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Terre claire, à Die, juillet 2017

1

Céramique

 Poème en trois quadriptyques verticaux de 100 cm de haut par 35 sur papier Tiepolo blanc 100 % coton en 285 g de Fabriano, qu’Yves Bergeret a créé, peint à l’acrylique et calligraphié à l’encre de Chine sur un bord du torrent de Châtillon en Diois le 5 juillet 2017. Les éléments de collage, sauf deux découpes dans une feuille de comptes d’un charbonnier de Crest en 1907, sont des dessins à l’encre de Chine créés au piquant de porc-épic sur les revers de bouts de carton de boîtes de médicaments par Belco Guindo, Dembo Guindo et Hama Alabouri Guindo à Koyo, dans le nord du Mali, le 14 juillet 2005 ; tous ces éléments dessinés parlent d’un ancêtre mythique, Barka, qui créa et entretint un four lent à poterie à trois cent mètres du village dans le piémont du plus haut sommet, Issim Koyo, particulièrement dense en capacité surnaturelle animiste.

 

1

L’eau du torrent roule du feu.

 

Par paliers c’est la joie, rustique et fauve

aux mains pétrissantes.

 

Voilà, l’amnistie

qui met la montagne sous tes pieds.

*

 

2

Dans le calcaire et la marne

dans l’argile et le grès

un volcan gronde.

 

Chaque galet du torrent

garde l’odeur d’un amour

ou d’un meurtre animal.

 

Dans la terre et la marne

la parole aux mains pétrissantes

reprend l’épopée au départ.

*

 

3

Sous les mains pétrissantes

l’eau, la terre, le feu

choisissent une âme d’ancêtre :

 

c’est la forme, tombée du ciel,

humble météorite,

un poème, signature aux mains pétrissantes.

*

 

***

 

2

Petite suite

24 très courts poèmes écrits par Yves Bergeret à Die le 16 juillet 2017 ;

on les lit en italien dans une traduction limpide et musicale du poète Francesco Marotta, ici : https://rebstein.wordpress.com/2017/07/29/il-flauto-e-il-tiglio/

 

1

Tu jettes des cailloux dans le torrent,

l’eau te surprend et rit aux éclats.

 

2

Tu amasses des brindilles

contre le bassin de la fontaine.

Le jardin chérira ton feu.

 

3

Tu portes en dormant

une moitié du ciel par paupière.

 

4

Tu écoutes les oiseaux invisibles.

 

5

Tu acceptes une plume

de l’oiseau de proie sans nid.

 

6

Tu regardes le tilleul

étayer tes ancêtres.

 

7

Tu apprendras avec ta mère

un autre alphabet.

 

8

Tu glisses au long du bois de la table.

 

9

Tu vois sous la capuche du vent

les longues phrases non tressées.

 

10

Tu étais pourtant arrivé au premier sommet

sans peine.

 

11

Tu souhaites que le ciel

embrasse la fontaine.

 

12

Tu comprends le boiteux

qui choisit pour s’asseoir et mourir

le rebord de la fontaine.

 

13

Tu écoutes le ciel chanter

dans le fond de la fontaine.

 

14

Tu prends la frontière

pour un fond de lac de montagne

qu’on outrepasse au galop d’un mythe.

 

15

Tu sais rigidifier des fils,

tresser des brins d’osier

quand la parole est l’eau de ton moulin.

 

16

Tu aimes le vent qui chante avec toi

et les pas de l’étranger

dans l’ombre du tilleul.

 

17

Tu entends qu’on te répond oui

et tu descends dans la vallée.

 

18

Tu adosses le joueur de flûte

au tronc du tilleul.

Sa flûte est en bois.

Quelle liesse chez les ancêtres !

 

19

Tu fais confiance au torrent,

à la porte sans clef du jardin,

à ta meilleure syllabe.

 

20

Tu manges avec soin

le récit salé de la montagne.

 

21

Tu reprends l’ombre

que la brindille laissa dans l’herbe

et lui offres une lagune.

 

22

Tu lies la crête au vent,

la flûte au tilleul.

 

23

Tu es la paupière du ciel.

Tu es la feuille verte,

estivale et sombre,

jeune tambour infime

dont l’ancêtre et le vent jouent.

 

24

Tu glisses et pétris.

En somme tu es le son de la flûte

sous le tilleul.

***

 

3

Hôte au village

Deux quadriptyques verticaux sur Montval 300g de Canson (de format 108 cm par 37,5 ) calligraphiés et peints par Yves Bergeret à Romeyer, près de Die, le 14 juillet 2017

 

1

Sautant crête, frontière et mer

l’étranger vient rendre à notre village

l’élan

qu’orage et violence bloquaient.

*

 

2

Sourds nous tremblions dans l’oreille de l’orage

qui couard ne sait que fondre.

L’étranger s’est assis dans la paume de l’orage,

la parole est enfin notre grande éclaircie.

*

 

***

 

4

Lézard

 Deux poèmes écrits et calligraphiés par Yves Bergeret sur quadriptyques verticaux Rosaspina 220g de Fabriano, suivis d’un poème, créés à Lus la croix haute le 17 juillet 2017, le tout avec une peinture sur plaque de fer créée par Soumaïla Goco Tamboura dans le nord du Mali en juillet 2009.

Cet ensemble-ci, Lézard, se lit dans une remarquable traduction de Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2017/07/25/lezard-lucertola/

1

La montagne est mon lézard impertinent,

seuls des marionnettistes illuminés aux jambes de vent

en savent tirer les fils.

 

2

D’un lit de galets,

d’un lit de pierres usées que nous jetèrent

les dieux monstrueux,

je fais surgir la couleur d’un poème.

Le poème est notre lézard impertinent.

3

Je peins au sol dans le lit sec du torrent,

la montagne s’enfuit vers le ciel.

 

Je peins et trace le poème

apaisant la montagne marionnette

farouche et vierge

qui ne veut plus rentrer en scène.

 

Je peins et trace le poème

qui attrape la montagne par la jambe.

 

Ce n’est pas le poème qui crée l’action dramatique.

Non plus la montagne, figurante ou actrice,

funeste et mutique, frivole et dure.

C’est l’entrechoc, l’éboulis, le mouvement

qui crée la pièce, l’arrivée haletante

de l’étranger aux pieds en sang,

l’entrée en scène de la parole autre, échevelée.

***

 

5

Ivoire et quartz

 Deux poèmes écrits et calligraphiés par Yves Bergeret sur quadriptyques verticaux Rosaspina 220g de Fabriano, suivis d’un poème, créés à Lus la croix haute le 21 juillet 2017

 

1

Notre poème donne cap à l’eau sous la terre

et boit le ciel par-dessus l’orage.

 

Poème, joyeux lézard, donne-nous tes écailles,

elles seront nos sceaux pour nous reconnaître.

Triste lézard, viens manger dans ma paume.

 

2

Le lézard qui gronde, c’est l’orage,

ah, notre poème avec la tête en bas,

et nous sommes la foule des dents

qui claquant finiront de déchiqueter

la violence dans tant d’ans.

 

3

On hennit et souffle derrière les frênes.

