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Les voix, le vent, la lueur de nuit, à Aci Sant’Antonio

 

La Rencontre au Musée de la Charrette Sicilienne

à Aci Sant’Antonio, en Sicile, 2 août 2019   

 

 

 

Dans la pente sud-est de l’Etna, dans la cour intérieure du charmant Musée de la Charrette Sicilienne, de la petite ville d’Aci Sant’Antonio, le maire-adjoint à la culture et à l’environnement, Quintino Rocca, organise une rencontre avec le public, autour de mes dernières publications. Ce soir le volcan, en harmonie avec nous, refreine ses émissions de nuages de cendre. Ciel d’une pureté parfaite, température moins caniculaire. Le public arrive, nombreux. Au débouché du long porche d’entrée, une œuvre diaphane de Carlo Sapuppo suspendue au dessus du passage accueille : une irréelle méduse, métaphore et témoignage des drames silencieux de la Méditerranée, drames de ceux qui au péril de leur vie sont les héros de leur traversée, malgré tempêtes salées et horreurs de la bêtise d’extrême-droite qui voudrait les rejeter. Les longs filaments de la Méduse de, je crois, papier et soie blanche, blanche comme la couleur du deuil en Sahel, remuent au vent léger.

 

 

 

 

Mais aussi Carlo Sapuppo a remis ici en scène sa figuration de la haute silhouette de celui que j’appelle le « Chroniqueur immobile » dans Carène, dont le nom est Soumaïla Goco Tamboura, tué dans la quasi guerre civile du nord du Mali il y a quelques années, et une des personnes centrales de mon livre Le Trait qui nomme. Carlo Sapuppo s’est volontairement inspiré des dessins de Soumaïla Goco pour composer cette silhouette majestueuse, dans l’adaptation théâtrale de Carène, jouée à Catane plusieurs fois en décembre 2017.

 

 

 

 

Quintino Rocca introduit la soirée, insistant sur la poésie en espace et la poésie en acte, telle que je les pratique. Alfio Grasso, le directeur des éditions siciliennes Algra editore, éditeur de mes quatre derniers livres bilingues italo-français, l’introduit à son tour (photo ci-dessus).

 

Je présente chacune des trois séquences prévues. D’abord mon poème de la Charrette elle-même : splendide mais immobile dans son musée, cette charrette sicilienne est en fait l’œuvre d’art populaire toute en prolifération d’images peintes et de cliquetis de ferrailles allant par les cahots de la route en terre, outil de travail entre oliviers et vignes, mais aussi œuvre rebelle, narquoise et libre se mouvant par l’ardeur du labeur, par le vent de la terre et de l’espoir. C’est Francesco Gennaro, excellent lecteur en italien de mes poèmes, qui en offre ce soir la presque tarentelle en vers. On peut lire ce poème en italien et en français, dans la deuxième partie de l’article dont voici le lien : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2019/03/27/ce-qui-tremble-pres-de-limage/

 

 

 

 

La seconde séquence est consacrée à Carène, mon livre de 2016 et publié en 2017. La Carène du grand bateau futur à construire, solide et nécessaire pour les drames, tempêtes et déluge à venir ; la Sicile au centre même de la Méditerranée est l’emplacement adéquat pour un bon chantier naval, les meilleurs charpentiers y oeuvrent ; parmi lesquels arrivent encore, malgré tout, les migrants héroïques de l’Afrique. Soumaïla Goco Tamboura est le «Chroniqueur immobile » de ce grand voyage et de ce grand effort des hommes et des femmes, mais son statut de quasi esclave dans le désert l’empêche de voyager ; il est notre figure tutélaire et son incantation soutient vigoureusement notre force de parole. Carlo Sapuppo érige, oui, la silhouette de Soumaïla Goco. Au centre de Carène se déploie le Rêve d’Alaye, cauchemar puis incantation de la mémoire des morts et de la dureté des espaces traversés. Le migrant tenace et infiniment digne qui (de son vrai nom Aly Traoré) m’a inspiré le personnage d’Alaye est là, lui-même en scène, il lit parfois en italien, langue qu’il maîtrise parfaitement à présent, six ans après son débarquement ; et parfois il improvise (grâce aux vertus dynamiques de l’oralité) sa traduction en bambara de certains passages. Le vent souffle plus fort, fait tomber la silhouette de bois du « Chroniqueur immobile », Francesco, Alaye et moi nous levons aussitôt pour la remettre debout ensemble.

 

 

 

 

Enfin, en troisième séquence, je présente Le Trait qui nomme, qu’Alfio Grasso vient de publier, en italien et en français. Journal de dix ans de séjours successifs, dans la décennie des années 2000, dans le même village d’un des neuf peuples dogons au nord du Mali, terre si dramatiquement ravagée actuellement par les conflits de la violence la plus dure. Je cherchais alors dans un contexte d’oralité à voir et comprendre comment quelques personnes d’une communauté prenaient l’initiative de poser des signes graphiques. Par une très longue patience, je les ai en effet trouvés et ai même pu engager avec elles un vrai dialogue de création et de transmissions à multiples dimensions. Au centre de ce livre, une tornade de la saison des pluies se transforme en vrai déluge, noyant les sables de la plaine sous des torrents d’eau boueuse, rendant l’escalade de la falaise pour accéder à notre village particulièrement risquée, vraie épreuve initiatique : tout bascule alors. Francesco Gennaro lit en italien le récit de ce basculement radical, tandis qu’à l’occasion ma voix énonce la parole de la roche, la parole de la pluie, la parole du vent, tandis qu’alors la voix d’Alaye reprend quasiment en litanies bambara ces invocations. La nuit est tombée sur la cour du Musée, éclatent violemment les fusées d‘un grand feu d’artifice de la fête traditionnelle de la commune voisine, Aci Bonaccorsi. Derrière les grandes baies vitrées du Musée, les lumières sur les charrettes peintes les font surgir de l’obscurité, autres instruments populaires de travail et de voyage par les terres dures.

 

 

 

 

Yves Bergeret

 

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Photos de Quintino Rocca et Carlo Sapuppo

 

 

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Entrée en écriture

On trouvera ici : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2019/05/24/latelier/  un poème (et l’accès à sa traduction italienne ) qui rend hommage aux très jeunes auteurs participants de ces ateliers, pour leur dignité et pour la beauté sobre et transparente de leurs textes, pour l’absence de toute lamentation et de toute mièvrerie littéraire : ils sont des jeunes charpentiers de la Carène à venir.

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Certains poèmes du Cahier 3 se lisent en italien, dans une magnifique traduction du poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/08/07/la-barca-dei-migranti/

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E N T R É E
E
N
E C R I T U R E

 

 

 

 

 

Par les élèves de 3e1 et 3e2,
classes de Juliette Beillard et Aurélie Buffel

Ateliers d’écriture animés par Yves Bergeret

dans le cadre de la première année de PEGASE
Année scolaire 2018-2019

Collège Ariane, à Guyancourt

*

 

Cet ensemble est édité sur papier aux éditions Mazette,

avec une mise en page de Gilles Cheval

*

 

Les photos de cette présentation-ci ont été prises au tout début des ateliers et témoignent des instants même de l’”entrée en écriture”.

 

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Préface

 

Depuis des années, éclosent en fin d’année scolaire les livres de poésie réalisés à partir des textes des élèves d’écoles, collèges et lycées du territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines, avec la collaboration d’un.e poète.

Les rencontres, qui ont émaillé l’année, entre les jeunes et les poètes, ont été riches de découvertes, d’expériences, de surprises.

Le livret que vous avez entre les mains tente de rendre compte de cette richesse.

Les Itinéraires poétiques remercient tous les partenaires qui permettent à ce genre de projet de voir le jour, conscients que la culture et l’art sont les outils d’une citoyenneté éclairée et vivace.

Bonne lecture.

 

Jacques Fournier
La Commanderie / Les Itinéraires poétiques

 

 ***

 

 

Introduction

 

Les classes de 3e1 et de 3e2 du collège Ariane ont rencontré et travaillé avec Yves Bergeret, poète et plasticien, pendant cinq ateliers de deux heures. Grâce à l’approche humaine et vivante de la parole en immersion d’Yves Bergeret, les élèves ont pu créer leur propre espace de langue avec pour points de départ trois axes d’études esquissés lors de notre première rencontre avec Yves pour préparer le projet.

 

Ces axes d’études sont les cahiers qui officient pour chapitres dans ce recueil. Le premier cahier rassemble les textes des élèves de 3e2 qui ont évoqué avec Yves le Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Le 21 janvier 2019, l’atelier d’écriture a pris place après la lecture inspirante et habitée d’Yves Bergeret d’un passage de Cahier d’un retour au pays natal qui évoque la rue Paille où se trouve la maison natale d’Aimé Césaire que personne n’aime et lui moins encore. Après une discussion autour de la poésie de la négritude, de la rencontre d’Yves avec Aimé Césaire, les élèves de 3e2 se sont vu proposer d’habiter une maison, un lieu que leur narrateur désirerait quitter plus que tout.

 

Le deuxième cahier est le témoignage d’un atelier d’écriture autour du film de Jean Rouch : Bataille sur le Grand Fleuve et vise à évoquer la mémoire nourricière en même temps que l’évocation du chant des ancêtres chasseurs d’hippopotames. Le 29 janvier 2019, les élèves de 3e1 ont embarqué sur une pirogue menée par un jeune guyancourtois sur le fleuve Niger et se sont interrogés sur la mémoire dont ils devaient s’emparer pour raconter cette chasse.

 

Pour le troisième et dernier cahier, inspiré par Carène, poème en cinq actes, Yves Bergeret a évoqué avec les élèves son propre travail. Il leur a confié sa manière d’écrire, de créer la poésie étroitement liée avec sa façon de VIVRE. Il leur a présenté son œuvre comme une parole qui accueille et a évoqué avec eux les récits de vie d’Alaye et d’Ankindé, deux migrants arrivés en Italie après une éprouvante traversée maritime. A travers trois ateliers, l’un le 4 février et deux le 14 février, l’évocation de Carène et le travail sur le « Rêve d’Alaye » ont permis aux élèves de 3e1 et de 3e2 de rêver un espace traversé par les mondes complexes auxquels ils sont aujourd’hui confrontés.

 

« Ecrire pour dire le monde », vaste projet d’éducation artistique et culturelle que nous avions en tête pour nos élèves de 3eme cette année et qui nous a menés loin, très loin…

 

Lors de ces rencontres avec Yves Bergeret qui a partagé témoignages, textes et créations, fruits de ses expériences autour de la « langue-espace », les élèves se sont interrogés, ils ont poussé les frontières, ont fait tomber les murs et ont exploré les espaces en turbulence.

 

Sensibilisés plus tôt dans l’année à l’écriture et la poésie engagée grâce à la « Semaine des écrivains persécutés et empêchés » mise en place par les Itinéraires Poétiques, ils ont fait des combats des écrivains leur combat. Et le premier qu’ils durent affronter fut l’entrée en écriture. L’acte même d’écrire, dans le cadre strictement scolaire, est pour beaucoup source d’émotions, de craintes, voire d’angoisses.

 

Les élèves ont su accepter « le trait qui nomme mais aussi le trait qui trahit  »[1] pour peu à peu se réapproprier l’écrit, un chemin vers la résilience. Yves les a accompagnés avec générosité dans un contexte de création en faisant résonner ses mots et ceux d’autres poètes comme des incantations.

 

Nous sommes fières de les avoir vu devenir les passeurs de ces mots et de cette mémoire d’abord collective puis personnelle du monde des frontières, du monde de l’exil, de celui des migrations.

