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Crue d’avril (à Die, avril 2018)

Cycle de quatre poèmes créés et calligraphiés par Yves Bergeret à Die sur les galets du lit de la Drôme et de celui du Bez, du 4 au 8 avril 2018, en quatre exemplaires sur quadriptyques horizontaux de 120g en format 17,6 cm par 100, avec collages, encre de Chine et acrylique.

*

 

 

1

Vent fort,

l’orage est ma vigie.

Dans ses marécages

féodale la bêtise

fait le dos rond.

 

Vent fort,

les embruns du torrent

glissent l’alerte dans ma phrase,

ourlent ma bouche.

 

Vent fort,

les galets roulent dans les vagues,

le torrent porte ma maison

dans un panier insulté

que je tresse de colère et de rire.

 

Vent fort,

mes volets claquent,

l’orage vient laper mon assiette.

 

Vent fort,

invisibles des pattes de lion

me décoiffent, mais je suis chauve,

redressent mon escalier

mais je dors dans un lit céleste.

*

 

 

2

Six hirondelles de roche

déplient à larges volutes

la montagne que l’hiver laisse.

 

Soixante volutes soixante lettres

quarante six au-delà de ce que je sais lire.

 

Le torrent à ras bords

retrousse ses rives.

Jamais si fort n’a chanté

la montagne qu’au soir les six hirondelles

mènent boire.

 

A voix très grave

roulant au fond des remous

chantent les galets invisibles

balbutiant ce qui se nomme

dans les seules quarante six lettres illisibles.

*

 

 

3

Juvénile le torrent

marche au milieu de son eau

en éclaboussant tout.

 

Une escouade de phalènes

tressaute à reculons dans le vent

lisant, je crois, les mots illisibles des galets.

 

Au bord du torrent fou

sur un lit de galets froids

je m’allonge ; heureux est mon dos.

Le soleil rôtit ma face.

J’écoute jubilant

l’eau donnant à mille voix

le chant des fondations.

*

 

 

4

De l’amont le torrent descend

les grands gradins

monocorde.

 

Devant mes genoux

c’est le point de silence de l’eau.

 

A mon aval

le torrent jaillit

clown ou brigand

roulant dans ses remous

les osselets de la montagne.

 

Devant mes genoux

c’est pleur ou supplication.

De la montagne ou de moi.

Ou de l’étranger qui cherche place

entre elle et moi,

notre ombre jumelle,

nos lèvres siamoises,

nos deux lèvres,

amour rosse qui rage et fuit,

corps d’ombre et de joie.

*

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

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Boeufs roux, lente pente (à Venise, mars 2018)

Poèmes écrits, et, pour les derniers, mis en espace calligraphié, par Yves Bergeret à Venise (et Padoue, Mestre, Marghera, Lido di Venezia, Treporti) du 5 au 15 mars 2018

*

 

Dockers

 

Les photos montrent la base du mausolée (années 1660) du doge Giovanni Pesaro, église Santa Maria dei Frari, à Venise

 

 

 

Je décharge un sac de farine

pour la meilleure fortune

des générations futures.

 

Je préfère porter un à un sur ma tête

les sacs de l’amertume

pour la mieux étriller au soleil.

 

J’emporte un sac plein de montagnes

sur la nuque invisible de l’île.

 

L’heure et l’heure sont resserrées dans le sac.

Je décide sans compter de les porter à terre.

 

La cale pleure le sac

que j’emporte à l’air.

Elle pleure par le fond.

 

Sur le sac poussera l’arbre du vent libre.

Voilà pourquoi je le décharge à quai.

 

Je plie mes bras,

je jette par-dessus l’épaule chaque main,

le sac veut tomber, je réponds : « Reste ! »

mes mains aussi répondent,

mes ancêtres aussi.

 

Un pas sous le poids du sac me déhanche

un autre pas aussi

un autre toujours.

Le sac est le creux de mon âme.

 

Une main sur la hanche,

l’autre pour retenir le sac qui me glisse à l’épaule :

c’est la pesanteur rusée.

 

Tourne la terre toujours dans le même sens,

le sac s’emplit se vide à mon épaule.

 

Je décharge un sac de riz,

la rizière grésille dans ma colonne vertébrale.

 

Je charge un sac d’engrais,

la terre s’envole pour se rejoindre

entre parjure et rêve.

 

Je décharge un sac de charbon de bois,

je brûlais lentement avec lui, je crois,

je brûlais, je suis mon ombre restante.

 

Je décharge un sac de dattes,

les pierres du quai trépignent,

l’entrepôt barrit.

 

Je charge un sac d’étoffes.

Le bateau aura mille voiles

si la mutinerie enfin éclot.

 

Où cours-tu, sac ?

Tu crispes tes serres sur mes épaules

pour aller où ?

