Archive | mai 2017

Aube & une suite

On lit en italien ces poèmes, traduits par le poète Francesco Marotta, grâce à ce lien :

https://rebstein.wordpress.com/2017/06/03/aube-alba/

Aube

Poème écrit et peint à l’acrylique en deux exemplaires par Yves Bergeret sur deux polyptyques horizontaux (17,5 cm de haut par 100) à huit volets sur Rosaspina 220g de Fabriano, les 24 et 25 mai 2017 au bord du torrent de Châtillon-en-Diois.

 

Aube sans nuage.

A ce moment la montagne et l’air

luttent pour s’introduire qui en premier

dans le bras du peintre à fresque.

 

Seul moyen pour que la montagne et l’air puissent se dévêtir

et déposer leur peau, leur chair sans doute

sur les parois de la grotte.

 

Nue la montagne s’infiltre par le bras du peintre,

ausculte la pauvre grotte

et le ventre effroyable.

 

Nu l’air et s’il reste seul,

s’il a laissé ses insectes et sa brume

et son bruyant remue-ménage dans les branches,

entre dans la couleur pure et profonde

qui brûle.

 

Montagne et air, voilà, ma brusque inspiration,

dit le peintre

qui tombe d’accord avec l’ultime paroi de la grotte

là, juste derrière l’enfance du monde

à peine à trois encablures de nos frères totalement étrangers,

aux lettres rougies

et dont la parole est de vie.

*

 

Aube sans nuage.

Vénus jaillit de derrière la crête à l’Est.

Montagne et air luttent rivalisent comme jeunes amants

pour se fondre dans les cordes vocales du poète,

seul moyen pour ensemble devenir le son qui passe

et entre et va

et passe et sort et façonne les vallées.

 

Ainsi monte la lumière des noms

parmi les épines mélancoliques.

Alors la montagne se pose sur le ventre du ciel

à l’envers et le poète nous dira

que l’aube lui donne le son clair

qui dit la carène des hommes

et que dès cette aube la carène ils la charpentent

avec tous les courants de l’air.

***

*

Une suite

Poème écrit et peint à l’acrylique en deux exemplaires par Yves Bergeret sur quatre polyptyques horizontaux (17,5 cm de haut par 100) à huit volets sur Rosaspina 220g de Fabriano, les 22 et 23 mai 2017 au bord du torrent de Châtillon-en-Diois.

A longuement jailli

de la profondeur obscure de l’océan,

de l’ubac brut de la montagne

notre joie qui m’affilie dans les airs salés

à ton écoute infinie ;

ainsi apprenons-nous à parler,

déboisant des clairières de paix.

*

 

Près des rochers blancs l’ombre est rouge.

Le lézard rit par saccades.

C’est le chemin pointillé du pollen

et de la parole, deux piliers non cruels du monde.

*

 

Il avance par surcroît, l’enfant.

Il n’a même pas posé la question de la confiance.

Il avance les pieds bien à plat au sol sur la dalle claire,

miroir où le monde se voit et se trouble.

Il refuse encore, l’enfant, de voir l’ombre immense

de la bêtise et de la destruction.

Il avance par intelligence, l’enfant,

par syllabes claires, par filets de sons

et le monde fait semblant de se laisser pêcher.

*

 

Entre galet et tuile,

village, hameau et mare,

à ma demeure inclinée

merci d’accueillir le vent dur,

la terre fraîche, l’eau rocaille

du trente-deuxième récit du torrent

et l’illusion farouche du voyageur de mille ans.

*

*

*****

***

*

 

 

 

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L’Etranger à Auxerre

Deux poèmes

qui se lisent traduits en italien par le poète Francesco Marotta là :

https://rebstein.wordpress.com/2017/05/19/letranger-a-auxerre/

*

Sur trois diptyques horizontaux de Clairefontaine 180g au format A4, en quatre exemplaires, poème créé avec lavis d’encre de Chine, collages et acrylique par Yves Bergeret à Auxerre les 9 et 10 mai 2017 ; en regardant la voûte peinte au onzième siècle dans la crypte de la cathédrale.

 

1

Silencieux n’est pas mon cheval.

Muette n’est pas son encolure.

Docile n’est pas sa croupe.

 

En martelant le ciel de ses sabots

mon cheval a partout fait tomber

le badigeon de la peur, la couleur blanche.

 

2

J’ai quatre ailes,

deux longues fines blanches d’abord,

puis deux beiges ou brunes

qui battent l’air comme séismes de montagne.

 

Je suis le souffle de chaque montagne,

le foie de chaque montagne.

 

Nous n’avons pas tous bouche muette.

 

3

Je chante à lèvres mi-closes,

la montagne entre debout sous la voûte.

Je chante, couarde la violence fuit,

la misère retourne sa main.

La paume étire ses rides, ses lignes.

Le chant étend le récit

du jeune désespéré qui traverse

au milieu des morts désert, guerre et mer.

Les mots avancent sur les lignes des rides,

à pas alternés, sur les crêtes de la montagne

où l’on se salue, vifs, calmes, clairs.