De nouveau nuages d’orage grossissent,

le vent les pousse du sud

par-dessus les montagnes mauves.

 

Ivoire des dents, à jamais reste.

Même déchiquetée, la violence

comme chiendent pousse entre les frênes.

Ivoire et quartz,

l’os même des mots du poème,

c’est nature de la parole.

 

Constance

dont mon vieux corps en se délabrant

se retire, tandis que le cheval invisible

hennit face à l’orage.

 

Les nuages clairs voire blancs

gravissent avec distinction féroce

ivoire et ciel,

nuages écueils pour rattraper

ce qui de la parole se dilapide

et pourtant certains poètes furent

constants et vigilants

sur les branches des frênes.

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

L’Eau (3), Navigation, avec Francesco Marotta

Poèmes et traductions de Francesco Marotta & Yves Bergeret

 *

Cycle de douze poèmes d’Yves Bergeret créés à Paris du 12 au 24 décembre 2016 sur un cahier cousu de papier vergé ivoire de 180 g, de format carré, avec gestes de lavis et d’acrylique & collages. En contrechant ces poèmes s’enrichissent des vers de Francesco Marotta ; et, en contrepoint, de deux dessins-talismans de divination et/ou de viatique créés par Soumaïla Goco Tamboura en 2005.

*

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1
Quand le courant s’inversa
j’entendis le premier craquement du bois
puis la coque s’ouvrit
et l’eau du futur trop salée s’engouffra
gâtant toute la saumure ordinaire.

Quando la corrente invertì il suo corso
sentii il primo scricchiolio del legno
poi lo scafo si aprì
e l’acqua del futuro troppo salata si riversò
alterando tutta la salamoia ordinaria.

1
Non cede alla furia del mare
chi porge ascolto alla voce dell’acqua.
La lingua che ne ripete il canto
riscopre la sua natura di sorgente, l’oscura
matrice di ogni voce, di ogni vita.
Seguendo l’arco sonoro del vento
il corpo riemerge alle dimore del respiro.

 Ne cède pas à la fureur de la mer

qui offre écoute à la voix de l’eau.

La langue qui en répète le chant

retrouve sa nature de source, l’obscure

matrice de toute voix, de toute vie.

En suivant l’arc sonore du vent

le corps réémerge aux demeures du souffle.
2

Au prestige de l’image
voulut s’en remettre ma compagne de cette traversée;
elle enrageait, se farda, se maquilla.
Et, oui, l’image naquit et fut en plein jour aurore boréale de minuit.

 Al fascino dell’immagine
volle affidarsi la mia compagna in questa traversata;
infuriata, si truccò, si agghindò.
E l’immagine nacque, notturna aurora boreale in pieno giorno.

 2
L’immagine che nasce
dalle labbra calcinate da un grido
ha la forma incerta della luce
che non conosce il volo.
Spazio di cenere e miraggi
dove tace la parola che feconda il giorno.

 L’image qui naît

des lèvres qu’un cri calcina

a la forme incertaine de la lumière

qui ne connaît pas le vol.

Espace des cendres et mirages

où se tait la parole qui féconde le jour.

3
«Une image ne flotte pas, lui dis-je;
le corps flotte car il est réel
s’il a eu à manger les myrtilles de l’alpage
et les raisins du vallon».

«Un’immagine non galleggia, le dissi;
il corpo galleggia perché è reale
se ha potuto mangiare i mirtilli dell’alpeggio
e l’uva della valle».

3
Bianca come una mano tesa
nel gesto che disperde il corteo
delle ombre, la parola dialoga
con la cima e la radice, col frutto
e con la fonte. Immagine di immagini
che il vento non dissolve, specchio
luminoso dove tutto ciò che vive
trascorre senza inizio e senza fine.

 

Blanche comme une main tendue

dans le geste qui dissipe le cortège

des ombres, la parole dialogue

avec la racine et la cime, avec le fruit

et la source. Image des images

que le vent ne dissout pas, miroir

lumineux où tout ce qui vit

va et passe sans début ni fin.

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4
Certains autour de nous
voulurent à toute force que l’image soit une météorite.
Mais roche en l’air, c’est réplique au théâtre
sans l’initiale réplique qui ait ouvert le bal.

Alcuni intorno a noi
vollero a tutti i costi che l’immagine fosse un meteorite.
Ma una roccia in aria è replica teatrale
priva della scena iniziale che ha dato il via alle danze.

4
La pietra che sogna
di ricongiungersi al cielo che l’ha generata
è sostanza antica di presagi, pupilla
di un desiderio cristallino. Non un grumo
rappreso di sillabe e di quarzo, ma domanda
inesauribile, voce in cerca di dimora.

 

La pierre qui rêve

de retourner s’unir au ciel qui l’engendra

est substance ancienne de présages, pupille

d’un désir cristallin. Non pas un caillot

figé de syllabes et quartz, mais question

inépuisable, voix en quête de demeure.

5
C’est alors que la mer enfla
et nous vîmes tout en bas de l’autre côté de l’horizon
les chiens fumeux de l’impatiente Indonésie
et même leurs crocs de vermeil.

Fu allora che il mare si gonfiò
e noi vedemmo in basso dall’altra parte dell’orizzonte
i cani tenebrosi dell’impaziente Indonesia
ed anche le loro zanne di vermiglio.

5
Voce del principio, salmodia dolente
di montagne rovesciate, il mare
è una ferita che ribolle di suoni
come la sabbia del deserto
nel morire del giorno. Riconosci
nel canto delle sue onde oscure
l’eco dei passi che per millenni hanno varcato
quelle alture. Anche noi imparammo
dalla notte, illuminata dal fuoco
dei nostri fraterni silenzi, con quali colori
il flusso migrante delle dune
dipinge l’orizzonte che ci attende.

 

Voix de l’origine, psalmodie dolente

des montagnes renversées, la mer

est une blessure qui bouillonne de sons

comme le sable du désert

dans le jour qui meurt. Tu reconnais

dans le chant de ses vagues sombres

l’écho des pas qui dans les millénaires ont franchi

ces hauteurs. Nous aussi avons appris

de la nuit, illuminée du feu

de nos silences fraternels, avec quelles couleurs

le flot migrant des dunes

peint l’horizon qui nous attend.

6
Mais sous l’effet de la houle merveilleuse
loin de béer la coque se referma
et l’eau du futur s’attiédit jusqu’au bleu.

Ma sotto l’effetto dell’onda imponente
piuttosto che squarciarsi lo scafo si richiuse
e l’acqua del futuro divenne di un tiepido blu.

6
La stella che ci indica la rotta
oltre il naufragio, sorge ogni notte
dal cuore inviolato dei ricordi. Ha il volto
verde dell’infanzia e dentro gli occhi
paesaggi di ocra viva, sogni d’acqua sorgiva.
La voce del sangue
che partendo lasciammo come pegno d’amore
a benedire terre di pietre e arsura
è la sua sola luce.

 

L’étoile qui nous dit la route

outre le naufrage, se lève chaque nuit

du coeur inviolé des souvenirs. Elle a le vert visage

de l’enfance et au fond de ses yeux

des paysages d’ocre vif, des rêves d’eau de source.

