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Le Cercle de pierres

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Poèmes tous peints en plein air pour une installation 

sur papier Fabriano 200gr de format vertical de 200 cm sur 75 :

première présentation publique le 26 août 2015 à Poyols avec des interventions musicales du saxophoniste Nicolas Mizen ( basées sur les éléments de la Sequenza IX de Luciano Berio ) et avec des rehauts exceptionnels de Mariam Partskhaladze (laine, soie, feutre, etc.) sur le cinquième poème.

Cette installation est conçue et réalisée dans la lignée directe d’Archipel Vigie (cf ce blog, septembre 2014) créée à Poyols et Ponet, près de Die, un an avant. A la demande des habitants de Poyols (Association des Amis de la Béoux ; aide du Conseil Presbytéral) et avec leurs participations actives et remarquables le cycle de ces poèmes a été créé et réalisé sur très grands papiers en trois mois.

Portée par l’éloquence métaphorique et géologique des montagnes du Diois et des reliefs de la Sicile, l’installation a pour thème central la migration (drame, exils, long voyage) toujours dans la conscience éthique de l’autre, de son écoute, du dialogue, donc de la parole qui ouvre.

En activant ce lien : https://youtu.be/7gLYD05lC9A on entend l’enregistrement de la création de l’oeuvre

e in italiano, ecco : https://rebstein.wordpress.com/2015/09/07/il-cerchio-di-pietre/

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1

Exceptionnellement peint à Aidone, au cœur de la Sicile

au format vertical 260 cm x 75, le jeudi 11 juin 2015

Des cavaliers sautèrent dans le vide,

la falaise signait leur mâle destin.

Puis une femme prit sa monture,

la fit tourner dans la paume des montagnes.

Les alouettes à tue-tête acquiesçaient

invisibles, là-haut.

Puis les martinets,

dans l’éloquence sonore de la beauté

qui ne possède pas.

2

Créé et peint sur les galets du lit de la Sure, juste à l’amont de Sainte-Croix, près de Die

le jeudi 25 juin 2015

en pensant à la Crête d’Aucelon

Les maîtres font ravaler aux nourrissons leur langue,

les puissants applaudissent, rachètent.

Lui, scindant, scindé,

tranchant, tranché,

ouvrant le ciel en deux

partage les eaux entre ubac et adret.

Effrayé du pouvoir que son geste lui jette au visage,

sacrificateur sans victime

si ce n’est de lui-même,

auberge de chair et de sang

dont cave et grenier brûlent,

pilote aux yeux crevés,

il entend sans fin les tambours de dépossession,

cherche, en jetant de part et d’autre dans le vide des pierres,

cherche la parole claire.

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3

Créé et peint le lundi 29 juin 2015 dans une clairière de Combemal, à Rousset,

sur les hauts plateaux du Vercors près de Die

en pensant aux piliers verticaux du Roc d’Ambanne

Lui traverse à gué le détroit

portant sur ses épaules le monde

harassé, hirsute, argile et ténèbre.

Cette aube il sera le haut pilier calcaire

pour porter son âme vers le dixième ciel

où le sédiment devient allégresse

puis sera une montagne qui se penche

pour poser au sec le monde,

ôter son vieux masque

et lui parler.

4

Créé et peint le mardi 30 juin 2015 dans une clairière de Combemal, à Rousset,

sur les hauts plateaux du Vercors près de Die

en pensant à la haute falaise de Boutarinard, sur la crête d’Aucelon, près de Die

 

Lui aussi traverse à gué le détroit

portant à l’épaule gauche la lune blanche

du doute et de l’épuisement,

à l’épaule droite le noyau de l’étoile

qui monte en vrille dans le ciel

et lève une montagne claire,

simple comme un jeune dieu.

Or la traversée n’en finit pas,

la montagne est creuse

et s’évide par moitié.

Lui reprend l’étoile et la montagne,

les cogne l’une contre l’autre,

en recueille la poussière d’humanité,

plancton sobre et beau de la traversée sans fin.

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5

Créé et peint le 8  juillet 2015 à Die

en pensant au Vallon de Combeau

Elle entend ses enfants jouer dans le sable du jardin,

les grains tombent, le sable chante,

chaque grain est une colline du Caucase,

chaque grain une montagne de son enfance,

grain un glacier noir,

grain une griffe de tigre,

grain une page d’épopée,

elle écoute ses enfants recoudre son enfance,

elle les écoute dégager grain à grain

l’autre pied de l’arc en ciel

qu’elle créa en commençant son voyage.

