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La Gerle dit

Poème créé et calligraphié par Yves Bergeret à l’encre de Chine et à l’acrylique sur quatre diptyques de Fabriano « Dessin blanc » 224 g au format déplié de 24 cm de haut par 32, en trois exemplaires, dans les alpages de Glaise près de Veynes le matin du 11 juillet 2021.

Le poète Francesco Marotta offre de ce poème une traduction ferme, claire et décidée comme une fable et sa morale. Voici : https://rebstein.wordpress.com/2021/07/15/tra-le-gole-della-gerle-2/.

1

Orage à minuit.

Rochers tombés au torrent

sous les sabots du ciel.

A l’aube mes pieds remontent la piste

minuscule des gorges de la Gerle.

2

Les strates de roche se mettent verticales

pour le cri. Le cri.

C’est le cri,

la leçon de l’orage de minuit,

lumière dans la pierre.

3

Toute racine plie vers son eau.

Tout sentier serpente.

Toute trace dans la veine du bois ou du sol,

toute veine dans la nuit charbonneuse,

tout, tout négocie et alterne

puis écoute puis avance.

Tout parle et va par scènes et entractes

comme le visage humain

dont le profil n’est jamais droit.

4

La gorge calcaire est un œil.

Le torrent qui la fend en est un.

Le peuplier dans la combe en est un.

Le tilleul dans le bourg en est un.

Chaque œil est aussi une oreille.

Homme lucide,

agis en sorte de n’avoir pas honte

de ton geste ni de ta parole.

*****

***

*

Le peuplier de Nala

Poème calligraphié par Yves Bergeret au lavis d’encre de Chine et à l’acrylique sur quatre diptyques de Clairefontaine 160 g au format déplié de 24 cm de haut par 32, en trois exemplaires, dans les alpages de Glaise près de Veynes le matin du 10 juillet 2021, dans la compagnie de la chienne Nala ( Les Rêves de Nala | Carnet de la langue-espace (wordpress.com)

Le poète Francesco Marotta en propose sa traduction italienne, toute de fluidité et de lumière ; la voici : Il pioppo di Nala | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com)

*

1

Nala flaire le pied du peuplier solitaire en pleine montagne,

elle écoute son récit montant par les racines.

Ni Nala ni l’arbre haut ne sont seuls,

les branches reçoivent sève

de terre éthiopienne et de collines yézidies,

envoient paix

en terre éthiopienne en collines yézidies.

2

Ethiopienne est la montagne

qui fait pousser le peuplier jusqu’à mon front,

qui fait voguer le peuplier jusqu’à mon pinceau.

3

Yezidi est le ciel

qui par ma bouche fait chanter le peuplier,

qui dans mes mots incarne le peuplier.

4

Au dessus du sol dur

et de ses mille épidermes de forêts brèves

va vient le long fleuve du son profond

des oiseaux éperdus de vivre,

des torrents entêtés à creuser à détruire,

des hommes attelés à la charrue de commercer.

Au dessus du sol cru puis vert

va l’écorce rugueuse tavelée

crevassée écaillée du peuplier de Nala,

chair des cordes vocales du monde,

c’est-à-dire des hommes qui n’y pensent pas

mais vont, vivent, souffrent et vont,

hommes d’un continent à l’autre.

*

*****

***

*

Cécité

Yves Bergeret (2011)

in L’Homme inadéquat, bilingue franco-italien (traduction Francesco Marotta), éditions Forme Libere, Trenta, 2011,

avec un dessin d’Alguima Guindo.

*

Nouvelle traduction de Francesco Marotta (2021)

*

1
Dans la grotte j’ai éteint ma lampe.
J’ai entendu :
mon souffle, ma digestion,
mon cœur.
Puis j’ai entendu tomber à l’antipode
une à une
les gouttes de la question
qui m’a jeté au monde.


Nella grotta ho spento la mia lampada.
Ho sentito:
il mio respiro, la mia digestione,
il mio cuore.
Poi ho sentito cadere agli antipodi
una ad una
le gocce della domanda
che mi ha gettato nel mondo.