La voix du sang

qu’en partant nous laissons comme gage d’amour

pour bénir la terre aride et pierreuse

est sa seule lumière.

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7
Le bois craqua comme pinède dans le vent
et la coque s’inventa un destin
de tragédienne heureuse
avec sirène d’ivoire à la proue.

Il legno gemette come una pineta nel vento
e lo scafo si inventò un destino
da attrice tragica felice
con una sirena d’avorio alla prua.

7
I vecchi insegnavano ai nostri corpi
a crescere dritti e flessibili
come alberi che resistono
alla collera cieca dei venti e delle tempeste.
Altrove, figli di altre guerre e di altre
miserie, educarono la loro discendenza
alla danza verticale della vite, all’umile
saggezza dell’ulivo. Noi e loro, lontani
nel tempo e nello spazio, uniti
da un legame perenne che non teme
il mare, la morte, la distanza.

 

A nos corps les anciens apprirent

à croître droits et souples

comme arbres qui résistent

à la colère aveugle des tempêtes et des vents.

Ailleurs, enfants d’autres guerres et d’autres

misères, ils éduquèrent leur descendance

à la danse verticale de la vigne, à l’humble

sagesse de l’olivier. Eux et nous, éloignés

dans l’espace et le temps, unis

par un lien éternel qui ne craint guère

la mer, la mort, l’écart.

8
Vent debout nous filâmes jusqu’à l’île interdite
assurés de nous fracasser à sa falaise noire.
Or c’est bien la sirène qui en ouvrant ses bras
avala l’île de la mort

Sospinti dal vento filammo verso l’isola proibita
sicuri di schiantarci sulla sua nera scogliera.
E fu proprio la sirena che aprendo le sue braccia
inghiottì l’isola della morte
e ci salvò.

8
Isole di mani ci precedono in sogno
come spazi di azzardo e speranza
sottratti all’uniforme superficie
della morte. Occhi futuri
scrutano il mare con sguardi d’attesa
come lampade accese sulla soglia.
Un canto senza enigma, un coro
di parole visibili da lontananze estreme
guida il respiro affannato dei naufraghi
all’abbraccio materno della riva.

 

Des îles de mille mains nous précèdent en rêve

comme espaces de hasard et d’espoir

soustraits à la surface monotone

de la mort. Des yeux futurs

scrutent la mer avec des regards d’attente

comme des lampes allumés sur le seuil.

Un chant sans énigme, un choeur

de paroles visibles depuis les extrêmes lointains

guident le souffle épuisé des naufragés

vers l’étreinte maternelle de la rive.

9
Si le bois craqua et craqua
et si le cordage se tendit jusqu’à l’ultrason et l’aveuglement,
oui, c’est qu’après tant de guerres et de pillages,
l’élan affamé des autres chiens
nous chauffa l’âme et le cœur jusqu’au chant du sang.

Se il legno scricchiolò e scricchiolò
e la fune si tese fino all’ultrasuono e all’accecamento,
è perché dopo tante guerre e saccheggi
lo slancio famelico degli altri cani
ci scaldò l’anima e il cuore fino al canto del sangue.

9
L’arca che accoglie i vivi e i morti
è la dimora indistruttibile
di un unico respiro. Ha il nome
di ogni vita che sei stato, è il ricordo
di ogni morte che hai vissuto. Il futuro
si annuncia nella traccia che lasci
quando riscopri il tuo volto più vero

nello specchio di altri destini, nell’eco
infinita di colore e parola
che scioglie e disperde a ogni nuovo incontro
la tenebra cieca di rifiuto e violenza.

 

L’arche qui accueille les vivants et les morts

est la demeure indestructible

d’un soufle unique. Il a pour nom

chaque vie que tu as été, il est le souvenir

de chaque mort que tu as vécue. L’avenir

s’annonce dans la trace que tu laisses

quand tu retrouves ton visage le plus vrai

dans le miroir des autres destins, dans l’écho

infini de couleur et de parole

qui dissout et disperse à chaque nouvelle rencontre

la ténèbre aveugle du rejet et de la violence.

10
Quand tout vibra,
si net fut le chant
que la roche en l’air
s’allongea, s’étendit sur l’ombre du monde,
l’absorba et de leur amour de mante religieuse
naquit la très longue réplique double et accordée
que l’on nomme une épopée.
Et flétrie l’image
tomba au fond d’un gouffre
derrière mes talons.

Quando tutto vibrò,
così limpido fu il canto
che la roccia in aria
si allungò, si distese sull’ombra del mondo,
l’assorbì e dal loro amplesso di mantidi religiose
nacque l’interminabile replica, doppia e accordata,
a cui diamo il nome di epopea.
Poi, sbiadita, l’immagine
cadde in fondo a un baratro
dietro i miei talloni.

10
Dalla bocca della pietra
parla la sapienza delle ere, la meraviglia
di ciò che spinge il giorno verso la luce
attraverso cunicoli di cielo, di storie
immaginate nel disadorno ammanto
del silenzio. Procediamo tra distese di immagini
che svanendo lasciano impronte di fiumi.
Noi siamo acqua, memoria
che semina albe nel passaggio.

 

Par la bouche de la pierre

parle la sagesse des âges, la merveille

de ce qui pousse le jour vers la lumière

à travers les galeries du ciel, des histoires

imaginées dans la vêture informe

du silence. Nous allons par des landes d’images

dont l’effacement laisse des traces de rivières.

Nous sommes eau, mémoire

qui en passant sème des aubes.

11
Craquent les planches du pont,
grincent les planches de l’estrade,
craquèle la colle qui suspend les images
au mur du silence salé:
assis dans cette pinède musicienne
j’écoute la carène
dont je suis le fils et le père.

Cigolano le assi del ponte,
cigolano le tavole della tolda,
si sgretola la colla che tiene sospese le immagini
sul muro del silenzio salmastro:
seduto in questa pineta musicale
ascolto la carena
di cui sono il figlio e il padre.

11
Un canto di mille voci
modula in cadenze di respiro
la devozione di essere e passare
lasciando polline di luce nel chiostro delle ombre.
Un fiore senza padroni, restituito all’ordine
della vita e delle stagioni, è questa dimora
insonne, questa barca che solca oceani
di cenere per farsi terra e acqua
di uomini cresciuti sotto cieli di sete.

 

Un chant  de mille voix

module au rythme du souffle

la dévotion d’être et passer

en laissant pollen de lumière dans le cloître des ombres.

Fleur sans maîtres, rendue à l’ordre

de la vie et des saisons, est cette demeure

sans sommeil, cette barque qui sillonne des océans

de cendres pour se faire terre et eau

des hommes grandis sous des cieux de soif.

12
Rêvons-nous sur la terre ferme
ou la coque aux somptueux craquements
est-elle notre demeure sur les courants absurdes?
L’image se dilue et surgit se dilue
à la surface des vagues, pauvre mirage
de notre âme qui supplie qu’on l’aime.
Et si le courant s’inverse,
sur le pont qui grince
je change le décor et porte à ma compagne
la coupe d’eau et le raisin
dont les grains sont les répliques
de la grande ode épique
que nous consommons dans les vents salés.