6

Créé et peint le 8 juillet 2015

aux marnes de Boutarinard, au pied de la falaise de Boutarinard, près de Die

 

De son son enfance il fit un hachis

qu’il jeta en pâture au tigre des glaciers.

Bien après son âge mûr

il grimpe talons nus sur les volcans.

Les empreintes de la plante de ses pieds :

un curieux archipel, dur comme vertèbres,

comme osselets des épopées

qu’il fait tomber et rouler sur la table où se jouent nos destins,

mêlant fine raison et symbole rutilant.

7

Créé et peint le 12 juillet 2015

sur la crête de Solaure, près de Die

en pensant à la crête au dessus du refuge Citelli, dominant Valle del bove, sur l’Etna

J’atteignis la crête avant la nuit

où je vis un large cercle de pierres claires.

La nuit avait déjà noué les vallées.

Je n’entrais pas dans le cercle de pierres.

Qui était miroir du ciel

puis baiser du ciel avant le noir.

Et j’entendis la jeunesse de la montagne,

le lent déménagement des planètes,

l’ardeur avant l’entrée en scène

et le souffle de la création

qui cherche encore ses mots.

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8

Exceptionnellement créé et peint à Casa Corpo, à Noto Antica,

dans le sud de la Sicile le 31 juillet 2015

Car les pierres pensèrent et naquirent

mettant la violence en fuite alluviale

vers le fond des ravins.

Les pierres saluent

et incarnent si bien l’ombre de la parole

que s’y reconnaissent les générations humaines

et que les dieux s’y accrochent même en pleine crête.

Les pierres seront la cave du ciel,

les traces de l’assemblée des dieux,

l’anneau au doigt de la parole

fidèle à la parole

dans sa migration à jamais.

9

Créé et peint le 17 juillet 2015

sur la crête juste à l’est du col de Menée

en pensant à la crête au dessus de Valle del Bove, sur l’Etna

Vers minuit à la lune

arriva un homme très sombre.

De l’autre côté du cercle de pierres il s’assit

et chanta ces paroles :

«  nous avons un précipice dans le cœur.

Quatre volcans portent le ciel.

Mon âme est une haute tour de signes mirifiques,

elle ignore la poussière et la déroute

et j’en pleure.

Un précipice se creuse dans ma bouche.

Serai-je enfin un gué dans quatre vallons ? ».

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10

Créé et peint le 20 juillet 2015

Dans lit du torrent de la Jarjatte, en amont du village, dans le Dévoluy

en pensant à la crête au dessus de Valle del Bove, sur l’Etna

Puis à cheval sur une comète

qui semblait une barque sans fond

arriva un homme au très clair regard.

Il s’assit au bord du cercle de pierres

et chanta ainsi :

« après le gué, j’ai posé le vieux monde

sur un lit de galets étranges ;

tous mes os deviennent harpe

et osselets et flûte dont le vent apprend à jouer.

Assis j’attends, j’entends, je pressens des destins et des mondes

naissant de nos paroles. »

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Créé et peint le 22 août 2015 à Poyols

en pensant au cercle de pierres sur une crête de l’Etna et à Boutarinard

Puis arriva dans le creux du vent

une personne à la voix multiple ;

elle s’assit au bord du cercle de pierres

et chanta ainsi :

« dans des barques ou des trains,

à pied ou en car,

nous allons, déjetant la panoplie de la violence, je vais,

précipice-jardin empli d’enfants et de cris.

Sonnant douce harpe et claire percussion de mes clavicules

et de mes côtes courbes et légères

je porte la parole en graines et son émoi

et la livre à la main de qui veut ne pas tuer ni mourir ».

 

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Créé et peint au col de la Servelle, au dessus de Saint-Nazaire le désert le 21 août 2015

en pensant à la crête de nuit au dessus du refuge Citelli sur l’Etna

Alors le cercle de pierres s’éleva,

devint colliers de lunes lucides au cou de la déesse invisible ;

du centre une voix chanta, proche et immense :

« je suis l’utopie qui nous fait délivrance et lien,

je suis la parole, j’aime sans aimer.

Vous gravissez les montagnes,

vous traversez les déserts et les mers

et je marche toujours à vos côtés.

Je suis votre peau et la racine de vos noms,

je suis votre corde vocale éternelle.

