Archive | octobre 2022

3 calligraphies de la Montagne d’Aurouze, en Dévoluy, par Catherine Reeb

Poèmes de Catherine Reeb, qu’elle a calligraphiés à l’acrylique et à l’encre de Chine, devant la Montagne d’Aurouze, sur papier Clairefontaine 250 g, en format déplié de 59,3 cm de haut par 42, les 25 & 26 octobre 2022.

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1

La Montagne

            Se fait sablier

De sa propre impatience

A connaître le dénouement

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2

L’astre s’échappe

Ôte le joug des rocs

Eau noire

Galets assoiffés

Suppliques en sous-sol

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3

La montagne rêve

De porter l’eau au ciel

Étirant ses pics

Au delà des nuages

.

Le flot dévale   

Inlassablement,

Rattrape le torrent

.

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Catherine Reeb

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2 très grandes calligraphies de la Montagne d’Aurouze, en Dévoluy

Regardant de l’aube au soir la face ouest de la haute Montagne d’Aurouze, près de La Cluse en Dévoluy… alors sont venus ces deux poèmes en très grandes calligraphies de lettres alphabétiques et de gestes de couleurs acryliques, sur papier renforcé de 215 cm de haut par 60, les 25 & 26 octobre 2022.

Le ciel est plat.

Les montagnes gagnent les profondeurs.

Les vents prennent mes bras

et les plongent en bas ;

je remonte les pains, le langage.

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Neumes notes croches,

ce sont rocs et vents qui décident.

Je reprends amoureux indocile

leur grand chant.

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Yves Bergeret

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Dure paroi

Ces photos ont été prises par Harold Bruce le samedi 15 octobre 2022 par grand froid lors de son ascension (avec deux compagnons de cordée) de la face sud-ouest du Pic Sans Nom (3913 mètres), sommet qui domine le Glacier Noir, près de Briançon.

Dans une talentueuse mise en page, le poète Francesco Marotta donne sa version italienne de ces quatre poèmes, ici : https://rebstein.wordpress.com/2022/10/27/dure-paroi-ardua-parete/

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1

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Le gel.

Le centre de la nuit.

Le fracas des étoiles

qui m’écrasent les doigts.

Roche paroi montagne,

tout s’étreint

plus étroit plus dur.

.

Puis époustouflante

l’aube qui jette

en travers du ciel

le chaud drapeau de la vie.

.

.

Les mélèzes qu’enflamme l’automne

sur sept vires en pleine paroi

poussent mes cris de joie.

Même au centre de la nuit

même dans la masse minérale

la cascade est la flamme

de la bougie renversée tête en bas

que je serre dans ma paume,

que dans ma pensée je serre.

.

3

.

Je suis en trois.

L’un grimpe tout contre moi

et m’instille la ténèbre.

Un autre sue toutes les larmes de son corps

à ôter du mien les clous.

Impossible de savoir où entre eux je suis.

.

La montagne est mon bâti,

mon miroir, ma compréhension

à géantes marches

sans qu’elle me dise pour aller où.

.

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4

.

Le vallon glaciaire

courbé plié rond

entre les deux parois

entre mes deux temps

entre mes deux tempes
.

c’est l’empreinte de la nuque et du crâne

qui se sont appuyés ici à toute force

à tout espoir

pour jeter dans l’espace encore aphone

le sens et le chant de la parole que je cherche.

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Yves Bergeret

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L’Art du boulanger

Les bus tournent devant

la boulangerie du carrefour,

ici les gens tournent la tête, les yeux, le cou

les angles les miroirs les obliques de la boutique

heurts et entrechocs de la vie,

jaune citron, bleu clair et vermillon

tissus rouges à gros pois blancs,

en large écriture partout

listes de prix dans petits cadres blancs

listes de friandises listes sous petits cadres bleus

.

il monte, le boulanger, il descend les grosses marches

vers le four dans la cave,

feu du magma sous la croûte,

les hautes contremarches de sa vie

jusqu’à quel golfe

jusqu’à quel nuage

d’où faire tomber pluie grêle et farine

et levain et lendemains

.

contremarche un pain contremarche un pain

dix pains une aile vingt pains deux ailes d’aigle

l’aigle déploie deux ailes

plus sa queue

vole où

.

ai-je four assez grand assez chaud pour faire

décoller au ciel ma vie mes enfants mes voisins

mes ennemis roux et leurs chiens crasseux

.

il se lave vingt fois les mains

les paumes aux rides emplies de farine

.

semelles talons blancs

vifs pas de la cave au trottoir dans la rue

visage blanc de poussière de farine

.

l’étage du four

l’étage du pétrin

l’étage du comptoir

l’étage du vent, aveugle aux détails,

ce qui compte et clame

c’est la couleur du manège,

vertigineuse comme l’espoir,

manège perpétuel

sauf si en échappent le jaune le mauve le bleu,

nacre ensellée sur la plage claire

entre vie et mort

le jaune le mauve le bleu

sur les murs de la boulangerie

jaune mauve vert

hélice du bateau modeste

qui lance au large le sommeil des

passagers affamés des bus.

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Yves Bergeret

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