*

Sur trois polyptiques horizontaux à huit volets, chacun de 5,5 cm de haut par 13, en deux exemplaires, sur Bouffant 160 g, créé par Yves Bergeret les mêmes jours à Auxerre avec lavis d’encre de Chine et acrylique.

 

1

Te nommer allège ma dette.

*

 

A la lune pleine s’arrête net au milieu du pont

celui qui entend que même les grenouilles chantent

et voit que sa vie allait rouiller.

*

 

Dos voûté, bouche tombante,

même le cri de la colère a déserté

l’homme au cœur mutique.

*

 

A la terrasse du bar que désertent les gens du bourg

je m’assieds : le bar des étrangers.

*

 

2

A la proue l’écume :

langue que nous créons,

à bâbord vierge,

à tribord veuve.

*

 

Genoux émaciés

pédalier silencieux,

la côte longe le cimetière des noyés.

Arriverons-nous en haut avant la haine ?

Avant leur désespoir ?

*

 

Dans son téléphone, des photos épouvantables

de sa traversée, des noyés.

Il brasse les photos chaque nuit en jeu à jamais de cartes.

Si, si, le destin sera bon, fraternel.

*

 

Dans son sillage

une odeur de brousse, de cendres humides,

de nourrisson, de lin lavé

par les tornades carnassières de la pauvreté.

*

 

3

Il porte un anneau de fiançailles.

A qui ? à l’ombre au centre ?

*

 

Les deux paumes à plat au sol

ou même les deux oreilles collées à terre.

Une racine le ramasse.

Il s’y regroupe.

Jamais.

*

 

Il est parti de Guinée en cachette.

A pensé mourir entre les mains des trafiquants.

Il brûle dans la flamme de la flamme de la bougie.

*

 

Source de la flamme

qui ne consume rien, sauf lui,

qui ne détruit rien sur notre montagne de sel.

*

*****

***

*

 

 

 

 

Récit peu court, suivi de : L’Ecoute

RECIT PEU COURT, suivi de L’ECOUTE

Deux cycles de poèmes écrits chacun en quatre exemplaires à Die, l’un du 21 au 25 avril, l’autre du 28 au 30 avril 2017, par Yves Bergeret sur quadriptyques à huit volets de Rosaspina ivoire 230g de Fabriano, chaque volet de 17,5 cm de haut par 12,5, avec collages, encre de Chine et gestes d’acrilyque.

1

En bourgeons violets la hêtraie

gravit par décennies siècles

la pente et rejoint

l’alpage gris-vert

et touche là-haut

ocre la cime

puis le ciel vide et bleu.

2

Le torrent vert court contre les pierres où j’écris.

L’écume insiste à ras de crise et de phrase.

La hêtraie avance son épaule large

dans la mer céleste.

3

Un hêtre touche le ciel et dit :

« le ciel est du pollen,

friable ciel d’où tombent ci et là des hommes,

souffles aux plaies noires,

des hommes, souffrances aux fronts d’or. »

4

Un hêtre dit : « ciel main d’enfant

qui ne sait prendre que le doigt de sa mère ».

5

Un hêtre dit : « ciel main sans crayon sans passion ».

6

Un hêtre dit : « très jeune reptile

au ventre fébrile, c’est le vent impuissant ;

je le pose sur ma branche et l’allaite.

Transigeant vent, merci :

tu m’apprends que je suis beau

dans l’entracte parmi les cris des drames ».

7

Ici les oiseaux à toute gorge répondent au torrent.

Personne ne traduit.

Le torrent insiste.

8

La montagne dit : « ce qui m’échancre

balance dans la peine des hommes, dans la joie des hommes.

Ce qui m’échancre tient la note verte du torrent perpétuel

et me jette dans la parole ».

9

La montagne dit : « ciel pollen dont je tombe,

vois mon éboulis violet qui s’agite,

ma forêt beige, elle rampe.

Un hêtre, un homme,

lentement je rassemble le rayon rouge

de la voix minutieuse des hommes, elle

s’enroule à la parole ».

10

La montagne dit : « ma chair, un homme,

un migrant, je rassemble son histoire,

je me serre claire riant dans son récit ».

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J’habite le fond du cratère

que chaque jour de ma vie creuse dans le sable.

De l’autre côté de l’océan

est-ce que mon cratère a son double ?

Suis-je en deux oreilles l’ouïe du monde

et le son qu’il émet

et même le son qu’elle reçoit ?

Suis-je une plainte discrète ou une joie

ou ce qui sculpte le fond de l’océan

en y faisant tomber et rouler par épopées

les grandes montagnes ?

Suis-je le bruit, la longue phrase,

la polyphonie, l’hymne du sable

qui glisse en dansant vers le fond des deux cratères,

le féminin, le masculin,

le docile, le triomphal ?

Suis-je le grand silence émergeant

du tumulte des eaux, dans la forme

d’un archipel blanc,

c’est-à-dire des mots, quelques phrases,

une salutation et un don

une réplique tendre comme un diamant

dans la paix de l‘aube ?

*****

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