Je disparais dans les rides de la main que je serre,

je suis votre sillage dans la mer

et le poids de la pierre qui monte au ciel puis en revient.

Toujours je vous suis attentive, vigilante et aimante,

mais je n’existe que dans le retrait.

J’allonge la nuit et lui creuse le corps

jusqu’à en faire un volcan au fond de votre sommeil.

Je détends le jour et marche devant vous

qui cherchez à mieux vivre en traversant mers et déserts

pour être plus proches de moi,

mais je vous échappe, déesse oiseau invisible.

Je suis la parole, la délivrance et le lien

qui vous sépare et vous nomme amoureusement.

Vous me suivez et me poursuivez,

je vous devance dans le silence entre les salves de mon chant.

Je suis l’ombre sous les mots

et la clarté de la lune devant les pierres.

Marchant marchant vous me cherchez,

je me montre et m’esquive,

je vous dis et vous indique,

je suis la parole qui vous aime sans aimer ;

aussi faisons-nous cercle

roulant sans fin par les monts et les mers,

cercle qu’aucun dogme ni guerre n’épuise ni n’arrête,

roulant notre cercle par les plaines, les houles et les pentes,

anneau de la paix qu’après tant de violences et d’exils

la parole et le corps se passent au doigt l’un de l’autre,

simple utopie de pierres claires

ou d’os légers sur une crête

ou sur un rivage dans la nuit. »

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*

L’installation Le Cercle de Pierres, avant de proches présentations à l’étranger, a été reprise à Paris le 27 janvier 2016 dans la Grande Salle de la Maison des Associations du 15ème, à l’invitation de l’association Le pont Mirabeau et avec une introduction par Anne de Commines. Voici deux photos de cette présentation :

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Le Cercle de Pierres 1, Paris janvier 2016.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

La Soif

Poèmes-peintures pour une installation en quatre mouvements avec création musicale en musique contemporaine par Clément Caratini, clarinette,
écrits dans les montagnes de Die à partir de juillet 2013, peints-calligraphiés en novembre 2013 à Die.

Tous les poèmes sont calligraphiés et peints, sauf deux, sur polyptiques verticaux de 150 cm de haut par 35 cm de large, chacun à six volets

La création de l’œuvre en « installation » a eu lieu à Paris, Salle de la Saïda, Maison des Associations du 15ème arrondissement (production Cadrans & LP36)

en janvier 2014 avec les interventions de Clément Caratini.

Traduction nouvelle (juillet 2015) chinoise de Zhang Bo.

La Bouche, mouvement 1, novembre 2013

La soif, mouvement 2, novembre 2013

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La soif, mouvement 4, novembre 2013

___________________

Premier poème en quatre polyptiques à six volets chacun

Premier mouvement

Premier poème, premier polyptique

La soif, mouvement 1, 1a

Aux coups et poussées de cette humanité
qui ne parvient pas à elle-même
le haut plateau
dur ondule

bourrelets de dalles lisses
pour brandir boucliers

lapiaz cisaillés
pour taillader le pauvre dialogue

pierres émiettées par myriades
pour égarer la réplique

在这不抵达自身的人性

的击打与推动下

严峻的高原

起伏绵延

光石板的凸缘

为了挥舞一面面盾牌

剪刀般的岩沟

为了划破贫瘠的交谈

千百万块碎石

为了忘却反驳与辩白

__________________

Premier poème, deuxième polyptique

La soif, mouvement 1, 2a

ou
vent et soleil retournent la houle calcaire

ou
bourrelets de dalles
consonnent

ou
vent et vent poussent le plateau
vers sa seconde face
d’humanité
de paix

ou
lapiaz rythmés en chœur à pas félins

或者

风与阳光翻转着石灰的涌浪

或者

石板的凸缘

鸣响

或者

一阵又一阵风把高原

推向它那

平和

人性的

第二张面庞

或者

岩沟猫步般应着合唱

_________________

Premier poème, troisième polyptique

La soif, mouvement 1, 3a
myriades de pierres blanches
où la parole profuse coule comme l’eau du ciel
jusqu’au saut des falaises qui ceignent le plateau

万千白色的碎石

它们充沛的话语如空中雨水

奔流直至环绕高原的悬崖飞瀑

_________________

Premier poème, quatrième polyptique

La soif, mouvement 1, 4b
et la parole tombe en cascade
dans le silence des plaines
où l’autre humanité notre humanité
dans une nuit de tendresse affolée
attend

