Archive | janvier 2019

Guillaume Ducran, artiste-peintre

 

 

 

Guillaume est assoiffé de peindre. Il est autodidacte. Il s’enthousiasme pour les « architectures » de château et va en médiathèque photocopier des images de grands châteaux médiévaux. Il a une âme de bâtisseur décidé, même si le monde est très instable. Peindre à la gouache ces « architectures », aïe, c’est souvent difficile car elles récalcitrent à entrer dans le format plus ou moins A4, celui de toutes les peintures de Guillaume. Sauf les deux plus récentes, où naît le A3.

 

 

 

 

Il s’enthousiasme aussi pour les grosses voitures à puissante cylindrée. Jeune il a eu son permis de conduire, mais l’a perdu dès le premier mois pour deux énormes excès de vitesse, et en plus le même jour.

 

Il a eu deux chevaux, que sa marraine gardait dans un pré près du Mans. Il a appris à monter à cheval dès six ans. Un matin la barrière est mal fermée, l’un des deux chevaux s’échappe et est écrasé par un camion de « 44 tonnes ».

 

Son histoire personnelle, enfance, adolescence et première jeunesse (il est encore jeune, s’approche doucement de la quarantaine) est surchargée de violences dont il a pu finalement réchapper. Voici seize ans qu’il vit dans la rue, surtout à Paris. En fait il a commencé à dessiner il y a vingt-deux ans et à peindre il y a seize ans.

 

 

 

Ses gouaches sont des casaques de jockey ; la couleur peinte sur la feuille est l’habit qu’il pose sur la violence de la vie, non pas pour l’annuler mais pour l’envoûter et la guider. Comme le cavalier ne peut monter, maîtriser et conduire où il veut son cheval qu’en gagnant la confiance de sa masse nerveuse et frémissante d’énergie. Avec ce qu’il dessine à larges traits noirs très forts sur la feuille puis qu’il peint de couleurs franches, Guillaume, avec ténacité et humanité, regarde droit dans les yeux la vie : il tutoie en elle quelque chose, peut-être une énergie surabondante voire destructrice. Mais lui ne la détruit pas, il l’amadoue et la guide.

 

 

 

 

Ses gouaches sont les couplets du chant hardi de la ville. Plutôt : de son chant hardi dans la ville, dans la vie : le chant de Guillaume. Toutes ses gouaches sont vigueur, architecture, fermeté. Des paravents dressés sur la vie, pliables-dépliables ; souvent des sortes de paravents à multiples perspectives juxtaposées.

 

Guillaume peint par terre sur le trottoir. Ce mois de janvier ce sont des voitures vues d’au dessus. Elles sont beaucoup plus que des jouets. Une main divine les gère, c’est la main gauche de Guillaume, sienne, d’en haut. Des autos vides, sans passager. Habitables par des rêves urgents.

 

 

 

 

 

 

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Avertis des soubresauts violents de la vie, les maisons-manoirs-châteaux sont entourés de clôtures qui sont quasiment des petits remparts. Les remparts dansent. Comme parfois autour des « architectures » (c’est le mot employé par Guillaume), dansent des douves, des rivières ; et même une fois une chaîne de montagnes. Mais en même temps closes sont les portes, vides sont les fenêtres.

 

 

 

Le 11 janvier dernier Guillaume me dit : « Sous la triple maison hantée et dans la cour devant elle poussent les racines de l’arbre invisible que toute maison a derrière elle ».

 

 

 

Récemment Guillaume insiste pour me dire qu’il voudrait supprimer les épais traits de l’esquisse, fermes et noirs comme des plombs de vitrail, et qu’il aimerait essayer de poser directement les couleurs : en somme arriver à faire de légers parapentes, mais de quel envol, selon quel vent ?

 

 

 

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Est-ce que les maisons sont droites ?

Est-ce que les voitures vont droit ?

Voilà, ce sont ci-dessus des questions d’architecte banal et de garagiste banal.

 

 

 

 

En fait par la peinture de Guillaume, le regard ne voit plus vraiment en panorama, en synthèse. Il voit par une action. Il est mouvement : de telle partie de la carrosserie de la voiture à telle autre partie, chacune ayant sa propre logique de proportion et de point de perspective ; de telle partie intérieure de l’habitacle, par exemple le siège du passager avant, ou le volant, ou la plage arrière, ou le siège du conducteur, à telle autre partie. C’est encore plus net dans les architectures, en particulier dans la représentation des toitures. La perspective est axonométrique. Les points d’attention sont successifs, rarement simultanés. Ce qui compte ce n’est pas la coordination des éléments, c’est l’intensité constante dans la variation des couleurs, c’est la lumière constante dans le cœur même de la couleur. Ce qui compte c’est le double mouvement de cette intensité et de cette lumière.