Stiamo sognando d’essere sulla terraferma
o lo scafo dai maestosi scricchiolii
è la nostra dimora tra le correnti impazzite?
L’immagine svanisce e risorge si stempera
sulla superficie dell’onda, flebile miraggio
della nostra anima che chiede di essere amata.
E se la corrente si inverte,
sul ponte che cigola
io cambio la scena e porto alla mia compagna
la coppa d’acqua e l’uva
i cui semi sono le repliche
del grande poema epico
che noi realizziamo tra i venti salati.

12
L’arca apre un solco nel mare
rivoltando le onde come fertili zolle
di una terra futura senza più confini.
Mani da semina vi depongono voci

versi di un canto libero dal sonno feroce

del presente. Rifioriranno come il cielo

al richiamo di ogni nuovo giorno

radici grondanti di luci
per disperare il volto della morte.

 

L’arche ouvre un sillon dans la mer

en retournant les vagues comme les mottes fertiles

d’une terre future sans plus de frontières.

Des poignées de graines y déposent des voix,

vers d’un chant libéré du sommeil féroce

du présent. Elles refleuriront comme le ciel

au rappel de chaque nouveau jour,

racines ruisselantes de lumières

pour désespérer le visage de la mort.

*

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 *****

***

*

Le Chroniqueur immobile, avec Soumaïla Goco [5]

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Poèmes d’un livret (20 cm de haut par 21 ; en quatre exemplaires) avec chacun dix dessins de Soumaïla Goco Tamboura faits en février 2009 à Nissanata, dans le nord du Mali : Yves Bergeret lui avait donné un petit bloc allongé de 80 feuilles de papier quadrillé avec marge, papier qu’il demandait sans cesse. Quelques jours après il le rend au poète, une feuille sur deux étant dessinée. Il s’agit de « génies » invisibles, de tortues sacrées, de haches, d’une louche, de moutons, d’ânes, de chauves-souris et aussi de signes orthogonaux abstraits qui selon le besoin sont des figurations de parcelle cultivée près d’un puits dans le désert ou d’un jet de cauris pour la divination ; poèmes écrits à Die par Yves Bergeret du 5 au 14 mars 2016, peintures, encres et collages étant faits par lui aussi en même temps.

Ce cycle de poèmes fait partie d’un ouvrage inédit à ce jour, intitulé Carène ; il en ouvre l’Acte III. On peut le lire traduit en italien par Francesco Marotta en utilisant ce lien : https://rebstein.wordpress.com/2016/07/13/il-cronachista-immobile/

 

Chroniqueur immobile f

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Sixième portrait : le tailleur-de-pierre de destinées

Très loin, au fond du Sahel,
le chroniqueur des scintillants pouvoirs du monde visible
et des séismes du monde invisible,
le diseur au verbe impressionnant et tranchant,
le redouté griot, le devin aux sourcils froncés
que chaque migrant respecte et craint,
que j’écoutais pendant dix ans louer et blâmer
dans son bourg de terre à l’orée du désert,
bouge-t-il lui-même vraiment,
lui qui me lance, qui nous lance sur les pistes et les routes
en fourrant dans mes poches dans nos poches
ses bouts de papiers sacrés dessinés ?
*

Le grand chroniqueur bouge-t-il vraiment,
lui qui prend au lasso de sa parole fleurie
l’ami et l’ennemi
et les dresse droit l’un face à l’autre
comme le ciel du levant et le ciel du couchant ?
*

Chroniqueur immobile g

Bouge-t-il vraiment, le grand chroniqueur,
lui qui me lance à travers des déserts, des fleuves et des mers
en me vrillant dans les oreilles des strophes de son chant de courage ?
*

Son monde visible est une plaine.
Les maîtres de la plaine possèdent
toutes les pistes de la plaine, tous les grains du sable
et la personne du chroniqueur aussi :
ils l’entravent par ses deux chevilles
chacune liée à une montagne locale orange carrée.
Si le chroniqueur chante l’une et l’autre montagne
en leur inventant des sommets luxuriants
les entraves lui garrottent les chevilles
et ses cordes vocales restent de toute façon en bas.
*

Je voudrais croire qu’il voyage.
Les dessins qu’il me donne sont des plumes,
les chants qu’il me lance sont des os fins d’ailes.
Je veux croire qu’il croit qu’il voyage
même si avec ses ailes il ne peut gagner l’altitude
ni se choisir un cap derrière l’horizon.
*

Chroniqueur immobile b

Le feu ronge ses hanches.
Ses épaules brûlent.
La fumée de ce feu lent
s’en va par là, par le bas du campement,
par la sente des vaches.
*

La parole ronge ses dents.
Ses paupières se collent.
Sa parole cherche les oreilles inconnues,
vous, moi, qui dormons à la belle étoile
derrière le galop peureux de l’horizon.
*

Chroniqueur immobile j

Il ne traverse pas la mer ni le désert.
Il ne voyage pas avec nous.
Il jette ses dés sur un échiquier de basalte qui brûle les yeux.
Il prédit notre mauvais carrefour et notre fertile pacte,
il nous les prophétise peut-être.
Il est traversé par la furie et la verdeur de la vie.
Il tombe dans un dessin carré qu’il fait pour nous.
Il tombe dans une clameur qu’il nous chante
en trépignant sur le sable
puis s’en va dormir derrière le figuier.
*

Chroniqueur immobile c

Parfois le vent se libère et remonte à toute allure
le temps, l’histoire, le fil du récit.
Parfois le vent fait tourner plus vite le jour et la nuit
et même la terre et le cycle perpétuel des images,
des mélodies et des mythes.
Parfois le vent. Parfois.
Lui se tient face au vent jambes écartées,
il donne ses cordes vocales au vent.

La force de migrer prend forme alors.
*

Chroniqueur immobile e

Le vent bondit dans les jambes du cheval.
Le vent rugit dans la proue de la barque
qui claque sur la crête des vagues.
Le vent grimpé sur les épaules des migrants
embarqués en pleine nuit sait traverser la mer.
*

Le chroniqueur ne bouge pas.
Au vent qui bondit vibrent ses cordes vocales.
Avec le vent furieux jouent ses cordes vocales
pour faire sourire le vent
et le rendre encore plus perpétuel,
encore plus étranger.
*

Parcours Nissanata-Koyo 12, 21 février 2009

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Colline en feu, avec 2 dessins de Soumaïla Goco Tamboura [4]

Livret créé (20 cm x 21, en 3 exemplaires) par Yves Bergeret à Die du 26 au 28 mai 2016, avec, parmi les encres, les gestes de couleur et les collages, deux dessins que Soumaïla Goco Tamboura a faits en juillet 2008 dans le désert au Nord du Mali. 

Si legge tradotto in italiano da Francesco Marotta, poeta, con questo link : 

https://rebstein.wordpress.com/2016/05/31/collina-in-fiamme/

 

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On ne sait comment prit le feu.

On parle d’un jardinier maladroit,

on évoque un lézard-dragon,

un vent perfide,

un ennemi masqué parmi nous.