 

Je plisse mon front

sous l’énorme récit du sac.

 

Je révulse mes yeux

pour voir ne pas voir

ma liberté qui nage entre les nuages.

 

Tourner la tête vers le chien qui aboie

ferait pleuvoir l’or du sac.

Le chien se tait.

 

Le sac sur ma tête pèse trop :

ce sont les vents qui n’ont trouvé personne à punir.

Je les emporte, je les emporte.

Acceptons que ce soit l’aube et l’ombre.

 

 *

Scaricatori

Version italienne dans une traduction du poète Francesco Marotta

Metto giù un sacco di farina
per augurare giorni migliori
alle future generazioni.

Preferisco tenere sulla mia testa uno per uno
i sacchi del rancore
per meglio strigliarlo al sole.

Porto un sacco pieno di montagne
sulla nuca invisibile dell’isola.

Ore e ore sono rinchiuse nel sacco.
Decido senza contare di portarle a terra.

La stiva piange per il sacco
che porto su all’aperto.
Piange là in fondo.

Sul sacco crescerà l’albero del vento libero.
Ecco perché lo depongo sul molo.

Piego le mie braccia,
protendo le mani sopra le spalle,
il sacco vuole cadere, io gli rispondo: “Resta!”
anche le mie mani glielo dicono,
anche i miei antenati.

Un passo sotto il peso del sacco mi fa barcollare
un altro passo anche
un altro sempre.
Il sacco è l’incavo della mia anima.

Una mano sul fianco,
l’altra per reggere il sacco che scivola dalla spalla
sotto la spinta del peso.

La terra gira sempre nella stessa direzione,
il sacco si riempie si svuota sulla mia spalla.

Scarico un sacco di riso,
la risaia crepita nella mia spina dorsale.

Carico un sacco di concime,
la terra s’invola per ricongiungersi
tra spergiuro e sogno.

Scarico un sacco di carbone di legna,
bruciavo lentamente con lei, credo,
bruciavo, sono la mia ombra che resta.

Scarico un sacco di datteri,
le pietre del molo scalpitano,
il magazzino barrisce.

Carico un sacco di stoffe.
La nave avrà mille vele
se l’ammutinamento alla fine ha luogo.

Dove corri, sacco?
Stringi la tua morsa sulle mie spalle
per andare dove?

Io piego la mia fronte
sotto l’immenso racconto del sacco.

Rovescio i miei occhi
per vedere per non vedere
la mia libertà che nuota tra le nuvole.

Girare la testa verso il cane che abbaia
farebbe piovere l’oro dal sacco.
Il cane resta muto.

Il sacco sulla mia testa pesa troppo:
sono i venti che non hanno trovato nessuno da sferzare.
Io li trascino via, li trascino via.
Accettiamo che ciò sia l’alba e l’ombra.

 

03b Dockers 3b.png

 

*****

 

Une table à Venise

 

 

Elle a remonté toute l’Adriatique.

Des vagues l’aidaient, orange et bleues,

qui lui ont porté ses maigres bagages d’exil et d’espoir,

maigres comme les radeaux des épopées.

 

Les bras et les mains de sa descendance

l’ont arrachée aux vagues

et l’ont laissée sur le sable.

Elle n’a pas de descendance,

elle en rêve avec la force des récits archaïques.

 

Elle s’est glissée peu à peu dans la langue de la lagune

au prix de certaines contusions

et de blessures parfois profondes.

 

Les blessures cicatrisent.

Est-ce que la langue n’est pas leur fil de suture ?

 

A la table qu’elle sert

je m’assieds avec un poète venu aussi du Sud.

Elle prend la commande et s’en va.

Elle enlève de la nappe les miettes orphelines.

Elle apporte des coulées de lave

et des trains de nuages noirs

et s’en va.

 

Le bois des tables vient de la sombre forêt humaine.

Dans ce bois, des nœuds, ceux des fils de suture.

Le restaurant est juste la mangeoire des hommes,

pas un salon d’écrivains raffinés.

Elle passe entre les tables, entre les phrases.

 

Elle laisse un léger accent kosovar

briller dans les empreintes de ses doigts

sur les assiettes,

mais tout s’efface très vite, de soi-même,

une tragédie pudique derrière un rideau.

 

Entre les très rares arêtes du plat de poisson

elle laisse quelques milligrammes du piment des guerres civiles

qui l’ont jetée à la mer.

 

*

Un tavolo a Venezia

Version italienne dans une traduction du poète Francesco Marotta

Ha risalito tutto l’Adriatico.
Onde di colore arancio e blu la aiutavano
portandole i suoi miseri bagagli di esilio e di speranza,
miseri come le zattere delle epopee.

Le braccia e le mani della sua discendenza
l’hanno strappata ai flutti
e l’hanno lasciata sulla sabbia.
Lei non ha discendenza,
la sogna con la forza dei racconti antichi.