 

 

 

La peinture est le mouvement du regard créant, celui de Guillaume, et de l’autre regard qui met ses pas dans ceux du regard de Guillaume : le mien, le vôtre. Ce double regard voit la peinture comme couleur qui bondit, comme bondit le cheval au concours de saut d’obstacles.

 

 

 

 

Yves Bergeret

 

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Les peintures de Guillaume sont ici présentées par ordre chronologique, crées du 11 octobre 2018 au 27 janvier 2019. Est également présentée ici au centre du texte une séance de travail, du 27 janvier au soir.

 

 

 

Une adresse e-mail : guillaumeduclaux75011@gmail.com

 

 

 

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Chocolat, suite (avec A.Devicienti et F.Marotta; et des dominos !)

A la publication précédente de ce blog, Chocolat, (  https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2019/01/17/chocolat-a-langeais-en-bord-de-loire/ ) il est utile d’ajouter ici deux éléments : la traduction d’une splendide « introduction » d’Antonio Devicienti à la version italienne du texte et, par ailleurs, une remarque sur les jeux de dominos et de cartes.

 

Tout d’abord, dans un mail du 23 janvier, pour parachever sa traduction en italien avant de la publier, Francesco Marotta me demande de lui parler un peu d’une strophe du poème ; ce que je fais volontiers. Finalement je publie ici les éléments que j’ai envoyés à Francesco Marotta. Où l’on voit que les dominos parlent !

 

Le lendemain je découvre la traduction complète en italien, sur le site La Dimora del tempo sospeso (lien : https://rebstein.wordpress.com/2019/01/24/cioccolato/ ) avec une « introduction » d’Antonio Devicienti, que je traduis plus bas ici, car elle me semble tout à fait opportune pour offrir aux lectrices et lecteurs de ce blog, particulièrement dans cette période très troublée en Europe, une synthèse sur ma démarche de création : car cette démarche n’a rien à voir avec une esthétisme morose.

YB

 

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Mail du 23 janvier à Francesco Marotta

 

Ce texte, Mail du 23 janvier à Francesco Marotta, vient d’être traduit, ce 28 janvier, en italien par ce dernier ; il a fait précéder sa traduction d’une splendide « présentation » portant en particulier sur mon attention à l’oralité et aux civilisations non-européennes. Tout ceci se lit, en italien, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/01/28/domino-e-giochi-a-carte/

YB

 

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Tremble la terre

tremble la strate blanche

tremble la strate noire

seul compte le tremblement

tandis qu’à reculons le volcan

retourne ricaner

même pas dans une radicelle

du cacaoyer togolais.

 

Tout d’un coup dans le poème Chocolat, changement de ton avec l’arrivée abrupte du jeu de dominos. Mais ce n’est pas du tout par hasard. L’énorme Cahier de commandes de chocolat, farine et brioches est, en fait, une grosse Bible populaire (mais illisible et quasi secrète) qui gère l’ordre du monde, social, rituel, alimentaire, économique, etc. C’est une Bible vraiment car elle repose sur une double rupture originelle et fondatrice de temporalité : la première c’est la captation coloniale de la graine de cacao pour en faire un produit de luxe européen ; la seconde c’est le péché de gourmandise des chrétiens. Et voilà que ce Cahier avec son maillage très dense (comme une partition de chef d’orchestre) met en ordre l’humanité damnée.

 

Mais cette rude humanité a des bouffées de libération ; la bouffée la plus pratiquée est le carnaval. Mais il y a aussi les jeux de hasard où ce n’est pas un dieu qui oriente tyranniquement l’histoire de l’humanité grande ou petite ; le jeu de hasard le plus universellement populaire (s’il n’est dévoré par la corruption et la mafia) c’est le football où la foule hurle au fur et à mesure des cinq actes de cette énorme tragédie grecque antique dont le dénouement appartient, non pas au dieu, mais à un ballon et à des chevilles de jeunes cinglés qui courent dans tous les sens – les dieux sont dépossédés de leur tyrannie.

 

Et surtout à petite échelle il y a les jeux de carte et, encore mieux, les jeux de dominos. Bien plus que l’intelligence des joueurs, le vrai dieu c’est l’absence de tout dieu, c’est-à-dire le hasard. Le rythme de la tragédie c’est silence, cris, silence, cris, silence, cris, silence et hurlements finaux. Mais tout est rythmé par les poignets ou les côtés de mains qui cognent fortement le plateau de la table ; le domino est encore plus efficace car il constitue un petit instrument à percussion.