 

« Passer le cap et ouvrir la parole », telle fut la mission hautement poétique qu’ils ont accomplie. Ces rencontres n’auraient pu se faire sans le partenariat avec les Itinéraires Poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, ni sans Jacques Fournier et Catherine Baron que nous remercions chaleureusement.

Ces ateliers, ainsi que la publication de ce recueil, ont été financé grâce au programme PEGASE ( “Programme Expérimental de Généralisation des Arts à l’École”) conçu par l’académie de Versailles et la Fondation Daniel et Nina Carasso, à qui nous exprimons notre reconnaissance pour leur volonté  de généraliser une éducation artistique et culturelle exigeante et ambitieuse.

Enfin, en notre nom et au nom de tous les élèves, nous souhaitons exprimer à Yves Bergeret notre plus grande et sincère gratitude.

 

Juliette Beillard, professeur certifié de Lettres Modernes,

et Aurélie Buffel, professeur certifié de Lettres Classiques.

 

 

 

 

C A H I E R  1

 

 

 

« Tout le monde méprise la rue Paille. C’est là que la jeunesse du bourg se débauche. C’est là surtout que la mer déverse ses immondices, ses chats morts et ses chiens crevés. Car la rue débouche sur la plage, et la plage ne suffit pas à la rage écumante de la mer.

Une détresse cette plage elle aussi, avec ses tas d’ordures pourrissant, ses croupes furtives qui se soulagent, et le sable est noir, funèbre, on n’a jamais vu un sable si noir, et l’écume glisse dessus en glapissant, et la mer la frappe à grands coups de boxe, ou plutôt la mer est un gros chien qui lèche et mord la plage aux jarrets, et à force de la mordre elle finira par la dévorer, bien sûr, la plage et la rue Paille avec.

Au bout du petit matin, le vent de jadis qui s’élève, des fidélités trahies, du devoir incertain qui se dérobe et cet autre petit matin d’Europe…

Partir. »

Extrait de  Cahier d’un Retour au Pays Natal, Aimé Césaire.

(Editions Bordas, 1947. Rééd. Présence Africaine, 1956)

 

***

 

 

Maison

 

Maison.

Où l’on peut vivre.

Ce n’est pas le cas pour moi.

 

Je suis seul quand je pars, mes parents travaillent jour et nuit pour payer cette

« maison ».

 

Et moi

qui attends les samedis soirs où mes parents rentrent.

Je les observe depuis un trou dans le mur qui fait office de fenêtre.

Ils me regardent avec un sourire qui, je le sais, s’effacera

quand je me retournerai.

 

Le soir

quand je ne m’endors pas,

j’écoute le bruit des voitures, du train, des volets qui claquent avec le vent

 

et je pense

si j’avais une vraie maison, avec de vraies fenêtres, de vraies portes.

 

Et je rêve, j’oublie, j’imagine …

 

Je rentre.

Mes parents sont là; je vois mon chien ou est-ce un chat? Des amis sonnent à la porte.

Ils viennent me demander si je peux sortir avec eux.

 

Je refuse.

Je préfère jouer aux cartes avec mes parents.

 

Puis, une voix, de loin, très loin.

J’ouvre les yeux, je vois ma mère me regardant et me disant qu’il est l’heure d’aller à l’école.

 

Puis je revois ma presque maison, mes presque parents et reprends ma presque vie.

 

Baptiste J., 3e2

 

***

 

 

Le grand jour

 

 

Voilà… ça y est.

Aujourd’hui c’est le grand jour.

 

Adieu beau salon avec ta table cassée de toutes parts mais qui a retenu mes plats.

Adieu canapé grinçant ayant supporté de longues heures durant mon postérieur.

Adieu mon salon, tu vas me manquer.

Au revoir, cuisine, tu ne me connais pas vraiment et moi non plus d’ailleurs. Ce n’est pas ta faute, mais, à part le tiroir à gâteaux, je n’avais rien à faire ici. Après tout, seule ma mère venait ici.

 

Et enfin….

Ma chambre.

Sache que, si je te quitte, c’est pour en trouver une meilleure.

Sans le lit qui fait des siennes dès que je le touche

Sans le bureau et ma chaise bancals

Qui risquaient de me lâcher à tout instant.

 

Voilà… ça y est.

Aujourd’hui c’est le grand jour.

 

Je quitte ma vieille maison pour aller vivre dans une meilleure.

Je l’espère.

 

Je suis quand même triste à l’idée de quitter ma maison,

celle qui m’a vu grandir.

Je ne sais pas

J’ai envie de protéger ma vieille maison

 

Et mes souvenirs qui y sont restés.

 

Mais je veux aussi une nouvelle maison sans ses défauts.

Je ne sais plus.

 

Melvyn M., 3e2

 

***

 

 

Dans MA maison

 

 

Dans MA maison, on a coupé l’électricité…. car je n’arrivais plus à payer mes factures.

Je ne supportais plus la tapisserie trop grise et trop sale.

Le lendemain, on m’a mis à la porte et pourtant je veux rester dans les alentours. Je suis à la rue depuis une semaine. Je viens de trouver un travail dans une boite de nuit. Tout le personnel est gentil ; le patron est au courant que je suis sans domicile fixe et il m’a proposé de me loger chez lui le temps de que trouve un appart’.

 

Théo A., 3e2

 

***

 

 

 

Enfants de la guerre

 

Dans ma montagne de l’Afghanistan, je suis dans une petite maison recluse au coin de mon village encore plus petit. Serrés dans une seule et modeste pièce pour neuf enfants et nos deux parents, nous vivons dans des conditions de vie extrêmes alors que la guerre fait rage tout autour de nous.

Le soir, avant de me coucher, la nuit, quand je dors, – dans mes rêves – et la journée lorsque je suis censée travailler, je me surprends à rêver à chaque instant d’une vie meilleure que celle-ci.

 

Le bruit des grenades, des mitrailleuses ou encore les cris terrorisés, l’aridité de mon quartier font partie de ma routine quotidienne. Moi, ce à quoi j’aspire s’apparente plutôt à la douce caresse du vent sur les feuilles couleur ocre des arbres, aux bruissements de l’écume qui s’échoue sur la plage, le crissement du sable sous mes pieds, ou bien les mélodies joyeuses sifflées et reprises par tous les oiseaux.

Une petite maison simple mais grande, où tout le monde aurait sa chambre, entourée d’un jardin où des orchidées et des anémones viendraient pousser naturellement. Nous aurions un pêcher dont les fruits procureraient une sensation sucrée et juteuse qui nous apporterait le bonheur.

 

Oui, c’est à cela que je rêve; je rêve d’une nouvelle vie.

 

Océane M. et Ratsamy W., 3e2.

 

***

 

 

TREMBLER. Je coupe ma respiration puis je cours. Je cours de plus en plus loin. LOIN. Loin de ces personnes avec leurs armes. ARMES. Qui font le bruit du tonnerre et les dégâts d’un tremblement de terre. TERRE. Où les explosions sont constantes. COURIR. J’ai perdu ma mère, mon père, je ne vois plus personne. Derrière moi, on me crie d’avancer, de rembourser, de payer mais je n’ai rien. ACCELERER. Je sens mon coeur s’accélérer ; la neige passe et me pousse, je revois mes pieds gelés. CONTINUER. La neige fond et devient mer. Le soleil est là ; il tape dans mon dos. J’ai l’impression que je vais m’écrouler et tomber dans le vide. ENTENDRE. J’entends la mer, les bateaux, l’odeur du plastique chauffé. Le vent me pousse. Mon coeur se serre. Puis, une voix. STOPPER. Tout s’arrête. Cette voix est floue ; y en a-t-il une ou plusieurs ? Je m’arrête de courir et me laisse porter par ce son. D’où vient-elle ? Elle me semble si familière. REVER. Mon rêve change. Je me repose. Je suis bien. SEUL. Il n’y a rien et pourtant toujours cette voix. J’aimerais que ça ne s’arrête jamais. JAMAIS. Je crois comprendre quelques paroles. Elles sont si belles. REPOS. Je me détends et écoute. CALME. Plus de neige, plus de mer, plus rien. RIEN.

 

Baptiste J., 3e2

 

***

 

 

 

C A H I E R  2

 

 

 

 

« La violence aux aguets,

assis, seul, au bord de la route nue

tatouage triste sur le fleuve Mana

rentre en moi un nuage chargé de poudre »

 extrait de Saut Sabbat  (Carnet de langue-espace), Alexandre Cailleau

 

 

 

 « Faran Maka Botè Norambi

Le jour où il a tué le poisson-serpent

La tête est partie jusqu’à Kermachawé.

La chair est partie jusqu’au pied de la dune de Koyma.

Depuis un an les Sorkos taillent toujours dans la chair.

Ils ont fait un an à couper toujours dans la chair.

Ils n’ont pas pu arriver jusqu’au milieu.

Faran Maka Botè Norambi.

Ce jour-là, il s’est assis.

Le jour où il est parti pêcher il est parti au fil de l’eau.

Il n’a vu aucun poisson dans l’eau.

Ni hippopotame ni lamentin ni rien.

Ce jour-là il est reparti remonter le courant. »

Extrait de la « Chanson de Faran Maka », publiée par Guy Lévis Mano en 1950 in Chants du Dahomey et du Niger

Cette chanson a été chantée en 1947 à Jean Rouch par Nuhu, chef du petit village de pêcheurs Sorkos de Atyi Koyra à cinq kilomètres en aval de Gao sur le Niger. […] Faran Maka est l’ancêtre mythique des Sorkos, c’est lui qui fut le premier Sorko, son père lui avait appris les secrets de la pêche et sa mère les secrets de la magie. Les hauts faits de ce héros ont été conservés dans un grand nombre de chansons. Ce sont les Sorkos eux-mêmes qui les chantent gravement et fièrement.

Yves Bergeret (Carnet de langue espace) Vercheny et l’hippopotame, septembre 2018

 

***

 

 

 

Un voyage d’initiative

 

C’est l’histoire d’un homme,

un homme d’âge mûr,

Il n’a pas spécialement une bonne vision du monde qui l’entoure.

Il voit dans son village des gens qu’il trouve immatures,

inconscients, dans une zone touchée de plus en plus par la famine.

 

Agacé par ce comportement qu’il juge inacceptable,

il décide de quitter ce village avec le peu de provisions qu’il lui reste.

Après plus de deux heures de marche,

il voit apparaître devant lui un obstacle gigantesque,

un énorme fleuve,

si grand qu’il est impossible pour un être humain d’en percevoir le fond.

Il a alors l’idée de créer à partir des troncs d’arbre et des carcasses d’animaux présents,

une embarcation pour traverser le fleuve sans fin.

Une fois la construction du «bateau» terminée,

il utilise finalement le fruit de sa détermination,

et pagaye longtemps.

Lors de ce trajet interminable, il croise une grande famille d’hippopotames luttant contre la faim tout en se

protégeant les uns des autres.

Il  a peur d’être attaqué à tout moment

Sa vie est en danger mais l’émotion le saisit devant une telle entre-aide familiale.

Il compare cette scène à l’atmosphère qu’il a toujours détestée dans son village natal.

Malheureusement, il a à peine le temps de se remettre en question qu’il est attaqué et tué par les hippopotames.

 

Yanis R., 3e1

 

***

 

 

La légende du Nil

 

Il existe une légende qui coulait dans le fleuve du Nil, passant par l’Égypte…

 

On raconte que celui qui, porteur de nombreux soucis et de problèmes, vient à pénétrer dans ce fleuve en ressort avec l’esprit tranquille et soulagé.

 

Il y a de nombreuses années, Cléopâtre reine d’Égypte a pour époux le Pharaon.

Son couple connaît beaucoup de problèmes.

Elle est victime des tromperies de son mari et se trouve au plus mal.

