis le récit,

 

le récit que l’enfant sur son tricycle

tourne devant le palais des meurtriers.

 

La fontaine en son bassin

fredonne mon rire de séparation.

 

J’écarte les poings qui se frappaient,

je reprends les montagnes qui tombent,

je distends les foules qui s’égarent et se piétinent.

 

Je raconte l’itinéraire,

je déroule l’alternance des falaises qui se bloquaient

et la joie du couple dépossédé de ses rages,

je déplie vos phalanges de fer,

je chante ce que j’entends. »

 

5

Les montagnes et les grandes pierres

vont en voyage

en suivant le fil du récit

 

en déroulant le fil du récit

 

celui de la naissance de Vénus dans l’écume sur les galets,

celui d’Ulysse sauvé du naufrage sur la rive de Nausicaa,

celui d’Ali et Séni rescapés à Lampedusa

 

le fil du récit

reprenant à l’envers le vacarme du volcan

et lui créant une mémoire

avec des épisodes tranchants ou tendres

selon la rage ou la pitié des héros

lorsqu’ils ouvrent la bouche, les yeux, le cœur.

 

6

Contre la coque les vagues et le sel

claquent chaque heure plus haut.

Ici le grand récit vient se poser sur les genoux du migrant

assis à la proue de la barque :

le migrant lui parle à l’oreille comme à un cheval.

 

« Tu vois, j’ai le corps trop lourd pour flotter.

Porte-moi, grand récit, jusqu’à l’île utopique,

porte-moi comme dans son bec l’oiseau porte la graine.

Mûrir et mourir dans la terre que je n’ai pas,

cela moulera la phrase de mon destin.

La terre est toujours autre.

J’ai besoin de toi, récit,

comme tu as besoin de mon sang

et de mon courage ivre ».

 

 

7

Le grand récit nous donne nom

puis nous dit

 

puis nous jette aux quatre coins de l’édifice,

dans le courant des quatre fleuves,

dans le chaud et le froid des quatre points cardinaux.

 

Le grand récit délie l’horizon

qui se lovait sur nos genoux,

il bouscule les images car leur beauté était mièvre et sucrée.

 

Il recueille nos épisodes en braille,

nos accidents amers

puis se cabre, se jette dans l’espace

et nous, à cru, agrippés à sa crinière,

l’écoutons, le chantons,

 

chœur de l’espace,

vocalité chorale.

 

Au grand récit je me cogne,

au grand récit je m’entends,

au grand récit je nous connais.

 

8

Le grand récit est le fleuve de l’air

dans le vent sonore aux mille langues.

 

Dans ses jeunes bras le récit prend

le bruit de fond sous la croûte terrestre.
Le bruit de fond prend souffle sur les paroles

et les gestes et les joies et les larmes d’Ulysse, de Rama,

de Roland et de Sindbad, d’Enée et d’Hanuman.

Il n’a pas de fin car chacun lui tresse

épisode et réplique, chacun de nous,

chacun tresse. Chacun creuse à coups de burin sur la pierre

les jambages d’un signe. Pose le baume d’une

peinture. Mille langues, mille signes

qui retombent en feuilles vives ou mortes et créent

des masques bigarrés, fissurés ; des Achille,

des Perceval, des Zidane, des Gilgamesh.

 

Pose ton ocre et ton rouge,

creuse des arcs de cercle,

chacun de tes gestes est le cheval proue qui se cabre,

le cheval qui retourne comme un vêtement passé

le grand récit qui bondit encore encore,

le cheval qui l’emporte dans l’élan actuel de la parole

où la violence et l’ombre ravagent.

Mais récit et parole ne se lassent jamais.

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Photographies de Clémence Bergeret

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Da Otranto a Poitiers

di Antonio Devicienti

 