 

Regarde les joueurs de cartes ou de dominos, Francesco ; ils tiennent des petits registres de jeux, quelque fois une simple feuille, sur lesquels ils écrivent en signes quasi illisibles les « points » gagnés par les uns et les autres pendant la partie. Et le déroulement percussif, musical, sonore, choral de la partie est exactement la même chose que ce que dévoile ou indique le Cahier du Chocolatier.       Voilà nos joueurs de dominos qui sont des petits démiurges qui théâtralisent tout d’un coup leur liberté très éphémère, en tapant sur la table.

 

Tu viens de retraduire en italien le Poème de l’Etna ; l’Etna c’est le dieu de culpabilisation, mais les joueurs de dominos, en jouant blasphématoirement, le font fuir. Et ici, Francesco, je te raconte des épisodes merveilleux avec Monchoachi. A la Martinique, au pied du volcan (chaque île en a un), quand nous le pouvions nous allions dans les endroits que les touristes ne voient absolument pas : les auvents à dominos. Au retour de la pêche artisanale nocturne, les pêcheurs dorment quelques heures, puis vont au bar boire un ‘ti-rhum » (un verre de rhum très fort) puis vont à cet auvent. Il est construit avec les bouts de bois des barques détruites par les tempêtes. Et là, des parties effrénées de dominos, bruyantes, uniquement en créole et qui se terminent toujours par un aphorisme, un proverbe, une formule orale, en créole bien sûr, qu’improvise devant ses compagnons de jeu celui qui vient de gagner la partie. Monchoachi et moi adorons cette extraordinaire créativité de la poésie orale.

 

Or ces aphorismes s’adressent, c’est ainsi que je les ai toujours compris, au destin qui a broyé des familles entières dans la Traite des Noirs vers les plantations coloniales, s’adressent au dieu de mort et aussi aux « loas » (les dieux vaudou), aux ancêtres ; ces aphorismes subvertissent tous le destin. Ces auvents à dominos sont en général sur les côtes atlantiques des îles, et non pas face au Mexique, et s’adressent à l’Afrique perdue.

 

J’ai vu à peu près les mêmes rites de jeux de dominos en Kabylie et à Chypre. De véritables rites…

Face aux cris et au jeu théâtral de révolte et de dignité le gros dieu massif, le volcan, se sent ridicule, est ridicule, veut disparaître dans une petite racine de cacaoyer (de l’arbre qui donne cette graine à rêve) ; mais bien sûr rien ne se passe. Ce qui se passe c’est juste le rite de subversion. J’ai écrit la fin de cette strophe un peu comme un rebond de proverbe créole sur lui-même, un jeu sonore et verbal, un petit bout de Queneau ou d’Oulipo, une fantaisie rythmique très libre. Je ne pense pas que le cacaoyer pousse au Togo. En Côte d’Ivoire, ah, si ! mais le plaisir farfelu et insolent de dire cacaoyer togolais, pour l’oreille française, c’est jubilant !

Autrement dit en italien, où je connais si peu de choses…, j’imaginerais bien sûr ce sens politique et social mais dans une sorte de délire jubilant de cantastorie !

 

J’ajoute enfin, Francesco, que sur une des trois photos tu vois quatre vieux joueurs acharnés de dominos, bien sûr grands acteurs de théâtre !, dans un petit bar kabyle à Paris juste à côté de l’atelier de Giacometti. Et sur la table avec la tasse de café, une gouache d’art brut (une « voiture de course ») que je venais d’acheter à Guillaume que j’avais vu sur le trottoir dans ce quartier une heure avant.

Les deux autres photos sont dans un café portugais et un café serbe, toujours très près de l’atelier de Giacometti.

 

 

 

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Introduzione

 

 

Introduction d’Antonio Devicienti, publiée en italien le 24 janvier 2019, en ouverture de la traduction de Chocolat par Francesco Marotta sur le site La Dimora del tempo sospeso.

 

Le mode le plus récent par lequel Yves Bergeret crée un poème est l’ « occasion », entendu comme rencontre, expérience, élément concret qui met en mouvement l’écriture poétique et imaginaire – écriture qui est aussi « pensée poétisante » (j’emploie l’expression, bien sûr, à Antonio Prete, interprète de Leopardi) ; pensée qui possède déjà sa robuste et noble articulation, en liens étroits avec de précises références historiques, anthropologiques, culturels, éthiques.