*

2
Sur la neige en altitude
sans lunettes noires
au troisième jour
je suis devenu aveugle.
J’ai entendu chuinter le glacier
et se retourner sur leur lit
la première et la troisième pentes de la montagne.
J’en suis devenu la deuxième:
son désir,
qui n’a plus de verticale ni d’horizontale,
son désir nourri de feu et de sang.
A tâtons je rampe jusqu’à la pitié
et procrée la parole.


Sulla neve in altura
senza occhiali scuri
il terzo giorno
sono diventato cieco.
Ho sentito sibilare il ghiacciaio
e rigirarsi sul loro letto
il primo e il terzo pendio della montagna.
Io sono diventato il secondo:
il suo desiderio,
che non è più verticale né orizzontale,
il suo desiderio nutrito di fuoco e di sangue.
Brancolando mi trascino a fatica
e genero la parola.

*

3
Il se peut
que je sois un vestibule sans lumière
dont je franchis une à une les portes.
J’essaye de ne pas les claquer.
Si une poignée m’échappe,
la porte en claquant
fait tomber encore un morceau du récit
qui m’enrobe.
Et m’échappe.


E’ possibile
che io sia un vestibolo senza luce
di cui varco le porte una ad una.
Cerco di non farle sbattere.
Se una maniglia mi scivola,
la porta sbattendo
fa cadere ancora un pezzo del racconto
che mi copre.
E mi sfugge.

*

4
Il se peut
que je sois un vestibule sans lumière
dont j’écarte une à une les tentures;
je passe, l’air passe avec moi.
Si une tenture retombe trop vite
je trébuche et me déverse dans le bégaiement
dont le courant de l’air m’imite,
et je nage.


E’ possibile
che io sia un vestibolo senza luce
di cui scosto le tendine una ad una;
io passo, l’aria passa con me.
Se una tendina viene giù rapidamente
incespico e incomincio a balbettare
imitato dalla corrente d’aria,
e io nuoto.

*

5
Merci à l’air épais qui me quitte
merci à ma peau qui me quitte
merci à l’air qui me vêt
merci à ma peau
anonyme


Grazie all’aria densa che mi lascia
grazie alla mia pelle che mi lascia
grazie all’aria che mi veste
grazie alla mia pelle
anonima

*

6
Sur une pierre au bord du cratère
j’ai laissé ma peau
et la nuit je me baigne dans le ciel.

Sur un léger cri
j’ai laissé ma peau.
Dans le sillage du cri je me baigne
et touche l’air,
l’air que j’inspire
juste avant le chant.


Su una pietra sul bordo del cratere
ho lasciato la mia pelle
e di notte faccio il bagno nel cielo.

Su un grido leggero
ho lasciato la mia pelle.
Nella scia del grido mi immergo
e sento l’aria,
l’aria che inspiro
poco prima del canto.

*

7
Je dépose l’entier besoin.
Je suis le souffle qui touche.
Je suis le souffle qui touche.
Je suis le souffle qui touche.

Par morceaux je peux me proposer.


Lascio tutto l’occorrente.
Sono il respiro che tocca.
Sono il respiro che tocca.
Sono il respiro che tocca.

A brandelli io posso propormi.

*

8
J’ôte un drap
et le secret s’apaise.

Je quitte ma peau
et les deux bouts du monde
s’enlacent.

J’ôte un drap
et n’ai plus de poids.

Je quitte ma peau,
la nuit me trouve.


Levo un drappo
e il mistero si attenua.

Lascio la mia pelle
e i due margini del mondo
si uniscono.

Levo un drappo
e non ho più peso.

Lascio la mia pelle,
la notte mi trova.

*

9
Alors la nuit s’inclinera
et s’allongera entre nous.

Alors un dieu naîtra entre nous.

Alors nous serons ses syllabes.

L’une puis l’autre.

La même deux fois.