*

 

Le feu monta notre pente au galop,

il était un loup noir à vingt poumons.

*

 

On se précipita dans les ravins latéraux

car notre colline allait mourir

et nous avec elle, dans des douleurs égoïstes,

comme toutes nos villes.

*

 

Le feu en un jour brûla toute broussaille.

Hélas aucun Prométhée ne survint.

Les couards s’esquivaient en bluffant.

Le feu fut mon ombre indigne ;

puis il la fit blanche,

mon ombre fut digne.

La chouette affectueuse m’embrassait.

*

 

Le calcaire et le grès souffrirent

dans un rut diabolique.

*

 

Si lâche fut le vent,

si duplice la flamme à l’œil torve

que la colline qui pensait s’affaisser

se redressa. Et se dressa si haut qu’elle épousa

le membre du volcan du milieu des mers.

*

 

Alors les vaches du soleil

sculptèrent la pente.

*

 

Alors un étranger aux talons durs

sortit d’une caverne rouge

et grimpa la pente

par l’envers de la possession.

*

 

Alors un lit de ruisseau

naquit dans ses pas.

 

Alors  personne ne connut si le cours de ce ruisseau

monterait ou descendrait.

*

 

Alors le récit naquit

dans les dures souches

entre les cendres fumantes.

*

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*

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[ Soumaïla Goco -en chemise bleue- , captif de Peul, s’adressant en juillet 2003 à des « poseurs de signes » dogon Toro Nomu du village de Koyo, lointain (ici un grand féticheur et deux chanteurs de litanies secrètes de circoncision et d’enterrement, qui ont été mes compagnons de création pendant dix ans) ; ils sont ici assis devant la paroi aux signes peints encore assez visibles, au fond de l’auvent de Komboal Bilgadan ( = « la grotte des signes », dans le dialecte peul de la région), à une heure de marche dans la montagne au dessus du village des captifs de Peul, Nissanata ; Soumaïla Goco essaie avec eux et moi de retrouver le sens oublié et la fonction perdue de ces signes.  YB ]

 

Ruisseau incrustant, avec Soumaïla Goco [3]

Ruisseau incrustant 1b

Poèmes d’un livret (20 cm de haut par 21 ; en quatre exemplaires) avec chacun onze dessins de Soumaïla Goco Tamboura faits en février 2007 à Nissanata, dans le nord du Mali : Yves Bergeret lui avait donné deux cahiers d’écolier de 48 pages de papier quadrillé avec marge, comme il en demandait sans cesse. Peu de  jours après il les rend au poète, une feuille sur deux étant dessinée. Il s’agit de « génies » invisibles, de tortues sacrées, de grenouilles, de lézards géants, de pintades, d’ânes, de chauves-souris et aussi de signes orthogonaux abstraits qui selon le besoin sont des figurations de parcelle cultivée près d’un puits dans le désert ou d’un jet de cauris pour la divination ; poèmes écrits à Die par Yves Bergeret du 7 au 10 avril 2016, peintures, encres et collages étant faits par lui aussi en même temps.

On peut lire ce cycle de poèmes traduits en italien par le poète Francesco Marotta, et dans une mise en page bilingue qu’il a réalisée, à cette adresse : https://rebstein.files.wordpress.com/2016/04/yves-bergeret-ruisseau-incrustant1.pdf

***

Voici ce que cloué à sa terre lointaine

le chroniqueur nous dit.

Ecoutez-le

car il taille sa pensée dans un matériau

qui entrerait bien dans la carène que nous élaborons.

*

 

« Je suis esclave, dit-il.

Je ne sais même pas de quel maître.

 

Voyager m’est impossible, interdit,

incongru. Je broute ma vie

autour de mon rocher.

*

 

Mon rocher est impossible, interdit,

incongru, invisible. Il est pure mémoire.

J’ignore à qui tient cette mémoire.

Elle est de vous comme de moi.

*

 

Je l’explore et je la dis.

En la disant je lui donne le jour.

Mon beau rocher, tu es vaste et creux

et vibres de ma voix.

*

 

Des esprits effroyables, des génies,

des monstres des divinités sans bouche

habitent les étages intérieurs de mon rocher.

Ma voix les caresse,

ils me concèdent des pactes.

*

 

Aux esprits et aux dieux de mon rocher

je rends visite. Je monte dans ses étages

m’acquittant en péage de chevreaux, de poules,

de certains chants que je rythme

en battant de mes pieds nus la roche écarquillée.

*

 

Mon ascension est mon récit qui va.

Si je grimpe dans le rêve de ma mémoire

je grandis hors esclavage. J’ai assez de vie

pour remonter le cours d’un ruisseau sec

au cœur de mon rocher.

*

 

Vous me suivez vers le haut de mon grand rocher

écoutant le rythme de mes pas sonores

sur les concrétions que laissa l’eau :

nous voilà tous parole, musique et eau.

*

 

Nous voilà tous parole ferme comme roc,

claire musique comme résonance du lit sec du ruisseau,

eau sauvage enfuie comme le cœur libre

qui bat en contrepoint de mon chant.

*

 

L’eau enfuie est légère comme la vie libre

que jamais je ne broute.

Du verbe migrer j’ignore l’usage

mais cherche toujours au cœur de mon rocher

une pierre philosophale.

*

 

Je chante infatigable mon chant minéral

qui dans l’immense roche de ma mémoire

creuse toujours le lit du ruisseau incrustant

qui nous dessine une colonne vertébrale,

creuse colonne nous portant tous

vers l’utopique carène

dans le rond de la mémoire,

dans le mouvant chaos salé. »

*

Ruisseau incrustant 2a

Ruisseau incrustant 3a

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Certains métiers : quatre dessins (+1) de Soumaïla Goco [2]

On se rappelle trois dessins de Soumaïla Goco Tamboura

présentés, comme ici, par Yves Bergeret

et publiés le 5 novembre 2015 sur ce même blog :

https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2015/11/05/la-montagne-bouge-et-joue-deux-dessins-1-de-soumaila-goco/

On lit aussi cet article traduit en italien par Francesco Marotta à cette adresse:

https://rebstein.wordpress.com/2016/01/24/taluni-mestieri-quattro-disegni-di-soumaila-goco/

Soumaïla Goco Tamboura 1, février 2009

Sur un grand nombre de dessins sur feuilles seules ou sur des pages de blocs de papier quadrillé qu’il me demandait de lui apporter Soumaïla Goco a dessiné les métiers et, parfois, les outils de ces métiers qui lui paraissaient indispensables pour vivre dans cet espace très dense et faussement désertique. Certains dessins montrent des éléments isolés : des maisons, des huttes de sortes de roseaux propres aux esclaves des maîtres Peul, des portes de greniers dans les villages de “ captifs ”…

Voici, me dit-il, les outils du tisserand (ce qu’il est lui-même) :

 

23 Dessin des outils du tisserand IMG_1048

 

On voit clairement l’organisation orthogonale des éléments sur la surface de la feuille. Art du tisserand qui sait répartir les signes dans son tissage.