话语从瀑布飞落

落入原野的寂静

在那里另一种人性,我们的人性

在夜色受惊的温柔中

等待

____________________

Deuxième poème, cinquième polyptique

Deuxième mouvement

La soif, mouvement 2, novembre 2013
Au centre du plateau
dans un creux
une grotte sèche, petite,

accès entre trois rochers serrés,
lèvres minces,
bouche du plateau

Aux parois, traces de peinture
poussière

une silhouette ici,
une auréole, un bras tendu

et là
deux jambes, autre silhouette

et ici
seuls deux yeux sombres
repliés sur l’intérieur du monde
et sur l’autre humanité qui bataille
dans la plaine que la brume cuit

grappins deux yeux
qui tirent l’humanité
vers la dalle claire
où la parole met à sécher la violence,
la colère, la pitié, l’autre tendresse

modestes effigies de couleurs de cette humanité
qui ne parvient pas à elle-même
mais bredouille parmi les pierres sèches
à tâtons de couleurs

在高原的中心

在一道凹隙中

一个岩洞,小而干燥

入口在三块紧贴的巨石之间

瘦长的双唇

高原的嘴

在岩壁上,颜料的痕迹

灰尘

这里一片侧影

一道光晕,一只手臂

那里

两条小腿,另一片侧影

这里

唯有一双昏暗的眼睛

朝向世界内部合拢

朝向在迷雾蒸腾的平原上厮杀的

另一种人性合拢

如爪的双眼

把人性拉向清明的空地

那里话语风干暴力,

怒火,怜悯,另一种温柔

而那不抵达自身的人性

的简朴彩像

在干燥的石块间低语

寻找属于它的色彩

__________________

Poème, sixième polyptique

Début du troisième mouvement

La soif, mouvement 3, 1b

Au sommet peignant
ce que me disent haletantes
la plaine et les crêtes
j’éclabousse hors mon papier
la pierraille et les dalles

Accourant sur le papier
la parole gicle
à tâtons de couleurs
qu’ancêtres et gens de plaine
assoiffés de tendresse
aspirent dès que je relève la main
et elle, le vent la remodèle

我在山尖上描画

平原与山峰

迫切向我诉说的一切

我溅湿了纸页外的

石堆与石板

话语迸射

在纸页上飞奔

寻找属于它们的色彩

祖先与平原上

渴望温柔的人们

在我抬手时开始呼吸

话语,被山风重塑
__________________

Poème, en deux polyptiques.

Septième polyptique

La soif, mouvement 3, 2a

Et si s’éclaboussent les couleurs
c’est que leur jet crée le torrent
qui court par la pente du plateau

en roulant ses galets
qui tintent
au fond du rond vacarme du monde

如果色彩飞溅

缘于它的喷射形成激流

在高原的斜坡上奔涌

卵石滚动

鸣响在

世界无边的喧嚣深处

_________________

Huitième polyptique

La soif, mouvement 3, 3b

Ma rotule est un galet en sol
ma clavicule un galet en mi
mon crâne un écho
tous autour de l’os léger
qui résonne dans la petite grotte peinte

os léger tendre omoplate
dont la parole affûte la joie
au fond obscur du ciel
et de ma pauvre montagne blanchie au soleil
我的髌骨是G调卵石

我的锁骨是E调卵石

我的头颅是回音

一切环绕着轻盈的骨骼

在彩色小岩洞中混响

轻盈的骨骼,温柔的肩膀

话语磨尖欢乐

在天空晦暗的深处

在我被阳光漂白的质朴的山中

__________________

Poème en trois polyptiques.

Neuvième polyptique

La soif, mouvement 3, 4b

N’ignorant pas le flux et le reflux
la couleur erre
entre cascade du soir
et aube fêtant seule
l’implacable tendresse

不要忽视潮起潮落

色彩流浪

在黄昏的飞瀑之间

黎明独自欢庆

不可抗拒的温柔

_________________

Dixième polyptique

Quatrième mouvement.