Mais éperdument amoureuse de lui, le quitter est impensable.

 

On lui apprend une nouvelle infidélité de son mari.

Accumulations des tromperies passées, elle part s’aérer l’esprit.

Elle marche au bord du Nil, un fleuve qu’elle aime tant.

Tout à coup, elle aperçoit des pierres briller de manière exceptionnelle.

Cléopâtre curieuse, s’approche, glisse puis tombe dans le fleuve.

Elle n’est pas très bonne nageuse, regagne la rive avec difficulté et retourne dans son palais.

Une fois dans sa chambre, elle voit son mari,

celui-ci s’agenouille pour lui demander de lui pardonner ses multiples erreurs,

lui promet fidélité et lui ouvre son cœur.

Cléopâtre surprise et heureuse des paroles de son époux,

Le serre fort contre elle puis finit par accepter son pardon.

On raconte alors, que ce couple a vécu une nouvelle vie, grâce à l’eau de ce fleuve…

 

Sarah S. / Faïza R., 3e1

 

***

 

Le fleuve maudit

 

Trois navigateurs doivent descendre un fleuve pour rejoindre leur famille.

Mais rien ne se passe comme prévu.

Lors du trajet l’un des membres de l’équipage, aperçoit au loin une silhouette féminine.

Il croit que cette femme se noie.

Il saute dans l’eau, et se met à nager à une vitesse phénoménale pour la rejoindre.

Une fois arrivé, il comprend vite que ce n’est pas une femme comme les autres.

Elle est dans l’eau maquillée avec une queue de poisson à la place des jambes.

Après avoir compris qu’elle était une sirène, il se rend compte de sa beauté fatale et le coup de foudre arrive.

La sirène tente de l’envoûter en lui chantant une chanson.

Elle lui tend la main, l’homme avance la sienne puis elle le coule

Il meurt.

Quelques années plus tard cette histoire se répète.

La sirène possédée hantait le fleuve maudit.

 

Amel S. et Nelly T., 3e1

 

***

 

 

Le miracle du Fleuve du Silence

 

Je vais parler de ce magnifique fleuve que j’ai eu la chance de découvrir : le Fleuve du Silence. Les populations que j’ai rencontrées, m’en ont révélé les nombreux secrets.

 

Il est si bleu, si calme alors qu’il renferme tant de mystères.

Partant de la ville de Vancouver, passant par Dawson Creek, Edmonton, Calgary, Saskatoon, Lynn Lake et tant d’autres villes pour enfin se jeter dans le fleuve Saint-Laurent qui se trouve au Québec.

 

Ce long voyage, m’a permis de rencontrer de nouvelles personnes qui m’ont beaucoup aidé. Un jour, j’ai découvert un petit village au bord du fleuve qui était apparemment très peu connu des populations alentours. Je me suis arrêté pour rendre visite aux habitants.  Ils étaient très aimables et très ouverts. J’ai eu l’occasion de discuter avec le chef du hameau qui était nommé   « Le Doyen ». Le chef doit être le plus vieux car il est dit que les personnes plus âgées sont les plus sages.

 

Je vais raconter l’histoire qu’il m’a contée :

« Il y a très longtemps, une petite tribu du Canada souffrait de la soif.

Les hommes les plus forts et les plus endurants furent envoyés sur la côte de Vancouver à pied. Leur mission était de creuser la côte afin de créer un chemin pour que l’eau puisse circuler jusqu’à leur village. Ils travaillèrent des jours, des semaines, des mois, des années mais le travail était long et épuisant.

Un jour, entre deux villes, ils décidèrent de faire une pause afin de dormir.

Au réveil, ils virent une tranchée creusée sur des kilomètres devant eux !

Quel miracle !  Il n’y avait personne à des kilomètres à la ronde.

Mais un problème persistait, l’eau ne circulait pas. Ils décidèrent tout de même de rentrer dans leur petit village. Ils remontèrent la tranchée, leur chemin était tracé.

Arrivés chez eux, ils sortirent du long ravin et, comme par magie, l’eau arriva comme un tsunami mais dans un silence improbable. Depuis ce jour, la tribu vénère l’entité qui les a sauvés de la soif. »

 

Dorian D., 3e1

 

***

 

 

La traversée du Nil

 

Je vais vous raconter l’histoire que j’ai vécue au bord du Nil. Je suis parti avec deux de mes amis, Mustafa et Dembélé. Nous avons débuté notre périple en traversant le Rwanda et l’Ouganda. Pendant ces deux semaines, la traversée était plutôt calme.

 

De notre pirogue que nous avons nommée Kara Baronkaum, nous avons observé de nombreux animaux mythiques. Nous avons fait connaissance avec une sirène nommée Aria et une famille de crocodile.

Nous avons continué notre chemin jusqu’au Soudan du Sud. Devant nous, un flamant-rose est apparu, nous avons longuement discuté et sympathisé avec lui :

 

– « Dis-moi, quelle est la couleur des étoiles, toi qui vole aussi haut dans le ciel ?, lui demandais-je.

–  Leur couleur est étincelante et bordée de reflets multicolores, me répondit-il. »

 

Après cet échange, il décida de nous suivre dans notre aventure.

Plusieurs jours après, mon ami Dembélé alla se baigner et disparut, comme aspiré par les profondeurs du fleuve. Nous nous sommes alors inquiétés mais notre pirogue nous a rassurés en nous disant :

« Je connais bien les eaux de ce fleuve, j’y ai longuement navigué. Pendant ces nombreuses années, j’ai vu plusieurs voyageurs sombrer dans les profondeurs du Nil mais ils sont toujours réapparus un jour. »

Après cet événement nous avons continué notre voyage.

La nuit était très froide, nous étions terrifiés par la pénombre.

Seule la lune transperçait cette obscurité.

 

Quelques semaines plus tard, nous sommes arrivés au Soudan.

Là-bas, il faisait chaud et les paysages étaient remplis de créatures sauvages et de grandes plaines verdoyantes.

Là, la Déesse protectrice des animaux nommée Vayanen nous apparut. Elle avait de longs cheveux bouclés, scintillant de reflets dorés. Elle portait également une longue robe de plantes aquatiques, surplombée d’une couronne brillante de mille feux.

Elle regarda le flamant-rose et lui dit : « Oh toi! Depuis plusieurs jours, je te cherche afin d’accomplir une mission de la plus haute importance. Rentrons ensemble au pays ! »

Le flamant-rose décida alors de rejoindre la Déesse Vayanen puis elle me donna sa couronne sacrée pour me remercier d’avoir protéger son ami.

 

Arrivés en Egypte, après plusieurs jours de trajet, avec un corps fatigué et sali par l’effort, nous sommes allés nous rafraîchir. Quand soudain, Dembélé réapparut du fond des eaux. Il nous raconta donc son histoire :

« Après m’être baigné, je me suis retrouvé devant un monde merveilleux, celui des Animaux. A mon arrivée, j’ai aperçu au loin une jeune sirène blessée que j’ai soignée puis ramenée dans son gigantesque royaume sous-marin. Là-bas, son peuple m’a remercié et m’a donné sa bénédiction pour les années à suivre. »

Mustafa répliqua : « Je pense que, grâce au flamant-rose tu es revenu parmi nous. Il nous est arrivé une incroyable histoire avec une Déesse qui vient aussi de ce pays. »

Nous lui avons raconté notre histoire en naviguant sur les flots.

La nuit arriva à grand pas. Un peuple de Sorkay nous invita à passer le reste de la soirée en leur compagnie. La nuit fut mouvementée et joyeuse, nous avons chanté et dansé au rythme de la musique africaine. Mustafa rencontra alors une jeune fille réservée nommée Nadia, avec laquelle il a longuement discuté. Il eut un coup de foudre pour cette fille particulière et pleine de douceur. Il décida de rester avec elle.

Pour les remercier de leur accueil, nous leur avons offert la couronne magique de la Déesse.

Dembélé et moi sommes repartis pour rejoindre notre destination finale, la capitale de l’Egypte, le Caire.

 

Eva et Alicia 3e1

 

***

 

 

 

 

MADY

 

Mady a 10 ans

Elle fait l’école buissonnière

Elle aime s’aventurer dans des endroits inconnus.

 

Un jour, Mady prend un autre chemin,

Elle découvre un grand fleuve dans lequel personnes entrent,

les personnes rentrent tout habillées de la tête aux pieds.

 

Elle est tellement impressionnée que le lendemain matin elle retourne au fleuve,

Elle s’avance et s’enfonce au fond de l’eau,

Elle remarque que les animaux aquatiques n’étaient plus les mêmes.

Ils avaient des formes et des couleurs étranges qu’elle n’avait jamais vues.

 

Tout à coup Mady entend la voix d’une femme qui lui murmure un mot

C’est un mot magique

«Mont blanc au fond de l’eau»,

Elle le répète

En un instant, une lumière étincelante jaillit.

Elle plonge jusqu’à la lumière et découvre une grotte

L’eau ne pouvait y pénétrer.

 

 Bélynda,  Hakim, 3e1

 

***

 

 

Dans le village de Mobitie

Nous avons retrouvé un jeune homme.

« Je m’appelle Boulouye,

un jour je me suis baigné dans le fleuve

puis je fus emporté.

Un homme m’a repêché

il m’a proposé d’aller chez lui pour me reposer.

En chemin, je croise mon père

Il est surpris

Surpris de me voir avec mon frère.

Oui, je ne le savais pas.

Mais c’était mon frère.

Nous avons été chez lui pour parler de tout ça. »

 

Louis 3e1

 

***

 

 

Un jour, en me baladant dans le Royaume de Budoku
j’aperçus un fleuve dont l’eau luisait
et où les poissons scintillaient.

 

Un habitant du royaume que je croisais en chemin
m’expliqua que ce fleuve était protégé par les dieux.

 

Il me raconta qu’une épidémie avait décimée son village.

Le fleuve les avait sauvés.

 

Nassim, 3e1

 

***

 

 

En ce temps-là,

au fin fond de la Chine,

se cachait un petit village,

près du fleuve mythique : Huang He

plus connu sous le nom du fleuve Jaune.

 

Ses profondeurs renfermaient le terrible Choupa Zumba, monstre du fleuve.

La déesse Shui y ancra ce monstre qui semait la terreur dans les mers du monde entier.

 

Il dévorait la plupart des animaux du fleuve.

Il ne restait rien au village.

Le village portait le nom de son dieu protecteur : Hoï Khan.

 

La pêche était mauvaise.

La famine guettait le village.

Une élection décide du sort des villageois.

Chan Taïy, petit fils de Rioutay Chakalafaliuta Karemba,

élu par tous les Hoï Kanas, irait à la rencontre de Choupa Zumba, lutter contre la famine.

 

Il construisit, avec d’autres hommes élus par le peuple,

des embarcations solides et résistantes.

 

Le lendemain, ils se mettent en route.

Ils dépassent crocodiles, hippopotames,

et avancent sur ces eaux dangereuses.

 

Ils croisent enfin les fameux hippocrodiles,

et usent de ruses.

Soudain le Choupa Zumba apparait,

casse le navire d’un coup de tête.

 

Chan Taïy prend son courage à deux mains et s’élance vers le monstre.

Mail Choupa Zumba se jeta sur lui et l’emporta.

 

L’équipage rentre au village pour annoncer la terrible nouvelle.

 

                                                                                               Bilel B. et Amine Q. (3e1)

 

***

 

 

 

C A H I E R   3

 

 

 

 

 

« Au milieu de la nuit d’Aidone

un rêve acide réveille en sursaut Alaye.

Il a vu que l’eau s’est retirée de la mer.

Il a vu que les vallées immenses du fond de la mer

sont dans l’ignorance complète des vents et des couleurs de la végétation.

