Vassili, imprimeur parmi les traces et les signes des montagnes

 

En une prose et un poème

 

Arrivé à Die une dizaine d’années avant, Vassili Gogatishvili a fondé sa propre imprimerie en 2009. Il l’a nommée Héraldie. Depuis deux ans il s’est installé dans un atelier vaste et lumineux qu’il a fait construire.

 

 

 

 

Vingt minutes de marche à pied depuis le vieux centre romain et médiéval de Die. Voilà, on sort presque du bourg, les prés, les champs respirent sous le vent de la vallée. Les hautes crêtes boisées de Justin ondulent au sud-ouest. Les falaises calcaires du Vercors, au nord-est, aux immenses plis verticaux et aux piliers héroïques, sont les grands veilleurs qui protègent Die en son destin ; et Vassili et sa famille en leur destin ; et nous autres qui venons le voir et lui demander quelque travail imprimé et graphique. Les Résistants du tragique maquis du Vercors veillent là-haut ; et Pierre Seghers, et Pierre Emmanuel, résistants aussi, à Dieulefit, au-delà de quelques montagnes au sud-ouest ; et René Char, encore quelques montagnes plus loin au sud.

 

 

 

 

L’atelier de Vassili touche la nature ; un très grand pré le borde au sud. C’est l’été, des alouettes jettent leurs trilles frêles et stridents en plein ciel puis se laissent tomber jusqu’à leurs nids entre les herbes, trilles de vie, trilles d’espoir, trilles d’entêtement à vivre. Oui, c’est là que travaille Vassili.

 

Je n’ai, je crois, jamais vu dans l’atelier de Vassili de ces infâmes paperasses bigarrées pour la publicité du grand commerce. Le travail de Vassili est délibérément un travail d’excellence, sobre, efficace, à l’esthétique cohérente et maîtrisée ; que cette esthétique soit la sienne propre, car Vassili a reçu une formation de haut niveau en arts graphiques, ou que cette esthétique soit celle des très bons graphistes qui lui apportent du travail, comme Véronique Pitte. Il n’y a pas de compromission ici, Vassili est cet artisan à l’excellence éthique et acharné au travail.

 

 

 

 

Arrivant à son atelier, je n’entends pas les motos de la grand-route au loin, je n’entends pas les voitures. J’entends les alouettes et le ressac inlassable du vent. Je me rappelle alors la beauté droite, meurtrie et épique de la Géorgie où Vassili a ses origines et que j’avais connue et adorée en 1973 et 1974. Des alpinistes et des architectes géorgiens, que j’avais connus par des dissidents de Moscou, m’avaient parlé à Tbilissi des sommets de cinq mille mètres du Caucase. Ils m’avaient donné de superbes photos noir et blanc de villages à hautes tours crénelées, dans la haute vallée de la Svanétie.

 

 

 

 

Et justement, en 1931 Boris Pasternak, malgré son grand succès de jeune poète, est oppressé par le stalinisme qui se met en place ; les difficultés familiales s’accumulent aussi. Il part quelques semaines en Géorgie. Il y est ébloui. Il se lie d’amitié pour toujours avec les poètes Tabidzé et Iachvili. Il écrit alors de superbes strophes sur les tours haut dressées de Svanétie, cris de pierres résistantes jetant leurs trilles noirs jusqu’aux nuages éraflant les glaciers.

 

Dans le bas des vallées du Caucase, dans les collines de piémont se dressent de magnifiques églises orthodoxes très anciennes en pierre ocre, beige, orange. Plan simple quasiment de croix latine. Programme iconographique usuel en dedans, iconostase ; mais sur les hauts murs extérieurs une syntaxe décorative en saillie, motifs floraux stylisés, croix, cercles, simples tours de fenêtres ou de portes, ce sont autant de « hauts reliefs » qui donnent parole à la pierre. Les signes vont de l’avant, sobres et puissants, devançant la fatigue du pèlerin ou la peur de mourir du fidèle.

 

 

 

 

De manière moins fréquente mais tout aussi éloquente, du texte est écrit sur la pierre. Sur des pierres. Mais il est là en creux, en incision. Stabilisant telle maxime, telle injonction pieuse ou profane. Telle dédicace du lieu ou de l’édifice à tel prince ou à tel saint. Attirant immédiatement le regard, invitant immédiatement le regard à une épigraphie naïve ou érudite. Le texte est noble et grave.

 

 

 

 

Vassili a vu tout cela dans son enfance, l’a vécu. En particulier auprès de son oncle, éminent historien, bibliophile averti. Vassili me dit avoir été toujours fasciné dans le jardin de son oncle par une large pierre écrite ; les lettres incisées fixaient le réel. Vassili me montre un livre de 1990, dont la photo se voit ci-dessous, que son oncle lisait et relisait sans fin, l’annotant, y glissant ses notes manuscrites ; Vassili conserve ce livre comme une relique. Ce livre parle de l’histoire de l’écriture et de l’imprimerie en Géorgie.

 

 

 

 

Or l’alphabet géorgien est réalisé dans une plasticité tout à fait particulière. Vassili et moi en avions déjà parlé il y a vingt ans : la beauté rythmique, souple et musicale du tracé des lettres, pratiquement sans angles aigus ni orthogonalité nous fascinait. Le tracé de l’écriture géorgienne est la marche souple et puissante du félin, élégante et décidée. La beauté graphique de la lettre est un mouvement incessant. Vassili me confirme être tout à fait sensible à ce rebond continu de la beauté du signe, allant et volant, tel le rythme du souffle, le rythme de la marche en paix, le rythme du cœur. Même si, tout jeune, il était d’abord presque stupéfait par l’incision à géométrie heurtée et orthogonale des premières lettres en style « Assomtavrouli », la plus ancienne écriture géorgienne sur pierre, me dit-il, et sans notion de sacré. Il précise que l’alphabet géorgien s’est fixé en – 412 avant J.-C. Mais maintenant c’est la souplesse en gestes courbes et puissants de l’alphabet qui, en fait, guide la main de Vassili, guide ses yeux. Tout comme est souple et puissant le vol du pivert qui plonge doucement puis d’un battement d’ailes remonte en longue courbe avant de plonger encore puis de remonter.

 

 

 

 

Toute sa sensibilité d’imprimeur est issue, je crois, de cette stylistique de la beauté, de la résistance, de la permanence d’un signe graphique régulier et parfait dans son propre univers minéral et épique. Vassili n’a jamais oublié non plus Le Chevalier à la peau de tigre, l’épopée écrite par Chota Roustaveli à la fin du douzième siècle. Vassili me dit avoir toujours admiré sa virtuosité d’auteur et, précise-t-il, « la plasticité de sa langue ». Tout écolier en Géorgie l’étudie encore à présent. Vassili me dit aussi qu’il se nourrit de l’œuvre de Vaja Pchavela (1861-1915), poète et paysan né dans les montagnes, allant à cheval dans les hautes vallées, également ethnographe et folkloriste, déployant une conception profondément animiste et panthéiste du monde, styliste remarquable dans ses poèmes courts ou dans ses épopées.

 

Après des études supérieures à Strasbourg et à Nanterre, après avoir été à Paris assistant un an et demi d’un artiste parisien pour la réalisation de deux grands projets de celui-ci, Vassili s’installe à Die et très rapidement reçoit des formations de haut niveau en imprimerie numérique. Cette prose-ci fête les dix ans de son entreprise, Héraldie. Vassili veut que le client soit satisfait, mais que lui-même le soit tout autant. Il est excellent tireur de photographies : sa réputation s’est répandue bien au-delà du Diois. La qualité de son travail attire des artistes de toute la région. J’aime lui rendre visite dans son atelier, lorsque du moins il n’est pas submergé de commandes. Je vois bien que son vaste atelier est devenu aussi une sorte de carrefour et lieu de rencontre d’artistes, comme la haute vallée de la Drôme en a connu. En face de son bureau même, il a mis au mur trois œuvres verticales comme de petites tours de Svanétie, des aphorismes que j’ai calligraphiés sur le plateau sommital de Koyo, au Mali, et qu’ont accompagnés de leurs signes graphiques les six cultivateurs dogons avec lesquels je travaillais il y a quinze ans. Vassili a fait encadrer à la perfection ces œuvres par un artiste de Crest, la ville en aval. Cette photo ci-dessous laisse voir en reflet la tête de Vassili, au travail, parmi les traces et les signes des montagnes.

 

 

 

 

***

 

 

Trois diptyques, créés à Veynes en cinq exemplaires le 2 juillet 2019, sur Montval 300 g de Canson, au format 29,7 cm de haut par 42 de large, à l’acrylique et à l’encre de Chine.

 

1

En naissant il a jailli tout cicatrisé, tout armé.

Son corps était de cette pierre noire

qui jaillit au fond de la vallée céleste

des très hautes montagnes

au carrefour des deux continents

entre les deux mers.

L’une des deux mers, magicienne,

remodèle en pensée d’ambre les racines

des langues des marins et des poètes.

L’autre, langoureuse, dormante, aspire

engloutit le cœur de plus d’un voyageur.

Il voyagera, mais loin.

Il entre dans sa peau de tigre.

 

 

 

 

2

A l’est la mer est langueur et boue.

Ses bruns roseaux ligneux et durs

lui ont pressuré le cœur.

Tant mieux, son cœur se serait séché

et durci en basalte de la tristesse.

Mais non, le cœur lui poigne.

Etreinte du cœur, c’est première lettre incisée à vif,

puis deuxième, puis bien plus, creusées toutes

dans des socles de grès, taillées dans des frontons,

des lettres comme des entailles de serpe ;

amputés les plus maigres esclaves ne pleurent plus

mais muent en lettres d’un splendide alphabet.

Lettres, rebonds par lettres, c’est dignité humaine.

 

 

 

 

3

Il choisit de vivre parmi nous

à l’autre bout de la grande mer de l’ouest.

Il engendre deux fils entre nos pierres grises,

elles qui pétrissent la vie et la rendent résistante

pour que jamais ne casse la parole.

Elle est un fil, un fil net

et sa femme qui sait tisser et feutrer

s’y entend, croyez-moi.

Il choisit de vivre parmi nous,

expert de l’ombre du fil de vie

dont il orne et saisit pour nous le tracé,

le dépôt, le sang et l’encre,

ah, surtout pas l’incision.

Juste le fil et l’ombre,

les signes légers qui strient

la peau du tigre.

 

 

 

 

 

Yves Bergeret

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

Publicités

Publication du T r a i t Q u i N o m m e (& une lettre avec une petite pierre)

 

L e  T r a i t   q u i   n o m m e

(et une lettre avec une petite pierre)

 

est maintenant disponible aux éditions Algra editore 

où on le lit bilingue en français et italien (traductions de Francesco Marotta (coordinateur de la version italienne), Antonio Devicienti, Giuseppe Zuccarino, Viviana Campi, Lucetta Frisa et Marco Ercolani)

546 pages, avec iconographie en couleurs

 

On le trouve dans les bonnes librairies, sur le site (en italien) de l’éditeur (lien : http://www.algraeditore.it/index.php/saggistica/447/il-tratto-che-nomina-le-trait-qui-nomme-detail ) ou par les moyens usuels sur internet.

 

 

En voici l’ Avant-propos

 

En août 2000 j’ai pour la première fois atteint ces montagnes, dans le nord du Mali. D’une manière délibérée. Montagnes tabulaires, aiguilles isolées, formes d’une beauté simple et comme épique, l’entrée du Sahara. Des sources, quelques villages, une mosaïque d’ethnies : Songhaï et Dogon dans les rochers ; Peul et Touareg en plaine, avec leurs vassaux Rimaïbé et Bella. Je pensais que j’allais sans doute rencontrer de très actifs “ poseurs de signes ”. Je rêvais même de pouvoir engager avec eux une création en dialogue.