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Seguo con ammirazione e partecipazione l’attività di Yves Bergeret che non si limita alla scrittura poetica, ma è incontro con le persone, arte figurativa, performance in situ, musica, viaggio, caparbia ricerca del dialogo.
Poitiers, il Baptistère de Saint Jean (la testimonianza cristiana più antica in terra di Francia), il 20 marzo 2016: qui, in quest’ambiente che unisce la propria sacralità alla bellezza dell’architettura e dei suoi affreschi, Yves ha realizzato un atto non solo artistico, ma etico, preparato a lungo in ogni dettaglio e che ha dovuto affrontare e superare anche delle opposizioni d’ispirazione fascista e razzista; ricordo che a Poitiers fu combattuta, il 10 ottobre dell’anno 732, la battaglia che Carlo Martello vinse contro gli Arabi, fermandone l’espansione in Francia, per cui in certi ambienti Poitiers viene usata e abusata come vessillo anti immigrati e anti Islam; Yves, che ha accumulato una lunga esperienza in Mali e che ripetutamente ritorna in Sicilia, ha voluto, con la passione e la veemenza che lo contraddistingue, raccogliere nel Battistero di Poitiers coloro che credono nella forza pacificante della parola e dell’arte.
E io, Salentino, non posso non andare col pensiero alla Cattedrale di Otranto, al pavimento musivo del monaco Pantaleone e alla Cappella dei Martiri: qui, in questo “carrefour des langues et des routes” che desidero sia Via Lepsius, mi piace pensare ad un cammino ideale che leghi Otranto (il punto più orientale d’Italia) a Poitiers, che, portandoci a meditare sugli scontri sanguinosi del passato, ci faccia riflettere senza pregiudizi e con chiarezza su quello che succede ai nostri giorni.

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On consultera le blog d’Antonio Devicienti à cette adresse

 https://vialepsius.wordpress.com/

***

 

Une analyse d’Anne Michel

Cher Yves

C’est une dynamique centrée sur la nécessité d’un humanisme solidaire reliée à certains évènements actuels qui préside, pour moi, à cette présentation de vos tableaux et poèmes. On y perçoit aussi, parallèle à cette exigence éthique, le besoin qu’éprouve l’artiste de nouer le contact entre l’oeuvre contemporaine et celle du passé. Ici, se rapprochent deux bords du Temps, l’un aux confins du Moyen-Age, l’autre à ceux du troisième millénaire. Rapprocher, nouer, unir, voici des concepts qui sont des ferments d’évolution essentiels.

L’architecture du Baptistère, bâti au IV siècle, permet d’exposer les tableaux par deux au coeur de ces belles pierres taillées. Rivés aux lignes et aux formes qui courent sur vos panneaux peints, eux-mêmes adossés aux couvercles mis debout des sarcophages, les poèmes calligraphiés semblent danser, chevauchant la peinture dans un tourbillon de mouvements, de zébrures hachées, vibrionnantes, comme la foudre au-dessus de la mer.

Ce remuement coloré des tableaux répondant aux fresques du XIIème siècle m’évoque un grand bouquet de fleurs qui palpite au rez de chaussée tandis que les figures bibliques du haut se pressent sous les voûtes pour fêter l’Ascension et Saint-Jean Baptiste.

Dans leur naïve et touchante raideur, ces silhouettes médiévales ont perduré de siècle en siècle, dominant des assemblées successives de fidèles pour les associer au mariage du Ciel et de la Terre, rêvé par le poète William Blake.

Cette présentation de Cheval Proue, du nom de l’une des figures d’animaux en haut du Baptistère, est une étape importante pour vous, qui vous êtes déjà depuis 1993, également en 2006 dans La Mer parle, soucié du grave problème des migrants, aujourd’hui en situation d’espérer ce que célèbrent ces fresques dédiées à Saint-Jean Baptiste : l’accès à une vie nouvelle, un soutien moral ainsi que le repos pour leurs corps épuisés.

Vos poèmes participent d’une épopée dont les strophes éclatées dénoncent la violence de la traversée sur des barques rudimentaires

Les rouleaux de l’océan

projettent en l’air les proues des barques,

c’est fureur et guerre.

On pense au cri du héros  » Guerra e morte  !  »  dans Le Combat de Tancrède et Clorinde, de Monteverdi.

Une cadence nerveuse emporte dans son rythme impétueux des mots chargés de mémoire collective, nous décrivent ces pauvres êtres fuyant dans l’urgence, l’eau qui piaffe autour des barques, la peur, le désordre et la tension. Les verbes fusent pour empoigner la brutalité de cette cavalcade maritime. Tout se précipite pour évoquer l’urgence d’un exil sauvage : le ciel hostile, la mer et les tragédies du récent passé s’entremêlent en un décor à la Géricault.

Puis voici le Cheval qui bondit et se cabre, symbolisant la révolte devant le fracas d’un monde saisi de folie. Il incarne aussi celle de la création, figure de proue d’un art qui n’est pas seulement au service de la beauté mais aussi, ou même d’abord, à celui de l’humanité.

 » La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants

Le cheval est musique, voix, chant.