 

Nous lisons ensemble ce Chocolat (à Langeais, en bord de Loire) et nous rendons aussitôt compte que l’élément de départ (l’ « occasion », justement) est la visite (par hasard) à une pâtisserie qui s’appuie sur une longue tradition dans la production de chocolat, reprise par les gestionnaires actuels et qui se concrétise en un énorme « livre de commandes » à aspect de missel ou de psautier qui, à mieux regarder, assume tous les caractères d’un livre alchimique et, en même temps, d’un document d’histoire. La prose poétique qui présente l’ « occasion » et les prémices des textes poétiques qui vont suivre possède une grande beauté de langage et manifeste la capacité du poète à interpréter les signes et les informations contenues en eux – et on a bien à l’esprit que l’écriture de Bergeret ne donne JAMAIS dans l’esthétisme ni l’exotisme ; car, en plus, elle part toujours de la conviction (élaborée au fil des décennies d’études, de voyages et de rencontres) que l’Europe et l’Occident doivent se débarrasser de leur péché d’esthétisme et d’exotisme qui, dans le domaine de la culture, est la manifestation directe du colonialisme et du racisme : ils ont caractérisé pendant des siècles l’Occident dans ses rapports avec l’Afrique, l’Amérique centrale et du sud, l’Asie et l’Océanie – conviction que d’un tel péché Occident et Europe doivent enfin se purifier.

 

Ici est le noyau éthique, absolu et incontournable, d’où s’élance toute l’œuvre de Bergeret ; cette œuvre sait s’imposer comme art de haut niveau et art innovateur grâce aux qualités de création et de formulation poétique d’une écriture immédiatement reconnaissable : elle s’inspire consciemment de la tradition orale (pas seulement européenne, ou plutôt européenne pour une toute petite part en conséquence de la réduction progressive de la tradition orale sur le vieux Continent) et d’une de ses racines les plus anciennes, la performativité. C’est pour cela que, cohérents comme « juste des vaguelettes au bord de l’oralité », les vers peuvent se déployer l’un après l’autre comblés d’enthousiasme et d’émotion, s’imprégner des traditions des divers peuples de la planète, se faire, selon l’image très chère à Yves, « carène » d’une embarcation commune en chantier, ou bien (mais le sens est le même) « maison commune » des humains.

 

Je sais, car nous en discutons souvent en privé, combien Yves déteste les scories d’une poésie exténuée dans ses propres raffinements et élégances, d’une poésie donc affectée et enfermée sur elle-même, asphyxiée et asphyxiante ; toujours, le poème bergeretien, au contraire, s’envole et s’élève et élance l’esprit en prenant élan d’une apparente simplicité et d’une immédiateté expressive : mais cela est dû au rythme oral qu’Yves a toujours même quand il écrit. Il en conserve personnelle expérience en ayant écouté (et vu) plus d’une fois les femmes de Koyo, par exemple, danser et chanter des faits survenus quelques d’heures plus tôt en les transformant en une vraie et spécifique re-création épique, ou grâce à la profonde amitié qui le lie au grand poète martiniquais Monchoachi.

 

Le « dieu à qui on n’a pas appris à lire » et « l’universalisme à la française » sont alors des expressions cohérentes avec l’idée anti-monothéiste (c’est le monothéisme qui fonde et justifie racisme et pensée unique) et avec le refus déclaré d’un mode « français » (mais comprenons aussi bien : « occidental ») de rapport au monde et aux cultures non-européennes. La « fève » de chocolat, en fait, est le véhicule aussi bien linguistique qu’historique sur lequel voyage ce cycle poétique de Bergeret, liant la France à l’Afrique, renversant le rapport entre colonisateur et colonisé, rappelant à beaucoup de lecteurs oublieux que le précieux art français du chocolat doit énormément à un produit qui vient d’un autre continent, cultivé et cueilli par des journaliers esclavagisés – alors apparaît avec évidence le parallèle avec un certain mode de conduite des intellectuel européens, raffinés et cultivés, mais oubliant qu’ils construisent leurs inoubliables œuvres sur la souffrance et l’exploitation de millions de personnes. Toute l’œuvre de Bergeret se fonde sur cette conscience (que l’on lise et relise ici le dernier texte du cycle), ainsi que sur la réflexion autour du rapport entre livre et oralité, entre écriture et parole : ce pourquoi il n’y a vraiment rien dans l’expérience quotidienne qui ne puisse être transposé en poème : et non pas, comme il arrive souvent en Italie, dans un style descriptif et banalement prosaïque, mais avec la confiance dans le chant , autrement dit dans la rythme de la pensée, danse du temps narré (les textes d’Yves possèdent toujours une très vaste ouverture spatiale et temporelle et ses mots semblent même des corps dansant), cérémonie officiée par l’être humain qui, en chantant, se reconnaît à l’intérieur de la « maison commune ».