 

Il a vu que les vallées sont muettes et vides de vie. »

 

 

« Regarde, une volée d’âmes jaillit du rocher des suicidés.

-Une bande de martinets attrape la lune comme un insecte.

-Ma main est une guêpe.

-Ta main est une abeille.

-Ma main est un marteau.

-Ta main est un pinceau.

[…]-Mon front est une guêpe.

-Ton front est une abeille.

-Mon front quand je prie

racle le fond de la souffrance.

-Ton front n’a plus de pansement.

-Les oiseaux dévorent les insectes.

-Tu es brindille pour quel nid, Ankindé ?

-Tu es brindille contre quelle mort, Alaye ? »

 

Extraits du « Rêve d’Alaye », étudié lors de l’atelier autour de Carène, d’Yves Bergeret

 

 ***

 

 

 

Suite du rêve d’Alaye

 

Plus tard, dans les feuillages, j’entends un bruit étrange qui se rapproche,
Ankindé et moi nous regardons croyant qu’un animal féroce surgirait des buissons.
Ce n’était que Husséni qui nous cherchait partout.
– « Mais pourquoi êtes-vous là en plein milieu de la nuit ? Je vous cherchais dans la chambre.
– Nous sommes venus car Alaye a fait un rêve étrange sur la mer et il avait envie de prendre l’air.
– Un rêve étrange ? raconte-moi ton rêve Alaye. »

 

Alors, je lui ai tout raconté. L’air est devenu plus paisible sur la colline.
Nous sommes restés assis dans l’herbe à regarder l’horizon.
Nous avons parlé de notre avenir, de notre parcours.

On pourrait partir à Londres pour étudier.
Ou même aller plus loin dans le monde…
Husséni s’est mis à crier.

 

« Moi je veux être médecin, avoir un grand cabinet où je soignerais tous les jours les patients qui n’ont pas les moyens.
– Moi, je veux être avocat dans une grande ville et avoir deux enfants, cria Ankindé. »

 

Ils se sont tournés vers moi pour me demander ce que je ferai plus tard.

« Je veux juste voyager à travers le monde entier, découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre. »
Ils étaient étonnés. Cela me fit rire. Surpris, ils se mirent à rire aussi.

 

Avant de partir pour ce long voyage, avant de fuir mon pays, je rêvais d’un monde meilleur.
Pas de guerre, pas de dictateur, ni de camps, rien de tout cela.

 

Quatre années ont passé et mon rêve s’est réalisé.
Ankindé, Husséni et moi avons pris des chemins différents.

 

Maintenant, je vis à Londres pour mes études d’écrivain.
Plus tard, j’irais au Japon pour apprendre et comprendre les écritures japonaises.

 

Emmanuella, 3e1

***

 

 

Après avoir parlé avec Alaye, Ankindé, qui était déjà plus positif que son ami, trouva une lueur d’espoir dans les cendres noires du volcan de Sicile.

 

Le temps a passé et Ankindé s’est retrouvé séparé de son ami resté en Italie alors que lui avait décidé de tenter sa chance en France. Les deux amis discutent souvent par téléphone.

Ankindé avait souvent repensé à cette phrase prononcée par Alaye lors d’une de leur dernière conversation : « Tu es brindille pour quel nid ? ». Depuis, Ankindé n’avait alors plus qu’une idée en tête : trouver ce « nid » dont parlait Alaye.

 

Un an et demi après, Ankindé avait trouvé une maison et les graines qui vont avec. Il était agriculteur. Aucune nouvelle d’Alaye depuis quatre mois.

 

Il apprit par la suite que son ami s’était laissé tomber, qu’il avait attrapé une maladie dans la rue et qu’il en était décédé.

 

Il se remémora les pensées d’Alaye, noir, la traversée en mer, la mort, les cadavres qui étaient ses propres yeux. Fallait-il vraiment chercher à être positif quand le monde est si négatif ?

 

Trois années s’écoulèrent, Ankindé continuait son métier à la différence près qu’il suivait le caractère d’Alaye, plus sombre, plus négatif, et ses cauchemars aussi.

Il avait pourtant atteint son but : trouver du travail et pourtant il était devenu inabordable. Il était cette brindille qui constituait le nid mais seul, tout seul et il manquait quelque chose.

 

Alaye s’était métamorphosé.

 

Ankindé avait pourtant compris que, en partant de la Sicile, il pourrait connaitre une vie digne d’être vécue. Il a déjà parcouru un beau chemin mais celui-ci est encore long.

 

Lucas T.-P., 3e2

 

***

 

 

 

Au milieu de la nuit, je me réveille pour boire un verre d’eau quand, tout à coup, j’entends des voix venant de la colline. C’était deux personnes qui parlaient. Je me rapproche, je les entends de plus en plus. Cette voix. J’ai entendu leurs conversations, ils parlaient d’un rêve : « Le volcan luit dans la nuit sombre et claire ».

Je n’ai d’abord rien compris à leur charabia.

 

J’ai atteint le sommet de la colline, me suis approché d’eux et suis intervenu dans leur discussion :

« -De quoi parlez-vous ? Moi je m’appelle Marco, je suis un sicilien et je présume que vous avez traversé la mer et que vous êtes arrivés ici, en Sicile.

-Oui, mais que nous veux-tu ?

-J’ai entendu votre discussion depuis ma maison et je suis venu vous voir pour comprendre vos propos.

-Bon je pense que nous pouvons te faire confiance, vu que tu ressembles à mon frère. Nous parlons d’un rêve, que dis-je, un horrible cauchemar.

-Ah ! d’un cauchemar ! ce sont les principaux traumatismes des voyages sanglants que vous faites pour venir jusqu’ici.

-Oui c’est cela. Ce sont des souvenirs de notre voyage, en pire. Je vais vous expliquer. Nous avons vu nos camarades tomber de la barque.

-Malheureusement, votre cas n’est pas unique, j’en ai traité des dizaines comme le vôtre.

-Mais quelle profession exercez-vous ?

-Je suis psychologue; je peux vous aider. Si vous voulez, nous pouvons aller chez moi pour en parler.

-Mais bien sûr; nous vous en remercions. »

 

Ils décidèrent de descendre vers la maison de Marco. Pierres après pierres, ils descendirent de la colline, prêts à se reconstruire.

« -Mais au fait, où voulez-vous aller comme ça ?

-Là où nous voulons aller est un lieu où nous pourrons avoir un toit, un lieu de paix, de sérénité. »

 

Armand T., 3e2

 

***

 

 

La barque des migrants

 

Au milieu de la nuit d’Aidone,

Amina Gounamah accompagnée d’Alaye son mari, aidés d’Ankindé, son frère, se préparent à prendre la mer dans une barque en bois, à peine plus large qu’une voiture.

Ankindé place Amina au milieu de la barque et en sort vite avant le départ. il ne sera pas du voyage pour veiller sur leur mère, malade. Mais ils ne sont pas seuls sur la barque.

Amina, enceinte de huit mois et demi, appréhende ce voyage et espère arriver avant l’accouchement.

 

Au bout de quelques jours, la faim, la soif et le froid commencent à se faire sentir. Ils ont mal au dos, entassés sur cette minuscule barque.

Panique à bord; Amina ressent les premières contractions, la douleur est insoutenable, elle est à bout de forces.

La nuit passe et les contractions se rapprochent et deviennent de plus en plus vives.

 

Au petit matin, sous le soleil tapant,

la traversée devient de plus en plus compliquée pour elle et son mari. Alaye se démène pour le bien-être de sa femme. Il va jusqu’à ne plus dormir la nuit pour veiller sur elle. Il lui donne ses portions de nourriture car son alimentation est insuffisante. Les conditions sont rudes.

 

Amina sent alors la tête du bébé et se met à crier de douleur et de peur. Alaye arrive en courant et comprend tout de suite ce qu’il se passe. Amina, les jambes écartées se met à pousser pour faire sortir le bébé, l’espoir. Alaye attrape une couverture pour l’accueillir. Après une ultime mais forte poussée de la courageuse Amina, Alaye récupère le nouveau-né et l’enveloppe. Un grand cri retentit alors et tout le monde pleure de joie et de soulagement.

Amina se remet mal de l’accouchement et doit faire face à de nombreuses douleurs.

Malgré cela, elle et son mari sont très heureux que ce soit une fille. Ils l’ont appelée Wendy.

La nuit est difficile pour Amina et Wendy. Le froid les fait souffrir. Wendy n’arrête pas de pleurer.

 

Petit à petit, son corps change de couleur, ses lèvres deviennent violettes. Amina, qui commence à s’inquiéter, colle sa fille sur sa poitrine pour la réchauffer. Wendy ne respire plus!

Face à ses appels au secours, à ses cris désespérés, un passager arrive et débute un massage cardiaque sur le corps frêle de Wendy.

 

La triste nouvelle s’abat sur le bateau. Un rassemblement silencieux se fait autour de la mère et de l’enfant et un chant d’hommage commence à se faire entendre :

« Adieu Wendy, ma toute jolie

Tu es partie, bien trop vite

La grande vie qui t’attendait, tu as perdu ta destinée

Surveille-nous de là-haut, que les anges te gardent et te protègent

Adieu Wendy, ma toute jolie ».

 

Alaye embrasse tendrement Amina et la rassure en lui disant qu’elle est partie pour une plus belle vie.

 

Chloé G.d.P., Clara N. et Louise V., 3e2

 

***

 

 

Je me réveille, accompagné comme tous les matins de la rosée portée par l’aube dans ce camp où la famine et la mort règnent. Chaque jour, des corps sans vie.

Je vis avec ma mère. Elle dort paisiblement sur mon épaule. J’admire chaque partie de son visage pour n’en oublier aucun détail.

Je m’appelle Khalil, je suis irakien ; grand de taille, un mètre quatre-vingt-quinze, athlétique, mat de peau avec les yeux verts ; je tiens ça de mon père.

Je rêve de fuir mon pays, de fuir cette guerre qui nous consume tous à petits feux et nous détruit.

Un embarquement est prévu pour l’Italie, géré par des passeurs peu scrupuleux. Pour pouvoir embarquer avec ma mère, j’y ai laissé toutes mes économies.

Nous allons enfin fuir ce pays pour commencer une nouvelle vie.  Direction l’Italie. La traversée sera une épreuve et qui sait ce qui nous attend une fois là-bas ?

Le jour de la traversée arriva et une seule personne par famille fut autorisée à embarquer. Ma mère insista pour que je parte. Quel déchirement et quelle inquiétude de la laisser seule ici.

Je montai alors dans une barque fragile, très abîmée. J’étais avec deux autres hommes ; en mer, nous basculions de droite à gauche. La nuit, la mer était bien plus agitée et la frayeur et la panique me gagnaient à chaque fois. Je craignais de perdre la vie : « Tout ce chemin, toutes ces épreuves pour finir ainsi? ».

 

Désormais chaque matin de cette traversée, à l’aube, quand la mer était plate, je regardais mon reflet sur l’eau et pensais à la rosée du matin de mon jardin. A ma mère.

L’arrivée en Italie n’était plus qu’une question d’heures. Je commençais à fatiguer et perdre espoir. Des hommes avaient déjà perdu la vie. Je regarde une dernière fois mon reflet sur l’eau.

 

Nariman A. et Melina R., 3e2

 

***

 

 

Fatima est une jeune femme âgée de 17 ans. Cette femme a traversé toute l’Afrique à la recherche d’un foyer. Elle a perdu ses parents à l’âge de 13 ans.

Après un long périple sur les mers, elle est arrivée sur une île italienne : la Sicile.

Elle est aujourd’hui épaulée par deux hommes qui ont sensiblement eu le même parcours qu’elle : Alaye et Ankindé.