Ce livre présente mes gestes et mes approches, mes hésitations, mes joies et mes réflexions, tels que je les ai écrits au retour de chacun de mes séjours de travail dans ces montagnes, à partir du quatrième séjour et jusqu’au quinzième. Puis je propose, après le récit de deux ascensions quasiment rituelles, une synthèse finale, qui montre où m’ont conduit mes vingt-deux séjours. J’entraîne parfois le lecteur dans le feu de l’action, parfois je lui propose la distance de la réflexion ; celle-ci est nécessaire, tant les découvertes mais aussi les mystères, tant les hardiesses mais aussi les évitements ont été et restent nombreux. Mais, pas de souci, l’allant de la création, la joie profonde de l’écoute de l’Autre nous emportent tous, d’un courant puissant.

L’allant de la création en dialogue : poète, je pose ici des signes alphabétiques ; les peintres-paysans sans écriture posent des signes graphiques. Nous le faisons ensemble, sur un seul et même support, tissu, papier ou pierre selon les circonstances. Ainsi nous avançons-nous ensemble en créant, pas à pas, de jour en jour, une forme d’œuvre et une pensée de l’espace, forme et pensée dont les aspects, les sens et les enjeux multiples ne se révèlent que peu à peu.

J’ai choisi de ne pas retoucher l’ordre de ces pages telles que je les ai d’année en année rédigées, après chaque séjour, car même ce qui peut sembler, en quelque occasion, une pénombre ou un curieux retour en arrière participe en fait toujours à l’avancée de cette création et de la compréhension de celle-ci. “ Bâtis l’instable ”.

Yves Bergeret

 

 

 

*

 

Une lettre de 2004

 

Ces jours-ci je rencontre à Die Axel Tholens, jeune musicien, de 27 ans. Nous parlons de Koyo, des « poseurs de signes », du dialogue de création. Je l’ai connu il y a quinze ans. Il faisait partie des élèves du lycée-collège de Die. Invité dans les classes j’avais créé un échange de correspondance entre ces élèves et ceux, encore très peu nombreux, de l’Ecole Fondamentale de Boni, l’oasis à proximité de Koyo. J’étais le facteur de ces lettres. Axel Tholens me montre une lettre reçue alors d’un jeune Toro nomu Dogon (d’un autre village que Koyo) ; donc devant une grande fresque d’Hamidou Guindo à Die (présentée et analysée dans le livre La Maison des Peintres de Koyo, édition Voix d’encre, 2007), il joue : hommage à la paix, au dialogue, au respect.

 

Dans l’enveloppe, une sorte de petite pierre dont le jeune Dogon a écrit « cette pierre est très importante ».

 

Hypothèses : la roche de la région est le grès et cette pierre qui n’est pas de grès vient d’ailleurs, passée de main en main, sûrement dotée de pouvoirs animistes ; elle est par endroits couverte d’une croûte hétérogène. Ou petite pierre à sacrifices dont les crèmes et enduits rituels, indispensables, se sont durcis et écaillés. Ou calcul (à très puissant pouvoir animiste) extrait du système digestif d’un animal sacrifié. Dans les deux hypothèses ce petit objet rituel a encore plus d’importance quinze après, alors que toutes les violences de la guerre ravagent la région du jeune correspondant (est-il même encore vivant ?) d’Axel Tholens et que la violence du racisme et du populisme oppresse dangereusement l’Europe. Petite pierre du lien, petite pierre de la parole.

YB

 

*

 

La mise en traduction du Trait qui nomme était annoncée et analysée l’an passé sur ce blog-ci à cette adresse : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2018/02/24/le-trait-qui-nomme-publication-bilingue-en-cours/

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

 

Entrée en écriture

On trouvera ici : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2019/05/24/latelier/  un poème (et l’accès à sa traduction italienne ) qui rend hommage aux très jeunes auteurs participants de ces ateliers, pour leur dignité et pour la beauté sobre et transparente de leurs textes, pour l’absence de toute lamentation et de toute mièvrerie littéraire : ils sont des jeunes charpentiers de la Carène à venir.

 

 

 

 

E N T R É E
E
N
E C R I T U R E

 

 

 

 

 

Par les élèves de 3e1 et 3e2,
classes de Juliette Beillard et Aurélie Buffel

Ateliers d’écriture animés par Yves Bergeret

dans le cadre de la première année de PEGASE
Année scolaire 2018-2019

Collège Ariane, à Guyancourt

*

 

Cet ensemble est édité sur papier aux éditions Mazette,

avec une mise en page de Gilles Cheval

*

 

Les photos de cette présentation-ci ont été prises au tout début des ateliers et témoignent des instants même de l’”entrée en écriture”.

 

***

 

Préface

 

Depuis des années, éclosent en fin d’année scolaire les livres de poésie réalisés à partir des textes des élèves d’écoles, collèges et lycées du territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines, avec la collaboration d’un.e poète.

Les rencontres, qui ont émaillé l’année, entre les jeunes et les poètes, ont été riches de découvertes, d’expériences, de surprises.

Le livret que vous avez entre les mains tente de rendre compte de cette richesse.

Les Itinéraires poétiques remercient tous les partenaires qui permettent à ce genre de projet de voir le jour, conscients que la culture et l’art sont les outils d’une citoyenneté éclairée et vivace.

Bonne lecture.

 

Jacques Fournier
La Commanderie / Les Itinéraires poétiques

 

 ***

 

 

Introduction

 

Les classes de 3e1 et de 3e2 du collège Ariane ont rencontré et travaillé avec Yves Bergeret, poète et plasticien, pendant cinq ateliers de deux heures. Grâce à l’approche humaine et vivante de la parole en immersion d’Yves Bergeret, les élèves ont pu créer leur propre espace de langue avec pour points de départ trois axes d’études esquissés lors de notre première rencontre avec Yves pour préparer le projet.

 

Ces axes d’études sont les cahiers qui officient pour chapitres dans ce recueil. Le premier cahier rassemble les textes des élèves de 3e2 qui ont évoqué avec Yves le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Le 21 janvier 2019, l’atelier d’écriture a pris place après la lecture inspirante et habitée d’Yves Bergeret d’un passage de Cahier d’un retour au pays natal qui évoque la rue Paille où se trouve la maison natale d’Aimé Césaire que personne n’aime et lui moins encore. Après une discussion autour de la poésie de la négritude, de la rencontre d’Yves avec Aimé Césaire, les élèves de 3e2 se sont vu proposer d’habiter une maison, un lieu que leur narrateur désirerait quitter plus que tout.

 

Le deuxième cahier est le témoignage d’un atelier d’écriture autour du film de Jean Rouch : Bataille sur le Grand Fleuve et vise à évoquer la mémoire nourricière en même temps que l’évocation du chant des ancêtres chasseurs d’hippopotames. Le 29 janvier 2019, les élèves de 3e1 ont embarqué sur une pirogue menée par un jeune guyancourtois sur le fleuve Niger et se sont interrogés sur la mémoire dont ils devaient s’emparer pour raconter cette chasse.

 

Pour le troisième et dernier cahier, inspiré par Carène, poème en cinq actes, Yves Bergeret a évoqué avec les élèves son propre travail. Il leur a confié sa manière d’écrire, de créer la poésie étroitement liée avec sa façon de VIVRE. Il leur a présenté son œuvre comme une parole qui accueille et a évoqué avec eux les récits de vie d’Alaye et d’Ankindé, deux migrants arrivés en Italie après une éprouvante traversée maritime. A travers trois ateliers, l’un le 4 février et deux le 14 février, l’évocation de Carène et le travail sur le « Rêve d’Alaye » ont permis aux élèves de 3e1 et de 3e2 de rêver un espace traversé par les mondes complexes auxquels ils sont aujourd’hui confrontés.

 

« Ecrire pour dire le monde », vaste projet d’éducation artistique et culturelle que nous avions en tête pour nos élèves de 3eme cette année et qui nous a menés loin, très loin…

 

Lors de ces rencontres avec Yves Bergeret qui a partagé témoignages, textes et créations, fruits de ses expériences autour de la « langue-espace », les élèves se sont interrogés, ils ont poussé les frontières, ont fait tomber les murs et ont exploré les espaces en turbulence.

 

Sensibilisés plus tôt dans l’année à l’écriture et la poésie engagée grâce à la « Semaine des écrivains persécutés et empêchés » mise en place par les Itinéraires Poétiques, ils ont fait des combats des écrivains leur combat. Et le premier qu’ils durent affronter fut l’entrée en écriture. L’acte même d’écrire, dans le cadre strictement scolaire, est pour beaucoup source d’émotions, de craintes, voire d’angoisses.

 

Les élèves ont su accepter « le trait qui nomme mais aussi le trait qui trahit  »[1] pour peu à peu se réapproprier l’écrit, un chemin vers la résilience. Yves les a accompagnés avec générosité dans un contexte de création en faisant résonner ses mots et ceux d’autres poètes comme des incantations.

 

Nous sommes fières de les avoir vu devenir les passeurs de ces mots et de cette mémoire d’abord collective puis personnelle du monde des frontières, du monde de l’exil, de celui des migrations.

 

« Passer le cap et ouvrir la parole », telle fut la mission hautement poétique qu’ils ont accomplie. Ces rencontres n’auraient pu se faire sans le partenariat avec les Itinéraires Poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, ni sans Jacques Fournier et Catherine Baron que nous remercions chaleureusement.

Ces ateliers, ainsi que la publication de ce recueil, ont été financé grâce au programme PEGASE ( “Programme Expérimental de Généralisation des Arts à l’École”) conçu par l’académie de Versailles et la Fondation Daniel et Nina Carasso, à qui nous exprimons notre reconnaissance pour leur volonté  de généraliser une éducation artistique et culturelle exigeante et ambitieuse.

Enfin, en notre nom et au nom de tous les élèves, nous souhaitons exprimer à Yves Bergeret notre plus grande et sincère gratitude.

 

Juliette Beillard, professeur certifié de Lettres Modernes,

et Aurélie Buffel, professeur certifié de Lettres Classiques.

 

 

 

 

C A H I E R  1

 

 

 

« Tout le monde méprise la rue Paille. C’est là que la jeunesse du bourg se débauche. C’est là surtout que la mer déverse ses immondices, ses chats morts et ses chiens crevés. Car la rue débouche sur la plage, et la plage ne suffit pas à la rage écumante de la mer.

Une détresse cette plage elle aussi, avec ses tas d’ordures pourrissant, ses croupes furtives qui se soulagent, et le sable est noir, funèbre, on n’a jamais vu un sable si noir, et l’écume glisse dessus en glapissant, et la mer la frappe à grands coups de boxe, ou plutôt la mer est un gros chien qui lèche et mord la plage aux jarrets, et à force de la mordre elle finira par la dévorer, bien sûr, la plage et la rue Paille avec.

Au bout du petit matin, le vent de jadis qui s’élève, des fidélités trahies, du devoir incertain qui se dérobe et cet autre petit matin d’Europe…

Partir. »

Extrait de  Cahier d’un Retour au Pays Natal, Aimé Césaire.

(Editions Bordas, 1947. Rééd. Présence Africaine, 1956)

 

***

 

 

Maison

 

Maison.

Où l’on peut vivre.

Ce n’est pas le cas pour moi.

 

Je suis seul quand je pars, mes parents travaillent jour et nuit pour payer cette

« maison ».

 

Et moi

qui attends les samedis soirs où mes parents rentrent.

Je les observe depuis un trou dans le mur qui fait office de fenêtre.

Ils me regardent avec un sourire qui, je le sais, s’effacera

quand je me retournerai.

 

Le soir

quand je ne m’endors pas,

j’écoute le bruit des voitures, du train, des volets qui claquent avec le vent

 

et je pense

si j’avais une vraie maison, avec de vraies fenêtres, de vraies portes.

 

Et je rêve, j’oublie, j’imagine …

 

Je rentre.