 

Antonio Devicienti

 

 

 

 

 

 

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Chocolat (à Langeais, en bord de Loire)

Chocolat se lit en italien dans une vivace, tonique et lumineuse traduction du poète Francesco Marotta, précédée d’une introduction parfaite -littéraire, anthropologique et politique- d’Antonio Devicienti. On trouve traduction et introduction à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/01/24/cioccolato/

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Pont-levis, tours crénelées, hauts remparts : le gros château féodal de Langeais remonte au dixième siècle. La Loire, large et sinueuse, ses fuyants bancs de sable, cent mètres à son Sud. A son Est, des maisons anciennes de tuffeau blanc. Céline et Emmanuel Errard ont repris il y a dix ans la maison du quinzième siècle juste devant le pont-levis. Ils l’appellent « Maison de Rabelais ». Ils ont repris aussi son activité déjà ancienne. Lui est jeune chocolatier, pâtissier et glacier, un beau tatouage maori sur l’avant-bras droit ; artiste, il est médaillé meilleur sculpteur de France sur chocolat en 2001 à Romorantin. Il est un chocolatier raffiné et talentueux. Je suis sûr que la princesse Anne de Carinthie ou son majordome Gunther, parmi les plus délicats connaisseurs de la fève de cacao, éprouvent belle estime pour cette Maison.

 

Emmanuel Errard m’a laissé plonger ce 12 janvier dans les pages d’un splendide, lourd et immense (48 cm de haut par 31 de large, 4 kilogrammes) Cahier de commandes (non pas vraiment de comptes) de Girard, son prédécesseur du début du siècle passé ; il a la taille d’un grand psautier ou d’une partition d’orchestre appelée parfois « conducteur » et qu’utiliserait à son estrade le chef. Ce Cahier couvre les années de 1910 à 1920.

 

Chaque double page ouverte figure un mois de l’année en cours. Les informations écrites sont claires sur la colonne de gauche : des noms de famille (ou très rarement de fonction), et sur la première ligne horizontale en haut : le jour du mois, mardi 12, vendredi 23, etc….

Le reste est extrêmement difficile à lire. La calligraphie à l’encre est rythmée, fluide, élégante et illisible : elle n’est interprétable que par le chocolatier et sans doute un ou deux de ses assistants. En somme elle parle une langue visuelle hermétique. Quasi surnaturelle. Une longue étude des pages permet toutefois de repérer que l’unité de mesure est le litre ; puis, vers la fin de la période, arrive discrètement le kilogramme. On parvient à peu près à comprendre qu’ici on vend du chocolat, beaucoup de farine (par litre, dans des récipients cylindriques de bois), des brioches ; on vend des quantités régulières et assez abondantes à une centaine de « noms de famille ou de fonction » de la région : familles très nombreuses et particulièrement affamées, ou plutôt points de vente de détail, la maison Girard étant alors grossiste ou semi-grossiste ? Vers la fin de la période, avec les désordres économiques et les difficultés d’approvisionnement de la première guerre mondiale, le grand Cahier manifeste des ventes fréquentes de « boisseaux de braises ».

 

La Maison Girard jadis, maintenant la Maison Errard sont connues pour leurs chocolats. La fève, on le sait, vient principalement d’Afrique noire, de Côte d’Ivoire entres autres ; elle est nouvelle en Europe depuis peu de siècles. Produit de luxe. La fève magique ennoblit le palais de qui la déguste, dissout l’hypocondrie, exalte l’enfant. Aimable petit bonheur post-colonial que la sévère ombre féodale du château de Langeais empêche de fondre trop vite et envoie accomplir de profonds rites tangibles. De ces rites, une bonne partie du sens nous échappe ; mais le laisse pressentir la danse mille fois reprise de l’encre noire, brune ou violette sur les pages du Cahier de commandes.

 

La vertu du poème, jamais loin de l’oralité incantatoire, permet concrètement d’approcher le sens que l’ésotérique Cahier de Commandes de Langeais esquisse par les merveilleuses calligraphies de ses grandes doubles pages.

 

YB

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Il y a les constellations,

il y a, j’en suis sûr, leurs traces sur le sable,

tout comme sur le papier, sur les pages

il y a leurs marques fines,

pages frêles comme des feuilles d’arbre

où bourdonne en tous sens la cosmogonie.

Le récit sait-il où commencer ?

 

Voici : prenons en mains

prenons en notes

la nourriture sacrée du monde.

Humanité : modeste universelle allaitée.

Bouchée à bouchée, adolescente universelle.

Le Cahier des commandes, on le tient chaque jour,

une double page fait un mois,

deux cent quarante pages font dix ans.

Dix ans de psautier.                           .

On avance. Bien sûr personne ne lit en arrière

le grand psautier : pourquoi en fait ?

 

Au fait psalmodier quoi ?

 

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Traces sur le sable, sable,

les grains de sable attendent

puis s‘évadent en crissant,

myriades de vertèbres de l’humanité

qui dérive féroce et tenace

depuis son apparition.

 

Une généalogie en damier

recourbée dans l’encre

déposée par vaguelettes infinies

dans les plis du livre

sur les plages du livre.

 

Partition de chef d’orchestre,

chef anonyme à cheval sur les décennies

sur les siècles

sur les mers et les continents.