Alors la nuit s’inclinera.


Allora la notte si chinerà
e si distenderà tra noi.

Allora un dio nascerà tra noi.

Allora saremo le sue sillabe.

Una dopo l’altra.

La stessa due volte.

Allora la notte si chinerà.

*

10
Beaucoup de syllabes
mais pas de récit.

Beaucoup de son
mais pas de confins ni de bord.

Naître sans nom,
naître.

Alors la nuit s’incline.


Moltissime sillabe
ma nessuna storia.

Moltissimi suoni
ma nessun confine né limite.

Nascere senza nome,
nascere.

Allora la notte si chinerà.

*

11
Sous ma paupière
mon corps à l’infini,

mon corps non fini,
votre foule
et notre balbutiement, onde
par-dessus des dieux morts.


Sotto la mia palpebra
il mio corpo all’infinito,

il mio corpo non finito,
la vostra ressa
e il nostro balbettio, un’onda
sopra gli dèi estinti.

*****

***

*

L’Ethiopien façadier

Poème écrit et calligraphié le 26 juin 2021 dans la montagne de Pontaix, près de Die, sur diptyques de Canson 180 g de format  déplié 24 cm de haut par 32.

Ce poème se lit également en italien dans la ferme traduction du poète Francesco Marotta, à cette adresse : Il muratore etiope | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com)

*

1

Les lettres amhariques ont cru chavirer.

Il a cru mourir de faim.

Le sol sec rouge sombre s’est creusé effondré

sous son corps allongé sec noir.

2

Jeté hors sa terre hors sa langue

il a traversé les lacs immenses les sables immenses.

La violence ahurie l’a déchiré en Libye.

Il a vu une étoile s’assécher plus sèche que le sel.

3

Il a traversé la mer et sa houle noire

qui est la fille de la misère.

La tempête chaque nuit a brisé un de ses os.

La mer chaque nuit a brisé une âme près de lui.

La mer chaque nuit a brisé une carène derrière lui.

Il n’a dormi aucune nuit.

4

Trempé jusqu’au pancréas et à l’aorte

il a mis pied en Sicile et a dormi.

On l’a battu pour qu’il cueille plus vite les oranges

et mérite une orange à manger le soir.

5

Dans mon village un jeune façadier

l’a accueilli et lui apprend le métier.

Sur l’échafaudage il redresse sa colonne vertébrale

et enduit panse le visage de la maison

que, droite ou bancale, chantante,

mes ancêtres ont dressée avec les galets du monde,

les galets roulés polis dans les horreurs

et les sursauts des peuples du monde.

*

Yves Bergeret

*****

***

Récits d’Archiane

Poèmes calligraphiés et créés par Yves Bergeret et Catherine Reeb à l’acrylique et encre de Chine le 21 juin 2021 sur Canson 224 g de format déplié 24 cm de haut par 32 dans le fond du Cirque d’Archiane, près de Die, au pied du Rocher d’Archiane et des Aiguilles d’Archiane.

Le poète Francesco Marotta donne de ces poèmes une très dynamique traduction italienne ; la voici : Racconti di Archiane | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com)

*

*

Roc d’Archiane

YB

1

Il a pu, le Roc d’Archiane,

enclore la faim et le loup,

garder le pain et le sel,

coffre dur où même le désert

vient ranger sa vigilance

et sa rustique tendresse.

2

Il enfle son torse, le Roc d’Archiane,

et le vent y engouffre mille siècles,

dix croisades

et un débarcadère.

3

Il est sûr que le ciel aime

tomber dans les grottes d’Archiane

qui ne sont pas deux miroirs

mais des oreilles,

oreilles mères des tiennes.

Torrent d’Archiane

YB

4

Torrent,

cher invisible

qui épluches la montagne

et jettes ses bribes de peau aux oiseaux,

cher sonore,

bonjour ! bon chant !

5

Torrent,

cher scieur

qui jettes le calcaire en copeaux,

en falaises, en dents, en

falaises vers le haut,

cher éleveur, bon espoir !