Cheval vocal chant cheval musique. « 

Enfin, à partir du poème 4, intervient le récit qui, personnifié tel un héros, va tenir le rôle d’un narrateur justicier et chantre de la multiplicité des expériences et de leur partage, récit étymologiquement du verbe réciter, mot-acteur mis en œuvre par le poète, par définition acquis à l’acte de transmission, à l’élargissement de la parole

Le grand récit est le fleuve de l’air

dans le vent sonore aux mille langues.

Anne Michel

 ***

Cheval Proue 船艏马

Yves Bergeret

Traduction en chinois par Zhang Bo

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1

Les rouleaux de l’océan

projettent en l’air les proues des barques,

c’est fureur et c’est guerre.

大洋的巨浪

把舟艏投向空中,

那是狂怒,那是战争。

Assis nombreux ils s’agrippent

aux bords et aux bancs des barques

c’est clameurs et éclats.

大群人坐着他们紧握

舟舷与舱板

那是叫嚷与轰响

La mort frappe des deux mains,

assis nombreux ils s’ouvrent

dans l’air et dans le corps

des portes et des brèches,

s’y engouffrent

puis remontent hors d’haleine les pentes

de la mémoire et de l’avenir,

l’horizon salé vient se plier

sur leurs genoux.

死亡用双手敲击,

大群人坐着他们在空中与体内

为自己开启

城门与豁口,

一拥而入

然后气喘吁吁地爬上

记忆与前途的斜坡,

盐渍的地平线折叠

在他们膝头。

 

2

Les arbres arrachent leurs racines,

les plient sous les ailes de la colère

et remontent les pentes.

树木扯出根茎,

把它们收进愤怒的羽翼

然后爬上斜坡。

Sur l’échine des vents

sont assis sont debout

les héros qui ouvrirent des brèches dans les montagnes

et détachèrent des morceaux de mort et de banquise.

在风的脊梁上

坐着和站着

打开群山豁口的英雄

解开死者与浮冰的碎片

Les arbres remontent les pentes

vers l’œil des héros.

树木爬上斜坡

向着英雄的眼睛

 

3

“ Je creuse mon berceau dans les montagnes,

dit le vent,

c’est elles qui m’apprennent de quel pas

l’alphabet des images jamais ne se lasse

à descendre remuer la nuit des hommes

pour leur façonner un mythe supportable. ”

“我在群山中开凿我的摇篮,”

风说,

“群山教会我图像的语汇

以怎样的步伐永不疲倦地

降落并摇动人类的夜晚

为他们制作一个可堪忍受的神话。”

-“ Ecoute ma crainte, répond le cheval,

aux cris des assassins je me cabre.
Mais mon bond est le fils de ta vitesse,

ô vent carnassier, ô vent cristallin,

et même là où mon sabot ripa mon bond reprit foi.

Rien ne me lasse, j’emporte mon cavalier

par-dessus des abîmes”.

“倾听我的忧虑”,马回应道,

“面对杀人者的叫嚣我挺身直立。

而我的跳跃是你速度的子裔,

哦食肉的风,哦结晶的风,

即使在那里我的马蹄依旧移动我的跳跃重获信仰。

没有什么使我疲倦,我载着我的骑士

狂奔在深渊之上。”

La robe du cheval ruisselle de musique, de voix, de chants.

Le cheval est musique, voix, chant.

Cheval vocal chant cheval musique.

马的皮毛散发出乐,和声,和歌。

马是乐,是声,是歌。

声之马歌唱乐之马。

 

4

“ Entre le vent vif qui creuse le sillage des images

et le cheval aux bonds solaires

je suis le récit,

在开凿着图像尾迹的烈风

与俊马光芒四射的跳跃之间

我是记叙,

le récit que l’enfant sur son tricycle

tourne devant le palais des meurtriers.

关于一个孩子骑着三轮车

在杀人犯的宫殿前打转的记叙。

La fontaine en son bassin

fredonne mon rire de séparation.

水池中的喷泉

哼唱我分离的笑声。

J’écarte les poings qui se frappaient,

je reprends les montagnes qui tombent,

je distends les foules qui s’égarent et se piétinent.