Mes parents sont là; je vois mon chien ou est-ce un chat? Des amis sonnent à la porte.

Ils viennent me demander si je peux sortir avec eux.

 

Je refuse.

Je préfère jouer aux cartes avec mes parents.

 

Puis, une voix, de loin, très loin.

J’ouvre les yeux, je vois ma mère me regardant et me disant qu’il est l’heure d’aller à l’école.

 

Puis je revois ma presque maison, mes presque parents et reprends ma presque vie.

 

Baptiste J., 3e2

 

***

 

 

Le grand jour

 

 

Voilà… ça y est.

Aujourd’hui c’est le grand jour.

 

Adieu beau salon avec ta table cassée de toutes parts mais qui a retenu mes plats.

Adieu canapé grinçant ayant supporté de longues heures durant mon postérieur.

Adieu mon salon, tu vas me manquer.

Au revoir, cuisine, tu ne me connais pas vraiment et moi non plus d’ailleurs. Ce n’est pas ta faute, mais, à part le tiroir à gâteaux, je n’avais rien à faire ici. Après tout, seule ma mère venait ici.

 

Et enfin….

Ma chambre.

Sache que, si je te quitte, c’est pour en trouver une meilleure.

Sans le lit qui fait des siennes dès que je le touche

Sans le bureau et ma chaise bancals

Qui risquaient de me lâcher à tout instant.

 

Voilà… ça y est.

Aujourd’hui c’est le grand jour.

 

Je quitte ma vieille maison pour aller vivre dans une meilleure.

Je l’espère.

 

Je suis quand même triste à l’idée de quitter ma maison,

celle qui m’a vu grandir.

Je ne sais pas

J’ai envie de protéger ma vieille maison

 

Et mes souvenirs qui y sont restés.

 

Mais je veux aussi une nouvelle maison sans ses défauts.

Je ne sais plus.

 

Melvyn M., 3e2

 

***

 

 

Dans MA maison

 

 

Dans MA maison, on a coupé l’électricité…. car je n’arrivais plus à payer mes factures.

Je ne supportais plus la tapisserie trop grise et trop sale.

Le lendemain, on m’a mis à la porte et pourtant je veux rester dans les alentours. Je suis à la rue depuis une semaine. Je viens de trouver un travail dans une boite de nuit. Tout le personnel est gentil ; le patron est au courant que je suis sans domicile fixe et il m’a proposé de me loger chez lui le temps de que trouve un appart’.

 

Théo A., 3e2

 

***

 

 

 

Enfants de la guerre

 

Dans ma montagne de l’Afghanistan, je suis dans une petite maison recluse au coin de mon village encore plus petit. Serrés dans une seule et modeste pièce pour neuf enfants et nos deux parents, nous vivons dans des conditions de vie extrêmes alors que la guerre fait rage tout autour de nous.

Le soir, avant de me coucher, la nuit, quand je dors, – dans mes rêves – et la journée lorsque je suis censée travailler, je me surprends à rêver à chaque instant d’une vie meilleure que celle-ci.

 

Le bruit des grenades, des mitrailleuses ou encore les cris terrorisés, l’aridité de mon quartier font partie de ma routine quotidienne. Moi, ce à quoi j’aspire s’apparente plutôt à la douce caresse du vent sur les feuilles couleur ocre des arbres, aux bruissements de l’écume qui s’échoue sur la plage, le crissement du sable sous mes pieds, ou bien les mélodies joyeuses sifflées et reprises par tous les oiseaux.

Une petite maison simple mais grande, où tout le monde aurait sa chambre, entourée d’un jardin où des orchidées et des anémones viendraient pousser naturellement. Nous aurions un pêcher dont les fruits procureraient une sensation sucrée et juteuse qui nous apporterait le bonheur.

 

Oui, c’est à cela que je rêve; je rêve d’une nouvelle vie.

 

Océane M. et Ratsamy W., 3e2.

 

***

 

 

TREMBLER. Je coupe ma respiration puis je cours. Je cours de plus en plus loin. LOIN. Loin de ces personnes avec leurs armes. ARMES. Qui font le bruit du tonnerre et les dégâts d’un tremblement de terre. TERRE. Où les explosions sont constantes. COURIR. J’ai perdu ma mère, mon père, je ne vois plus personne. Derrière moi, on me crie d’avancer, de rembourser, de payer mais je n’ai rien. ACCELERER. Je sens mon coeur s’accélérer ; la neige passe et me pousse, je revois mes pieds gelés. CONTINUER. La neige fond et devient mer. Le soleil est là ; il tape dans mon dos. J’ai l’impression que je vais m’écrouler et tomber dans le vide. ENTENDRE. J’entends la mer, les bateaux, l’odeur du plastique chauffé. Le vent me pousse. Mon coeur se serre. Puis, une voix. STOPPER. Tout s’arrête. Cette voix est floue ; y en a-t-il une ou plusieurs ? Je m’arrête de courir et me laisse porter par ce son. D’où vient-elle ? Elle me semble si familière. REVER. Mon rêve change. Je me repose. Je suis bien. SEUL. Il n’y a rien et pourtant toujours cette voix. J’aimerais que ça ne s’arrête jamais. JAMAIS. Je crois comprendre quelques paroles. Elles sont si belles. REPOS. Je me détends et écoute. CALME. Plus de neige, plus de mer, plus rien. RIEN.

 

Baptiste J., 3e2

 

***

 

 

 

C A H I E R  2

 

 

 

 

« La violence aux aguets,

assis, seul, au bord de la route nue

tatouage triste sur le fleuve Mana

rentre en moi un nuage chargé de poudre »

 extrait de Saut Sabbat  (Carnet de langue-espace), Alexandre Cailleau

 

 

 

 « Faran Maka Botè Norambi

Le jour où il a tué le poisson-serpent

La tête est partie jusqu’à Kermachawé.

La chair est partie jusqu’au pied de la dune de Koyma.

Depuis un an les Sorkos taillent toujours dans la chair.

Ils ont fait un an à couper toujours dans la chair.

Ils n’ont pas pu arriver jusqu’au milieu.

Faran Maka Botè Norambi.

Ce jour-là, il s’est assis.

Le jour où il est parti pêcher il est parti au fil de l’eau.

Il n’a vu aucun poisson dans l’eau.

Ni hippopotame ni lamentin ni rien.

Ce jour-là il est reparti remonter le courant. »

Extrait de la « Chanson de Faran Maka », publiée par Guy Lévis Mano en 1950 in Chants du Dahomey et du Niger

Cette chanson a été chantée en 1947 à Jean Rouch par Nuhu, chef du petit village de pêcheurs Sorkos de Atyi Koyra à cinq kilomètres en aval de Gao sur le Niger. […] Faran Maka est l’ancêtre mythique des Sorkos, c’est lui qui fut le premier Sorko, son père lui avait appris les secrets de la pêche et sa mère les secrets de la magie. Les hauts faits de ce héros ont été conservés dans un grand nombre de chansons. Ce sont les Sorkos eux-mêmes qui les chantent gravement et fièrement.

Yves Bergeret (Carnet de langue espace) Vercheny et l’hippopotame, septembre 2018

 

***

 

 

 

Un voyage d’initiative

 

C’est l’histoire d’un homme,

un homme d’âge mûr,

Il n’a pas spécialement une bonne vision du monde qui l’entoure.

Il voit dans son village des gens qu’il trouve immatures,

inconscients, dans une zone touchée de plus en plus par la famine.

 

Agacé par ce comportement qu’il juge inacceptable,

il décide de quitter ce village avec le peu de provisions qu’il lui reste.

Après plus de deux heures de marche,

il voit apparaître devant lui un obstacle gigantesque,

un énorme fleuve,

si grand qu’il est impossible pour un être humain d’en percevoir le fond.

Il a alors l’idée de créer à partir des troncs d’arbre et des carcasses d’animaux présents,

une embarcation pour traverser le fleuve sans fin.

Une fois la construction du «bateau» terminée,

il utilise finalement le fruit de sa détermination,

et pagaye longtemps.

Lors de ce trajet interminable, il croise une grande famille d’hippopotames luttant contre la faim tout en se

protégeant les uns des autres.

Il  a peur d’être attaqué à tout moment

Sa vie est en danger mais l’émotion le saisit devant une telle entre-aide familiale.

Il compare cette scène à l’atmosphère qu’il a toujours détestée dans son village natal.

Malheureusement, il a à peine le temps de se remettre en question qu’il est attaqué et tué par les hippopotames.

 

Yanis R., 3e1

 

***

 

 

La légende du Nil

 

Il existe une légende qui coulait dans le fleuve du Nil, passant par l’Égypte…

 

On raconte que celui qui, porteur de nombreux soucis et de problèmes, vient à pénétrer dans ce fleuve en ressort avec l’esprit tranquille et soulagé.

 

Il y a de nombreuses années, Cléopâtre reine d’Égypte a pour époux le Pharaon.

Son couple connaît beaucoup de problèmes.

Elle est victime des tromperies de son mari et se trouve au plus mal.

Mais éperdument amoureuse de lui, le quitter est impensable.

 

On lui apprend une nouvelle infidélité de son mari.

Accumulations des tromperies passées, elle part s’aérer l’esprit.

Elle marche au bord du Nil, un fleuve qu’elle aime tant.

Tout à coup, elle aperçoit des pierres briller de manière exceptionnelle.

Cléopâtre curieuse, s’approche, glisse puis tombe dans le fleuve.

Elle n’est pas très bonne nageuse, regagne la rive avec difficulté et retourne dans son palais.

Une fois dans sa chambre, elle voit son mari,

celui-ci s’agenouille pour lui demander de lui pardonner ses multiples erreurs,

lui promet fidélité et lui ouvre son cœur.

Cléopâtre surprise et heureuse des paroles de son époux,

Le serre fort contre elle puis finit par accepter son pardon.

On raconte alors, que ce couple a vécu une nouvelle vie, grâce à l’eau de ce fleuve…

 

Sarah S. / Faïza R., 3e1

 

***

 

Le fleuve maudit

 

Trois navigateurs doivent descendre un fleuve pour rejoindre leur famille.

Mais rien ne se passe comme prévu.

Lors du trajet l’un des membres de l’équipage, aperçoit au loin une silhouette féminine.

Il croit que cette femme se noie.

Il saute dans l’eau, et se met à nager à une vitesse phénoménale pour la rejoindre.

Une fois arrivé, il comprend vite que ce n’est pas une femme comme les autres.

Elle est dans l’eau maquillée avec une queue de poisson à la place des jambes.

Après avoir compris qu’elle était une sirène, il se rend compte de sa beauté fatale et le coup de foudre arrive.

La sirène tente de l’envoûter en lui chantant une chanson.

Elle lui tend la main, l’homme avance la sienne puis elle le coule

Il meurt.

Quelques années plus tard cette histoire se répète.

La sirène possédée hantait le fleuve maudit.

 

Amel S. et Nelly T., 3e1

 

***

 

 

Le miracle du Fleuve du Silence

 

Je vais parler de ce magnifique fleuve que j’ai eu la chance de découvrir : le Fleuve du Silence. Les populations que j’ai rencontrées, m’en ont révélé les nombreux secrets.

 

Il est si bleu, si calme alors qu’il renferme tant de mystères.

Partant de la ville de Vancouver, passant par Dawson Creek, Edmonton, Calgary, Saskatoon, Lynn Lake et tant d’autres villes pour enfin se jeter dans le fleuve Saint-Laurent qui se trouve au Québec.

 

Ce long voyage, m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes qui m’ont beaucoup aidé. Un jour, j’ai découvert un petit village au bord du fleuve qui était apparemment très peu connu des populations alentours. Je me suis arrêté pour rendre visite aux habitants.  Ils étaient très aimables et très ouverts. J’ai eu l’occasion de discuter avec le chef du hameau qui était nommé   « Le Doyen ». Le chef doit être le plus vieux car il est dit que les personnes plus âgées sont les plus sages.