6

Torrent,

cher raboteur

qui frottes le grand corps calcaire

et en fais des pentes,

qui cire avec d’humides forêts

les épaules et les côtes du grand corps,

cher patient,

bonne rédemption !

Théâtre d’Archiane

YB

7

Les figurants

descendent les gradins d’Archiane.

Le vent retrousse les arbres comme des jupes.

On va commencer le récit de révolte

ou de cosmogonie

selon comme on va recoudre les avalanches.

8

Les figurants

dorment en l’air

allongés entre le zénith

et les aiguilles calcaires.

Le poing serré de l’un ou l’autre récit

porte le ciel.

9

Un anneau va nommer le grand figurant,

solitaire et fier, vide et plein,

enfant bâtard de la géllogie et de la musique,

c’est-à-dire de la main gauche

et de la main droite des hommes.

Anneau parole.

***

1

Danse la montagne

CR

Le serpent de pierre

            ronfle, siffle, souffle

siffle, souffle

sous l’orage.

Racines percent et cramponnent

            les failles

pour y suspendre les cailloux.

Chemin qui tremble

            quand danse

                        la montagne.

2

Les assoiffés d’Archiane

CR

Les assoiffés se tendent l’un vers l’autre.

            Illusion de l’eau

qui s’enfuit,

Le tronc s’ouvre aux pics,

            promesse d’une sève

déjà perdue ;

Ensemble ils prient

            pour rattraper

les gouttes aux abois.

3

Quand l’eau vient

CR

Les tours sentinelles contournées

            par le flot

ne savent rien du futur ;

S’engouffrant au puits

            la vague, elle, construit

son image sur la

montagne.

Tout chavire,

            ôte la voix aux humains,

            sculpte le nouveau désert.

*****

***

*

Chant d’homme

Poème écrit et calligraphié à l’acrylique et encre de Chine à Briançon le 15 juin 2021, sur papier très tendre 220 g d’un vieux livre d’art des années 1945, en format A3. En hommage à Abdoulaye Guindo, homme qui a fait un long voyage héroïque.

Le poète Francesco Marotta en donne ici : Canto d’uomo | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com) une version italienne dont la beauté est d’une vigueur féline.

*

1

Violence et cruauté au Sahel

l’ont jeté à seize ans à la rue.

Cœur tenace il a pleuré il a couru.

Il a tiré sur lui le vent et s’en est couvert.

Le vent l’a aidé à aller.

2

Seul il a traversé désert et dureté extrême.

Il a pleuré ceux qui marchaient avec lui et mouraient.

Il a marché.

3

Il a nagé dans le sel et dans la violence de la mer.

Il ne savait pas nager, il a avalé trop d’eau salée.

Il a nagé, le nuage de la liberté l’accompagnait.

4

Aux mafieux de Sicile il a désobéi

et a marché jusqu’à la montagne.

Elle l’a protégé comme un vent nouveau,

plus proche, plus fraternel.

5

Il a grimpé dans la caillasse

et franchi le col où ne vont que les tigres

et ceux qui ont le cœur intransigeant et libre.

6

Il a regardé derrière lui

et a vu combien le gouffre était profond

et traitre : il ne lui a rien pardonné

et a ri.

7

De l’autre côté du col plus douce est la pente.

L’eau de la source court claire

comme les bras et les jambes de la parole.

Il a regardé et vu

qu’il est devenu le torse de la parole.

8

Il est devenu homme adulte. Solitaire et fier.

Il sait à présent guider des bœufs vers la pâture.

Il aide encore à mourir ceux qui n’en peuvent plus.

Il nomme la vie : elle a des arômes lumineux.

*

*

Yves Bergeret

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***

*

Torrent Vacarme

Poème écrit et calligraphié à l’acrylique en trois diptyques, chacun en deux exemplaires, sur papier Clairefontaine de 330 g au format déplié de 24 cm de haut par 34, sur une sente de sanglier plusieurs centaines de mètres au dessus du lit bouillonnant de la Durance entre le col du Montgenèvre et Briançon le 13 juin 2021.