Si è inserita poco a poco nella lingua della laguna
al prezzo di qualche contusione
e di ferite talvolta profonde.

Le ferite cicatrizzano.
La lingua non è forse il loro filo di sutura?

Al tavolo dove lei serve
mi siedo con un poeta ugualmente venuto dal sud.
Lei prende l’ordine e se ne va.
Ripulisce la tovaglia dalle briciole residue.
Porta colate di lava
e nugoli di nuvole nere
e si allontana.

Il legno dei tavoli viene dall’oscura foresta umana.
In questo legno, dei nodi, quelli del filo di sutura.
Il ristorante è solo la mangiatoia degli uomini,
non un salotto di raffinati scrittori.
Lei passa tra i tavoli, tra le frasi.

Lascia che un leggero accento kosovaro
brilli nelle impronte delle sue dita
sui piatti;
ma tutto si cancella velocemente, da sé,
una tragedia pudica dietro un sipario.

Tra le rarissime lische del piatto di pesce
rimane qualche traccia di pepe delle guerre civili
che l’hanno scaraventata in mare.

 

05 Db Lagune en fin poème serveuse en italien, Adriatique.png

 

*****

 

Mouette noire, bœufs roux

Gabbiano nero, buoi rossastri

La version italienne de ce cycle de poèmes est l’oeuvre du poète Francesco Marotta

*

Cycle de six poèmes en quadriptyques verticaux (en deux exemplaires) sur Rosaspina de Fabriano 280g, format 100 x 35 cm, avec gestes d’acrylique du poète et collages de dessins à l’encre de Chine avec piquants de porc-épic faits dans le désert au Nord du Mali en février 2008 et donnés alors au poète par Alguima Guindo (1), Hama Alabouri Guindo (2), Yacouba Tamboura (3), Soumaïla Goco Tamboura (4), Belco Guindo (5) et Dembo Guindo (6).

Tout d’abord ici une fresque de la chapelle latérale saint-Jacques (1370) de la Basilique saint-Antoine, à Padoue.

 

 

1

Les deux pêcheurs sont jeunes,

ils prennent la mer à l’aube.

Elle est agitée.

Trente kilomètres au large une lame monstrueuse

renverse le bateau,

ils se noient.

 

Deux jours après un corps revient sur la grève.

Du second corps on ne sait rien.

Par mer calme et basse

les bancs de rochers dansent

furieux, pas ensemble.

Chaque strate de roche noire

re-crie les cris des mouettes.

Chaque strophe crie à sa mouette noire :

« va chercher le mort ! va chercher le mort ! »

 

I due pescatori sono giovani,
escono in mare all’alba.
Il mare è agitato.
Trenta chilometri al largo un’onda mostruosa
rovescia la barca,
annegano.

Due giorni dopo un corpo riappare sulla riva.
Del secondo corpo non si sa niente.
Col mare calmo e basso
i banchi di scogli si agitano
infuriati, separatamente.
Ogni strato di roccia nera
ripete le strida dei gabbiani.
Ogni verso grida al suo gabbiano nero:
«va a cercare il morto! va a cercare il morto!»

 

 

2

Toutes les Alpes se mettent en demi-cercle

autour du Pô. Le Pô est leur fils affamé.

Toutes les Alpes s’arrachent viscères et chairs

et les jettent à leur fils.

Ceux qui habitent depuis toujours les Alpes

jettent aux torrents leurs rognures, leurs journaux

de deuil, de guerre, de fiançailles absurdes.

Le Pô reprend la totalité du legs.

Limons et galets blancs.

Les pêcheurs morts à l’embouchure du Pô

aiment le Pô. Viennent manger les débris.

 

Le Alpi si dispongono in semicerchio
intorno al Po, il loro figlio affamato.
Le Alpi si strappano viscere e carni
e le gettano al loro figlio.
Coloro che da sempre abitano le Alpi
buttano nei torrenti i loro avanzi, i loro diari
di lutto, di guerra, di compromessi assurdi.
Il Po raccoglie la totalità del lascito.
Fanghiglie e sassi bianchi.
I pescatori morti alla foce del Po
amano il fiume. Vengono a mangiare i detriti.

 

 

3

Deux bœufs roux tirent le chariot.

Sur le chariot, le cercueil du mort inconnu.

Une foule l’accompagne. Rustique, bruyante.

Les bœufs vont passer la grand’porte

peinte là-haut près de la voûte

par dessus la tête des vivants.

Les bœufs sont peints là-haut.

Toute la basilique frémit sous le sabot des bœufs peints.

Les bœufs roux, bossus comme paire de montagnes,

grands convoyeurs de cadavres

parmi la couleur et les chants.