 

Je vais raconter l’histoire qu’il m’a contée :

« Il y a très longtemps, une petite tribu du Canada souffrait de la soif.

Les hommes les plus forts et les plus endurants furent envoyés sur la côte de Vancouver à pied. Leur mission était de creuser la côte afin de créer un chemin pour que l’eau puisse circuler jusqu’à leur village. Ils travaillèrent des jours, des semaines, des mois, des années mais le travail était long et épuisant.

Un jour, entre deux villes, ils décidèrent de faire une pause afin de dormir.

Au réveil, ils virent une tranchée creusée sur des kilomètres devant eux !

Quel miracle !  Il n’y avait personne à des kilomètres à la ronde.

Mais un problème persistait, l’eau ne circulait pas. Ils décidèrent tout de même de rentrer dans leur petit village. Ils remontèrent la tranchée, leur chemin était tracé.

Arrivés chez eux, ils sortirent du long ravin et, comme par magie, l’eau arriva comme un tsunami mais dans un silence improbable. Depuis ce jour, la tribu vénère l’entité qui les a sauvés de la soif. »

 

Dorian D., 3e1

 

***

 

 

La traversée du Nil

 

Je vais vous raconter l’histoire que j’ai vécue au bord du Nil. Je suis parti avec deux de mes amis, Mustafa et Dembélé. Nous avons débuté notre périple en traversant le Rwanda et l’Ouganda. Pendant ces deux semaines, la traversée était plutôt calme.

 

De notre pirogue que nous avons nommée Kara Baronkaum, nous avons observé de nombreux animaux mythiques. Nous avons fait connaissance avec une sirène nommée Aria et une famille de crocodile.

Nous avons continué notre chemin jusqu’au Soudan du Sud. Devant nous, un flamant-rose est apparu, nous avons longuement discuté et sympathisé avec lui :

 

– « Dis-moi, quelle est la couleur des étoiles, toi qui vole aussi haut dans le ciel ?, lui demandais-je.

–  Leur couleur est étincelante et bordée de reflets multicolores, me répondit-il. »

 

Après cet échange, il décida de nous suivre dans notre aventure.

Plusieurs jours après, mon ami Dembélé alla se baigner et disparut, comme aspiré par les profondeurs du fleuve. Nous nous sommes alors inquiétés mais notre pirogue nous a rassurés en nous disant :

« Je connais bien les eaux de ce fleuve, j’y ai longuement navigué. Pendant ces nombreuses années, j’ai vu plusieurs voyageurs sombrer dans les profondeurs du Nil mais ils sont toujours réapparus un jour. »

Après cet événement nous avons continué notre voyage.

La nuit était très froide, nous étions terrifiés par la pénombre.

Seule la lune transperçait cette obscurité.

 

Quelques semaines plus tard, nous sommes arrivés au Soudan.

Là-bas, il faisait chaud et les paysages étaient remplis de créatures sauvages et de grandes plaines verdoyantes.

Là, la Déesse protectrice des animaux nommée Vayanen nous apparut. Elle avait de longs cheveux bouclés, scintillant de reflets dorés. Elle portait également une longue robe de plantes aquatiques, surplombée d’une couronne brillante de mille feux.

Elle regarda le flamant-rose et lui dit : « Oh toi! Depuis plusieurs jours, je te cherche afin d’accomplir une mission de la plus haute importance. Rentrons ensemble au pays ! »

Le flamant-rose décida alors de rejoindre la Déesse Vayanen puis elle me donna sa couronne sacrée pour me remercier d’avoir protéger son ami.

 

Arrivés en Egypte, après plusieurs jours de trajet, avec un corps fatigué et sali par l’effort, nous sommes allés nous rafraîchir. Quand soudain, Dembélé réapparut du fond des eaux. Il nous raconta donc son histoire :

« Après m’être baigné, je me suis retrouvé devant un monde merveilleux, celui des Animaux. A mon arrivée, j’ai aperçu au loin une jeune sirène blessée que j’ai soignée puis ramenée dans son gigantesque royaume sous-marin. Là-bas, son peuple m’a remercié et m’a donné sa bénédiction pour les années à suivre. »

Mustafa répliqua : « Je pense que, grâce au flamant-rose tu es revenu parmi nous. Il nous est arrivé une incroyable histoire avec une Déesse qui vient aussi de ce pays. »

Nous lui avons raconté notre histoire en naviguant sur les flots.

La nuit arriva à grand pas. Un peuple de Sorkay nous invita à passer le reste de la soirée en leur compagnie. La nuit fut mouvementée et joyeuse, nous avons chanté et dansé au rythme de la musique africaine. Mustafa rencontra alors une jeune fille réservée nommée Nadia, avec laquelle il a longuement discuté. Il eut un coup de foudre pour cette fille particulière et pleine de douceur. Il décida de rester avec elle.

Pour les remercier de leur accueil, nous leur avons offert la couronne magique de la Déesse.

Dembélé et moi sommes repartis pour rejoindre notre destination finale, la capitale de l’Egypte, le Caire.

 

Eva et Alicia 3e1

 

***

 

 

 

 

MADY

 

Mady a 10 ans

Elle fait l’école buissonnière

Elle aime s’aventurer dans des endroits inconnus.

 

Un jour, Mady prend un autre chemin,

Elle découvre un grand fleuve dans lequel personnes entrent,

les personnes rentrent tout habillées de la tête aux pieds.

 

Elle est tellement impressionnée que le lendemain matin elle retourne au fleuve,

Elle s’avance et s’enfonce au fond de l’eau,

Elle remarque que les animaux aquatiques n’étaient plus les mêmes.

Ils avaient des formes et des couleurs étranges qu’elle n’avait jamais vues.

 

Tout à coup Mady entend la voix d’une femme qui lui murmure un mot

C’est un mot magique

«Mont blanc au fond de l’eau»,

Elle le répète

En un instant, une lumière étincelante jaillit.

Elle plonge jusqu’à la lumière et découvre une grotte

L’eau ne pouvait y pénétrer.

 

 Bélynda,  Hakim, 3e1

 

***

 

 

Dans le village de Mobitie

Nous avons retrouvé un jeune homme.

« Je m’appelle Boulouye,

un jour je me suis baigné dans le fleuve

puis je fus emporté.

Un homme m’a repêché

il m’a proposé d’aller chez lui pour me reposer.

En chemin, je croise mon père

Il est surpris

Surpris de me voir avec mon frère.

Oui, je ne le savais pas.

Mais c’était mon frère.

Nous avons été chez lui pour parler de tout ça. »

 

Louis 3e1

 

***

 

 

Un jour, en me baladant dans le Royaume de Budoku
j’aperçus un fleuve dont l’eau luisait
et où les poissons scintillaient.

 

Un habitant du royaume que je croisais en chemin
m’expliqua que ce fleuve était protégé par les dieux.

 

Il me raconta qu’une épidémie avait décimée son village.

Le fleuve les avait sauvés.

 

Nassim, 3e1

 

***

 

 

En ce temps-là,

au fin fond de la Chine,

se cachait un petit village,

près du fleuve mythique : Huang He

plus connu sous le nom du fleuve Jaune.

 

Ses profondeurs renfermaient le terrible Choupa Zumba, monstre du fleuve.

La déesse Shui y ancra ce monstre qui semait la terreur dans les mers du monde entier.

 

Il dévorait la plupart des animaux du fleuve.

Il ne restait rien au village.

Le village portait le nom de son dieu protecteur : Hoï Khan.

 

La pêche était mauvaise.

La famine guettait le village.

Une élection décide du sort des villageois.

Chan Taïy, petit fils de Rioutay Chakalafaliuta Karemba,

élu par tous les Hoï Kanas, irait à la rencontre de Choupa Zumba, lutter contre la famine.

 

Il construisit, avec d’autres hommes élus par le peuple,

des embarcations solides et résistantes.

 

Le lendemain, ils se mettent en route.

Ils dépassent crocodiles, hippopotames,

et avancent sur ces eaux dangereuses.

 

Ils croisent enfin les fameux hippocrodiles,

et usent de ruses.

Soudain le Choupa Zumba apparait,

casse le navire d’un coup de tête.

 

Chan Taïy prend son courage à deux mains et s’élance vers le monstre.

Mail Choupa Zumba se jeta sur lui et l’emporta.

 

L’équipage rentre au village pour annoncer la terrible nouvelle.

 

                                                                                               Bilel B. et Amine Q. (3e1)

 

***

 

 

 

C A H I E R   3

 

 

 

 

 

« Au milieu de la nuit d’Aidone

un rêve acide réveille en sursaut Alaye.

Il a vu que l’eau s’est retirée de la mer.

Il a vu que les vallées immenses du fond de la mer

sont dans l’ignorance complète des vents et des couleurs de la végétation.

 

Il a vu que les vallées sont muettes et vides de vie. »

 

 

« Regarde, une volée d’âmes jaillit du rocher des suicidés.

-Une bande de martinets attrape la lune comme un insecte.

-Ma main est une guêpe.

-Ta main est une abeille.

-Ma main est un marteau.

-Ta main est un pinceau.

[…]-Mon front est une guêpe.

-Ton front est une abeille.

-Mon front quand je prie

racle le fond de la souffrance.

-Ton front n’a plus de pansement.

-Les oiseaux dévorent les insectes.

-Tu es brindille pour quel nid, Ankindé ?

-Tu es brindille contre quelle mort, Alaye ? »

 

Extraits du « Rêve d’Alaye », étudié lors de l’atelier autour de Carène, d’Yves Bergeret

 

 ***

 

 

 

Suite du rêve d’Alaye

 

Plus tard, dans les feuillages, j’entends un bruit étrange qui se rapproche,
Ankindé et moi nous regardons croyant qu’un animal féroce surgirait des buissons.
Ce n’était que Husséni qui nous cherchait partout.
– « Mais pourquoi êtes-vous là en plein milieu de la nuit ? Je vous cherchais dans la chambre.
– Nous sommes venus car Alaye a fait un rêve étrange sur la mer et il avait envie de prendre l’air.
– Un rêve étrange ? raconte-moi ton rêve Alaye. »

 

Alors, je lui ai tout raconté. L’air est devenu plus paisible sur la colline.
Nous sommes restés assis dans l’herbe à regarder l’horizon.
Nous avons parlé de notre avenir, de notre parcours.

On pourrait partir à Londres pour étudier.
Ou même aller plus loin dans le monde…
Husséni s’est mis à crier.

 

« Moi je veux être médecin, avoir un grand cabinet où je soignerais tous les jours les patients qui n’ont pas les moyens.
– Moi, je veux être avocat dans une grande ville et avoir deux enfants, cria Ankindé. »

 

Ils se sont tournés vers moi pour me demander ce que je ferai plus tard.

« Je veux juste voyager à travers le monde entier, découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre. »
Ils étaient étonnés. Cela me fit rire. Surpris, ils se mirent à rire aussi.

 

Avant de partir pour ce long voyage, avant de fuir mon pays, je rêvais d’un monde meilleur.
Pas de guerre, pas de dictateur, ni de camps, rien de tout cela.

 

Quatre années ont passé et mon rêve s’est réalisé.
Ankindé, Husséni et moi avons pris des chemins différents.

 

Maintenant, je vis à Londres pour mes études d’écrivain.
Plus tard, j’irais au Japon pour apprendre et comprendre les écritures japonaises.

 

Emmanuella, 3e1

***

 

 

Après avoir parlé avec Alaye, Ankindé, qui était déjà plus positif que son ami, trouva une lueur d’espoir dans les cendres noires du volcan de Sicile.

 

Le temps a passé et Ankindé s’est retrouvé séparé de son ami resté en Italie alors que lui avait décidé de tenter sa chance en France. Les deux amis discutent souvent par téléphone.