 

***

 

Particulièrement intéressant est un dessin de février 2007 où Soumaïla Goco me dit qu’il a figuré, qu’il me montre et qu’il me transmet “ l’atelier du forgeron ”. J’emploie volontairement ces trois verbes en leur donnant un aspect performatif. Soumaïla Goco est en effet profondément immergé dans la pensée symbolique de la brousse. Devin et griot, quasiment sans écriture, il sait parfaitement que sa langue a un pouvoir et qu’elle exerce sa vocalité deux fois à la frontière de deux systèmes du monde : à la frontière entre animisme, où il est complètement immergé, et monde de l’islam encore très fluctuant à cette époque dans le Nord du Mali. Et à la frontière entre le monde Peul de ses maîtres de “ captivité ” et le monde Toro nomu vers lequel il ne cesse de regarder.

 

Or chez tous les peuples de l’Afrique Noire le forgeron est un personnage honni, redouté et en même temps admiré. Car il a un pacte avec des “génies ” très puissants dont le soufflet de sa forge convoque la force pour transformer par le feu les métaux. Ce pacte est ambigu et fait peur aux autres gens des villages. Par exemple les Toro nomu de Koyo n’acceptent pas de forgeron sur le plateau de grès où se tient leur village, si ce n’est par un unique itinéraire très précis et pour qu’il se tienne au travail qu’on lui demande de faire sous un unique arbre précis ; il ne doit jamais s’approcher de l’unique petite source pérenne du village ni croiser aucune femme enceinte.

 

24 Dessin de l'atelier du forgeron IMG_1108

 

Soumaïla Goco organise l’atelier en quatre parties rectangulaires comme un tapis parfaitement maîtrisé, comme un sol de lave domptée : le rouge vif en est la couleur fondamentale. Sur un petit fond bleu dans les deux rectangles à droite deux têtes de puissants “génies ”, sûrement ceux du pacte du feu. Et sur les mêmes petits fonds bleus des rectangles gauches, deux têtes de taureaux dont les naseaux sont immédiatement surmontés de paires de courtes cornes courbes. C’est en effet ainsi que dans d’autres dessins sur les pages d’un cahier d’écolier, Soumaïla dessine de très nombreuses têtes de taureau, prestigieux en particulier chez les Peul, nomades dont toute la richesse est l’élevage. Et surtout le taureau est l’animal le plus prestigieux et le plus cher à sacrifier pour les rites cruciaux.  Je pense que les deux taureaux à gauche sont les instruments du sacrifice que doit faire le forgeron pour fixer son pacte avec les deux grands “génies” à droite. Aux angles des quatre grands rectangles à fond rouge Soumaïla a dessiné douze sortes de cocardes à dominante orange et rouge ; par d’autres dessins, en particulier, je comprends que ce sont des tambours. Instruments toujours rituels et impressionnants qui accompagnent les sacrifices de l’initiation du forgeron, mais aussi bien qui renforcent le chant du griot et ses transmissions. Lorsqu’il chantait, Soumaïla Goco soutenait toujours son récit de ce qu’il pouvait trouver sur place comme instrument de percussion.

 

Le rite initiatique du forgeron est bien sûr progressif ; mais le grand sacrifice animal est un passage capital et dangereux car la colère des grands “génies” peut être effrayante. Le rite est sans écriture, il est dans l’oralité toujours effaçable. Le dessin ne s’efface pas ; Soumaïla Goco a l’audace de figurer le rite sur la feuille. Soumaïla Goco a créé ce dessin initiatique pour moi, afin de me le donner, afin de me le “ dire ”, afin que je “ sache ”. Enfin Soumaïla Goco me transmet et une part du pouvoir du forgeron et, peut-être tout autant, son propre pouvoir de dessinateur disposant d’un pouvoir surnaturel et d’une capacité à affronter la colère des “génies” : par ce dessin il la dompte dans un motif de tissage que bien sûr personne avant lui n’avait imaginé ni tissé. Et il me transmet ce dessin.

***

Soumaïla Goco Tamboura 4, février 2009

Dans deux dessins de juillet 2005 Soumaïla me fait connaître les êtres humains quasi invisibles de la brousse : les charbonniers. Ces hommes qui, dans une extrême misère et une extrême saleté, entretiennent dans le sable les feux lents couverts d’une croûte de terre sableuse où ils préparent avec le peu de bois qu’ils trouvent en brousse les morceaux de charbon nécessaires à la cuisine. Eux aussi passent avec les “ génies”  du feu un pacte effrayant. Pas si grave toutefois que le pacte des forgerons, car ils se limitent à une transformation faible et simple du bois. Mais comme s’ils étaient des petits “génies” de brousse, Soumaïla Goco les multiplie et leur donne du nez aux sourcils un graphisme qui est celui de la paire de cornes des bovins sacrifiables.

 

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***

Voici une photo que j’ai prise en juillet 2003 à Nissanata, le village de « captifs » de Peuls où vivait Soumaïla Goco. Devant : un enclos à bovins pour les protéger la nuit des prédateurs du désert, hyènes et félins divers. Derrière : une habitation puis déjà la pente de la montagne.

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Les footballeurs entretiennent, on le sait, des pactes puissants avec les “ génies ”. Soumaïla me donne en octobre 2003 un dessin parfaitement ordonné. Les équipes de cinq joueurs, avec un ballon magique au bout d’un pied chacun, et d’un gardien de but, sans ballon, se font face à face sur la totalité du terrain de jeu. Au centre du terrain dans un rectangle magique, le grand ballon encore plus magique est un nid dense de croisillons.

 

 Les footballeurs, SGT

 

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En juillet 2003 Soumaïla Goco me remet un dessin étonnant sur Koyo, où il ne va jamais. A l’intérieur d’un contour bleu et noir qui figure peut-être des serpents sacrés et protecteurs des Toro nomu, les habitants de Koyo, se dressent bien campés sur leurs pieds ouverts quatre “ génies ”. Au bout de leurs bras démesurés élevés en l’air et chaque bras passant de l’autre côté de la tête de chacun ils tiennent des petits outils à usage obscur. Mais l’un des “ génies ” dont le corps est fait de traits de dessins très épais n’a pas d’avant-bras et un énorme sexe masculin. Le grand contour bleu, apparemment reptilien, est rythmé de quatre profonds créneaux, un par côté, qui figurent quatre “ toko ”, comme les appellent les Toro nomu : les cheminements d’escalade aménagés dans la falaise verticale qui ceint entièrement le plateau de Koyo. Soumaïla Goco ne sait pas que ces “ toko ” sont en fait sept. Au centre de ce dessin une croix dans une ligne brisée (qui est sous la main des autres peintres-paysans un arc de cercle ; la signification en est fixe pour tous) : la lune et le soleil dans le ciel. Koyo est au ciel, et cousine avec lune et soleil. Le monde est stable, parfaitement rythmé et équilibré ; les “ génies ” de Koyo en perpétuent la plénitude et la permanence par une danse statique où ne se meuvent que leurs grands bras qu’ils roulent de part et d’autre de leurs têtes.