La soif, mouvement 4, 1b
Erre la couleur
refluant dans la petite grotte
giclant sur mon papier
fruit mûr sans mourir
dont la graine bondit
entre les galets aveuglants
dans un mot

色彩流浪

涌回小小的洞穴

飞溅在我的纸页

成熟的果实不死

它的种子跃起

在炫目的卵石之间

在一个词中

_________________

Onzième polyptique

La soif, mouvement 4, 2c

tandis que sous les nuages de l’orage
les étages des falaises se courbent
pour écouter le chant grave du torrent

qui se moule à l’os léger
brandi d’une main d’enfant

par l’intransigeante beauté de la parole

风暴云下

层岩躬身

为了倾听激流肃穆的歌

歌声被铸成孩子手掌下舞动的

轻盈骨骼

通过话语毫不妥协的美

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Archipel Vigie

Huit poèmes-peintures de 2 m de haut sur 50 à 75 cm de large,
créés, dans une première étape, par Yves Bergeret dans les montagnes du Dévoluy et autour de Die l’été 2014 (aidé de Francine Dutartre) avec improvisations en musique contemporaine de Nicolas Mizen, saxophone,
en observant les cimes calcaires très mouvementées du Dévoluy à l’Est de Die, en dialoguant avec elles.

Les hautes crêtes calcaires du Dévoluy à l’Est des hauts plateaux du Diois s’opposent aux vastes ondulations lentes de ceux-ci, lentes comme les flux d’une houle minérale. Le Dévoluy a la forme d’un archipel aux îlots élancés, aux silhouettes abruptes et épiques.

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Ou bien le Dévoluy a la forme d’une flottille cherchant à accoster une terre très étrangère. Cette opposition a inspiré Archipel Dévoluy.

***

Dans une seconde étape, les huit grands poèmes peintures ont été présentés tout près de Die au public au temple de Ponet

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et au Temple de Poyols le dimanche 14 septembre 2014,

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Nicolas Mizen en complète improvisation contemporaine a inventé les correspondances musicales de ces huits poèmes-peintures en réminiscence de Jolivet puis surtout de Xenakis, Kientzy, Debussy, Philippe Geiss, Ryo Noda et Berio ;

************

Yves Bergeret a dit les poèmes dans une diction profondément renouvelée ajoutant à l’énonciation simple glissements, répétitions, retournements syntaxiques, murmures, balbutiements, sans toutefois que jamais ne se perde le sens des poèmes.

La présentation de cette œuvre dure 50 minutes.

Poèmes 1 et 2

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1
Sur la crête de Solaure, près de Die, le jeudi 3 juillet 2014

Archipel cortège
navigue

accoste à notre grand récit

Dans ses cales, ses cavernes, ses soutes
le récit à l’envers

de l’eau à la pierre,
de la falaise en plateau,
de l’horizon en spirale,
du souffle en ponctuation
et du mot seul en légende

***

2
A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le mardi 22 juillet 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure en crue

Ce sommet là entre dans l’aube
par un mot à trois tons

cette brèche salue les vallées profondes
par un glissement sous deux verbes

ce sommet ci entre dans la vie
par un jet d’ombre en trois syllabes

et le plus haut
prend le ciel par la main
et l’assied à notre écritoire

*****

Poèmes 3 & 4

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3
A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le lundi 28 juillet 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure avant un grand orage

Un seul nuage sur l’océan
un seul vent sur la montagne
une seule note dans la nuit
et toute l’histoire revient,
le cycle des héros et des grands voyages
et aussi le cycle mineur que tristesse et faim rongent

Le nuage passe en saluant,
le vent roule en riant,
la note ouvre la syllabe
qu’à pleine gorge la nuit délivre
et je nais dans la seconde syllabe.

***

4
Dans le vallon de Gleyssoles, près de Saint-Nazaire le désert, au sud de Die, le mercredi 29 juillet 2014,
en écho réciproque aux improvisations au saxophone de Nicolas Mizen, en même temps sur l’île granitique d’Ouessant, extrême pointe des terres dans l’Océan Atlantique, à mille kilomètres de Die

Elle a traversé les steppes du sommeil,
la montagne

elle a dormi sur son coude replié,
la montagne

cette aube elle se dresse jusqu’au cinquième point cardinal
comme un jet de sang frais dans un rêve aigu :
elle a vu arriver l’étranger
assoiffé de parole

elle lui réplique en dansant

elle est la voix étrangère

elle est la voix étrangère
fusant au cinquième point cardinal

***

Poèmes 5 & 6

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5
Dans le lit du Bez, juste en aval de Châtillon en Diois, le jeudi 28 septembre 2014

La vie peut être un gué dans une mer sèche.
On ne l’oublie jamais.
Au creux des guerres et des siècles
cette montagne a pris le nom d’Obiou.
Elle préfère que la vie soit une longue nuit de veille.
Et ainsi l’Obiou nous chante cap et vigie.