1

Sur mille mètres d’épaisseur

il a creusé la montagne en criant.

De son tumulte, de ses rives,

les arbres remontent en criant les pentes

verticaux, verticaux, criant,

ne criant jamais si fort,

dans leurs branches jamais le vent ne crie

si fort que le torrent.

2

Vacarme des eaux du torrent,

c’est l’accoudoir du ciel.

Si fort vacarme

le torrent emporte l’exclamation de toutes les grottes

qui attendent dans la masse de la montagne,

il clame l’espoir de ceux qui migrent

à travers désert et mer, clame la révolte des marins

qui refusent l’exécution de Billy Budd

et reprennent son flambeau d’humanité et de beauté.

3

Troncs très droits

sapins et mélèzes en foule

courent remontant les pentes

à gauche à droite du torrent

à bâbord à tribord.

Qui peut se laisser abattre par la bêtise ?

Ni les arbres ni le torrent ni nous.

Se laisser abattre par la violence ?

Ni les arbres ni le torrent ni nous.

Par la haine ?

Ni les arbres ni le torrent ni nous.

*

Yves Bergeret

*****

***

*

L’aube au vallon 山谷黎明

Poème écrit et calligraphié en exemplaire unique à l’acrylique et encre de Chine dans la montagne boisée de Pontaix, près de Die, les aubes des 10 et 11 juin 2021 ; le support est un papier 220 g très tendre d’un vieux livre d’art des années 1945, en format A3.

Le poète Francesco Marotta en propose ici : L’alba nella valle | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com) la version italienne, particulièrement musicale.

La traduction chinoise que l’on lit ici est de Zhang Bo.

*

1

Il saute par-dessus la montagne, le soleil,

et vient te chercher, c’est l’aube.

太阳,它从山峰之上跃起,

前来把你找寻,这是黎明。

2

Le fond du vallon dans sa brume

t’offre à voix grave

son tout premier récit.

身处薄雾中的山谷

用庄严的音色给予你

它最初的叙述。

3

Le ciel aussi chante grave,

t’offre sa toute première mémoire dans le jour,

son œil multiple prêt au tout premier espoir.

天空亦庄严歌唱,

给予你它对白昼最初的记忆,

它多重的眼眸为最初的希望做好了准备。

4

La seconde heure du jour,

le vent naît et fait chanter les arbres du vallon.

Voici, tu entends : la mer chante à son lointain enfant,

est-ce la roche, le schiste,

l’homme hirsute…

白昼的第二个小时,

风起,它令深谷中的树木歌唱。

这里,你听:大海在为它远方的孩子唱歌,

那是礁石,岩板,

须发蓬乱的人……

5

La chevelure dans le ciel, tu l’entends,

la chevelure, elle se peigne,

ce long cri qui éraille même la crête,

la cicatrice des assassinés dans la vie désertique.

天空中的长发,你听,

长发,它在给自己梳头,

这声长啸划破了山脊,

沙漠般的生活中被害者的伤痕。

6

Mousses et buissons, arbustes, herbes sèches

poussent dans la cicatrice,

demandent le fil : tu dois suturer encore.

苔藓与荆棘,灌木,干草

在伤痕中生长,

它们要求纱线:你必须继续缝合。

7

On suppose que certaines aubes pourraient

poser sur l’océan la montagne transparente

que la lumière excave dans la mémoire.

人们猜想,某些黎明

可以在汪洋上安置

阳光在记忆中掘出的透明山峰。

*

Yves Bergeret

*****

***

*

Océan, sable, marais

Vendée, Saint-Jean-de-Monts, mai 2021

(Ce poème se lit dans une traduction italienne, toute de vent et d’iode, du poète Francesco Marotta, à cette adresse : Oceano, sabbia, palude | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com)

*

Entre l’île écrasée sur l’horizon

et ton regard qui l’aime,

l’océan.