 

Virgulettes illisibles

capillarité de l’humanité

assoiffée de paix et de fête.

 

Sable, sur la laisse de basse mer toujours

mouettes toujours posées face au vent,

voiles gonflées du vent toujours unique

tant de voyages dans le creux de la même poussée

flattés par la même inclinaison.

 

Tu m’as dit plumes ? duvet ?

Mais de quel vol ? de qui ?

 

Quand tout s’est retiré,

tout patrimoine délabré,

tout squelette même plus poussière,

il reste les noms, ce qu’on sait en écrire,

une trace d’encre.

Certaines vaguelettes très dignes

allant sur le sable,

personne ne déchiffre,

juste vaguelettes au bord de l’oralité.

 

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Regarde-écoute ce qui s’expire

par les pores de la peau du monde :

les sauts et les exclamations wodaabés,

les appels aka sous la canopée,

le trépignement chamanique yakoute,

voici la très longue forêt des voix.

 

Se suffit à elle-même la très longue forêt,

les bois les troncs les branches résonnent tous

les uns aux autres comme les hourras de fête

et les cris de guerres.

 

Or il n’y a aucun chef d’orchestre

pour lire la très grande partition.

On invente un dieu seul

pour qu’on croie en lui : mais on a oublié

de lui apprendre à lire.

Ah, mais un dieu multiple, oui : c’est la forêt

dont les arbres sont les hommes.

 

Dresse-t-on ici le grand livre de tous les hommes,

il est illisible, aucun oeil n’y trouve

ligne de lecture ni clair alphabet.

Le grand livre rejette le dieu que les dogmes

lui cherchent comme des chiens

se cherchent un maître.

Le grand livre rit, pas dupe :

l’universalité à la française

est bredouillis d’écailles

de poisson mort.

 

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Grand livre c’est piège pour qui se croit

dieu ou suprême tyran.

Qui aurait beau tourner les pages,

chercher le récit dans une diagonale

puis une autre,

tout échappe et se délabre.

 

C’est simple main de Chocolatier

qui a trempé plume dans l’encrier

et au sujet d’une saveur empruntée

par ruse à la forêt tropicale

a écrit le livre du monde,

table des éléments et protocole

de la saveur qui pousse et fond

de la forêt ivoirienne aux palais des goûters.

 

Plus phallique qu’obélisque de Louxor

se dresse le livre de l’usage de la saveur

du monde,

 

fèves,

fossiles,

aimables amers fossiles.

 

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Tape sur le plateau de la table

le joueur de dominos

tape ivoire ou plastique le jeton,

mille fois tape mille jetons,

fait trembler les deux pôles,

déplace la mort et la naissance.

 

Tremble la terre

tremble la strate blanche

tremble la strate noire

seul compte le tremblement

tandis qu’à reculons le volcan

retourne ricaner

même pas dans une radicelle

du cacaoyer togolais.

 

Tout le bourg, toute la ville tape sur les plateaux,

de Martinique, de Chypre, de Kabylie

tous les hommes jouent aux dominos

ivoire ou plastique

à quatre-vingt centimètres du plancher,

sur ses plateaux de table

la ville bondit bondit bondit.

Chaque bond croque une fève.

Chaque bond engendre un enfant.

Chaque bond met en splendeur la parole

et même au-delà de sa propre lumière.

 

Toute la ville les mamies aux cuisines

tapent les fonds de casserole sur le feu,

tapent les cuillers sur l’alu,

tapent l’aliment,

tapent le futur,

tapent la vie

disent en splendeur

disent la vie

créent la vie.

 

Pourtant chacun s’en retire

laissant juste sur le grand cahier

double page à double page

la signature universelle et une

de son geste, de sa vie, de son nom,

 

et le Chocolatier seul essaie de relire

le grand cycle calligraphié

en silence relit en silence.

 

***

 

 

 

 

Se révèle vers 1920 par l’imprudence

et l’impudeur de quelques mots soudain lisibles

que le Grand Chocolatier vend aussi

farine au litre, brioches et par boisseaux braises.

 

Ainsi l’orgueil des rois niche-t-il en la fève voyageuse

et les braises engloutissent-elles l’esprit des tropiques

qu’emportent vers leurs petits fourneaux de fonte noire

les mariniers de la Loire et les vachers des prés.

 

Houppes des roseaux des rives

que bat le vent,

ce sont les lettrages inclinés sur les pages.

Battement d’ailes des cormorans et des mouettes,

ce sont les lettrages inclinés sur les pages.

Millions de bouchées de brioches avalées,

ce sont les lettrages inclinés sur les pages.

 

***

 

 

 

 

Qui graphie doit incliner la plume

pour feindre que répéter féconde.