 

Due buoi rossastri tirano il carro.
Sul carro, la bara del morto sconosciuto.
Una folla la accompagna. Paesana, rumorosa.
I buoi attraversano la grande porta
dipinta lassù vicino alla volta
sopra la testa dei viventi.
I buoi sono dipinti là in alto.
Tutta la basilica vibra sotto lo zoccolo dei buoi dipinti.
I buoi rossastri, curvi come una coppia di montagne,
grandi trasportatori di cadaveri
tra il colore e i canti.

 

 

4

Sur la place du marché chaque matin

un homme sans avant-bras mendie

de terrasse en terrasse de café.

Je crois que personne n’accroche son regard.

Il glisse d’une table à l’autre

en tordant devant les gens

les doigts difformes qui ont poussé à ses coudes.

La nappe phréatique de la ville remue

entre ses doigts affreux. Et il chante.

 

Ogni mattina sulla piazza del mercato
un uomo senza avambracci chiede l’elemosina
vagando tra i caffè all’aperto.
Credo che nessuno lo degni di uno sguardo.
Scivola da un tavolo all’altro
torcendo davanti alle persone
le dita deformi che hanno attaccato ai suoi gomiti.
La falda freatica della città sussulta
tra le sue dita terribili. Ed egli canta.

 

 

5

La lagune se tient à mi-pente du réel.

Elle ne tombe pas. Ni ne glisse.

Les bœufs la fréquentent

avec cadavre ou pas.

Le Pô l’admire. Pas les Alpes

qui sont dans le ciel et penchées.

La lagune mange les hommes,

ne laisse presque rien de leurs dépouilles.

Elle est à mi-pente car les esprits invisibles,

les gens peu visibles et nous

la portons par en dessous.

 

La laguna si mantiene a metà pendio del reale.
Non cade. Non scivola.
I buoi la frequentano
con cadavere o senza.
Il Po l’ammira. Non le Alpi
che svettano nel cielo, inclinate.
La laguna divora gli uomini,
non lascia quasi niente delle loro spoglie.
E’ a metà pendio perché gli spiriti invisibili,
le persone poco visibili e noi
la sospingiamo verso l’alto.

 

 

6

Les peu visibles vont par milliers

et dizaines de milliers. Bus, trams,

trains de banlieue tôt le matin tard le soir

regorgent d’atlantes pauvres, abrutis de fatigue, gris.

 

Long chemin depuis Pakistan, Mali,

Kosovo, Nigeria, Roumanie, longs

voyages firent les atlantes gris, les peu visibles.

La lagune et Venise et la peinture classique

et la sculpture baroque et la mosaïque

ne tombent ni ne glissent

car les atlantes venus de partout ailleurs

sur leurs épaules et leurs têtes portent

portent portent.

Essentielle est aux quais, aux entrepôts,

aux madrigaux, au raffiné flou,

essentielle est leur vie.

Essentielle : la vie humaine est leur vie.

Ils parlent peu. Ils parlent.

 

Quelli poco visibili si muovono a migliaia,
a decine di migliaia. Bus, tram,
treni locali di primo mattino e alla sera tardi
traboccano di atlanti poveri, abbrutiti dalla fatica, grigi.

Un lungo cammino da Pakistan, Mali,
Kosovo, Nigeria, Romania, lunghi
viaggi hanno reso gli atlanti grigi, poco visibili.
La laguna e Venezia e la pittura classica
e la scultura barocca e il mosaico
non cadono né scivolano
perché gli atlanti venuti da ogni dove
li reggono sulle loro spalle e le loro teste
li reggono li reggono.
La loro vita è essenziale,
essenziale per i moli, per i magazzini,
per i madrigali, per la raffinata vanescenza.
Essenziale: la vita umana è la loro vita.
Essi parlano poco. Essi parlano.

 

 

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Le Trait qui nomme (publication bilingue en cours)

Après mes « lectures d’espace » et « dialogues de création avec des poseurs de signes » dans les Antilles, à Chypre et au Sénégal dans la décennie 1990, je me suis rendu de 1998 à 2009 au Mali et spécifiquement de 2000 à 2009 au Nord de ce pays. Cette région est ravagée actuellement par un mélange insupportable de grand banditisme local et de guerre aveugle de religion.

 

Mes plus de vingt séjours en « immersion » totale dans deux oasis et quatre villages de ce Nord m’ont donné de comprendre des conceptions du monde sans écriture d’une profondeur et d’une cohérence admirables, comme peu de civilisations savent en avoir. Finalement dans deux de ces villages, entre huit cultivateurs sédentaires d’une ethnie spécifique, « poseurs de signes » à l’aube de toute écriture, et le poète écrivant et « lecteur d’espace » que je suis, s’est développé un très fertile dialogue de création sur tissu, papier et pierre. Parmi les modalités constantes de ce dialogue, une transmission ethnographique abondante et une réflexion toujours plus approfondie rituellement et anthropologiquement sur le statut de la parole.