 

Au milieu de la nuit d’Aidone, elle est réveillée par une conversation entre ses deux protecteurs. Elle les écoute attentivement avant d’intervenir pour porter son âme et sa présence dans l’histoire :

« -Alaye, interrompt Fatima, le monde n’est pas comme tu le penses.

-Je suis d’accord avec Fatima, répond Ankindé.

-C’est comme cela que je le vois, depuis ce rêve, dit Alaye.

-Tu devrais l’oublier, suggère Fatima.

-Pense à autre chose, propose Ankindé.

-Impossible, il n’y a que ça qui me vient en tête. A qui pourrais-je bien penser ?

-A tes parents, répond Fatima.

-Morts…, dit Alaye.

-A tes frères et soeurs, dit Ankindé,

-Disparus, pleure Alaye.

-A ta maison ?

-En miettes.

-A ta petite amie, ta femme, propose Fatima.

-Je n’en ai pas, conclut Alaye. »

 

Fatima s’approche d’Alaye et l’enlace pour le consoler :

« -Arrête de penser au passé, pense au présent, à nous, à un possible futur. On a franchi les frontières et surmonté plus d’une épreuve, faisons honneur à ceux qui n’ont pas eu cette chance. »

 

Ayoub B. A. et Kévin J., 3e2

 

***

 

 

 

 

L’histoire d’Abdou

 

Abdou a 16 ans, il a quitté son pays pour pouvoir venir vivre en France.

 

Mercredi 8 septembre :

Après un mois d’attente très longue, infinie et exaspérante, on m’a appelé pour venir chercher mes papiers français. Je vais enfin pouvoir terminer mes études, c’est un rêve qui va se réaliser, je n’y crois toujours pas ! Je vais aussi intégrer un club de football et aussi trouver un travail pour envoyer de l’argent à ma famille. Je suis très heureux je ne réalise toujours pas que je suis en France, après toutes les épreuves que j’ai pu traverser.

 

Jeudi 9 septembre :

Un jour, après avoir eu mes papiers, je suis directement parti au lycée que l’association qui m’a logé, m’a recommandé. Pour l’inscription, le principal m’a demandé mes papiers, un certificat médical, une photo d’identité et ensuite il m’a donné des papiers à remplir. Pour le certificat, je me suis rendu chez le médecin. L’après-midi, après avoir rempli les papiers du lycée, je m’y suis rendu pour les rendre et le principal m’a demandé de venir en cours dès le lendemain.

 

Vendredi 10 septembre :

Je suis allé au lycée et des surveillants m’ont indiqué l’emplacement de ma classe. Lorsque je l’ai découverte, j’étais extrêmement content car cela faisait très longtemps que je n’étais pas entré dans une salle de cours. Durant toute la journée, j’ai essayé de m’intégrer avec les élèves et à la fin de la journée je les connaissais tous et m’entendais bien avec tout le monde. Après les cours, je me suis baladé dans le centre-ville pour acheter le reste de mes fournitures scolaires, le foyer m’avait donné un peu d’argent. Puis je suis parti chercher un stage de quelques mois. Après trois heures de recherche, une boulangerie m’a accepté pour un stage de douze mois où le boulanger va m’apprendre comment me comporter avec les clients et comment les servir. Je vais travailler du Lundi au Vendredi, de 17 heures à 19 heures et de 9 heures à 13 heures le Samedi et le Dimanche. Lorsque je suis rentré au foyer, j’étais très fier de moi et je savais que ma famille le serait aussi.

 

Samedi 11 Septembre :

Très tôt le matin je suis parti à la boulangerie pour le travail, j’ai fait ce que l’on m’a demandé et les clients et le patron étaient très contents, tout s’est bien passé.  A 13 heures, je me suis directement rendu à un club de foot, je leur ai raconté toute mon histoire, ils ont donc accepté que je les paye à la fin du mois. Je vais commencer à pratiquer le football deux heures par semaine le samedi. C’est peu, mais je suis extrêmement heureux à l’idée de pouvoir pratiquer ma passion.

 

Les jours sont passés. Abdou s’est très bien intégré dans son lycée, dans son club et même avec ses collègues à la boulangerie.

Cinq ans après, Abdou est devenu joueur de foot professionnel dans un club très renommé. Son nom était sur toutes les lèvres, car il était devenu très connu.

 

Eloane, Lina, 3e1

 

***

 

 

Les Péripéties de Dylan et Adam

 

 

Je m’appelle Dylan et cela fait maintenant 23 ans que je vis à Tripoli avec ma mère et mes deux petits frères.

Mon père lui est décédé quand j’avais 10 ans.

Pendant cette période, je sentais ma vie s’écrouler mais au fur et à mesure la joie est revenue.

 

Aujourd’hui, j’ai pris la décision de partir du pays car la vie ici devient extrêmement difficile.

Dès l’aube, je prendrai le train en direction de Tunis pour suivre une formation de chef pâtissier.

Durant le voyage, quand je commence à ne plus voir ma ville.

Je suis triste de laisser derrière moi ma famille.

Pendant la formation, je rencontre Adam qui lui aussi a quitté l’Égypte.

A la fin de mon apprentissage, nous avons reçu nos résultats.

Je n’étais pas pris ! Mes larmes coulaient sur mon visage.

Adam aussi n’avait pas été retenu.

C’est pour cela que nous avons décidé d’aller à Oran. Là-bas, nous espérons pouvoir devenir footballeur.

Trois mois d’apprentissage s’écoulent et le président du club décide de nous convoquer dans son bureau. Il nous annonce que nous allons quitter le pays : Moi, pour aller en direction de la France, à Paris et Adam à Monaco. Nous allons enfin pouvoir mener une vie professionnelle dans le foot. Adam et moi sommes au comble de la joie.

 

Enfin arrivé en France, je fais un dernier sourire à Adam.

Installé à Paris, j’ai rapidement appelé ma mère pour lui raconter toutes les péripéties de mon voyage.

 

 Aminata et Kheira, 3e1

 

***

 

 

ABDOU AU PSG

 

AVANT, Abdou était malheureux

Il ressentait une douleur.

 

Je dirai au futur que Abdou ira au PSG,

Il remplacera Neymar et portera le numéro 10 sur son maillot.

Au départ, avant que le PSG ne le recrute,

Nasser Al Khelaifi est parti au Mali

pour voir le match de Abdou.

Abdou, numéro 10, joue en club ESPOIR  .

 

Le match commence,

Abdou enchaîne les bonnes passes

Tout en défendant  leur cage.

Abdou a marqué 3 buts.

C’est la victoire : 5-0.

 

Nasser Al Khelaïfi appelle Abdou pour le recruter.

Abdou crie de joie

Il accepte d’entrer au PSG et il a eu un salaire de 60 million d’euros par an.

Et il vient de devenir numéro 10 du PSG à la place de Neymar. Et il devient le chouchou du PSG.

 

Mohammad, 3e1

 

***

 

 

 

Peu de temps après le rêve étrange d’Alaye, ce dernier commença à faire des démonstrations de football dans les rues de Sicile afin de gagner raisonnablement son argent.
Pour récolter plus de sous, il faisait participer les gens qui se baladaient pour créer l’interaction. Il réussissait à gagner assez pour pouvoir manger.

Un beau jour, alors que le temps était clément, un recruteur qui se promenait vit Alaye en pleine démonstration et alla lui parler.

Une longue conversation eut lieu, puis il demanda de rejoindre son club de football car il avait détecté un fort talent.

 

Le jour suivant, Alaye raconta sa folle aventure à Ankindé qui le félicita immédiatement.

 

Quelques semaines après, Alaye avait rendez-vous à Turin dans un stade d’entraînement. Il fit quelques mouvements afin d’impressionner le recruteur.

A la fin de la représentation, Alaye était satisfait de lui-même.
Après quelques longues heures d’attente, le recruteur revint.

Il dit à Alaye que sa prestation l’avait impressionnée et qu’il était accepté au sein de l’équipe de football. Il aurait la possibilité de devenir footballeur professionnel.

 

Alaye était extrêmement heureux et impatient de commencer les entraînements.

 

Un an après son recrutement, Alaye était devenu professionnel et fut même recruté dans une équipe encore plus douée.

Il enchainait les matchs et gagnait de plus en plus d’argent. Il envoyait les trois quarts de son salaire à sa famille en Afrique et vivait avec le reste.

 

Pour l’anniversaire de sa mère, il avait même prévu d’acheter des billets d’avion à toute sa famille pour qu’elle puisse le rejoindre en Italie.

 

Dorian, 3e1

 

***

 

 

L’accueil

 

Quelqu’un les rejoint et leur dit de ne pas rester là

Il les emmène chez lui, leur propose à boire et à manger

Ils veulent juste dormir, dormir.

 

Le lendemain matin, ils se réveillent, prennent un petit déjeuner

Ils demandent de l’aide au monsieur pour trouver un travail

Il a quelque chose pour eux,

Il les aide à faire leur CV et des lettres de motivation qu’il imprime

Il leur conseille d’aller voir à la pizzeria en bas de la rue,

 

Sur le chemin jusqu’à la pizzeria, ils parlent

Cet homme s’appelle Francesco

Eux parlent de leur voyage, comment ils sont arrivés là.

 

L’entretien se passe bien.

L’un des migrants est engagé à la pizzeria, il va apprendre à les faire.

Son ami, Ankidé va trouver un emploi de sauveteur en mer.

 

Après le désespoir, la vie reprend son cours.

 

Enzo, 3e1

 

***

 

 

Marrant, non,

Comme l’Homme peut être bête ?

 

Saviez-vous que l’Homme est la seule espèce vouée à s’autodétruire ?

Marrant, non ?

On pense qu’en faisant de bonnes actions pour la nature, comme planter une graine,

la terre oubliera qu’on détruit ses forêts et qu’on tue ses animaux.

 

Pourquoi ? Simplement parce que l’Homme se considère supérieur.

Malgré cela, je suis tout de même contraint de dire qu’il le rend aussi plus beau.

Il ajoute ce qu’on appelle

la culture.

 

Il donne

une histoire au monde,

une identité même,

un passé,

un futur.

 

Melvyn M., 3e2

 

***

 

 

 

 

 

Postface

 

Les admirables formes poétiques de la littérature européenne écrite méritent notre plus grand respect. Celles créées et pratiquées dans la langue française hors Europe, tout autant. Celles en usage actif, immémorial ET contemporain dans les cultures de l’oralité non européennes, tout autant.

La poésie n’est pas statique, mais elle est en « itinéraires », phrases et mots allant, dansant, allant ensemble pour fonder le monde, le parcourir, pour ré-ouvrir sans cesse ce monde où des forces brutes tentent de déposséder chacun de nous de sa liberté, et même de sa personne. Alors nous disons à voix haute le poème, alors nous écrivons, alors, même si nous sommes contraints de partir et de migrer, nous portons haut le poème comme notre confiance absolue dans la parole claire et digne que rien ne soumet.

 

Grâce à la volonté active de Jacques Fournier et Catherine Baron, des Itinéraires Poétiques de Saint-Quentin-en-Yvelines, grâce au travail aussi profond que sensible et méthodique de Juliette Beillard et Aurélie Buffel, professeures de Lettres au collège Ariane, de Guyancourt, grâce à mon usage des pensées des Antilles et de celles de la « brousse » du Sahel depuis quatre décennies, a pu se réaliser tout du long du mois de janvier dernier une rencontre dynamique et intense avec une cinquantaine d’adolescents de ce collège. A quinze ans, dans ces classes de toutes origines, on se cherche, on souffre peut-être, on veut trouver des mots justes et qui ne trichent pas. Et précisément tous ces ateliers de janvier ont été orientés sur le thème du passage sans concession, de l’initiation dense, du voyage entier et peut-être même dur.