Ankindé avait souvent repensé à cette phrase prononcée par Alaye lors d’une de leur dernière conversation : « Tu es brindille pour quel nid ? ». Depuis, Ankindé n’avait alors plus qu’une idée en tête : trouver ce « nid » dont parlait Alaye.

 

Un an et demi après, Ankindé avait trouvé une maison et les graines qui vont avec. Il était agriculteur. Aucune nouvelle d’Alaye depuis quatre mois.

 

Il apprit par la suite que son ami s’était laissé tomber, qu’il avait attrapé une maladie dans la rue et qu’il en était décédé.

 

Il se remémora les pensées d’Alaye, noir, la traversée en mer, la mort, les cadavres qui étaient ses propres yeux. Fallait-il vraiment chercher à être positif quand le monde est si négatif ?

 

Trois années s’écoulèrent, Ankindé continuait son métier à la différence près qu’il suivait le caractère d’Alaye, plus sombre, plus négatif, et ses cauchemars aussi.

Il avait pourtant atteint son but : trouver du travail et pourtant il était devenu inabordable. Il était cette brindille qui constituait le nid mais seul, tout seul et il manquait quelque chose.

 

Alaye s’était métamorphosé.

 

Ankindé avait pourtant compris que, en partant de la Sicile, il pourrait connaitre une vie digne d’être vécue. Il a déjà parcouru un beau chemin mais celui-ci est encore long.

 

Lucas T.-P., 3e2

 

***

 

 

 

Au milieu de la nuit, je me réveille pour boire un verre d’eau quand, tout à coup, j’entends des voix venant de la colline. C’était deux personnes qui parlaient. Je me rapproche, je les entends de plus en plus. Cette voix. J’ai entendu leurs conversations, ils parlaient d’un rêve : « Le volcan luit dans la nuit sombre et claire ».

Je n’ai d’abord rien compris à leur charabia.

 

J’ai atteint le sommet de la colline, me suis approché d’eux et suis intervenu dans leur discussion :

« -De quoi parlez-vous ? Moi je m’appelle Marco, je suis un sicilien et je présume que vous avez traversé la mer et que vous êtes arrivés ici, en Sicile.

-Oui, mais que nous veux-tu ?

-J’ai entendu votre discussion depuis ma maison et je suis venu vous voir pour comprendre vos propos.

-Bon je pense que nous pouvons te faire confiance, vu que tu ressembles à mon frère. Nous parlons d’un rêve, que dis-je, un horrible cauchemar.

-Ah ! d’un cauchemar ! ce sont les principaux traumatismes des voyages sanglants que vous faites pour venir jusqu’ici.

-Oui c’est cela. Ce sont des souvenirs de notre voyage, en pire. Je vais vous expliquer. Nous avons vu nos camarades tomber de la barque.

-Malheureusement, votre cas n’est pas unique, j’en ai traité des dizaines comme le vôtre.

-Mais quelle profession exercez-vous ?

-Je suis psychologue; je peux vous aider. Si vous voulez, nous pouvons aller chez moi pour en parler.

-Mais bien sûr; nous vous en remercions. »

 

Ils décidèrent de descendre vers la maison de Marco. Pierres après pierres, ils descendirent de la colline, prêts à se reconstruire.

« -Mais au fait, où voulez-vous aller comme ça ?

-Là où nous voulons aller est un lieu où nous pourrons avoir un toit, un lieu de paix, de sérénité. »

 

Armand T., 3e2

 

***

 

 

La barque des migrants

 

Au milieu de la nuit d’Aidone,

Amina Gounamah accompagnée d’Alaye son mari, aidés d’Ankindé, son frère, se préparent à prendre la mer dans une barque en bois, à peine plus large qu’une voiture.

Ankindé place Amina au milieu de la barque et en sort vite avant le départ. il ne sera pas du voyage pour veiller sur leur mère, malade. Mais ils ne sont pas seuls sur la barque.

Amina, enceinte de huit mois et demi, appréhende ce voyage et espère arriver avant l’accouchement.

 

Au bout de quelques jours, la faim, la soif et le froid commencent à se faire sentir. Ils ont mal au dos, entassés sur cette minuscule barque.

Panique à bord; Amina ressent les premières contractions, la douleur est insoutenable, elle est à bout de forces.

La nuit passe et les contractions se rapprochent et deviennent de plus en plus vives.

 

Au petit matin, sous le soleil tapant,

la traversée devient de plus en plus compliquée pour elle et son mari. Alaye se démène pour le bien-être de sa femme. Il va jusqu’à ne plus dormir la nuit pour veiller sur elle. Il lui donne ses portions de nourriture car son alimentation est insuffisante. Les conditions sont rudes.

 

Amina sent alors la tête du bébé et se met à crier de douleur et de peur. Alaye arrive en courant et comprend tout de suite ce qu’il se passe. Amina, les jambes écartées se met à pousser pour faire sortir le bébé, l’espoir. Alaye attrape une couverture pour l’accueillir. Après une ultime mais forte poussée de la courageuse Amina, Alaye récupère le nouveau-né et l’enveloppe. Un grand cri retentit alors et tout le monde pleure de joie et de soulagement.

Amina se remet mal de l’accouchement et doit faire face à de nombreuses douleurs.

Malgré cela, elle et son mari sont très heureux que ce soit une fille. Ils l’ont appelée Wendy.

La nuit est difficile pour Amina et Wendy. Le froid les fait souffrir. Wendy n’arrête pas de pleurer.

 

Petit à petit, son corps change de couleur, ses lèvres deviennent violettes. Amina, qui commence à s’inquiéter, colle sa fille sur sa poitrine pour la réchauffer. Wendy ne respire plus!

Face à ses appels au secours, à ses cris désespérés, un passager arrive et débute un massage cardiaque sur le corps frêle de Wendy.

 

La triste nouvelle s’abat sur le bateau. Un rassemblement silencieux se fait autour de la mère et de l’enfant et un chant d’hommage commence à se faire entendre :

« Adieu Wendy, ma toute jolie

Tu es partie, bien trop vite

La grande vie qui t’attendait, tu as perdu ta destinée

Surveille-nous de là-haut, que les anges te gardent et te protègent

Adieu Wendy, ma toute jolie ».

 

Alaye embrasse tendrement Amina et la rassure en lui disant qu’elle est partie pour une plus belle vie.

 

Chloé G.d.P., Clara N. et Louise V., 3e2

 

***

 

 

Je me réveille, accompagné comme tous les matins de la rosée portée par l’aube dans ce camp où la famine et la mort règnent. Chaque jour, des corps sans vie.

Je vis avec ma mère. Elle dort paisiblement sur mon épaule. J’admire chaque partie de son visage pour n’en oublier aucun détail.

Je m’appelle Khalil, je suis irakien ; grand de taille, un mètre quatre-vingt-quinze, athlétique, mat de peau avec les yeux verts ; je tiens ça de mon père.

Je rêve de fuir mon pays, de fuir cette guerre qui nous consume tous à petits feux et nous détruit.

Un embarquement est prévu pour l’Italie, géré par des passeurs peu scrupuleux. Pour pouvoir embarquer avec ma mère, j’y ai laissé toutes mes économies.

Nous allons enfin fuir ce pays pour commencer une nouvelle vie.  Direction l’Italie. La traversée sera une épreuve et qui sait ce qui nous attend une fois là-bas ?

Le jour de la traversée arriva et une seule personne par famille fut autorisée à embarquer. Ma mère insista pour que je parte. Quel déchirement et quelle inquiétude de la laisser seule ici.

Je montai alors dans une barque fragile, très abîmée. J’étais avec deux autres hommes ; en mer, nous basculions de droite à gauche. La nuit, la mer était bien plus agitée et la frayeur et la panique me gagnaient à chaque fois. Je craignais de perdre la vie : « Tout ce chemin, toutes ces épreuves pour finir ainsi? ».

 

Désormais chaque matin de cette traversée, à l’aube, quand la mer était plate, je regardais mon reflet sur l’eau et pensais à la rosée du matin de mon jardin. A ma mère.

L’arrivée en Italie n’était plus qu’une question d’heures. Je commençais à fatiguer et perdre espoir. Des hommes avaient déjà perdu la vie. Je regarde une dernière fois mon reflet sur l’eau.

 

Nariman A. et Melina R., 3e2

 

***

 

 

Fatima est une jeune femme âgée de 17 ans. Cette femme a traversé toute l’Afrique à la recherche d’un foyer. Elle a perdu ses parents à l’âge de 13 ans.

Après un long périple sur les mers, elle est arrivée sur une île italienne : la Sicile.

Elle est aujourd’hui épaulée par deux hommes qui ont sensiblement eu le même parcours qu’elle : Alaye et Ankindé.

 

Au milieu de la nuit d’Aidone, elle est réveillée par une conversation entre ses deux protecteurs. Elle les écoute attentivement avant d’intervenir pour porter son âme et sa présence dans l’histoire :

« -Alaye, interrompt Fatima, le monde n’est pas comme tu le penses.

-Je suis d’accord avec Fatima, répond Ankindé.

-C’est comme cela que je le vois, depuis ce rêve, dit Alaye.

-Tu devrais l’oublier, suggère Fatima.

-Pense à autre chose, propose Ankindé.

-Impossible, il n’y a que ça qui me vient en tête. A qui pourrais-je bien penser ?

-A tes parents, répond Fatima.

-Morts…, dit Alaye.

-A tes frères et soeurs, dit Ankindé,

-Disparus, pleure Alaye.

-A ta maison ?

-En miettes.

-A ta petite amie, ta femme, propose Fatima.

-Je n’en ai pas, conclut Alaye. »

 

Fatima s’approche d’Alaye et l’enlace pour le consoler :

« -Arrête de penser au passé, pense au présent, à nous, à un possible futur. On a franchi les frontières et surmonté plus d’une épreuve, faisons honneur à ceux qui n’ont pas eu cette chance. »

 

Ayoub B. A. et Kévin J., 3e2

 

***

 

 

 

 

L’histoire d’Abdou

 

Abdou a 16 ans, il a quitté son pays pour pouvoir venir vivre en France.

 

Mercredi 8 septembre :

Après un mois d’attente très longue, infinie et exaspérante, on m’a appelé pour venir chercher mes papiers français. Je vais enfin pouvoir terminer mes études, c’est un rêve qui va se réaliser, je n’y crois toujours pas ! Je vais aussi intégrer un club de football et aussi trouver un travail pour envoyer de l’argent à ma famille. Je suis très heureux je ne réalise toujours pas que je suis en France, après toutes les épreuves que j’ai pu traverser.

 

Jeudi 9 septembre :

Un jour, après avoir eu mes papiers, je suis directement parti au lycée que l’association qui m’a logé, m’a recommandé. Pour l’inscription, le principal m’a demandé mes papiers, un certificat médical, une photo d’identité et ensuite il m’a donné des papiers à remplir. Pour le certificat, je me suis rendu chez le médecin. L’après-midi, après avoir rempli les papiers du lycée, je m’y suis rendu pour les rendre et le principal m’a demandé de venir en cours dès le lendemain.

 

Vendredi 10 septembre :

Je suis allé au lycée et des surveillants m’ont indiqué l’emplacement de ma classe. Lorsque je l’ai découverte, j’étais extrêmement content car cela faisait très longtemps que je n’étais pas entré dans une salle de cours. Durant toute la journée, j’ai essayé de m’intégrer avec les élèves et à la fin de la journée je les connaissais tous et m’entendais bien avec tout le monde. Après les cours, je me suis baladé dans le centre-ville pour acheter le reste de mes fournitures scolaires, le foyer m’avait donné un peu d’argent. Puis je suis parti chercher un stage de quelques mois. Après trois heures de recherche, une boulangerie m’a accepté pour un stage de douze mois où le boulanger va m’apprendre comment me comporter avec les clients et comment les servir. Je vais travailler du Lundi au Vendredi, de 17 heures à 19 heures et de 9 heures à 13 heures le Samedi et le Dimanche. Lorsque je suis rentré au foyer, j’étais très fier de moi et je savais que ma famille le serait aussi.

