Archive | septembre 2013

Quadrittici di viaggio

« Quadrityques de voyage »

Création avec Barbara Iannello et Simone Di Franco

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– Lundi 22 Juillet 2013, au Pas de l’Essaure, au fond du vallon de Combaut, près de Die

Piccoli uomini di pietra

custodiscono il cammino

per la stiva della valle.

Poiché vengo da luminose distese

di sale infecondo e ho preso

dimora sulla torre lignea

di una nave africana,

dicono mi sia difficile leggere

la metamorfosi del mare in altitudine :

oltre la coffa degli alberi,

scorgo adesso il cimitero

delle balene, e i bianchi denti

del pescecane, e il volo

delle acciughe tra i flutti verdi.

Ma l’Ago cuce vele che si annerano

e mi intimano ancora di andar via,

mentre il mio sangue stanco riposa

in questo inchiostro.

*

Petits cairns

gardent le chemin

dans la calle de la combe.

Parce que je viens des étendues lumineuses

du sel infécond et que j’ai pris

demeure dans la tour ligneuse

d’un bateau africain,

lire la métamorphose de la mer en altitude

va, dit-on, m’être difficile :

au-delà de la hune des arbres

je viens d’apercevoir le cimetière

des baleines et les dents blanches

du requin, et un vol

d’anchois entre des vagues vertes.

Mais le Mont-Aiguille coud des voiles qui noircissent

et qui m’intiment de partir

tandis que mon sang fatigué repose

dans cette encre.

BI et SDF

***

Au fond du poumon de la montagne

la mer renaît,

énoncée, chantée

*

Al fondo del polmone della montagna

il mare rinasce

enunciato, cantato

YB

***

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– Mardi 23 juillet 2013, au Claps, près de Luc en Diois, près de Die, le mardi 23 juillet 2013

Du chaos renaît le chant.

Puis la parole.

Et ses chambres de lumière.

Et son ombre double

où mûrit la foudre.

*

Dal caos rinasce il canto.

Poi la parola.

E le sue stanze di luce.

E la sua ombra doppia

dove matura il fulmine

YB

***

Ho resistito

al precipizio gelido della morte,

allo spacco del cielo e della pietra.

Mi sono nascosto

tra le lastre tombali del caos

dove ho sentito cantare

la vita.

Ma il passo frana

nel fuoco di un rompicapo

da ricomporre

*

J’ai résisté

au précipice glacé de la mort,

à l’éclatement du ciel et de la pierre.

Je me suis caché

entre les pierres tombales du chaos

où j’ai entendu chanter

la vie.

Mais le pas trébuche

et glisse dans le feu d’un rébus

à recomposer

BI et SDF

***

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– Mercredi 24 juillet 2013 le matin, dans les Gorges des Gats, près de Die

Per trovare l’azzurro

della città promessa

devo voltargli le spalle

e accostare l’orecchio alla gola,

aspirare il respiro sordo della falesia,

sopportare il ferro di una lingua di cielo.

Seguendo il mosaico di pietra,

ho accordato la parola

di un torrente di vetro.

*

Pour trouver l’azur

de la ville promise

je dois lui tourner le dos

et poser l’oreille sur la gorge,

aspirer le souffle sourd de la falaise,

supporter le fer d’une langue de ciel.

En longeant la mosaïque de pierre

j’ai accordé la parole

d’un torrent de verre.

BI et SDF

***

Se plie la montagne pour ouvrir gorge

où la parole se mette en cortège

vers une grande agora

*

Si piega la montagna per aprire gola

dove la parola si metta in corteo

verso una grande agorà

YB

***

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– Mercredi 24 juillet 2013 l’après-midi, aux Ferriers, à Boulc, près de Die

Se laggiù,

tra le pieghe delle falesie,

l’enigma di pietra

non inganna,

scavalcherò

il blu oltrecielo

per giungere

alla città invisibile.

E anche se il foglio abbaglia

e il cane mostra i denti,

conservo nella testa

la memoria dell’osso leggero

e negli occhi

l’atlante immenso

di ogni sentiero.

*

Si en bas

entre les plis des falaises

l’énigme de pierre

ne me trompe pas

je sauterai l’obstacle

du bleu outreciel

pour joindre la cité invisible.

Et même si le blanc de la feuille m’aveugle

et si le chien me montre les dents

je garde dans ma tête

le souvenir de l’os léger

et dans mes yeux

page à page

l’atlas immense

de tous les sentiers.

BI et SDF

***

Les montagnes portent le ciel

et l’enfance de l’agora

vers tant d’ombre non dite

*

Le montagne sostengono il cielo

e l’infanzia dell’agorà

verso tanta ombra non detta

YB

***

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– Jeudi 25 juillet 2013 au couchant, sur un pré entre Mens en Trièves et Lalley, près de Die

Sembravano ormai demolite

nell’alveare della testa

le mura della città ideale,

quando ho scorto il balzo di un dio

tra due raggi di sole:

sfiorato dalla sua rosea guancia,

ho riconosciuto il suo odore d’erba…

*

Semblaient désormais démolis

dans la ruche en folie de ma tête

les remparts de la cité idéale,

lorsqu’entre deux rayons de soleil

je vis soudain bondir un dieu :

rose sa joue m’a effleuré,

j’ai reconnu son odeur d’herbe…

BI et SDF

***

Dégorgeant de couleur

la montagne que je portais

me reprend sur ses épaules

vers la prochaine escale

*

Ridando ogni colore

la montagna che portavo

mi riprende sulle sue spalle

verso il prossimo scalo

YB

***

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– Dans les gorges de la Roanne, près de Die, le vendredi  26 juillet 2013  

Attraverserò il deserto

oltre la colonna fossile del cielo.