 

Nous avions des aînés. Aimé Césaire évoquant au début de son Cahier du retour au pays natal sa pauvre maison d’enfance dans le bourg très pauvre de Basse-Pointe au nord-est de la Martinique juste au pied du volcan. Jean Rouch, ethnologue et documentariste infiniment respectueux des pêcheurs sacrés Songhaï qu’il a accompagnés sur le fleuve Niger et dont il a recueilli le rude chant épique de pêche que l’on entend dans son célèbre film Bataille sur le grand fleuve. Alaye et Ankindé, jeunes migrants maliens de la trentaine que j’ai connus il y a presque dix ans, au centre de la Sicile, avec lesquels je continue à travailler et qui sont au cœur de mon livre Carène. Voilà ces textes, non, voilà ces actes littéraires et poétiques. Et en ces mois ci, l’entreprise folle et héroïque du jeune Abdou, Ivoirien, fuguant de chez lui pour jouer au football au Maghreb, mais balloté tragiquement d’Algérie en Lybie en Sicile enfin jusque dans l’Essonne où j’ai perdu sa trace. De tout cela notre équipe, élèves, professeures, organisateurs et moi, a abondamment parlé.

 

Alors est venu le tour des élèves de poser sur leur feuille, avec pudeur, avec la fermeté que leur donne leur grande force intérieure et leur riche expérience de vie, de vie tous horizons, alors est venu le tour des élèves d’écrire ce qui se chuchotait dans leur oralité intérieure. Il est important que ce soit un mouvement d’ensemble ; car si l’expression individuelle est une délicatesse de la vie privée, l’expression individuelle est à même d’atteindre une réelle puissance épique si les voix se joignent et se croisent ; comme par exemple au théâtre. Vous verrez d’ailleurs que beaucoup de ces pages ont été écrites à deux voire à trois mains.

 

L’entrée en écriture de ces jeunes talents est remarquable de dignité, de sens éthique, de force épique, de clarté de vision et d’une inébranlable volonté de vivre. Ici, pas une page mièvre ou affectée ; pas l’once d’un artifice littéraire ; pas l’ombre d’un esthétisme stérile. Au contraire une magnifique dignité et une humanité exemplaire.

 

Yves Bergeret

*

 

 

 

***

 

 

 

[1]          Réflexion d’Yves Bergeret sur la graphie et l’écriture à la suite d’une séance. Chaque cahier thématique est illustré par des photographies illustrant l’entrée en écriture des élèves.

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Grain de granite

 

 

Ce cycle de poèmes, ce « poema » comme on dit si bien en italien, je l’ai écrit tout du long de ce dernier mois d’avril à Veynes, Die et Paris ; j’en ai réalisé certaines strophes à l’encre de Chine et à l’acrylique sur quadriptyques, à mes formats usuels de ces mois-ci, de Rosaspina 285 g de Fabriano, Velin d’Arches 300 g et Hahnemühle 250 g, en doubles exemplaires.

La photo est celle, à diverses heures du jour, d’une colonne romaine de granite réemployée dans un mur d’une maison médiévale du centre de Die. Depuis ses deux millénaires et demi Die vit dans ses vastes ondulations sédimentaires calcaires ; le granite, presque sacré, ne pouvait, à grand charroi d’esclaves, venir que des grandes Alpes, du côté de l’actuel Briançon.

Ce « poema » se lit dans une splendide traduction italienne du poète Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/05/13/quaderni-di-traduzioni-li/

 

Yves Bergeret

 

 

 

 

Premier jour

 

Je sais très bien qu’il n’est pas mon fils,

celui à peau noire qui vient de poser

contre la pente boisée deux colonnes de granite

qu’il portait sur ses épaules.

 

Je sais très bien que je ne suis pas le fils

de la Coréenne qui chante à gorge profonde sous l’arche,

qui chante à gorge grave la sève de l’amour sauvage

allant par les racines de la montagne.

 

 

 

 

Mais avec la chanteuse et le porteur de colonnes

si fort est mon lien

que la montagne tremble,

vient s’appuyer sur l’arche

et me fait naître dans un grain de granite.

*

 

 

 

 

Il a eu la force de porter une colonne par épaule,

c’est bien lui qui a traversé jusqu’aux Alpes

en toute douleur déserts, mers et péninsules,

c’est bien lui qui est traversé par un pacte

des péninsules, des déserts et des vents.

 

Prénom de ce pacte : épopée. Souvent.

Epopée non pas de guerre mais de claire parole

qui terrasse la violence

et lève les graines dans les pentes.

Epopée non pas de hargne mais d’humble

et dure ténacité qui ne connaît pas les plaintes.

 

Il se laisse traverser par le pacte

des péninsules, des déserts et des vents.

Le pacte semble-t-il est immémorial

ou en même temps n’existerait pas avant lui.

Car c’est par son corps en labeur qu’il se met

à entendre à la fois comment s’étirent

les péninsules solitaires, comment remuent

les déserts puérils sur leurs lits de pierres,

comment enflent les vents comme le ventre des

femmes qui enfantent. Il entend s’étirer, remuer,

enfler ; et cela vient s’harmoniser dans le pacte

de la parole. Rugueuse parole

capable de porter des colonnes.

 

 

 

 

*

 

 

Rugueuse voix dont je ne suis pas le fils,

gorge profonde elle saisit au dessus d’elle l’arche

et d’une seule reprise de souffle la déploie,

d’une seule respiration la déploie

depuis une péninsule noire jusqu’au vent

qui brille dans mes yeux.

D’elle je ne suis pas le fils.

De l’homme sombre je ne suis pas le père.

 

Dans l’amble du pacte qui se chante

elle, lui et moi soulevons une montagne puis l’autre,

triade d’ondes sonores,

de cordes vocales, de gestes des mains,

dont je suis le plus petit chiffre,

– je pourrais dire le plus petit buisson,

sec et ardent,

dans un creux de sable

car le granite se délitant essaime

à l’infini la parole.

 

*

 

 

 

*****

 

 

 Deuxième jour

 

Deux colonnes, deux fémurs,

est-ce ivoire ou granite,

l’homme noir les a posées sur le flanc

de la montagne dure.

De ces fémurs immenses qui ont porté le ciel

et qu’il sut porter sur ses épaules

a-t-il besoin encore ? Oui.

Toujours.

 

Une colonne vitreuse, une colonne scintillante

ce sont les deux actes du grand sacrifice,

meurtre et prière, sacrifice qui l’emplit, le peupla

de l’immense rumeur pierreuse des ancêtres.

Les deux actes, celui du pas piétinant de tombe,

celui du moyeu de la mer que les marées tournent.

Les deux jambes du monde

qui peu loquace allait

entre sang de mort et fond noir de l’eau.

Mais lui les a posées, minérales, chair et os,

les a juste appuyées sur la montagne.

 

 

 

 

*

 

 

A pris la relève la chanteuse de Corée

qui fait sonner et tinter les archets et les plectres

entre les colonnes, entre deux syllabes.

C’est elle qui pousse de l’avant

l’homme noir et le monde, c’est elle

qui les fissure, les détache dans le hoquet de sa voix.

 

Les voilà bientôt libres.

Les voilà, écailles de verre que sa voix de feu

souffle et forme. Celui qui porta les colonnes

et les déposa perçoit le feu qui l’enfle,

entend la voix de la femme qui lui ouvre

le chemin courbe et alterné du temps venant,

du temps à bâtir.

 

Est-ce que le long souffle de la chanteuse

n’est pas la fidélité de granite ou de sable,

n’est pas la confiance aveugle du ciel

qui, nu et privé d’oiseaux, se couche sur la montagne ;

et ainsi mieux se conçoit et se moule le pacte

et apprend souffle et geste le pacte

dont la fille aimée est la parole

dont l’enfance est épique.

*

 

 

 

 

L’homme qui n’est pas mon fils

a déposé les colonnes et va libre

dans le sillage du pacte aux épines dures.
Aux épines point ne saigne

car déjà la femme dont je ne suis le fils

lui lève par-dessus la crête

le soleil qui pose son baume sur l’épopée

et cicatrise.

Le chant de la femme frotte aux quatre coins

de la plaie, aux vingt plis du corps

et l’homme va moins lourd,

flèche flairant moins triste

le sentier du poème que j’écris.

 

*****

 

 

 

Troisième jour

 

Comme par la pente boisée

je descends vers le torrent

je reconnais le buisson sec et ardent.

Il est mon ombre du matin : elle luit.

A midi il est ma face friable

avec un peu de feu sur certains rameaux

puis je le perds de vue.

 

Plus bas dans la pente

je rencontre un homme assis sur une pierre.

La peau du haut de son dos porte tatouée

la face d’un démon balinais à mille volutes :

c’est le masque par où la voix grave de la femme

expire dans un souffle le monde,

dans un souffle le va et le vient de la souffrance,

dans un souffle l’audace de ceux

qui marchent par les montagnes, entendant

le pacte des péninsules, des déserts et des mers.

 

Une infime salive tombe de l’haleine

de la chanteuse : c’est, goutte à goutte, le masque

tatoué goutte à goutte

sur le dos des poumons de l’homme qui écoute.

 

 

 

 

L’homme est assis sur un rocher.

Devant lui il apprend avec ses deux mains

à sa toute petite fille à tenir debout.

 

L’homme est jeune. Il est

silencieux. Il frissonne

à l’abri du grand masque de son dos ;

la toute petite fille réside

dans l’émission la plus grave

des cordes vocales de la femme.

*

 

 

 

 

La pente m’appelle, je descends, saignant du front.

Une infime goutte de sang tombe

de l’haleine du vent, puis une autre,

une autre, ma juste survie minérale

qui s’incarne dans un grain de granite.

 

Chétive est la toute petite fille,

fille de l’homme jeune, de personne et de tous,

traçant de ses premiers pas la sente

millénaire du poème que j’écris.

 

Par la sente roule lentement

le grain de granite,

qui est ma mémoire, mienne et de tous,

que les deux colonnes ombreuses

et la voix de feu nourrissent

dans la pente vers midi.

*

 

 

 

 

*****

 

 

Quatrième jour

 

« Mon échelle de perception,

dit le grain de granite,

est le glacier suspendu

entre le soleil dévorant

et le gouffre des couards.

 

Ma litanie de base,

dit le grain de granite,

s’effile dans le torrent blanc

qui court sous le glacier.

 

Ma seule ombre

est le cri du nourrisson qui a faim.

 

Un coq de bronze

me picore le nombril.

Et alors ?

 

Une vipère me vole

et fourre sa rapine

dans sa mallette à maquillage.

Et alors ?

 

Tu t’es fourré sous quel évier,

cafard du racisme ?

Sous mon évier ?

 

Une lumière brille toute la nuit.

C’est le feu du cœur brisé.

 

La lune pleine mange toutes les étoiles.

C’est mon front exsangue

tant j’ai pleuré pour vous.

 

Mes verbes tailladent sûrement trop vite.

Tant pis, sinon le glacier pourrait fondre.

Tant pis, je vis avant la source.

C’est moi qui parfois flambe

au bout des branches

par là-bas dans la vallée triste.

 

Je boîte dans un chant.

C’est ainsi qu’on reprend souffle.

Je boîte en tentant de porter

les trop lourdes colonnes des deux pôles

où l’on trépigne et gèle ».

 

 

 

 

******

 

 

Cinquième jour

 

Les deux lobes frontaux,

les deux sourcils haut froncés,

les deux yeux exorbités,

les deux joues du masque tatoué

sur les omoplates, sur l’envers des poumons

sont les deux colonnes neuves qui germent,

qui poussent comme jeunes chênes drus,

sont les deux colonnes,

est-ce ivoire est-ce granite

est-ce vapeur en volutes doubles,

les deux colonnes nouvelles

que le jeune père se sent prêt à porter.