 

De ces rencontres longues et régulières et de ce dynamisme réciproque d’écoutes et d’avancées je rends compte, par récits et analyses, dans l’ouvrage Le Trait qui nomme. Je l’ai conclu en 2011, deux ans après mon dernier séjour de travail au Mali. Il n’est pas encore publié. Il le sera ultérieurement.

 

En Italie, sous la conduite du poète et traducteur Francesco Marotta, un groupe remarquable de traducteurs et écrivains, composé outre lui-même de Viviane Ciampi, Antonio Devicienti, Marco Ercolani, Lucetta Frisa et Giuseppe Zuccarino, entreprend actuellement de faire voir le jour au Trait qui nomme. Etape par étape, il est publié sur le site La Dimora del tempo sospeso, Là on peut le lire, chapitre par chapitre. Pour cela, on clique sur le lien : https://rebstein.wordpress.com/tag/il-tratto-che-nomina/   puis on choisit la version italienne ou la version française.

 

J’attire l’attention sur un article en italien qui souligne la très grande opportunité de publier cette vaste traduction précisément dans le contexte actuel : https://vialepsius.wordpress.com/2018/02/25/perche-tradurre-le-trait-qui-nomme-di-yves-bergeret/#comments

 

Mes remerciements très chaleureux vont à chacun et à chacune dans l’équipe des traducteurs.

 

Yves Bergeret

 

 

 

 

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Les Elagueurs à Lausanne (février 2018)

Poème écrit et peint, avec collages, en deux exemplaires par Yves Bergeret à Lausanne et Paris du 14 au 18 février 2018, sur diptyques horizontaux Arches 280 g au format 38 x 56 cm

*

 

 

 

Au centre de la ville, la colline.

Là un très grand arbre.

Certains d’entre nous entrent

dans des vêtements de travail rouges.

Grimpent jusqu’aux branches solides

les plus hautes. Si hautes qu’elles crèveront

une nuit les yeux du dieu qui nous rançonne.

 

De minces cordes noires

les relient au sol

donc à nous. Qui sommes très inquiets

de leur grand sacrifice.

 

 

Ils sortent je ne sais d’où des serpes,

émasculent le dieu du délire économistique

et apaisent l’air, le ciel réels qui ne trouvaient plus où vivre,

puis tirent avec d’autres minces cordes

invisibles car elles sont seulement sonores

les coffres cachés dans les caves

des donjons tout autour du lac,

 

tirent avec leurs minces cordes

les nids de chair et de bois, les grumeaux d’ivoire et de vie,

les jeux d’enfants et d’esclaves,

les barques qui coulèrent et voulurent,

les tirent depuis l’autre côté des montagnes et des frontières,

 

tirent avec leurs minces fils sonores

ces choses qu’aucune écriture n’assigne,

qu’aucun comptable ne détermine

et qui se forment sur les arènes de chant

de l’autre côté de la Méditerranée et de l’Atlantique

et qui s’appellent bonheur dans certaines langues

ou gestation dans d’autres ou encore accomplissement

ou même fraternité, peut-être loyauté,

parfois harmonie du monde.

 

Tout cela remonte à bout de fil

et reste suspendu juste en dessous des hautes branches

et balance au vent

comme avec tout cela balancent au vent

les hommes vêtus de rouge

et nous aussi un peu dont les chevilles sans ailes

peinent à mourir simplement dans l’humus

mais vont et viennent par les pentes de la colline

en traçant en longues lignes

sentiers, récits, rues, histoires,

profils, sentiers, un peu de phrases

dans l’herbe par-dessus la ville.

 

 

 

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Retour de Beyrouth ( mails de Gianluca Asmundo à YB, janvier-février 2018)

Poète, jeune architecte et chercheur à l’université d’architecture de Venise, l’auteur envoie à Yves Bergeret ces mails, ce poème et ces photos au retour d’une mission de recherche scientifique et didactique au Liban.

 

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Mail de Gianluca Asmundo, 23 janvier 2018

Cher Yves ! J’ai pensé à toi tous ces jours, c’était une expérience très intense et je suis plus riche qu’avant.

Une expérience immersive et totale, en absorbant avec les sens toute cette réalité stratifiée. Nos leçons universitaires sur la mémoire et la préservation du patrimoine comme un acte politique et démocratique, dans un pays sans dialogue mais fait d’équilibre, avec une tangibilité composite.

L’urbanité verticale sur les pentes de Braudel, les promenades dans le luxueux centre-ville très glacé de Beyrouth, suspendu entre Las Vegas, Zurich et le Moyen-Orient, il me semble une raffinée dystopie post-apocalyptique avec une reconstruction des espaces urbains postmodernes et militarisés. La reconstruction réelle, sociale et cohabitante, entre les rues, cousue à la main, en dehors du « centre historique », malgré les frictions entre les différentes confessions religieuses.