 

26 Dessin des génies de Koyo IMG_1020

Soumaïla Goco Tamboura 2, février 2009

Soumaïla Goco Tamboura 3, février 2009

La montagne bouge et joue : deux dessins (+ 1) de Soumaïla Goco [1]

 Deux dessins de juillet 2008 au stylo à bille et crayon de couleurs sur papier quadrillé de format A4

présentés par Yves Bergeret

( l’ensemble se lit en italien, traduit par Francesco Marotta, grâce à ce lien : https://rebstein.wordpress.com/2015/11/12/ricordo-di-soumaila-goco/#more-74417 )

Panorama1Bonifev01 L’oasis de Boni en février 2001

Dès la deuxième année de mes séjours dans le Nord du Mali, en 2002, il se dégagea très nettement que le dialogue de création le plus fécond entre le poète lecteur d’espace que je suis et les poseurs de signes des montagnes désertiques de cette région se déroulerait dorénavant avec le village de Koyo, en haut de sa montagne tabulaire ; il est de l’ethnie dogon Toro Nomu. Ce peuple très minoritaire s’était replié depuis un demi millénaire dans ces montagnes isolées pour résister à l’invasion progressive des Peul, nomades islamiseurs et éleveurs vivant dans les sables avec d’immenses troupeaux et de très nombreux « captifs » ; asservis et traités en cultivateurs sédentarisés autour de quelques puits ces « captifs » s’appellent tous Tamboura. Certains descendent d’ailleurs de Toro Nomu enlevés enfants dans le piémont des montagnes.

Nissanata 1, juillet 2003

Nissanata, juillet 2003

Jusqu’en 2009 le dialogue de création que j’ai pu réaliser avec les Toro nomu  se développa dans des formes extraordinaires ; en particulier les Toro Nomu me transmirent une initiation complexe à leur culture, dont la base est un système de pensée et une ontologie en acte d’une très grande profondeur.

Or l’équipe des cinq poseurs de signes Toro Nomu et moi s’était à mon initiative adjointe un Tamboura, Yacouba, d’une famille asservie seulement deux ou trois générations plus tôt ; Yacouba au fil des années, travaillant avec nous, se réappropriait une culture, une langue et une mémoire qui lui étaient en fait restées proches. Yacouba habite un village de « captifs », Nissanata, dans la plaine sableuse entre la montagne de Koyo et une autre, abandonnée de ses habitants Toro Nomu il y a un siècle. En saison sèche, la plupart des familles tissent ; en saison des pluies, juillet et août, on cultive des céréales pauvres. Un voisin de Yacouba était, en outre griot et devin. C’était Soumaïla Goco. Du même âge que moi. Très vite Soumaïla Goco a perçu l’importance du dialogue entre Koyo et moi ; il nous a observés, il nous a moqués et surtout il nous a beaucoup loués et chantés. Soumaïla était un griot à la langue bien pendue ; il était très connu, redouté et respecté dans toute la région. Les Toro Nomu ne l’acceptaient pas sur leur haut plateau ni au village même de Koyo. Pourtant Soumaïla Goco, outre de chanter à voix très forte et magnifique nos actes et nos créations, voulait « apprendre ».

Portrait de Soumaïla Goco Tamboura, à Bucutu, février 2008

Soumaïla Goco Tamboura, février 2008

Une nuit de l’été 2007 que je dormais à la belle étoile au milieu de notre équipe dans le village des « captifs », Soumaïla, homme toujours impatient et enflammé, me réveilla brusquement : il me demandait de l’argent car il avait vu la veille au marché hebdomadaire de l’oasis, Boni, à deux heures de marche de là, un marchand ambulant vendant de petits enregistreurs-lecteurs de cassettes magnétiques à piles. A l’aube il me réveilla en exultant pour me donner un petit paquet. Dedans la cassette de son chant griotique racontant tout notre dialogue et la vision (passionnante, je dois dire) qu’il en avait.

Maison de SGT, Nissanata, juil03

Maison de Soumaïla Goco, février 2003

De 2002 à la fin Soumaïla me donna ou vendit de nombreux dessins sur papier quadrillé dont il me faisait comprendre les usages initiatiques et les significations dans la pensée d’un très turbulent « captif ». Il faut dire que personne ne dessinait jamais de la sorte, les initiations étant exclusivement orales. Si on veut chercher une influence formelle dans ses dessins, la seule est celle des tissages du village, non figuratifs, constitués de lais très étroites ensuite cousues ensemble ; ainsi se tissaient des damiers allant jusqu’à un mètre sur deux.

Les dessins de Soumaïla Goco ne pouvaient m’être remis qu’avec leur profération vocale, dans une langue Peule d’ailleurs magnifique par sa virtuosité rhétorique et sa puissance métaphorique, aux dires des peintres de Koyo dont je parlais la langue ; je ne parlais pratiquement pas le Peul, mais eux le parlaient tous. Soumaïla Goco m’adressait ses dessins, qui avaient envers moi une fonction personnelle de formation et d’initiation (au monde des « captifs » de Peul) en réciprocité de celles que les Toro Nomu de Koyo lui donnaient à lui et à son voisin Yacouba. En 2009 j’ai dû cesser mes voyages en raison de la violence croissante de nombreux Touaregs dans la plaine, bandits de grand chemin puis preneurs d’otage. En 2012 Soumaïla Gocio est mort suite à une altercation violente avec certains d’entre eux lors de l’occupation désastreuse du nord du Mali.

SGT(en bleu) chantant les peintres de Koyo 1, juillet 2007 à Bandagiérin

SGT(en bleu) chantant les peintres de Koyo 2, juillet 2007 à Bandagiérin

Soumaïla Goco (en bleu) chantant les peintres de Koyo à Bandagiérin, juillet 2007

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Je présente ici deux dessins de 2008, tels que mes les a commentés Soumaïla Goco et tels que je les comprends.

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Le «génie» qui écarte les montagnes

SGT devin tirant les cauris, Lamasaga, 20 février 2009

Soumaïla Goco, devin tirant les cauris dans une grotte de Lamasaga, février 2009 

Tous les personnages dessinés par Soumaïla Goco Tamboura s’étirent fortement des pieds à la tête et semblent des troncs d’arbre raides et rectilignes. Ils “ expriment ”, au sens étymologique, une verticalité puissante et croissante. Ils tirent la surface de la feuille avec eux ; ils étirent l’espace. Ils paraissent tous plus grands “ que nature ”. C’est souvent le propre de l’orientation épique dans l’énonciation performative ou dans le dessin également performatif.

La dynamique constante et la pression permanente d’énergie se voient très bien dans le dessin de juillet 2008 où Soumaïla Goco me dit qu’il figure : “ le grand «génie» écarte toutes les montagnes ; à sa gauche son couteau ”.