 

Il se peut bel et bien que, oui, protubère

le couple allant boitant

boitant dansant, le couple du oui et du non

du tenace dialogue de l’immémoriale parole,

du nouveau récit de l’immémoriale parole,

réplique à réplique,

pas dansant à pas dansant

que danse la toute petite fille.

 

De ses deux mains le jeune père la soutient

entraîné par le lent battement de ses omoplates

qu’il ne voit ni n’entend, qu’il sent si fort.

 

Le très jeune père lui donne

lui laisse la sente, la regarde

traçant la sente.

 

Par l’ombre du glacier va la sente,

par le battement du cœur du jeune père,

par la geste alternée des poumons

qui ont le rythme lent et sûr.

 

Là, plus haut, la face granitique

donne son regard à la glace du glacier,

le père perçoit le regard qui va

dans le don, dans les volutes de brume.

 

La toute petite fille ouvre la bouche

et se met à chanter le don, son tout premier salut

à la chanteuse de Corée assise dans du feu,

à l’homme noir qui sait porter

les deux colonnes aux mille sens,

à son père si jeune,

au grain de granit qui roule,

infime esprit de la colonne vertébrale

qui, seule et de tous, hausse et porte.

 

 

 

*

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

La Ténacité d’Alaye 阿拉依的坚韧

 

Faisant suite au poème Le Rêve d’Alaye, scène centrale des cinq actes de Carène (2017), ce poème-ci a été créé, accompagné de gestes d’acrylique et d’encre de Chine rouge, à Catane en Sicile par Yves Bergeret le 27 mars 2019 en deux exemplaires sur quatre quadriptyques horizontaux de Fabriano Rosaspina ivoire de 18 cm de haut sur 100 cm de large.

*

Ce poème se lit en italien dans une version aussi dynamique que claire du poète Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/04/03/la-tenacia-di-alaye/

*

On lit également ce poème en chinois dans une traduction élancée et musicale de Zhang Bo.

 

 

 

Voici que le monde se désépaissit.

Avec l’espoir jaune vif et or

de renaître complètement et sans savoir comment,

de renaître d’entre les alluvions et la fange partout,

il avait traversé la mer il y a dix ans.

于是世界早已变得稀薄。

带着烫金明黄的希望

去完整地重生又不知如何办到,

去重生于四处的积土与泥浆之间,

他穿过大海已有十年。

Mais il avait été proie de trafiquants

puis de mafieux à la petite semaine

puis d’hypocrites beaucoup plus fins

qui l’anesthésiaient en détournant des mots

comme fraternité, partage, compassion.

Vraiment c’était urticant,

c’était collant comme une toile d’araignée.

然而他已然是不法商人的猎物

接着成为末流黑手党的猎物

接着成为更加精明的伪君子的猎物

他们通过改换词语的意义去把他麻痹

例如博爱、分享、同情。

这真让人浑身发疹,

这就像蜘蛛网般黏人。

*

 

 

 

 

Pendant cinq ans trop serviable,

trop heureux d’être en vie

il a supporté les fils de l’araignée

et s’est tu, pour protéger ses frères de voyage

miséreux, impatients, désorientés.

在过于热心助人的五年中

为活着感到过于幸福的五年中

他忍受了蜘蛛的丝线

并沉默不语,以此保护他那些旅途中

苦难、焦躁、困惑的弟兄。

Puis pendant encore cinq ans

il a un à un coupé les fils.

Et un matin il a dégagé un trou,

par où le vent a soufflé.

Le trou s’ouvrait dans un mur qui était devant lui

et même contre son front.

Ce mur il ne l’avait jamais aperçu auparavant

et maintenant son front était frais.

接着又用了五年

他一根根斩断丝线。

一天早上他打穿了一个孔洞,

风经由那里吹拂。

孔洞开在一堵立于他面前

甚至顶在他前额的墙上。

这堵墙他此前从未察觉

现在他的前额凉爽。

*

 

 

 

 

D’une prière, d’une pensée, d’une intuition

et d’une vision audacieuse comme parole de poète

il s’est la dixième année engouffré tout entier

par la brèche et s’est envolé.

A sauté, peut-être. Aucune chute ne survint.

L’air n’était pas glacé,

l’air était exaltant comme un arbre

au printemps bruissant d’abeilles.

L’air était libre

et lui-même a découvert vraiment la liberté.

通过一次祷告,一次沉思,一次预感

以及一次如诗人话语般大胆的梦幻

他在第十年整个人从缺口

猛然切入然后起飞。

他曾下坠,也许吧。然而跌落并未发生。

空气未曾冻结,

空气曾如春天蜜蜂作响的树木般

令人兴奋。

空气曾无拘无束

而他本人真正发现了自由。

*

 

 

 

 

Elle est un vent qui vient et qui va,

des paroles stables et claires font son oxygène,

que les traitres ont de la peine à respirer.

Mais lui découvre la grammaire de ce vent

et apprend comment dans ce vent les montagnes se sculptent,

comment on peut avec ce vent modeler

la forme des villes et soulever le poids

du grand labeur de la vie.

自由是来而复往的风,

坚实明晰的话语造就她的氧气,

叛徒们难以呼吸。

而他发现了这风的语法

并学会群山如何在这风中雕刻自己,

学会人们如何用这风去塑造

城市的形态并托举

生活中艰苦劳作的重负。

Car chacun ici crée une place pour son nom

et pour son corps. Chacun crée le jardin ouvragé

de la parole ouverte où poussent herbes,

arbres et plantes dont chacun se nourrit et nourrit ses proches

et ses voisins au loin de part et d’autre des mers.

因为这里的每一个人都为各自的姓名

与身体创造一个位置。每一个人都创造由话语精工细作

的花园那里生长出青草,

树木与植物,每一个人都用它们养育自己并养育他

远在大海两岸的近亲与远邻。

*

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

Montagne, sel

 

Ce poème accompagné d’acrylique et d’encre de Chine, a été créé par Yves Bergeret à Veynes les 27 et 28 février 2019 sur deux quadriptyques de Hahnemühle 250 g de format 17,5 cm de haut par 100 cm, en deux exemplaires.

*

On le lit en italien dans une splendide traduction du poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/03/03/montagna-sale/

*

 

 

 

 

 

Il redescend aujourd’hui du sommet de la montagne

par la combe obscure et la montagne le suit.

 

C’est peut-être cela, cette impression

de chant double, la montagne et lui,

ou son père et lui, ou lui et son fils.

Il y a cinq ans il avait traversé à pied sec

la Méditerranée en y ouvrant une tranchée profonde

et il était venu jusqu’à notre montagne

d’arbres hivernaux, d’arbres taiseux.

Des rochers s’en étaient allés à sa rencontre

en roulant par la combe obscure jusqu’à la mer.

 

Ainsi va la vie dure et peu sûre, jamais stable,

de l’homme dédoublé aux talons friables

trouant la montagne et la mer,

repartant traîner la montagne dans le sel de la mer

pour que crépite le fier récit de tous.

 

 

 

 

*

 

 

Rends la montagne plate et lisse

comme le creux de ta main que tu ouvres.

Rends la montagne concordante

comme le visage.

Tire sur elle depuis la vallée l’ombre

quand au soir le soleil tombe.

 

Nageur, marcheur parti sans bras,

la mer salée est peut-être aussi féconde

que la montagne.

 

Remercie les épaules amies

qui suantes ont porté les masques,

les tirades de théâtre, les épisodes chantés,

les sacs de sel et de riz.

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

Architecte

 

 

Ce poème a été écrit du 18 décembre 2018 au 4 janvier 2019. Le 18 décembre j’en réalisais à Veynes, près de Die, la première partie, modifiée depuis, sur trois quadriptyques de Hahnemühle 250 g de format 17,5 cm de haut par 100 cm, en deux exemplaires. Le 23 décembre j’ai dû aller à Romainmôtier dans une forêt du Jura suisse, juste en contrebas de la frontière ; là une petite abbaye romane clunisienne du onzième siècle avec un narthex dont une partie des voûtes porte des peintures à fresque très effacées, peut-être simples sinopies ; en voici mes photos, étranges. Le 25 décembre je réalisais à Beaune, en Bourgogne, une seconde partie de ce poème, modifiée ensuite, sur trois quadriptyques Canson 200 g de format 25 cm de haut par 64 cm, en trois exemplaires. J’ai continué à créer et travailler à Die ce poème, jusqu’à ce 4 janvier 2019.

 

YB

Ce poème se lit en italien, dans une splendide traduction, naturelle, hautement inspirée, et profondément réfléchie, véritable re-création, du poète Francesco Marotta ; on trouve cette traduction à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/05/17/architetto/

En outre on peut lire une traduction de Gianluca Asmundo, sicilien, architecte (Université d’Architecture de Venise) et poète et architecte , à cette adresse :  https://peripli.wordpress.com/2019/01/08/184-yves-bergeret-architecte-architetto-traduzione-di-giovanni-asmundo/

*

 

 

 

 

Avant, bien avant l’enfance

 

Juste après le moment décisif

il a du pied repoussé son île

hors les mondes de la violence aveugle,

jusqu’à bien au-delà de l’archipel des petits volcans.

De l’un d’eux allait le cordon ombilical de la mer,

c’est lui qui l’a noué.

*

 

Enfance

 

Quelques générations plus tard

il avait considéré la longue couche minérale

par dessus le feu originel.

Il avait considéré la crémeuse couche atmosphérique.

Ils les avait nouées l’une à l’autre.

Car la roche peut se travailler et même se briser

avec une plume, une épine ou un remords.

Car l’atmosphère, quant à elle, s’effile,

se tresse ou se dilapide dans l’amour

qui est le feu d’enfance des hommes,

qui est l’ombre d’errance des hommes.

 

Nouer roche et vent, c’est main

de très jeune architecte.

Dénouer roche et vent l’un de l’autre,

c’est rire juvénile ou sauvage d’architecte

qui incline pour le bien des hommes la pesanteur

et les loge puis s’en va sans se retourner,

en larmes parfois, ou riant,

et toujours seul sur ce rivage blanc

qui s’éloigne encore

de l’archipel des petits volcans.

 

Les petits volcans noirs sur l’horizon…

oui, ce sont certains hoquets.

Mais finalement la mer remue à peine.

 

Croyez-moi, il ne perd jamais de vue son île

qui devra rester assez calme

pour qu’il puisse s’allonger entre les vignes

et boire le lait des étoiles.

*

 

 

 

Jeunesse

 

Dans la nuit il sait voir avec ses yeux sombres

et surtout avec ses autres yeux, nefs d’humanité et

velours de respect lumineux.

A cette lumière il a vu, bien plus loin que sa science.

Or ce qu’il a vu c’est qu’au centre de son île

est non pas un tumulte de collines féodales,

mais une plaine. Plaine il est vrai cernée

de batailles, de racisme et de vendettas.

Cette plaine est blanche

et inclinée.

L’inclinaison est le penchant des hommes vers l’eau douce

et surtout vers l’honneur du partage.

Ainsi partage-t-on le plat de mil et de riz.

 

Le partage, c’est un feu léger qui crépite

allant scissipare sous les montagnes,

sous les craintes, dans les veinules

de la peau de la parole.

Merci, parole, ma peau, notre peau

qui nous berce, qui nous aime et nous endort

sur des vagues lentes :

elles sont en mouvement

vers…

*

 

 

 

Apprenti

 

Comme toutes les îles

la sienne soulève sa proue

dans le sens d’un destin.