Les dynamiques contemporaines et les héritages médiévaux des couvents maronites, la cuisine mésopotamienne, la frugalité hospitalière d’un dîner protégé bien que près de l’horizon ouvert vers les vallées des ruines et, en même temps, l’abondance d’un dîner par hasard avec des architectes d’élites, le kitsch mystique, la mixité incroyable des langues différentes, des identités religieuses et de tout le reste.

 

L’horizon de Byblos, sa respiration : je regarde du haut de la falaise, un miroir d’or et la douce brise qui me soulève et me soulage un moment, je ferme les yeux et je sens que oui, je suis là, où est née la Méditerranée.

La si forte spiritualité cananéenne des collines, le mélange du Garshuni, le caractère si sacré de la pierre des petits piliers grossièrement taillés dans les minuscules églises byzantines, sous la farine d’étoiles.

Réfugiés et cultivateurs qui vivent dans des serres de légumes au fond des vallées perdues.

 

Les gigantographes des militaires sur les palais, les casinos et les dollars, les affiches le long des routes avec quelques nouveaux saints chrétiens politiques, barbus et priant, les pastiches, palais délibérément confus, des émirs à Beiteddine et Deyr el Qamar, les tensions entre chiites et sunnites qui explosent. Le café ottoman mais pas ottoman, la cuisine libanaise et orientale, les fréquents black-out, le chant du muezzin près d’un donjon des croisés ou qui s’ouvre devant l’immensité des déserts enneigés. Les vêpres dans les églises arméniennes, la Vierge quasi cedrus exaltata. Les théories sanctifiées des centres commerciaux LED et les explosions de la guerre, une nuit je reste éveillé pour entendre d’autres coups de feu dans le noir, la nuit suivante pour une discothèque.

L’arak et les chambres enfumées, les aubergines frites avec yaourt et pignons. La candeur des sarcophages anthropomorphes phéniciens dans un vaisseau spatial. Et encore à Beyrout, le mélange de l’Angleterre à la Géorgie, la précise progression d’une cabine militaire au forum romain, à l’église, à la mosquée. L’esthétisation des ruines modernes.

Les énormes drapeaux planant au-dessus des banques. Les toits en pente à la française sur les maisons turques. Les premiers écrits alphabétiques sur l’argile, qui se déplacent mentalement dans le paysage. La mer toujours niée à Jounieh et Ghazir, la tempête de vent de Dieu dans les montagnes de pins, loin de Batroun.

Le Liban me semble un endroit incroyablement fou, plein de contradictions et en même temps grandement hospitalier et extrêmement fascinant pour moi, dans son énorme complexité.

Ci-joint des photos pour toi…

 

Post scriptum. Poème libanais I

 

Y. sa dove trovare

le chiavi dei mondi

Solleva il velo d’intonaci

all’aura dei santi

 

conosce il tempo del sole e la luna

dei libri chiusi e dei cuscini d’oro

dei serafini dalle ali precise

 

(sotto la volta gli ulivi

maturano stelle)

in fronte ha migliaia di anni

tra i passi una luce.

 

Y. sait où trouver

les clefs des mondes.

Elle soulève un voile d’enduits

à l’auréole des saints

 

elle connaît le temps du soleil et de la lune,

des livres clos et des coussins d’or,

des séraphins aux ailes précises

 

(sous la voute les oliviers

font mûrir les étoiles)

au devant entre les pas

une lueur

a des milliers d’années.

*

Réponse d’YB, le 30 janvier 2018

Cher Gianluca,

j’ai plus d’une fois relu ton mail libanais du 23 janvier dernier. Il est splendide et passionnant ; mais surtout il dépasse largement l’esthétisme et le pittoresque, qui ne m’intéressent pas.

Sa langue française est parfaite et, de plus, personnelle : on te sent très bien toi-même dans le style et les formulations vivantes que tu as choisies.

Une seule expression que tu emploies est pour moi peu claire. Tu écris : des architectes d’élites. Comme tu écris le mot élite au pluriel, élites, veux-tu dire qu’ils sont des architectes pour des élites, pour des clientèles d’élites sociales et politiques à Beyrouth ? Ou bien ce pluriel t’a-t-il échappé et voulais-tu écrire simplement : des architectes d’élite, autrement dit exceptionnels ? Le sens est en effet complètement différent.

As-tu une ou deux photos de cette exubérance architecturale et urbanistique dont tu parles si bien ? Peux-tu me les envoyer ?