La gorge du pinson suffit à raccorder la rive

à l’île épelée sur l’horizon.

Quel chant martelé !

Entre l’horizon de pluie sombre

et tes talons s’enfonçant là d’où la vague

en grinçant se retire,

le vent froid : l’inquisiteur.

Le vent froid cajole la colonne vertébrale du cheval.

Ou c’est la colonne vertébrale du cheval

qui cajole le vent froid.

Deux cormorans tirent la volonté du vent

là où eux le veulent.

L’océan verse l’histoire des hommes.

Il ne sait comment la suspendre.

La grenouille la prend sur son dos

et la passe sur l’autre rive de l’étier.

L’océan racle le fond du temps.

L’océan racle sous la semelle crasseuse des Titans.

L’oyat ironise.

L’océan rabote le côté vaseux des timorés,

enivre la rage de vivre.

L’algue pense se préserver toute la souplesse,

t’en concède par empathie.

Quelle présomption !

L’océan empêche les nuages de toucher sol.

Les nuages blancs délèguent, dis-tu,

des hommes sans arme

pour étancher le désespoir.

L’océan écope ce qui déborde du ciel

et de l’histoire violente des hommes

puis efface.

L’océan se persécute contre la roche puis dans la vague.

La vague le lui rend bien.

L’océan fracasse les miroirs

et en fait des rochers noirs.

Au marais la grenouille montre comment nouer l’algue souple

et l’océan repart dans l’autre sens.

L’océan racle sous le sabot tolérant du cheval.

L’océan marche sur l’horizon.

Sur le sable mêlé de bris de coquillages

c’est toi qui marches.

*

Yves Bergeret

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La Frayeur du cheval

Poème écrit à Pontaix et à Die, du 23 au 30 avril 2021.

En voici la vigoureuse et lumineuse traduction italienne, due au poète Francesco Marotta : Scaccia il boa | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com) [dans la deuxième partie].

*

Hors de sa minuscule écurie de planches

bondit le cheval blanc

apeuré de mes pas dans la caillasse

puis au bout de son enclos dans les vignes

à l’écart me regarde.

Caillasse remuée,

bruit,

cailloux les uns aux autres frottés,

bruit,

c’est toute la colline et au loin le mont

qui roulent dans la main furieuse

du terrifiant faux vigneron

qui se prend pour un dieu ou même l’est,

qui nous harcèle avec ses dogmes de mort

et cherche toujours par quel côté

dans sa cuve vineuse nous presser

ou dans le méandre saumâtre

au pied de la colline nous noyer.

« Beau cheval blanc,

ma fraternelle alerte,

je ne suis pas l’émissaire du meurtrier,

ce faux vigneron qui se prétend humain.

Je suis le fils du vent léger

qui remet colline et mont

dans la paix de la parole.

— Tu passes trop vite.

Même si le gravier roule sous ta bourrasque,

à ma cabane, à mon garrot blanc, à mon ombre grise

il faut un plus clair propos.

— Sous les mottes sèches entre les ceps

j’ai trouvé la serpe rouillée

que j’aiguise pour la révolte.

Sous l’ombre du nuage

j’excave l’abreuvoir

où boit le grand récit des hommes.

Viens boire, cheval blanc !

— Boire apaise ma détresse.

Maintenant démonte l’enclos

car je veux courir,

je veux libérer le méandre,

lécher l’écorce des grands arbres.

Monte sur mon échine.

La montagne des êtres à parole claire

n’est jamais inatteignable.

— De la serpe j’ôte la rouille.

La serpe étincelle,

c’est mon poème,

c’est mon trait qui trace

et nomme le courbe sentier

filant à la source

parmi les ronces,

jusqu’à la source, œil de la parole.

Je te salue, cheval blanc, corde vocale

de la parole échevelée,

parèdre fougueux de l’abreuvoir

où murmure éternel notre grand récit. »

*

Yves Bergeret

*****

***

*