Sarà poi la consolazione dell’ombra,

e il guado del fiume

che riposa nel suo segreto.

Proprio lì si quieta

la giostra del vento,

tintinna l’argento dell’acqua.

*

Je traverserai le désert

bien au delà de la colonne fossile du ciel.

Il y aura ensuite la consolation de l’ombre,

et le gué du fleuve

qui se repose dans son secret

C’est exactement là que se détend

la joute du vent,

que pétille l’argent de l’eau.

BI et SDF

***

Dans demain

la rivière creuse son coude

et la montagne se plie

là où la parole joue

plus loin que son rêve

*

Nel domani

il torrente scava il suo gomito

e la montagna si piega

là dove la parola suona

più lontano del suo sogno.

YB

***

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– Samedi 27 juillet 2013, au bord de la Meyrosse, en amont des Planauds, près de Die

In un sasso nero

tolto alla corrente,

la preghiera del ritorno;

in un fiore di carta,

il mio diario di bordo.

E con la prua del cuore al mezzogiorno,

sotto lo smalto del cielo

ho messo in fila parole

d’acqua e roccia e vento

da sussurrare alla bocca

del vulcano.

*

Dans un galet noir

pris dans le courant,

la prière du retour;

sur une fleur de papier

mon journal de bord.

Et la proue de mon cœur au sud

sous l’émail du ciel

j’ai embarqué des paroles

d’eau et de roche et de vent

à murmurer à la bouche

du volcan

BI et SDF

***

Chaque aube

à la parole

et à son ruisseau qui ignore le désespoir

la montagne revient

*

Ogni alba

verso la parola

e al suo ruscello che ignora la disperazione

la montagna ritorna

YB

***

Tegu dumno abada

Ensemble de six quadriptyques à l’encre de Chine posée au piquant de porc-épic sur le thème de tegu dumno abada = la parole qui ne cesse jamais créé dans la grotte de Bisi,au centre du plateau sommital de la montagne de Koyo, le 31 juillet 2008.

Dans le continuum de la pensée symbolique d’un espace montagnard dans le Nord du Mali, j’ai vécu et travaillé tout au long de vingt deux séjours de création, de 2000 à 2009, avec un groupe de cinq peintres-cultivateurs de l’ethnie dogon Toro Nomu ; à notre groupe a été adjoint progressivement un captif de Peul, tisserand et peintre-cultivateur  du village de plaine de Nissanata.

YB

***

1 quadriptyque avec Dembo Guindo

– quadriptyque avec Dembo Guindo

volet de gauche : « un arbre pousse sur la terre fertile créée de main d’homme par concassage du grès » ; 1er volet de droite : « le ciel » ; 2ème volet de droite : « la montagne de Koyo ».

La parole pousse ses racines

dans la terre et dans le ciel.

Les pierres s’envolent en piaillant.

Sur les nuages les ombres roulent.

Comme bat le cœur du vent

la parole se distribue.

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2008-7-31 2HGb

– quadriptyque avec Hamidou Guindo

1er et 2ème volets de gauche : « les objets traditionnels et les rites dogon, dont les chants (figurés par les cercles) » ; volet de droite : « les grands objets dogon à pouvoir magique ».

Par ses cascades la montagne se serre la taille.

L’homme marche dans les pas de la femme.

La vie se glisse dans la jeune ombre.

Ainsi tout moule sa forme sur la parole.

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2008-7-31 3HAGa

– quadriptyque avec Hama Alabouri Guindo

1er volet de gauche : « un poète, qui ne finit jamais » ; 2ème volet de gauche : « la parole, qui ne finit jamais » ; volet de droite : « la terre fertile créée de main d’homme par concassage du grès, terre qui ne finit jamais elle non plus. »

En archipel

naissent les montagnes sur le sable

voulant la phrase

que je bêche

de l’aube à l’aube.

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2008-7-31 4AGb

– quadriptyque avec Alguima Guindo

volet de gauche : “ chaque matin tu découvres quelque chose de nouveau, car la parole est infinie ” ; 1er volet de droite : « la maison d’Yves à Die » ; 2ème volet de droite : « en haut à gauche, la montagne de Koyo ; en haut à droite, celle de Die ; en bas l’amitié qui les lie l’une à l’autre. »

Entre l’eau et l’ombre

la montagne hésite.

Entre la première et la deuxième parole

la vie s’agenouille

et se désaltère.

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2008-7-31 5BGa

– quadriptyque avec Belco Guindo

volet de droite : “ les paroles ” ; 2ème volet de gauche : “ [ces paroles] rentrent  toujours à l’est, en haut à gauche, à l’ouest, en haut à droite, au sud, en bas à gauche, au nord, en bas à droite ” ; 1er volet de gauche : “ et toutes les paroles aboutissent au milieu (ben kenda) entre les quatre points cardinaux ”.

L’horizon a-t-il des ailes plus fortes

et la nuit des paupières plus lourdes

que le vent de la parole

qui aspire

au centre ?

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2008-7-31 6YTa

– quadriptyque avec Yacouba Tamboura

volet de gauche : “ les enfants, l’oiseau et l’arbre sont les paroles infinies ” ; 1er volet de droite : “ en bas, la terre ” ; 2ème volet de droite : “ le ciel ; entre la terre à gauche et le ciel à droite, un Ancien dont la parole infinie ne peut monter ni descendre ”.

L’arbre a rêvé

que la montagne avait des fleurs :

les hommes et les oiseaux.

A leurs becs, à leurs lèvres

le pollen intrépide de la parole.

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21-7 02 Banda

Copie (2) de Encre 5 Lamasaga

Copie de Encre 8 Lamasaga