*

 

Mail de Gianluca Asmundo, le 31 janvier 2018

Je réponds immédiatement à tes questions :

pour élites tu as deviné avec la première hypothèse, ça devait être au pluriel, parce qu’il me semblait en partie une élite pour des élites. Mais j’ai parlé directement avec quelques personnes et au-delà de l’effet visuel de l’ensemble, ils travaillent à moitié pour la haute société et à moitié avec un engagement social.

C’était une expérience intéressante, aussi surréaliste – les leaders gentils et formels qui fumaient tout le temps avec leur cravates ottomanes, les petits garçons serveurs qui couraient tout le temps avec d’énormes plateaux en remplissant les assiettes tout le temps (délicieuses nourritures), bonsoir et nice to meet you sirs, la Babel amusante des invités habillés de toutes les manières possibles en parlant tout le temps d’architecture et société, dans la grande salle d’un casino face aux shopping malls aussi contemporains, oh, aussi architecturals, le long de l’autoroute qui traverse Beyrouth, quelle bulle de savon magnifique, fantastique pour eux et pour nous ! … – et je les regarde, et je me regarde moi-même comme à la troisième personne, con paura e un sorriso autoironico e divertito insieme, caro Yves – mais en même temps les architectes invités around me étaient de bonne humeur et très sympa, beaucoup plus qu’en Italie. J’ai parlé beaucoup du rôle de la femme dans la société avec une fashion designer avec le drôle de nom de « Rossignol » ; et avec un architecte jordanien très souriant, that usually works près d’un site archéologique célèbre.

Quel incroyable pastiche/postiche en Liban, méli-mélo de contradictions, de langues, de bons sourires.

Je descendais tout juste d’un autre monde, des villages musulmans et chrétiens orthodoxes, du cœur des montagnes humides du sentiment des personnes et des pierres.

 

(PS. il n’est pas possible de le voir dans la photo à Kaslik, mais l’écran pour le football était long de 15 mètres au moins).

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Mail de Gianluca Asmundo, du 10 février 2018

Je suis reconnaissant à tous mes hôtes, parce que grâce à leur contact humain, l’expérience a été si immersive et fascinante.

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L’Atelier à Valenza (Piémont, janvier 2018)

Poème écrit par Yves Bergeret à Turin le 5 février 2018 trois jours après l’atelier d’écriture qu’il a conduit au Collège Pascoli de Valenza, ville sur la rive du Pô.

 

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Les enfants de l’atelier d’écriture

se serrent épaule à épaule

contre la buée tiède de la langue.

 

Ils ont moins peur. Ce matin la langue

n’est plus l’hypnotique miroir paternel

qui les ennuie à mourir.

Ici la langue, une bribe ; puis une autre bribe. Ah, voici,

c’est une poignée de la fenêtre en

train de s’ouvrir. Pas une poignée.

Une kyrielle de poignées, de poignées,

de poignées, vingt fenêtres.

On ne sait pas très bien qui tourne la poignée.

Là-bas derrière les toits et les arbres

il y a beaucoup de vent, peu situable, ça souffle.

 

Alors on s’en va, on descend par la ruelle,

façades basses défraîchies.

On suppose que le sol est marchable

et que les peupliers ont assez asséché la boue.

 

On avance en brisant sous le pied les roseaux morts,

l’hiver a tout nettoyé éloigné éclairci,

il reste juste du vent, une sorte de vent

sauvage. Sauvage. Sans patrie.

Oiseaux par vols courts, petites foules légères silencieuses.

 

Sans remous sans hoquet le Pô coule,

toutes les fenêtres ont été absorbées

par les branches hautes dépouillées des peupliers.

Sèche ou non sèche est la boue à marcher.

 

Bleu clair et brillante dans l’eau lente du fleuve

râpeuse la langue de trois cents générations

se serre contre le silence glacial chauve,

cherche le chemin de la mer aux vastes fonds

profonds et sombres comme le désespoir maternel,

profonds et sonores comme l’ardeur de tous ceux

qui savent tourner la poignée des fenêtres.

 

Presque blanc s’il est nuageux le ciel

par très hauts cirrus,

pâle le ciel bleu juste pour recevoir relever trace

des pas de ceux en foules par siècles

qui n’insistent pas et passent en souriant.

 

Très loin seule la masse du Mont Rose

redistribue par humbles battements d’éventail

les fortes épopées dont nous eûmes tous besoin

par bribes par bribes

 

très loin le Mont Rose plie déplie redresse le marchepied

timide joyeux de mes premières ascensions d’adolescent

comme une naissance vingt fois reprise

et noue dans des choses sombres en bas de ses pentes

quelques débris de fenêtres intimes ou furieuses

 

mais ce qui compte

et se compte par milliers sans dénombrement

aucun et par millions,

ce sont les galets clairs du Pô, nos phrases cachées,

nos signes de ponctuation, nos clavicules et nos

rotules entre veille et rêve, entre connaissance

et pardon et rebonds, entre espoir et silence

car l’espoir, fils de la parole,

ne s’éteint jamais.

