Archive | février 2019

Cinq créateurs, plus ou moins créateurs

 

 

Cycle de cinq poèmes mis en espace avec gestes d’acrylique et d’encre de Chine sur Fabriano 120 g (en cinq quadriptyques horizontaux de 16 cm de haut par 9,5 de large pour chaque volet) ; ce cycle a été créé en quatre exemplaires par Yves Bergeret à Veynes et à Die du 20 au 23 février 2019.

 

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1

Livio chez le dentiste

 

Les os de Livio sont en verre.

Il utilise deux béquilles : Leopardi et Lamartine.

Dans sa bibliothèque chérie, des béquilles par dizaines,

raffinées, stylées, flatteuses.

 

Aïe, ses béquilles cassent aussi, elles qui portèrent

l’Europe, telle une suave coupe de sorbets et de fruits.

Est-ce que la faim est encore la même

dans nos terres de populisme et de fer ?

Brique, stuc et marbre, où sont-ils à présent ?

Haute littérature écrite, quelle beauté jadis…

ah, elle s’évapore au plafond du dentiste

tandis qu’allongé sur le fauteuil de soins Livio souffre.

Le plafond est un brouillard terne, deux mouches,

un hémistiche noir ici dans le bruit de la fraise,

un hémistiche gris là. Aïe, Livio éprouve

moins d’amitié pour ses béquilles.

Alors il décide d’entrer dans le voluptueux

monde de la photographie, brûle sa bibliothèque

et jette sur le racisme et la mer en tempête

les cendres et ses premiers tirages.

 

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2

Partout et nulle part

 

A la mort de Véronique ses amis

s’aperçoivent qu’ils ne la connaissent pas.

Savante érudite raffinée

cultivée brillante ironique etc.

Dix-sept masques sur le même visage.

Ah, y a-t-il bien un visage sous ces masques ?

Véronique a multiplié notices, articles, traductions,

brillante archéologue d’une terre irréelle,

feux d’esprit, mille pensées en contrejour,

art infini de la conversation par jeux et réparties,

art d’il y a quatre siècles en Europe de l’ouest.

Or où est l’œuvre ? où est le visage ?

Où est le grand livre, le pilier, le ressort…

Seul et désespéré, un permanent bond

pour sauter d’une vallée à l’autre.

Solitaire un nid projeté par le vent violent

de l’Europe enragée de ne pouvoir

dominer le monde.

 

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3

Bâtisseur à tout crin

 

Son père a battu Guillaume

Son père a terrorisé Guillaume.

Guillaume n’a grandi que dans son propre cri

et par son esquive des coups.

La longue ligne droite de la raison,

à découvert, est trop dangereuse.

Guillaume est antilope et lièvre.

La longue ligne droite de la phrase,

à découvert, est trop risquée.

Guillaume fuit une à une ses familles d’accueil.

La longue ligne de l’écriture lecture,

à découvert, est trop ardue et imprudente.

A quarante ans, Guillaume ne parle presque pas.

Mais depuis l’âge de quinze ans

il dessine et peint, assis par terre,

des bolides ; plus des palais

à multiples perspectives, outre cohérence ciblable,

qu’il investit comme le corps d’une femme aimée.

 

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4

Caniche

 

Modi se trouve beau en écrivain.

Il brigue prix et médailles.

Il installe la littérature comme une plume

d’autruche sur son occiput.

Ou comme un cache-sexe pour cacher son vide.

Son avidité, veux-je dire.

Son avidité a un prénom : « trahir ».

 

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5

La voie libre

 

Dario ne s’intéresse pas à bondir.

Il est lent et aime que les vagues de la mer

soient lentes et inlassables.

Comme une île, Dario a entière l’âme.

Il a appris à construire

et ne ferme jamais la porte

de ce qu’il construit.

Car la poussière

apportée par le silence qui entre dans la maison

est l’épouse du dieu qui dort en lui,

sous sa troisième arcade sourcilière.

 

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Poème de l’Etna et une peinture murale (à Valenza)

 

 

 

 

Vendredi 8 février 2019 au matin, à l’invitation de la Scuola Media Pascoli, de Maurizio Prima Carandoni, directeur, et des professeurs Barbara Iannello et Simone Di Franco, à Valenza, entre Turin et Milan, Yves Bergeret a créé une peinture murale de 1,5 m de haut sur 2 m de large, à l’acrylique et encre de Chine. Cette œuvre est installée au dessus de la porte qui donne accès à la Salle de répétition d’orchestre de la Scuola et à la Salle des Professeurs. Le poème inédit calligraphié au centre de l’œuvre dit :

 

Salut, amis inconnus, ombres nouvelles,

qui traversez le fleuve à pied vers notre maison mère

 

 

 

 

 

 

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Après deux répétitions des intervenants, a été créée en fin d’après-midi de ce même vendredi une nouvelle interprétation orale et musicale du Poème de l’Etna, dans une nouvelle traduction. Cette nouvelle version italienne, splendide, due au poète Francesco Marotta se lit, en deux parties à ces adresses :

https://rebstein.wordpress.com/2019/01/05/poema-delletna-1-9/

https://rebstein.wordpress.com/2019/01/08/poema-delletna-10-18/

 

 

 

 

 

Le cycle a été donné en italien par Pier Manca, acteur et philosophe, dans une très belle diction dynamique et précise, par le poète en français et par Sergio Castroreale, clarinettiste, qui a ici créé des improvisations personnelles, particulièrement inspirées et efficaces par leur beauté et leur sensibilité, après chacun des dix-huit poèmes du cycle.

 

Cette création a eu lieu grâce à la généreuse organisation des libraires Licia et Fabia, et à l’organisation tout aussi généreuse de Simone Di Franco, photographe, et Barbara Iannello.

 

 

 

 

 

 

-Les photographies en noir et blanc ici présentées sont de Simone Di Franco.-

 

 

 

 

 

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