我隔开互相敲打的拳头,

我重建分崩离析的山峦,

我安抚误入歧途和互相践踏的人群。

Je raconte l’itinéraire,

je déroule l’alternance des falaises qui se bloquaient

et la joie du couple dépossédé de ses rages,

je déplie vos phalanges de fer,

je chante ce que j’entends. ”

我讲述旅程

我展开阻塞的峭壁让它们重新交替

还有夫妇间被怒火剥夺的欢喜,

我掰开你们的钢手指,

我歌唱我听到的一切。

 

5

Les montagnes et les grandes pierres

vont en voyage

en suivant le fil du récit

群山与巨石

出发旅行

跟随着记叙的线索

en déroulant le fil du récit

展开着记叙的线索

celui de la naissance de Vénus dans l’écume sur les galets,

celui d’Ulysse sauvé du naufrage sur la rive de Nausicaa,

celui d’Ali et Séni rescapés à Lampedusa

那是关于泡沫中卵石上诞生的维纳斯的记叙

那是关于海岸边被瑙西卡从海难中救起的尤利西斯的记叙,

那是关于在兰帕杜萨岛脱险的阿里和塞尼的记叙

le fil du récit

reprenant à l’envers le vacarme du volcan

et lui créant une mémoire

avec des épisodes tranchants ou tendres

selon la rage ou la pitié des héros

lorsqu’ils ouvrent la bouche, les yeux, le cœur.

记叙的线索

倒诉着火山的吵嚷

为它创造一段记忆

以及锋利或柔和的插曲

依据英雄的怒火或同情

当他们张开嘴,眼与心。

 

6

Contre la coque les vagues et le sel

claquent chaque heure plus haut.

Ici le grand récit vient se poser sur les genoux du migrant

assis à la proue de la barque :

le migrant lui parle à l’oreille comme à un cheval.

抵抗着船身海浪与盐分

劈啪声随着时间愈加轰鸣。

这里伟大的记叙被放进坐在舟艏的

迁移者膝头:

迁移者向它耳语仿佛倚着马颈。

“ Tu vois, j’ai le corps trop lourd pour flotter.

Porte-moi, grand récit, jusqu’à l’île utopique,

porte-moi comme dans son bec l’oiseau porte la graine.

Mûrir et mourir dans la terre que je n’ai pas,

cela moulera la phrase de mon destin.

La terre est toujours autre.

J’ai besoin de toi, récit,

comme tu as besoin de mon sang

et de mon courage ivre ”.

“你看,我的身体对于漂浮来说过于沉重。

承载我吧,伟大的记叙,直到乌托邦的岛屿,

承载我吧,就仿佛鸟儿用它的尖嘴承载种子。

在一块我不曾拥有的土地上成熟并死去,

这将铸造出属于我命运的语句。

土地永远在别处。

我需要你,记叙,

就像你需要我的血液

还有我酒醉的勇气。”

 

7

Le grand récit nous dit

伟大的记叙对我们言说

puis nous jette aux quatre coins de l’édifice,

dans le courant des quatre fleuves,

dans le chaud et le froid des quatre points cardinaux.

然后把我们抛向建筑的四角,

在四条江河的水流中,

在东南西北的冷暖中。

Le grand récit délie l’horizon

qui se lovait sur nos genoux,

il bouscule les images car leur beauté était mièvre et sucrée.

伟大的记叙解开

缠绕在我们膝头的地平线,

它推翻图像因为它们的美造作而甜腻。

Il recueille nos épisodes en braille,

nos accidents amers

puis se cabre, se jette dans l’espace

et nous, à cru, agrippés à sa crinière,

l’écoutons, le chantons,

它收集我们用盲文组成的插曲,

还有我们苦涩的意外

然后挺身直立,抛洒在空间之中

我们径直抓住它的鬃毛,

倾听它,歌唱它。

chœur de l’espace,

vocalité chorale.

空间的齐鸣,

合唱的歌吟。

Au grand récit je me cogne,

au grand récit je m’entends,

au grand récit je nous connais.

向着伟大的记叙我敲击自己,

向着伟大的记叙我听见自己,

向着伟大的记叙我认出我们。

 

8

Le grand récit est le fleuve de l’air

dans le vent sonore aux mille langues.

Dans ses jeunes bras le récit prend

le bruit de fond sous la croûte terrestre.
Le bruit de fond prend souffle sur les paroles

et les gestes et les joies et les cris d’Ulysse, de Rama,

de Roland et de Sindbad, d’Enée et d’Hanuman.

Il n’a pas de fin car chacun lui tresse

épisode et réplique, chacun de nous,

chacun tresse. Creuse à coups de burin sur la pierre

les jambages d’un signe. Pose le baume d’une

peinture. Mille langues, mille signes

qui retombent en feuilles vives ou mortes et créent

des masques bigarrés, fissurés ; des Achille,

des Perceval, des Zidane, des Gilgamesh.