 

Version italienne :

I bambini del laboratorio di scrittura

si stringono spalla a spalla

contro il vapore tiepido della lingua

 

Loro hanno meno paura. Questa mattina la lingua

non è più l’ipnotico specchio paternale

che li annoia a morte.

 

Qui la lingua, un frammento; poi un altro frammento. Ah, ecco,

c’e da aprire una maniglia della finestra.

Non una maniglia.

Una sfilza di maniglie, e maniglie,

e maniglie, venti finestre.

Non si sa molto bene chi gira la maniglia.

Laggiù oltre i tetti e gli alberi

c’è molto vento, appena percepibile verso dove soffi.

 

Mentre si va, scendiamo attraverso la stradina

facciate basse scrostate.

Si suppone che il suolo sia percorribile

e che i pioppi abbiano asciugato abbastanza il fango.

 

Andiamo avanti frantumando sotto il piede le canne morte,

l’inverno ha ripulito allontanato schiarito il cielo,

resta appena un po’ di vento, una specie di vento

selvaggio. Selvaggio, senza patria.

Uccelli dai voli brevi, piccole moltitudini leggere silenziose.

 

Senza mulinelli senza singhiozzo il Po scorre,

tutte le finestre sono state assorbite

dagli alti rami spogli dei pioppi.

Secco o non secco si deve marciare sul fango.

 

Blu chiaro e brillante nell’acqua lenta del fiume

ruvida la lingua di trecento generazioni

si stringe contro il silenzio glaciale calvo,

cerca il cammino del mare dai vasti fondali

profondi e cupi come la disperazione di una madre,

profondi e sonori come l’entusiasmo di tutti

quanti sanno girare la maniglia delle finestre.

 

Quasi bianco se è nuvoloso il cielo

attraverso alti cirri,

pallido il cielo blu per ricevere traccia

rivelatrice del passo di quelle masse in marcia da secoli

che non insistono affatto e passano sorridendo.

 

Molto lontano solo la massa del Monte Rosa

trasforma in umili lievi battiti di ventaglio

le alte epopee di cui avemmo tutti bisogno

per frammenti e frammenti

 

molto lontano il Monte Rosa piega dispiega raddrizza il gradino

timido gioioso delle mie prime scalate di adolescente

come una nascita venti volte ripresa

e annodata in cose oscure in fondo ai suoi pendii

qualche frammento di finestre intime o furiose

 

ma quello che conta

e si conta a migliaia senza numero

alcuni e a milioni,

sono le pietre chiare del Po, nostre frasi nascoste,

nostri segni di interpunzione, nostre clavicole e nostre

rotule tra veglia e sogno, tra conoscenza e perdono e rimbalzi, tra speranza e silenzio

perché la speranza, figlia della parola,

non si estingua mai.

 

 

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Vannerie, avec Emile C. (3)

Trois poèmes d’Emile C., 18 ans, et Yves Bergeret, sur des thèmes choisis par Emile, et créés à Paris avec gestes de couleurs des deux auteurs, sur Canson 200g, format 32,5 cm x 50.

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Ce dialogue d’écoute et de création se lit traduit en italien par le poète Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2018/01/04/larte-di-intrecciare/

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Le 23 décembre 2017, sur le thème de la vannerie même

 

2 02 Avec Emile C.02, décembre 2017

 

Roseau et jonc,

deux rives au bord du ruisseau,

deux vies souples au bord de l’orage,

deux qui se pressent et se tressent

avant que ne se close la fable,

allègre, dans trop de lumière.

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La vannerie, c’est le fait de faire des paniers à la main en bois en utilisant les matériaux qu’on trouve dans la nature : le lierre…

 

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Le 25 décembre 2017, sur le thème de l’arbre

 

 

Un arbre, c’est du bois et des feuilles et des racines qui sont ancrées profondément dans la terre. Les oiseaux rêvent entre le bois et le vent.

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« Où vas-tu, oiseau, mon fils ?

demande l’arbre.

-« Aux femmes lointaines

je vais porter le secret

que tu enfantes entre écorce et tronc.

 

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Le 27 décembre 2017, sur le thème du sol

 

 

L’humus : sous l’humus il y a des animaux et plusieurs kilomètres sous l’humus il y a du feu, mais des centaines de kilomètres sous la terre il y a du feu.

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«Bienheureuses êtes-vous, mes racines,

ma multiple mère, dit la forêt.

Bienheureuses racines qui, les yeux fermés, entendez

chanter le profond tonnerre du magma

et savez en tirer le fil du récit magique

qui se tresse et tresse les demeures

des hommes vagabonds. »

 

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