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De forme humaine le «génie» ouvre en l’air et en diagonale ses courts bras. Afin de tout entendre ses oreilles sont énormes. Des épaules aux jambes son corps noir est épais comme un tronc de baobab adulte ; mais en même temps son torse est un triangle rouge incandescent avec la pointe en bas cachée sous un énorme nombril orange. Sous sa taille étroite un triangle inversé bleu semble une jupe ou un tablier (de sacrifice ?). Le «génie» se découpe sur un fond blanc, celui du papier quadrillé où il est dessiné, qui est aussi bien le ciel que, plus vraisemblablement, la plaine de sable sur laquelle ne figurent que quatre nombres de divination aux cauris ; or à sa droite Soumaïla Goco a dessiné un énorme couteau, en maillage de traits noirs et rouges, maillage entouré d’un très fort cerne rouge. Ce couteau est aussi grand que le corps du «génie». Il sert aux sacrifices. Son contour est le sang. C’est pour dire combien les grands sacrifices sont opérés pour les grands «génies» animistes ou, plus exactement, sont opérés par les grands «génies» dont le sacrificateur humain n’est que l’initié et le prête-main.

Lorsque Soumaïla Goco me dit qu’ici “ le grand «génie» écarte les montagnes ”, il le dit au sens performatif de cet indicatif présent. C’est l’équivalent du perfectif des verbes slaves ou de l’aoriste grec. Le dessin montre les montagnes en train de s’écarter. Elles encerclaient le «génie». Celui-ci écarte ses bras et les montagnes reculent, rythmiquement plissées en frises de triangles noirs, orange et bleus. Dans la géologie et l’histoire locales ce dessin épouse le fond animiste pré-musulman des Peul de la région : les montagnes de grès de cette région sont en réalité séparées les unes des autres de plusieurs kilomètres par la plaine de sable qu’elles ne cernent jamais. Les montagnes de grès ont été habitées par les Toro nomu, grands féticheurs aux puissants pouvoirs magiques que les Peul redoutent encore. Le seul village d’altitude reste Koyo, cœur de la pensée Toro nomu, qui n’accepte pas Soumaïla Goco. Même si les Peul dominent féodalement la plaine ils craignent toujours les “ gens d’en haut ” ; ce dessin montre le “ grand «génie» ” dont les Peul, les maîtres de Soumaïla Goco, ont besoin pour se protéger des sortilèges des gens de montagne.

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Le «génie» maître du Haïré

Nissanata 2, 20 février 2009

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Dans un autre dessin spectaculaire de juillet 2008, Soumaïla me dit qu’il figure “ le grand ancêtre Peul de tout le Haïré ”. Ce mot Haïré est Peul et a ici deux significations. Il signifie “ la montagne ” ; et c’est avec lui que l’état malien appelle la région administrative : le “ cercle du Haïré ”, dont la sous-préfecture est Boni, l’oasis dans le sable, en effet à dominante ethnique Peul. L’oasis est chaque jeudi le lieu d’un des grands marchés aux bestiaux du Sahel ; les plus grands connaisseurs du bétail, bovin, sont les Peul, dont avec fierté leur aristocratie possède d’énormes troupeaux. Or dans l’ensemble de son œuvre graphique les bovins tiennent une place minime. Mais qui est donc Soumaïla Goco Tamboura ? Un simple griot Peul, attaché à son maître, Ganaba, et surtout à la famille Peul dominante des Dicko de Boni ? Quand il dessine ici “ le grand ancêtre Peul de tout le Haïré ” il crée une figuration étrange, syncrétique, hybride ou mutante (je ne sais comment dire) où le grand ancêtre est le maître des montagnes : pouvoir perdu des Peul sur les montagnes tabulaires de la région ? utopie d’une unique plaine de grès dur, dont la plus grande partie de la surface s’est effondrée et constitue l’actuelle plaine de sable ?

Dans ce dessin étrange et assez visionnaire il faut le dire, Soumaïla Goco accompagne le grand ancêtre de signes déconcertants : entre sa tête et ses épaules (ou coudes ?) figurés en triangles carmins, il fait jaillir deux fanions de pirogues du fleuve Niger, apanage traditionnel des nomades Bozo de ce fleuve ; et en effet Soumaïla Gogo les voit en se rendant occasionnellement à Mopti, port fluvial, à trois cents kilomètres. Dans ces fanions des S ou des 5. Sur d’autres dessins Soumaïla me montre que c’est ainsi qu’il dessine les fanions de pirogue. Pourquoi en a-t-il dessiné ici ?

Or au bout de ses deux pieds le “ grand ancêtre ” touche (et pousse ?) deux ballons de football. Le motif des ballons de football est très net dans plusieurs dessins. En 2002 le Mali avait accueilli la grande compétition de football du continent, la CAN, Coupe d’Afrique des Nations. Le prestige immense de cette compétition de football, jusqu’au fin fond de la brousse, a créé un nouveau “ génie ”, le footballeur, dont les pieds et le ballon sont des éléments magiques capables de prouesses extraordinaires, et pas seulement dans le monde de la prospérité économique. L’animisme, qui est polythéiste, a toujours de la place pour de nouveaux dieux et ignore l’intolérance et le dogme. Il n’a en outre pas la pensée du temps, dans le sens de l’évolution historique et le “ grand ancêtre Peul ” peut sans aucune difficulté devenir un footballeur, et même avec deux ballons.

De part et d’autres du “ grand «génie» ” Soumaïla Goco a dessiné, comme éléments rectangulaires aisément annulables, huit maisons Peul ; mais les Peul sont avant tout des nomades. Au bout de la main gauche de son personnage il a dessiné un instrument que je ne comprends pas. Mais qui se trouve dans de nombreux dessins. Une sorte de trident noir, dont les trois dents finales ont elles-mêmes des “ sous-dents ”. Quand je demandais à Soumaïla Goco ce qu’il avait dessiné là, il ne me répondait pas, soit que je n’étais pas assez initié pour recevoir cette information soit que je n’y avais pas prêté attention un jour ce qui pouvait exaspérer Soumaïla Goco, toujours impatient, énergique et hypertendu. L’instrument est rituel, sans doute ; il me fait penser à une sorte de fouet à double, voire triple “ queue ” que j’ai vu entre les mains de danseurs initiés songhaï, des “ holé bari ” [chevaux de «génie»] dans des villages à Hombori lors des cérémonies de transes où les “ hole ” [ les «génies» » ] répondent aux questions des participants. Or il arrive que ces cérémonies se tiennent aussi à Boni ; et même si les Peul sont d’abord musulmans. Ce qui est sûr c’est que ce dessin de Soumaïla Goco est particulièrement intéressant dans son syncrétisme réel ou désiré.

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Nissanata 3, 20 février 2009

Nissanata, en février 2009

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Et voici un autre dessin, de juillet 2007.

Vache de Lamasaga, juillet 2007

Soumaïla Goco me dit : « je te dessine la vache donnée par le grand chef Peul de la région une année de famine il y a plusieurs siècles à cinq petits villages dogon Toro Nomu. Sous le pis de la vache, tu vois la jarre pour son lait et le chef Peul avec son grand bâton rituel. En haut à gauche ces cinq villages Toro Nomu. Ils sont en haut de la montagne qui domine mon village. Ils sont abandonnés depuis longtemps.»

Lamasaga 49, U 573, 20 février 2009

Soumaïla Goco, en février 2009

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L'oasis de Boni, février 2009

L’oasis de Boni, février 2009

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