Faute de dieu ultime,

faute d’aveugle foi dans la répétition

à qui personne en fait ne croit,

on tient le grand livre,

on calligraphie, on tisse à l’encre,

on strie raye copie biffe strie

strie strie strie strie strie strie

pour montrer que le stèle de papier

qu’érige l’obsessionnelle main

rappelle par contrejour l’admirable lumière

des voix aka, woodabé, yakoute

et de toute voix humaine,

lumière qui lance les voûtes de la maison commune

voûtes rondes comme des arcs de carène

par-dessus la Loire et les prés,

les frontières, les haines, les âges et les nuits.

 

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Architecte

 

 

Ce poème a été écrit du 18 décembre 2018 au 4 janvier 2019. Le 18 décembre j’en réalisais à Veynes, près de Die, la première partie, modifiée depuis, sur trois quadriptyques de Hahnemühle 250 g de format 17,5 cm de haut par 100 cm, en deux exemplaires. Le 23 décembre j’ai dû aller à Romainmôtier dans une forêt du Jura suisse, juste en contrebas de la frontière ; là une petite abbaye romane clunisienne du onzième siècle avec un narthex dont une partie des voûtes porte des peintures à fresque très effacées, peut-être simples sinopies ; en voici mes photos, étranges. Le 25 décembre je réalisais à Beaune, en Bourgogne, une seconde partie de ce poème, modifiée ensuite, sur trois quadriptyques Canson 200 g de format 25 cm de haut par 64 cm, en trois exemplaires. J’ai continué à créer et travailler à Die ce poème, jusqu’à ce 4 janvier 2019.

 

YB

Ce poème se lit en italien, dans une splendide traduction, naturelle, hautement inspirée, et profondément réfléchie, véritable re-création, du poète Francesco Marotta ; on trouve cette traduction à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/05/17/architetto/

En outre on peut lire une traduction de Gianluca Asmundo, sicilien, architecte (Université d’Architecture de Venise) et poète et architecte , à cette adresse :  https://peripli.wordpress.com/2019/01/08/184-yves-bergeret-architecte-architetto-traduzione-di-giovanni-asmundo/

*

 

 

 

 

Avant, bien avant l’enfance

 

Juste après le moment décisif

il a du pied repoussé son île

hors les mondes de la violence aveugle,

jusqu’à bien au-delà de l’archipel des petits volcans.

De l’un d’eux allait le cordon ombilical de la mer,

c’est lui qui l’a noué.

*

 

Enfance

 

Quelques générations plus tard

il avait considéré la longue couche minérale

par dessus le feu originel.

Il avait considéré la crémeuse couche atmosphérique.

Ils les avait nouées l’une à l’autre.

Car la roche peut se travailler et même se briser

avec une plume, une épine ou un remords.

Car l’atmosphère, quant à elle, s’effile,

se tresse ou se dilapide dans l’amour

qui est le feu d’enfance des hommes,

qui est l’ombre d’errance des hommes.

 

Nouer roche et vent, c’est main

de très jeune architecte.

Dénouer roche et vent l’un de l’autre,

c’est rire juvénile ou sauvage d’architecte

qui incline pour le bien des hommes la pesanteur

et les loge puis s’en va sans se retourner,

en larmes parfois, ou riant,

et toujours seul sur ce rivage blanc

qui s’éloigne encore

de l’archipel des petits volcans.

 

Les petits volcans noirs sur l’horizon…

oui, ce sont certains hoquets.

Mais finalement la mer remue à peine.

 

Croyez-moi, il ne perd jamais de vue son île

qui devra rester assez calme

pour qu’il puisse s’allonger entre les vignes

et boire le lait des étoiles.

*

 

 

 

Jeunesse

 

Dans la nuit il sait voir avec ses yeux sombres

et surtout avec ses autres yeux, nefs d’humanité et

velours de respect lumineux.

A cette lumière il a vu, bien plus loin que sa science.

Or ce qu’il a vu c’est qu’au centre de son île

est non pas un tumulte de collines féodales,

mais une plaine. Plaine il est vrai cernée

de batailles, de racisme et de vendettas.

Cette plaine est blanche

et inclinée.

L’inclinaison est le penchant des hommes vers l’eau douce

et surtout vers l’honneur du partage.

Ainsi partage-t-on le plat de mil et de riz.

 

Le partage, c’est un feu léger qui crépite

allant scissipare sous les montagnes,

sous les craintes, dans les veinules

de la peau de la parole.

Merci, parole, ma peau, notre peau

qui nous berce, qui nous aime et nous endort

sur des vagues lentes :

elles sont en mouvement

vers…

*

 

 

 

Apprenti

 

Comme toutes les îles

la sienne soulève sa proue

dans le sens d’un destin.

C’est là que la mer brise ses vagues

contre des falaises blanches.