C’est là que la mer brise ses vagues

contre des falaises blanches.

Il peut croire que c’est sa foi d’architecte

qui a dressé les falaises blanches en propylées.

Avec elles le vent joue de l’orgue.

 

Après les propylées, là où le vent sèche

le sel des embruns sur ses lèvres et ses épaules,

douze larges marches blanches sont à monter.

Mon ami l’architecte est intelligent :

il commence à quitter le temps des mythes,

il sait très bien que ce n’est pas lui qui a dessiné

ces marches dont chacune a six siècles.

Six siècles de haut. Dans les ajoncs

et les croûtes de sel.

Lui, avec son front pensif, une équerre à la main

et une table inclinée à dessins,

est juste l’élégant développement.

Il inspire et mesure la gîte de l’île.

Il trouve que moi le poète je suis

son maquillage, je veux dire celui de l’île,

loquace, masque mal attaché

derrière le crâne ; le vent me secoue,

voilà mon bredouillement sacré.

*

 

 

 

Age adulte

 

Au centre de notre continent violent

que lacère et flagelle encore plus ces années-ci

un autre vent, de haine et de bourrasques tueuses,

dans une forêt très pentue sous une frontière

est revenu l’architecte. Je l’entends au travail : il hausse

et hausse et hausse des voûtes à contre-pente.

Et c’est là que lui et moi découvrons des lignes ocres

sur les voûtes même, traces laissées jadis sur les pierres,

comme des échos, est-ce par les troncs ébranchés

des arbres quand ils descendaient en cahotant

dans la pente, et l’humidité était

la sueur du bûcheron invisible,

du bûcheron luttant, du marcheur clandestin.

*

 

 

 

Dans la pente obscure sous la frontière

les lignes tracent des silhouettes sur les voûtes

qui nous crient des noms d’îles puis qui

se retournent parfois comme pour nous donner congé.

 

Nous, partir aussi ? impossible !

L’architecte, c’est lui qui retient les voûtes

par les quatre coins et prévient leur retombée.

 

Moi, le poète, j’emprunte aux pierres leur sève blanche

et au vent les graines merveilleuses des langues

des quatre angles du continent

et de celles de l’autre côté de la mer

pour faire de mon poème une barque.

Une barque à votre disposition. Son bois :

rien que sève et graines. Le poème bat, comme des ailes,

il avance comme l’impatience des

silhouettes à redevenir humaines.

 

L’architecte retend les voûtes.

D’une cité notre, d’os et de bois.

Elle monte dans la forêt obscure sous la frontière,

jette sur la peau de chacun

un décalque ridé de l’île inclinée.

*

 

 

 

Là-bas l’île inclinée, prompte à glisser

vers le fond de la mer ou dans le silence noir,

prompte à rebattre le ressac des guerres,

demande que l’architecte soit son père.

Me demande à moi, poète aux doigts

déjà gourds sur les cordes et aux paumes calleuses

sur la peau du tambour, d’orner, de soulever,

de lever la volonté des bâtisseurs ;

mais moi je veux d’abord, je veux avant tout

chercher ici une clef de porte basse

pour entrer dans une cave de mi-pente

et là tenter de mouvoir la pente,

la pente et l’inclinaison

vers plus de fraternité, tu en conviens,

cher architecte.

*

 

 

 

En désordre

 

Voilà, l’architecte a pris une montagne grise,

une autre montagne violette,

trois rivières limpides,

une branche très sèche surgie de l’omoplate du ciel

et aussi a carrément prélevé les éraflures

qu’en passant elle a laissées ocres

et même certaines encore sanglantes

sur la peau de sa mère.

Il a posé en désordre

ces éléments les uns sur les autres.

Le souvenir de sa mère s’est approché de lui,

puis s’est appuyé sur cet empilement asymétrique.

Sur lui les voyelles se sont écrites à l’envers,

tête en bas. L’architecte est très fier.

L’asymétrie sera sa nouvelle peau.

 

Lui et moi remarquons la rivière :

l’eau est une, les galets sont millions.

Les reflets hésitent entre les deux.

Hésiter est déjà oser.

*

 

 

 

Tempête

 

Froid très vif, vent brut.

Si brut que sur les sommets la neige fond.

L’eau de la neige, les gens privés de sens

en cherchent avec l’énergie du désespoir

la source.

*

 

 

 

Avec ses poings ronds le vent glacé

creuse dans la chair,

creuse dans le sable,

creuse, il n’y a plus de sable.

 

Allez, architecte, dresse mur, lève paravent,

sinon il n’y aura plus de terre non plus.

 

Sur le paravent

surtout ne suspend pas un miroir.

Mais trace un mot, une parole ouverte,

pose une image claire,

un signe net

et le vent tueur comme la hyène

retournera, oreilles basses, dans son sable noir.

 

 

 

 

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

Pages en Sicile, été 2018 (3)

 

Les Hommes assis, Catane, Corso Sicilia, le 3 août 2018

Cette Page se lit ici également en chinois, dans la traduction du poète Zhang Bo, de Nankin.

***

 

Tous les jours de l’aube au soir deux ou trois hommes sont assis sur la rambarde métallique, les pieds ballant dans le vide. Sur le trottoir du fond de Corso Sicilia, du côté de l’esplanade des bus. L’esplanade est vide la nuit. Des hommes à peau sombre tirent là au soir depuis quelques années des grands cartons d’emballage récupérés je ne sais où. Les étalent soigneusement au sol. S’y allongent. Bavardent un peu. Puis s’enfoncent dans le sommeil jusqu’à l’aube suivante, où ils disparaissent. Jusqu’à la nuit suivante.

每天从清晨到黄昏总有两三人坐在金属栏杆上,双脚在虚空中摇晃。在西西里大道深处的人行道上,在公交站台旁。站台在夜间空无一人。许多年来每到傍晚肤色深沉的人们都会把我不知从哪儿回收的巨大包装纸箱拖到那里。把它们小心地铺在地上。躺下。随便闲聊几句。然后深入睡眠直到下一个清晨,届时便消失无踪。直到下一个夜晚。

Mais dans la journée sur la rambarde les deux ou trois veilleurs assis parlent, rient parfois, parlent. En wolof, je crois. Avec l’espoir tenace de vendre une ou deux paires de baskets rutilantes qu’ils ont posées près d’eux, en équilibre sur la rambarde.

但白日间两三个坐在栏杆上的岗哨会说说话,时而笑笑,再说说话。我想是沃洛夫语。带着一种固执的希望能卖出一两双搁在他们身边、平挂在栏杆上的火红球鞋。

La rambarde empêche les piétons de tomber dans le vide. Le vide, c’est la rampe d’accès au parking souterrain de l’immeuble moderne où j’habite. Depuis au moins dix ans plus aucune voiture ne passe là. Un gros grillage a été dressé pour boucher l’entrée du parking et aussi celle de la rampe elle-même. Dans la pente derrière le grillage les immondices s’accumulent, leurs couleurs sont fondues dans la poussière, l’encre des papiers de publicité a perdu tous ses pigments depuis longtemps. Sur la rambarde, au dessus du vide le plus profond, qui correspond à l’entrée même du parking souterrain, deux ou trois hommes sont assis pour toujours.

栏杆阻止行人跌落虚空。虚空,那是我所居住的现代建筑地下车库入口的坡道。自从至少十年多来不再有任何车辆从此处经过。为了堵住车库以及坡道入口,一面巨大的铁丝网被搭建起来。在铁丝网后面的斜坡上各种污物堆积如山,它们的颜色在尘埃中消散,广告传单上的油墨早已丧失色彩。在栏杆上,在最深沉的虚空之上,它与地下车库入口相呼应,总有两三人始终坐在那里。

Nous avons fini par nous connaître, au fil des années. Nous nous saluons. Ils parlent un peu français, un peu italien. Ils sont sénégalais. Ils sont arrivés en barque depuis la Tunisie et, maintenant, la Lybie ; certains habitent Catane depuis dix ans. Oui, la vie est difficile, disent-ils. Oui, ils arrivent à envoyer au village et à la famille quelques dizaines d’Euros chaque mois ; la famille vit avec cela. Oui, ils ont maintenant peur qu’un fou furieux d’extrême droite leur tire dessus en passant en voiture : comme cela se produit dans tout le pays ci et là, chaque jour.

最终我们得以互相认识,随着时光流逝。我们互相打招呼。他们会说一点法文,一点意大利文。他们是塞内加尔人。他们曾乘小船由突尼斯来到这里,现在则通过利比亚;一些人在卡塔尼亚已住了十多年。是的,生活艰辛,他们说。是的,他们终于能够给他们的村庄和家庭每月寄去几十个欧元;家人就靠这些生活。是的,他们现在因极右翼狂徒驾车朝他们扫射而感到恐惧:因为这种事每天在各地发生。

Assis sur la rambarde, ils tournent le dos au vide, sont disponibles aux passants, espérant toujours un achat de baskets. Ils tournent le dos au grand marché, dix mètres plus loin où se croisent virilement le commerce des fruits et des légumes, vaguement formel, et le commerce de la pacotille de plastique et de contrefaçons variées, clairement informel. Ils sont assis depuis des années, le os du bassin finalement adaptés à la forme de la rambarde de fer. Ils tournent le dos à la sortie-entrée du parking souterrain vide et inutile.

坐在栏杆上,他们把背转向虚空,对行人随时待命,始终期望有人购买球鞋。他们把背转向大市场,十米之外水果商和蔬菜商雄壮地交错而过,隐约是正规的,还有劣等塑料制品和各类假货贩子,明显是非法的。他们多年来就坐在那里,最终盆骨也适应了铁栏杆的形状。他们把背转上空洞而无用的地下车库出入口。

La rampe d’accès au parking est la passerelle d’accès de l’Arche de Noé. Pour l’imminent Déluge, alors que les orages grondent et que les populismes cherchent à étrangler l’Europe. Pour l’invisible Déluge qui a déjà eu lieu et a déversé les graines amères du racisme et de la haine. Mais l’Arche est vide. Et bloquée. Vide, sale, muette.

车库入口的坡道是诺亚方舟的舷梯。为了临近的洪水,当暴雨酝酿而民粹试图掐死欧洲。为了隐形的洪水,它已经发生并倾泻其种族主义与仇恨的苦涩种子。但方舟空空。而且淤塞。空洞,肮脏,缄默。

Assis sur la rambarde, ils sont les effigies de la proue de l’Arche. Les os des bassins se sont adaptés. Les colonnes vertébrales restent très droites. Ils ne se plaignent pas. Ils rient parfois ensemble. Ils parlent beaucoup. Ils parlent.

坐在栏杆上,他们是方舟的船首像。盆骨已经适应。脊柱依然笔挺。他们不抱怨。有时他们一同欢笑。他们说很多话。他们说话。

Assis sur la rambarde verte ils veillent. Ils attendent. Ils observent. Ils espèrent.

他们坐在绿栏杆上放哨。他们等候。他们观察。他们期待。

L’un est devenu fou et parle sans cesse. Dit un refrain perpétuel. S’il me parle je vois bien que ses yeux sont dans le vide. Un jour je ne l’ai plus vu. Personne ne sait ce qu’il est devenu.

一个人已经疯了不停地说话。念着一段无休止的叠句。如果他和我说话我看得出他的双眼空洞无物。一天我再也没有见到他。无人知晓他的结局。

Martinets sans ciel. Aigles sur la vire de la falaise.

失去天空的雨燕。悬崖窄台上的鹰。

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Les hommes assis

L’un est devenu fou

Aigles sur la vire de la paroi

Martinets sans ciel

一群人坐着

其中一人疯了

岩壁窄台上的鹰

失去天空的雨燕

YB

 

 

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