 

Samedi 11 Septembre :

Très tôt le matin je suis parti à la boulangerie pour le travail, j’ai fait ce que l’on m’a demandé et les clients et le patron étaient très contents, tout s’est bien passé.  A 13 heures, je me suis directement rendu à un club de foot, je leur ai raconté toute mon histoire, ils ont donc accepté que je les paye à la fin du mois. Je vais commencer à pratiquer le football deux heures par semaine le samedi. C’est peu, mais je suis extrêmement heureux à l’idée de pouvoir pratiquer ma passion.

 

Les jours sont passés. Abdou s’est très bien intégré dans son lycée, dans son club et même avec ses collègues à la boulangerie.

Cinq ans après, Abdou est devenu joueur de foot professionnel dans un club très renommé. Son nom était sur toutes les lèvres, car il était devenu très connu.

 

Eloane, Lina, 3e1

 

***

 

 

Les Péripéties de Dylan et Adam

 

 

Je m’appelle Dylan et cela fait maintenant 23 ans que je vis à Tripoli avec ma mère et mes deux petits frères.

Mon père lui est décédé quand j’avais 10 ans.

Pendant cette période, je sentais ma vie s’écrouler mais au fur et à mesure la joie est revenue.

 

Aujourd’hui, j’ai pris la décision de partir du pays car la vie ici devient extrêmement difficile.

Dès l’aube, je prendrai le train en direction de Tunis pour suivre une formation de chef pâtissier.

Durant le voyage, quand je commence à ne plus voir ma ville.

Je suis triste de laisser derrière moi ma famille.

Pendant la formation, je rencontre Adam qui lui aussi a quitté l’Égypte.

A la fin de mon apprentissage, nous avons reçu nos résultats.

Je n’étais pas pris ! Mes larmes coulaient sur mon visage.

Adam aussi n’avait pas été retenu.

C’est pour cela que nous avons décidé d’aller à Oran. Là-bas, nous espérons pouvoir devenir footballeur.

Trois mois d’apprentissage s’écoulent et le président du club décide de nous convoquer dans son bureau. Il nous annonce que nous allons quitter le pays : Moi, pour aller en direction de la France, à Paris et Adam à Monaco. Nous allons enfin pouvoir mener une vie professionnelle dans le foot. Adam et moi sommes au comble de la joie.

 

Enfin arrivé en France, je fais un dernier sourire à Adam.

Installé à Paris, j’ai rapidement appelé ma mère pour lui raconter toutes les péripéties de mon voyage.

 

 Aminata et Kheira, 3e1

 

***

 

 

ABDOU AU PSG

 

AVANT, Abdou était malheureux

Il ressentait une douleur.

 

Je dirai au futur que Abdou ira au PSG,

Il remplacera Neymar et portera le numéro 10 sur son maillot.

Au départ, avant que le PSG ne le recrute,

Nasser Al Khelaifi est parti au Mali

pour voir le match de Abdou.

Abdou, numéro 10, joue en club ESPOIR  .

 

Le match commence,

Abdou enchaîne les bonnes passes

Tout en défendant  leur cage.

Abdou a marqué 3 buts.

C’est la victoire : 5-0.

 

Nasser Al Khelaïfi appelle Abdou pour le recruter.

Abdou crie de joie

Il accepte d’entrer au PSG et il a eu un salaire de 60 million d’euros par an.

Et il vient de devenir numéro 10 du PSG à la place de Neymar. Et il devient le chouchou du PSG.

 

Mohammad, 3e1

 

***

 

 

 

Peu de temps après le rêve étrange d’Alaye, ce dernier commença à faire des démonstrations de football dans les rues de Sicile afin de gagner raisonnablement son argent.
Pour récolter plus de sous, il faisait participer les gens qui se baladaient pour créer l’interaction. Il réussissait à gagner assez pour pouvoir manger.

Un beau jour, alors que le temps était clément, un recruteur qui se promenait vit Alaye en pleine démonstration et alla lui parler.

Une longue conversation eut lieu, puis il demanda de rejoindre son club de football car il avait détecté un fort talent.

 

Le jour suivant, Alaye raconta sa folle aventure à Ankindé qui le félicita immédiatement.

 

Quelques semaines après, Alaye avait rendez-vous à Turin dans un stade d’entraînement. Il fit quelques mouvements afin d’impressionner le recruteur.

A la fin de la représentation, Alaye était satisfait de lui-même.
Après quelques longues heures d’attente, le recruteur revint.

Il dit à Alaye que sa prestation l’avait impressionnée et qu’il était accepté au sein de l’équipe de football. Il aurait la possibilité de devenir footballeur professionnel.

 

Alaye était extrêmement heureux et impatient de commencer les entraînements.

 

Un an après son recrutement, Alaye était devenu professionnel et fut même recruté dans une équipe encore plus douée.

Il enchainait les matchs et gagnait de plus en plus d’argent. Il envoyait les trois quarts de son salaire à sa famille en Afrique et vivait avec le reste.

 

Pour l’anniversaire de sa mère, il avait même prévu d’acheter des billets d’avion à toute sa famille pour qu’elle puisse le rejoindre en Italie.

 

Dorian, 3e1

 

***

 

 

L’accueil

 

Quelqu’un les rejoint et leur dit de ne pas rester là

Il les emmène chez lui, leur propose à boire et à manger

Ils veulent juste dormir, dormir.

 

Le lendemain matin, ils se réveillent, prennent un petit déjeuner

Ils demandent de l’aide au monsieur pour trouver un travail

Il a quelque chose pour eux,

Il les aide à faire leur CV et des lettres de motivation qu’il imprime

Il leur conseille d’aller voir à la pizzeria en bas de la rue,

 

Sur le chemin jusqu’à la pizzeria, ils parlent

Cet homme s’appelle Francesco

Eux parlent de leur voyage, comment ils sont arrivés là.

 

L’entretien se passe bien.

L’un des migrants est engagé à la pizzeria, il va apprendre à les faire.

Son ami, Ankidé va trouver un emploi de sauveteur en mer.

 

Après le désespoir, la vie reprend son cours.

 

Enzo, 3e1

 

***

 

 

Marrant, non,

Comme l’Homme peut être bête ?

 

Saviez-vous que l’Homme est la seule espèce vouée à s’autodétruire ?

Marrant, non ?

On pense qu’en faisant de bonnes actions pour la nature, comme planter une graine,

la terre oubliera qu’on détruit ses forêts et qu’on tue ses animaux.

 

Pourquoi ? Simplement parce que l’Homme se considère supérieur.

Malgré cela, je suis tout de même contraint de dire qu’il le rend aussi plus beau.

Il ajoute ce qu’on appelle

la culture.

 

Il donne

une histoire au monde,

une identité même,

un passé,

un futur.

 

Melvyn M., 3e2

 

***

 

 

 

 

 

Postface

 

Les admirables formes poétiques de la littérature européenne écrite méritent notre plus grand respect. Celles créées et pratiquées dans la langue française hors Europe, tout autant. Celles en usage actif, immémorial ET contemporain dans les cultures de l’oralité non européennes, tout autant.

La poésie n’est pas statique, mais elle est en « itinéraires », phrases et mots allant, dansant, allant ensemble pour fonder le monde, le parcourir, pour ré-ouvrir sans cesse ce monde où des forces brutes tentent de déposséder chacun de nous de sa liberté, et même de sa personne. Alors nous disons à voix haute le poème, alors nous écrivons, alors, même si nous sommes contraints de partir et de migrer, nous portons haut le poème comme notre confiance absolue dans la parole claire et digne que rien ne soumet.

 

Grâce à la volonté active de Jacques Fournier et Catherine Baron, des Itinéraires Poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, grâce au travail aussi profond que sensible et méthodique de Juliette Beillard et Aurélie Buffel, professeures de Lettres au collège Ariane, de Guyancourt, grâce à mon usage des pensées des Antilles et de celles de la « brousse » du Sahel depuis quatre décennies, a pu se réaliser tout du long du mois de janvier dernier une rencontre dynamique et intense avec une cinquantaine d’adolescents de ce collège. A quinze ans, dans ces classes de toutes origines, on se cherche, on souffre peut-être, on veut trouver des mots justes et qui ne trichent pas. Et précisément tous ces ateliers de janvier ont été orientés sur le thème du passage sans concession, de l’initiation dense, du voyage entier et peut-être même dur.

 

Nous avions des aînés. Aimé Césaire évoquant au début de son Cahier du retour au pays natal sa pauvre maison d’enfance dans le bourg très pauvre de Basse-Pointe au nord-est de la Martinique juste au pied du volcan. Jean Rouch, ethnologue et documentariste infiniment respectueux des pêcheurs sacrés Songhaï qu’il a accompagnés sur le fleuve Niger et dont il a recueilli le rude chant épique de pêche que l’on entend dans son célèbre film Bataille sur le grand fleuve. Alaye et Ankindé, jeunes migrants maliens de la trentaine que j’ai connus il y a presque dix ans, au centre de la Sicile, avec lesquels je continue à travailler et qui sont au cœur de mon livre Carène. Voilà ces textes, non, voilà ces actes littéraires et poétiques. Et en ces mois ci, l’entreprise folle et héroïque du jeune Abdou, Ivoirien, fuguant de chez lui pour jouer au football au Maghreb, mais balloté tragiquement d’Algérie en Lybie en Sicile enfin jusque dans l’Essonne où j’ai perdu sa trace. De tout cela notre équipe, élèves, professeures, organisateurs et moi, a abondamment parlé.

 

Alors est venu le tour des élèves de poser sur leur feuille, avec pudeur, avec la fermeté que leur donne leur grande force intérieure et leur riche expérience de vie, de vie tous horizons, alors est venu le tour des élèves d’écrire ce qui se chuchotait dans leur oralité intérieure. Il est important que ce soit un mouvement d’ensemble ; car si l’expression individuelle est une délicatesse de la vie privée, l’expression individuelle est à même d’atteindre une réelle puissance épique si les voix se joignent et se croisent ; comme par exemple au théâtre. Vous verrez d’ailleurs que beaucoup de ces pages ont été écrites à deux voire à trois mains.

 

L’entrée en écriture de ces jeunes talents est remarquable de dignité, de sens éthique, de force épique, de clarté de vision et d’une inébranlable volonté de vivre. Ici, pas une page mièvre ou affectée ; pas l’once d’un artifice littéraire ; pas l’ombre d’un esthétisme stérile. Au contraire une magnifique dignité et une humanité exemplaire.

 

Yves Bergeret

*

 

 

 

***

 

 

 

[1]          Réflexion d’Yves Bergeret sur la graphie et l’écriture à la suite d’une séance. Chaque cahier thématique est illustré par des photographies illustrant l’entrée en écriture des élèves.