Il peut croire que c’est sa foi d’architecte

qui a dressé les falaises blanches en propylées.

Avec elles le vent joue de l’orgue.

 

Après les propylées, là où le vent sèche

le sel des embruns sur ses lèvres et ses épaules,

douze larges marches blanches sont à monter.

Mon ami l’architecte est intelligent :

il commence à quitter le temps des mythes,

il sait très bien que ce n’est pas lui qui a dessiné

ces marches dont chacune a six siècles.

Six siècles de haut. Dans les ajoncs

et les croûtes de sel.

Lui, avec son front pensif, une équerre à la main

et une table inclinée à dessins,

est juste l’élégant développement.

Il inspire et mesure la gîte de l’île.

Il trouve que moi le poète je suis

son maquillage, je veux dire celui de l’île,

loquace, masque mal attaché

derrière le crâne ; le vent me secoue,

voilà mon bredouillement sacré.

*

 

 

 

Age adulte

 

Au centre de notre continent violent

que lacère et flagelle encore plus ces années-ci

un autre vent, de haine et de bourrasques tueuses,

dans une forêt très pentue sous une frontière

est revenu l’architecte. Je l’entends au travail : il hausse

et hausse et hausse des voûtes à contre-pente.

Et c’est là que lui et moi découvrons des lignes ocres

sur les voûtes même, traces laissées jadis sur les pierres,

comme des échos, est-ce par les troncs ébranchés

des arbres quand ils descendaient en cahotant

dans la pente, et l’humidité était

la sueur du bûcheron invisible,

du bûcheron luttant, du marcheur clandestin.

*

 

 

 

Dans la pente obscure sous la frontière

les lignes tracent des silhouettes sur les voûtes

qui nous crient des noms d’îles puis qui

se retournent parfois comme pour nous donner congé.

 

Nous, partir aussi ? impossible !

L’architecte, c’est lui qui retient les voûtes

par les quatre coins et prévient leur retombée.

 

Moi, le poète, j’emprunte aux pierres leur sève blanche

et au vent les graines merveilleuses des langues

des quatre angles du continent

et de celles de l’autre côté de la mer

pour faire de mon poème une barque.

Une barque à votre disposition. Son bois :

rien que sève et graines. Le poème bat, comme des ailes,

il avance comme l’impatience des

silhouettes à redevenir humaines.

 

L’architecte retend les voûtes.

D’une cité notre, d’os et de bois.

Elle monte dans la forêt obscure sous la frontière,

jette sur la peau de chacun

un décalque ridé de l’île inclinée.

*

 

 

 

Là-bas l’île inclinée, prompte à glisser

vers le fond de la mer ou dans le silence noir,

prompte à rebattre le ressac des guerres,

demande que l’architecte soit son père.

Me demande à moi, poète aux doigts

déjà gourds sur les cordes et aux paumes calleuses

sur la peau du tambour, d’orner, de soulever,

de lever la volonté des bâtisseurs ;

mais moi je veux d’abord, je veux avant tout

chercher ici une clef de porte basse

pour entrer dans une cave de mi-pente

et là tenter de mouvoir la pente,

la pente et l’inclinaison

vers plus de fraternité, tu en conviens,

cher architecte.

*

 

 

 

En désordre

 

Voilà, l’architecte a pris une montagne grise,

une autre montagne violette,

trois rivières limpides,

une branche très sèche surgie de l’omoplate du ciel

et aussi a carrément prélevé les éraflures

qu’en passant elle a laissées ocres

et même certaines encore sanglantes

sur la peau de sa mère.

Il a posé en désordre

ces éléments les uns sur les autres.

Le souvenir de sa mère s’est approché de lui,

puis s’est appuyé sur cet empilement asymétrique.

Sur lui les voyelles se sont écrites à l’envers,

tête en bas. L’architecte est très fier.

L’asymétrie sera sa nouvelle peau.

 

Lui et moi remarquons la rivière :

l’eau est une, les galets sont millions.

Les reflets hésitent entre les deux.

Hésiter est déjà oser.

*

 

 

 

Tempête

 

Froid très vif, vent brut.

Si brut que sur les sommets la neige fond.

L’eau de la neige, les gens privés de sens

en cherchent avec l’énergie du désespoir

la source.

*

 

 

 

Avec ses poings ronds le vent glacé

creuse dans la chair,

creuse dans le sable,

creuse, il n’y a plus de sable.

 

Allez, architecte, dresse mur, lève paravent,

sinon il n’y aura plus de terre non plus.

 

Sur le paravent

surtout ne suspend pas un miroir.

Mais trace un mot, une parole ouverte,

pose une image claire,

un signe net

et le vent tueur comme la hyène

retournera, oreilles basses, dans son sable noir.

 

 

 

 

 

 

 

 

*****

***

*