伟大的记叙是一条气流

在千种语言的洪风中。

在它年轻的臂弯里记叙抓住

地壳深处的声响

地心的声响

为尤利西斯、罗摩、罗兰、辛巴达、埃涅阿斯与哈努曼

的气息与动作、喜悦与呼唤带去生命。

它永无止境因为每个人都为它编织着

插曲与对白,我们中的每个人

每个人都在编织。用刻刀在岩石上开凿

字符的部首。抹上颜料的香膏。

一千种语言,一千种符号

重新落下,变成鲜活或枯死的纸页,创造出

遍布五色裂纹的面具:阿喀琉斯的,

帕西瓦里的,齐达内的,吉尔伽美什的。

Pose ton ocre et ton rouge,

creuse des arcs de cercle,

chacun de tes gestes est le cheval proue qui se cabre,

le cheval qui retourne comme un vêtement passé

le grand récit qui bondit encore encore,

le cheval qui l’emporte dans l’élan actuel de la parole

où la violence et l’ombre ravagent.

Mais récit et parole ne se lassent jamais.

抹上你的赭石与鲜红,

开凿圆弧形的图案,

你的每一个动作都是那挺身直立的船艏马,

骏马翻转记叙仿佛反穿一件褪色的衣物

伟大的记叙依然依然在跃起,

骏马承载着它,在暴力与阴影肆虐的

话语当下的冲击中。

但记叙与话语永不停息。

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*****

***

*

Liste des principales installations d’Yves Bergeret

04 Tin Piri Koyo 1 février 2008

 

(le plus souvent avec interventions d’instrumentistes en musique contemporaine : Pierre-Yves Artaud, Marina Borgo, Enrico Ciullo, Clément Caratini, Francesca Gugliota, Savi Mana, Jean-Luc Menet, Nicolas Mizen, Enrico Sorbello, Jean-François Vrod… ; et avec des dictions en italien par Pia Scornavacca )

 

1999 avril Fer, feu parole, ensemble de onze installations du pied au sommet de la Montagne Pelée, volcan actif de la Martinique (avec le plasticien martiniquais Christian Bertin)

 

2000 Signes et levées de pierres, Musée du Peuple Galicien, Saint Jacques de Compostelle, puis à Lugo, Espagne (avec le professeur Anxo Fernandez Ocampo)

 

2001 La Langue de Barbarie, Musée du Centre de Recherche et de documentation (ex IFAN), Saint-Louis du Sénégal (avec les peintres de pirogue pour la pêche océanique Iba Ndiaye et Vieux Ada Diagne) ; puis à Paris et Rennes

 

2000 à 2009 vingt installations de poèmes-peintures sur pierres dressées sur les montagnes entre Hombori et Boni, nord du Mali (avec principalement six « poseurs de signes » et peintres muralistes dans leurs maisons de terre, de l’ethnie dogon Toro Nomu [ plus très nombreuses œuvres sur tissu et sur papier avec les mêmes, ensuite exposées en Europe ])

 

2005 Parole et Montagne, Museo nazionale etnografico e preistorico Pigorini, Rome, Italie : sur le sujet précédent et avec ses très grands formats sur tissu (jusqu’à 7 mètres de large sur 3 de haut)

 

2006 La Mer parle, installation de poèmes sur soixante pièces de céramiques, Caltagirone, Catane, Venise, etc. (avec le céramiste Andrea Branciforti )

 

2007 Verba et imagines, dans la double grotte Eroa sicule puis hellénistique, dans le parc archéologique de Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2010 Alimentum, à la vasque d’eau au débouché du ravin des tanneries antiques, Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2012 L’Ombre loquace, Palais Nicolaci di Villadorata,  Noto, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2013 L’Os léger, sur la façade de l’ermitage de la Providence, Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo) ; puis à Paris et à la Biennale du Trièves (près de Grenoble)

 

2013 Les Voix du sol, dans les ruines de l’église Del Carmine, Noto Antica, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo),

 

2014 La Soif, grande salle de la MdA du 15ème, Paris

 

2014 Dans cette bouche autour de laquelle nous tournons, Musée Ermitage San Marco, Aidone, Sicile (avec le poète Giampaolo De Pietro et le sculpteur Carlo Sapuppo )

 

2014 Archipel Vigie, temples de Poyols et de Ponet (entre Valence et Gap), dans la Drôme ; puis à Monaco

 

2015 Cinq inadéquats, salla Prisma, Aci Bonaccorsi, Sicile (avec le sculpteur Carlo Sapuppo)

 

2015 Le Cercle de Pierres, temple de Poyols, puis à Paris, puis à Noto (Sicile)

 

2016 Cheval Proue, Baptistère saint Jean de Poitiers

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Rome, Museo Pigorini 2, 2005