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mont haut – Kuno koyo, & Montagne vapeur

 

LE MONT HAUT – Kuno koyo

suivi de

MONTAGNE VAPEUR

 

Dans une magistrale traduction du poète Francesco Marotta, ces proses et ces poèmes se lisent aussi en italien, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/07/02/il-monte-alto-kuno-koyo/

 

***

 

LE MONT HAUT – Kuno koyo

 

Le 4 août 2009, le groupe des « poseurs de signes » du village toro nomu de Koyo avec lesquels je poursuivais une création en dialogue depuis dix ans me conduisait avec une certaine liberté sur la partie la plus élevée du plateau sommital de leur montagne. Elle s’appelle Kuno koyo, « le mont haut ». Jusqu’à deux ans auparavant mes initiations étaient trop minces pour qu’on m’y mène. La densité sacrée animiste de cet espace est très élevée. Certains ravinements profonds n’étaient accessibles qu’à deux ou trois grands initiés du village et seulement avec une préparation rituelle spécifique, nus avec juste la taille ceinte d’une peau de chèvre spécialement sacrifiée. Nous avons longuement marché, créé une installation de poèmes-peintures sur pierres plates dressées : rien à voir avec le land art qui savoure la dynamique esthétique d’un paysage, affaire colonialiste occidentale qui ignore souverainement qu’un espace est d’abord la langue de ceux qui l’habitent, ici le toro tégu et le système de pensée des habitants de Koyo. Après un sacrifice nous avons partagé un plat frugal sous un très étrange auvent tout en pierres, en haut d’une bosse rocheuse. Et à un peu à l’écart de cet endroit, auprès d’une petite source, nous avons créé les six poèmes-peintures que l’on voit ici.

 

C’était mon dernier séjour. Les Touaregs enlevaient des Européens comme otages de plus en plus souvent, là où pourtant il n’y avait presqu’aucun étranger. Deux fois ils m’ont cherché mais les habitants du village m’ont caché. En outre le grand banditisme faisait rage dans la plaine. Et puis ma santé commençait à décliner. Le 27 juin 2019, à Veynes, quasiment dix ans après, j’ai décidé de conclure cette œuvre ci, pour marquer d’une pierre lumineuse la sortie de mon livre Le Trait qui nomme, consacré à cet extraordinaire dialogue de création au long cours, et tout autant pour soutenir l’esprit et la vie des habitants du village, exposés actuellement aux plus graves dangers de la violence.

 

Le cycle, en exemplaire unique, est sur papier Sennelier 300 g au format 28,5 cm de haut par 75,5 cm, au piquant de porc-épic, pinceau, encre de Chine et acrylique.

 

YB

 

 

 

 

 

1

Avec Dembo Guindo

qui a dit : « à gauche, c’est Amnaganu, le canyon sacré et quasi vertical d’accès à Kuno koyo, la partie la plus élevée du plateau, avec l’arbre sacré [particulièrement rare dans le désert] à son entrée ; à droite la totalité de Kuno koyo ».

 

 

La montagne n’est que vapeur,

notre air, notre eau, notre liberté.

 

Haute, jaillissante,

s’y brûle celui dont les mots

ne sont pas de liberté.

 

Dans le sable de plaine tout autour d’elle

c’est mort et fer et chaînes.

 

 

2

Avec Hama Alabouri Guindo

qui a dit : « à gauche, la crête au dessus de la toute petite source de Kuno koyo où nous sommes ; au centre, l’auvent de pierres et branchages d’Alaye [sans doute au village et où on m’avait enjoint de passer les nuits les premières années] ; à droite, le mystérieux auvent de pierres seules où nous avons sacrifié et mangé ».

 

 

Notre montagne serre le poing.

Dans son creux des grottes pleines

de l’eau des dernières pluies.

Dans son creux un feu qui fomente

la vapeur comme un hymne

à la femme à l’homme à l’enfant,

libres, universels, oiseaux sombres

ou clairs voguant à toute joie

sur l’air brûlant.

 

 

3

Avec Hamidou Guindo

qui a dit : « à gauche, notre repas sous le mystérieux auvent de pierres ; à droite, l’eau qui s’écoule là où nous avons créé le matin l’installation de poèmes-peintures sur pierres levées ».

 

 

Nous qui vivons là-haut,

ce que nous mangeons c’est folle

l’herbe, fou l’épis de mil

qui montent en vrille dans les interstices

de la roche aérienne, dans les bris de l’histoire,

dans l’haleine vive du récit.

 

 

4

Avec Yacouba Tamboura

qui a dit : « à gauche, une partie de Kuno koyo, qui s’appelle Tin piri koyo / Mont du Bois Blanchi pour rappeler des bosquets mythiques qui poussaient là il y a mille ans ; au centre, notre repas sous l’auvent de pierres, avec, vertical juste à droite, le ravin où peut seul cultiver Alabouri, aîné prestigieux ; à droite, les strates rocheuses juste au dessus de la petite source ».

 

 

Nous savons poser par-dessus la montagne

la pierre et la pierre et la pierre,

et la parole libre jaillit de l’une à l’autre,

la parole que l’épervier éperdument

et l’ancêtre éperdument

et l’étranger libre éperdument

nouent et dénouent

dans notre chant alterné.

 

 

5

Avec Alguima Guindo

qui, gaucher, a dit : « à droite, l’installation de poèmes-peintures sur pierres du matin même ; au centre le responsable, le Ogo, des grands rites du village monte cultiver sur Kuno koyo ; à gauche, sa femme le suit ».

 

 

Certains petits ravins sommitaux…

ah, les secrets aigus et tendres

tenaces et pinçants

que nous laisse tous les vingt-huit jours

la lune avant de retourner pleurer

sur la plaine, n’y sauvant presque rien.

 

 

6

Avec Belco Guindo

qui a dit : « à gauche, c’est le mystérieux auvent de pierres qui, comme un bateau, nous emmène en pleine mer ; le ravin qu’en haut de Kuno koyo Alabouri est intronisé à cultiver ».

 

 

Cette nuit pas d’étoile, trop de brume,

tempête de colère et de sable dans la plaine.

L’étrave de notre grand navire de pierre

il n’y a que nous, qui sommes libres,

pour comprendre vers où la tourner.

*

 

 

 

***

*

 

MONTAGNE VAPEUR

 

Quatre diptyques créés par Yves Bergeret à Veynes en pleine canicule le mercredi 26 juin 2019 à l’encre de Chine et à l’acrylique sur Canson Montval 250 g en format 29,5 cm de haut par 42 cm (chacun en triple exemplaire), pour la montagne de Koyo tandis que la plaine alentour d’elle est déchirée par la guerre

 

1

Koyo Poto

 

 

Il arrive que la montagne soit de la vapeur,

cette haleine qui brûle depuis l’horizon

et qui se redresse dans les pages

d’un immense livre vertical,

et voilà, c’est notre étrave

pour fendre l’océan de la violence aveugle.

 

 

2

Panga ka komo

 

 

Il arrive que la montagne nous réserve

une poche archi secrète,

ultime abri en son centre

en temps de perdition comme aujourd’hui.

Invisible. Grotte-racine.

Glotte pour rester humaine.

 

3

L’esprit de Panga ka komo

 

 

Il arrive que sur la lèvre de l’ultime grotte

nous trouvions quelques mots

ruisselants d’humanité

et l’océan de la violence aveugle

redevient le marigot saumâtre

où l’on passe des fers aux chevilles des esclaves

mais toujours jaillit l’esprit des mots humains.

 

 

4

Kenda nisi

 

Il arrive que la montagne se détache du sol

lors de très grandes violences,

lors de très grandes tempêtes

et qu’être vapeur la tente trop

ou la fascine.

Mais sa poche secrète, son ventre qui aime,

son humanité à l’infini

ôtent les fers à toute cheville asservie

et nous trouvons dans ses ravins et ses grottes

toutes les syllabes du cœur bon.

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

Losun wu pou / Etranger, bienvenue !

 

Dans la plaine en bas de leur montagne, dans un lieu spécifique qu’ils venaient d’élaborer pour accueillir des étrangers, les six peintres-cultivateurs Toro nomu dogons du village de Koyo avec lesquels depuis dix ans je pratiquais un dialogue de création, avaient choisi ce 19 juillet 2009 comme notre thème de création une salutation usuelle en Toro tégu, leur langue : «losun, wu pou » / « étranger, bienvenue ».

 

Chacun des six poseurs de signes a dessiné sur ce thème (sur quadriptyque en Velin d’Arches 250 g en format 28 cm de haut par 75 cm, exemplaire unique) à l’encre de Chine et au piquant de porc-épic sur trois volets. Il me laissait le quatrième volet pour le poème à créer. La région était en paix en 2009. Elle est maintenant ravagée par les razzias touaregs, la guerre impitoyable des intégristes religieux et depuis peu de mois par des conflits interethniques. C’est le 24 juin 2019 que j’ai créé ce poème en six parties, dont chacune est pour ainsi dire la voix du « poseur de signes » du quadriptyque.

YB

La version italienne, dense et fluide, de ce poème est l’oeuvre du poète Francesco Marotta ; elle se lit à cette adresse :  https://rebstein.wordpress.com/2019/06/24/benvenuto-straniero/

 

*

 

 

 

 

 

 

 

1

Avec Hama Alabouri Guindo

qui a dit : « à gauche, un étranger qui est en route ; à droite, ilo ni, maïo ni, ininka benisa /voici la maison, voici l’eau, voici tes affaires – c’est un proverbe toro tégu pour accueillir un étranger ».

 

 

Dans ma vie je ne connais qu’un arbre.

Je suis l’écorce de son tronc.

Le monde est un radeau de troncs mêlés.

Parler c’est démêler mêler

sur la claire eau sombre silencieuse.

A-t-elle un courant ?

Le monde est complet.

Il est en route.

 

 

2

Avec Dembo Guindo

qui a dit : « à gauche l’auvent d’abri que nous avons fait en plaine pour accueillir les étrangers ; au centre, c’est la montagne de Koyo vue depuis cet abri dans la plaine ; à droite, ce sont nos sacs et bagages sous cet auvent avant que nous montions en escalade à Koyo ».

 

 

Le monde est sa propre antichambre.

Je chante, je coupe son souffle en mots

qui font pénétrer le monde dans sa chambre.

Elle est nuptiale.

Je suis l’enfant, petit félin jouant

avec les miettes et débris

dans la chambre suivante.

 

 

3

Avec Yacouba Tamboura

qui a dit : «  à gauche, c’est le grand nuage qui nous apporte pluie, donc récolte et bien-être ; au centre c’est Yves qui a le cœur bon [kenda nisi, en toro tégu, notion centrale de l’ontologie de ce peuple ; cf le livre Le Trait qui nomme ; à droite, posé sur toute la montagne de Koyo, l’oiseau regardant Yves arrivant ».

 

 

Le trait qui nomme nous porte.

L’étranger qui arrive tire dans son filet

la meilleure ombre, fraîche, poissonneuse,

de notre monde affamé calciné.

D’une ruade féroce, un despote m’a jeté à terre,

j’ignore qui je suis.

Viens, étranger, ma montagne se dresse

pour que tu y accroches ton filet.

Dis-moi mon nom.

 

 

4

Avec Hamidou Guindo

qui a dit : « à gauche, une chanson rituelle est chantée dans un grand rite nocturne par les Femmes aînées pour accueillir l’étranger ; au centre, le collier des jeunes femmes ; à droite : losun kenda nisi segda anda ku / de l’étranger le cœur bon a trouvé le village »

 

 

Si au gré des saisons et des âges

se moule le visage humain,

en joie est aussi le monde,

il danse.

Il danse jusqu’au bord de lui-même

surplombant du haut de la falaise

les tueries de plaine.

 

Restant en équilibre sur quelques mots

sphériques et impénétrables

comme des galets de rivière,

mots étrangers, rotules du monde.

 

 

5

Avec Alguima Guindo

qui, gaucher, a dit : «  à droite, les outils d’agriculture que seuls les Toro nomu utilisent et sans lesquels ils ne cultiveraient pas ; au centre, la houe et les coups que l’on donne avec elle ; à gauche, kenda nisi bira ko’u / cela, c’est du bon travail [de la parole, cœur du monde] grâce au cœur bon ».

 

 

La vie est ma hachure.

Le monde est une aiguë résonance

car il est échafaudage vide,

si vide qu’il s’écroulerait.

Mais je tape des pieds en rythme

et il se dresse.

Sans s’essouffler il m’obéit.

Finalement le monde est une planche

qui flotte sur des crânes étrangers.

Je suis la strie d’un coup porté dans le bois.

 

 

6

Avec Belco Guindo

qui a dit : « à gauche sur deux  volets, Toro nomu losun ieri komo puru / un dogon Toro nomu [vraisemblablement YB] entre dans une grotte [rituelle] pour s’y abriter ; à droite, « nous Toro nomu accueillons très chaleureusement, main par main, un étranger s’il est bon ; sinon on le rejette ».

 

 

De moi je ne cesse d’accoucher

remontant le temps,

m’enfouissant dans ma grotte,

demandant à son plafond qui se délite

sa poussière blanche et stellaire.

Alors je vole, je vole, faucon à cent yeux

par dessus les sables et les cimes et les noms

et derrière l’horizon j’attrape par la jambe

l’étranger qui me donne humaine naissance

dans le grand tremblement des mains du monde.

 

***

 

 

 

 

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

Chant de banquise d’où naît la tête, avec une peinture de Nicolas Hilfiger

 

Poème d’Yves Bergeret, avec une peinture que Nicolas Hilfiger a créée en format 50 cm par 50 cm le 9 juin 2019 et intitulée « Hamlet ? »

Ce Poème se lit en italien dans une version italienne limpide et dynamique, due au poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/06/20/canto-di-banchisa/

 

 

 

 

 

Glacées sont les eaux.

Celui-là, solitaire sur son kayak,

chassant le phoque, pêchant

pagaie entre les murailles flottantes de glace.

Une muraille incolore est le meurtre,

une autre le racisme, une autre la haine,

une autre est le moignon restant

de la langue arrachée dans la bouche

d’un certain héros fondateur

devenu un bègue incompréhensible.

 

Le solitaire en kayak doit pagayer très ferme.

Vents et courants poussent les uns contre les autres

les icebergs. Tout ce qui entre eux navigue

peut être écrasé.

Il y a dix ans le solitaire en son kayak

perdit une jambe, broyée,

dévorée par les narvals.

 

Le solitaire en son kayak,

non, ce n’est pas lui qui perdit sa langue.

Oui, il est unijambiste.

Oui, dans le vent au dessus de sa tête

flotte sa tête, balise dans le hasard,

tiède dans le blizzard

 

Il voit sa tête flottant là-haut,

gonflée vers encore plus haut,

élevée vers où l’air non glacé

est l’audace de lointains mondes humains,

ceux où l’on parle sans crier,

ceux où l’on écoute sans brailler.

 

Sa tête là-haut enfle, chaude,

tirant son kayak vite,

le tirant à la vitesse de la vie,

sa tête hémisphère libre aux couleurs tendres

que dessine en montant,

que forme en montant

le long fil souple ou râpeux

que crée le chant de

la voix grave de la Coréenne.

 

Nous aussi pourrions suivre le fil sombre

de ce chant, oublier à jamais celui des

sirènes, suivre le fil,

puis dérouler le fil.

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

Dire dessale

 

 

Quatre scènes

 

 

Certaines strophes de ce poème d’Yves Bergeret en quatre scènes, créé à Veynes et à Die, durant toute la seconde quinzaine du mois de mai 2019 et jusqu’au 8 juin 2019, ont été réalisés par le poète sur quadriptyques, en double exemplaire et aux formats usuels, de Montval 300 g de Canson et de Rosaspina 285 g de Fabriano, à l’acrylique, à l’encre de Chine et avec collages de variés papiers écrits dans les deux siècles précédents.

Le « chant de la femme de Corée » est le chant Gagok que Kim Wol-ha a enregistré en 1986 ; on l’entend sur le CD édité en 2014 par Ocora, sous la référence MV8327. Dans un esprit proche on peut écouter des enregistrements de chants féminins coréens Pansori.

Les deux premières de ces quatre scènes se lisent aussi en italien dans une traduction dynamique et ferme du poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/06/12/dire-libera-dal-sale-i-ii/

et les troisième et quatrième scènes se lisent, traduites de même en italien, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/06/13/dire-libera-dal-sale-iii-iv/

 

 

 

Première scène, en monologue

 

 

 

 

« Je tonitrue au fond de la cale,

je me débats au fond du ravin.

Les cumulus sont mes fils que je jette en cavalcade

par-dessus les chaînes et les montagnes.

Les martinets crient pour m’accompagner

mais je suis rivé au fond du ravin.

Ils crient pour me tirer

mais je suis rivé et chaque rivet plus bas s’enfonce

dans mes muscles plus loin à chaque cri rouge

parmi les cumulus.

Et les rivets sont les dents du monstre ;

il me crache son sel noir.

De ce venin beaucoup, distraits ou naïfs,

ou obséquieux laquais du monstre,

font l’encre de l’écriture.

 

Je tonitrue du fond du ravin,

du creux de la vague salée.

Les mains sont mes filles

qui tournent en ronde folle par-dessus les rivages,

qui tournent lentement par-dessus les îles,

qui tournent par-dessus les pays dévastés,

et veulent les masser, les adoucir.

J’ai dix mille ans, je suis la misère humaine

rivée trop bas dans le corps et le sable.

Nos mains ne cessent de faire mon tour.

Mes filles et mes fils quand même

chaque matin repartent sur la mer acariâtre,

ils parlent, ils m’apprennent à parler.

Car dire dessalera la mer ».

 

 

 

*

 

Deuxième scène, en trois pantomimes

 

 

Dire dessale, reprennent-ils,

ceux-ci qui viennent chacun son tour.

 

*

 

 

 

Si mystérieux est celui, Soninké, qui du même pas

marche sur les vagues de la mer

et sur le sable et les braises du désert

sans jamais s’enfoncer sous son propre poids

qu’aggravent deux colonnes de granite sur ses épaules…

Son corps n’est plus que sable et eau salée. Puis rien.

Son corps est juste la phrase. La phrase pour dire,

sans aucun état d’âme,

phrase équarrie, stable, une apparence de diamant calme.

 

Pourtant ses genoux sont fragiles.

Car le granite est la métamorphique robustesse

de générations par milliers qui eurent chacune son rôle à dire.

Et ne furent pas dites seulement des anecdotes.

La métamorphique pesanteur,

par là, dans l’angle caverneux de la mémoire

où l’on a appris sans état d’âme à sacrifier

et à somptueusement dire, avant la saumure et le sel.

*

 

 

 

 

Chinois, lui, il bondit de Shangaï.

Comme Anuman vers Sri-lanka.

Lui jaillit depuis le rivage de l’autre côté du globe,

fouette vents et vagues pour arriver plus vite.

Arriver où, arriver à quoi ?

Le don des langues enflamme sa langue,

allez, chinois, anglais et français sont les trois ressorts

de son trampoline pour appréhender le monde

par en haut.

En l’air,

presque sans oxygène taoïste

ni ventelet symboliste, surréaliste

ou individualiste de la mélancolique Europe.

En l’air on aurait toute vision, toute place

pour installer des répliques et des pantomimes

avec lesquelles ordonner un nouveau monde,

architecture de poutrelles noires

et de feuilles de papier blanc.

Vite, montez, venez lire, mes amis !

 

Or la vision ne tient pas longtemps, trop de brume

grignote terres et villes.

Est-ce que tout là-haut ce récit qu’il tente

comme un jeu de construction est vraiment plus réel

qu’un château de sable devant la mer remuante

dont très corrosif est le sel ?

Est-ce que le poème qu’il écrit est plus que le muscle

de son mollet, contracté pour bondir ?

Où est le sang de la vie, la sève dialectique,

l’appétit, le tonitruant appétit de vivre par toi,

mon semblable, mon frère, enfant d’aucun et de tous,

jeune soleil dont je suis l’ombre

parmi les buissons craquants ?

*

 

 

 

 

Wolof, il soulève la nuit prochaine

comme le vent retourne les feuilles du peuplier.

Il soulève la pluie froide

et la renvoie au ciel fuyant.

Il soulève les paupières lourdes de la pauvreté

et lui apprend à se regarder sans honte

dans un curieux miroir.

Il respecte que sans écriture

on puisse être prolixe et fécond.

Il respecte l’immense récit sans lettres sans encre

sans papier. Il ouvre beaucoup de fenêtres,

beaucoup d’oreilles, beaucoup de nuits prochaines.

 

Un matin, à pas lourds, pieds en sang,

il quitte la brousse, escalade les gradins de la tristesse

jusqu’à Paris où de doctes livres, de chenus maîtres

lui prescrivent une cure castrante de rationalité.

 

A-t-il assez de force pour soulever l’asphyxie

qui le menace ? Car c’est à lui de faire étinceler

le curieux miroir où chant et récit retournent

chaque mot pour l’inventer,

beau comme la naissance.

*

 

 

Troisième scène, avec tablettes d’argile

 

 

On a dit : on a incisé il y a quatre mille ans

des dieux et leurs noms telluriques de lutteurs

sur des tablettes d’argile.

 

On a dit le lendemain : ces dieux ne servent à rien,

mettons-leur le feu. De leurs cendres on ferra

de nouveaux dieux traçant la route aux mille nuits,

des syllabes de leurs noms de cuivre on créera un fil

pour broder les refrains de notre récit.

 

On a démenti le surlendemain : les dieux ne brûlent pas ;

la route aux mille nuits brille et va seule.

On a appris à faire de jour étape dans des prés rouges

pour dormir en creux dans la violence.

Mais mille nuits de marche, en s’entr’égorgeant…

 

Le récit tourne en rond.

On cherche encore des tablettes d’argile

dans le cœur frais du moindre rocher

car c’est là qu’hommes et femmes

espèrent découvrir leur raison d’être

et excaver quelque chose qui les dise.

 

Mais c’est dans les jetées des ports que mieux

survivent, croit-on, les tablettes d’argile.

Dans la salle des machines des cargos.

Et, croit-on, dans l’onde huileuse et grise

qui engorge les foules comme des alluvions

à l’entrée des stades, des supermarchés.

*

 

 

 

 

On a dit : on a incrusté il y a quatre mille ans

des légendes de déluges, de guerres et de duels à mort

dans les lobes fébriles de la mémoire.

 

On a dit : ces duels et ces guerres font la virilité brute

dont les femmes par dérision rient aux éclats.

Or railler fait aussi partie des rôles

que dans la paix meurtrie distribue la violence absolue.

Mais la paix toujours cicatrise.

 

On a démenti : duels, guerres et déluges

en leurs mythes fondateurs

sont les enflures pour faire croire

qu’ « il est proclamé »,

qu’ « il est tonitrué » ;

et brailler ainsi boursoufle l’enflure

pour que toujours plus durcisse la croûte de sel,

pour que jamais n’adviennent guérison ni paix.

*

 

 

Quatrième scène, par la voix de la femme de Corée et ses échos

 

 

« Oh, dit-elle, le vent et moi n’arrivons pas

à surmonter la montagne ».

 

« Oh, ajoute le vent, je suis juste le ventre fécond

dont naissent les cumulus ;

la semence humaine enfle ma liberté ».

 

« Oh… », acquiesce la montagne qui se tasse sur elle-même,

mais les enfants qui passent en courant au rythme

de la voix de la femme qui chante piétinent

les pierres des éboulis ; et elles remontent vers le récit

qui n’est plus sombre.

 

« Oh, acquiesce la montagne, je suis la fourrure

d’hiver de la femme qui parle,

je suis le corsage d’été de la femme qui chante.

Le vent me délègue ses bourrasques

qui retournent ci un troupeau de branches,

là une harde de branches

dans une rumeur simple de vagues et d’écume

sur une côte nouvelle-née, eau douce

qui nous entre dans la bouche

comme la langue du baiser de la femme qui chante,

eau douce que, mon semblable, mon frère,

tu apprends à donner à ton tour,

sans violence ni sel, aube et paix

glissant sur le monde et sur la peau douce, tannée,

mystérieuse des hommes et des femmes

qui savent parler. »

 

 

*

 

 

 

 

*****

***

*