***

6
Dans le lit du violent torrent issu de la face Nord-Ouest du Grand Ferrand, à Tréminis, dans le Trièves,
le samedi 30 août 2014

Au revers des séismes et mutilations
cette montagne a pris pour nom Grand Ferrand.
Elle chérit l’incision, le nuage, la filiation rude,
le marronnage, l’éclair.
La vie, dit-elle, est un gué entre la lave et le magma.
Les hommes de parole ne flattent pas le Grand Ferrand
mais l’écoutent, s’il chante cap et vigie.

***

Poème 7

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7

A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le vendredi 5 septembre 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure aux eaux très basses

Les crêtes du Dévoluy ne dansent-elles pas
en chœur pour nous ?
Ne dansent-elle pas au cœur de nous ?
Les voici, proches et rebelles,
embryon d’un horizon tiers,
parole notre à venir,
plus vive
plus miroitante

piétinant,
nous tendant les mains

***

Poème 8

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8
Sur la crête de Solaure, près de Die, le samedi 6 septembre 2014

Les hauts plateaux,
belles lignées des gens de la parole,
accostent au Dévoluy

Les hauts plateaux naissent
dans la troisième syllabe
luy
luit, lueur de la parole hors tout maître
lui, l’autre, distant, l’étranger, vigie à jamais

et danse le Dévoluy
comme les pas des gens de parole
passant le gué
du silence à toi

***

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L’installation Archipel Vigie a été présentée de nouveau à la galerie Tunnel Riva, à Monaco, le vendredi 10 avril 2015, les poèmes étant dits par le poète accompagné par des improvisations musicales de Roland Proell au piano et de Roberto Sechi au violon.

L’Os léger

Installation créée en juin 2013 à Noto Antica, dans le sud de la Sicile sur les faces sud et ouest de l’ermitage della Providencia,

dominant la pointe sud de l’île ; avec des sculptures de Carlo Sapuppo

et avec des improvisations en musique contemporaine d’Enrico Sorbello, violoncelle, et Savi Mana, violon,

et une diction en italien par Pia Scornavacca

 

1
L’île dit :
j’accueille
et protège

entre les continents
je souffre ou tue

je tends l’oreille
ou le poing

priant la parole
d’être la mère
de la mer

dont les courants
et les vagues
me harcèlent

vers un monde
moins hostile

2
Au volcan qui crie
l’île répond
par le souffle d’espoir

qui se lève dans les pas de l’étranger
et bâtit notre demeure
de plein vent

3
L’homme fertile dit :
Décalés déjetés
eux agitent des bribes d’armure
déplacent certains murs
et même des caves,
fomentent des guerres
avec héros bruyants

ils tambourinent aux images
qu’ils dressent en paravents pour cacher l’horizon
et ne pas lire sur sa ligne lucide la parole
dont naissent la danse des montagnes
et la joie nue de générer

4
L’homme sans nom dit :
A l’enfant de l’autre rive
je fais place
ouvrant dans les murs qui l’enferment
la fenêtre de mon chant

A la femme de l’autre pays
je donne l’eau fraîche et le pain
ouvrant entre les poings qui se hérissent
la paume de ma vie

Dans la pente rocheuse
je m’absente
inapte au conflit

me suffit le bruit des pas
de qui, une épaule puis l’autre,
passa par le chas de l’aiguille
de la parole claire

5
Le poème dit :
Monté sur la cime trop haut
je suis phare d’humanité et d’inhumanité
je découvre la supercherie des dieux,
toutes fenêtres ouvertes j’élance
mes oiseaux de parole

bagues à leurs pattes
portant mes questions
dans les vallées et les villes
embrouillées dans des langues peu claires

phare mon grand livre
toutes pages ouvertes
où rien ne s’écrit
qu’en parole qui ouvre
avec des lettres de couleur et de feu

6
L’homme lucide dit :
La montagne fume
et le corps fume
et l’île fume

après la tempête qui nous déchira
et la foudre et le séisme

lavée la parole se pose
sur les pierres blanches, sur nos mémoires pleines
sur nos poings serrés

et sur nos crânes à présent chauves
que la vie fend en deux,
l’os reliquaire de la fierté qui saigna,
puis l’os léger

l’os léger que la parole balance
d’un bord à l’autre
le cognant aux rêves alternés de l’homme et de la femme,
aux bords réciproques du conte et du poème
du non et du oui

7
L’os léger dit :
Je suis la part claire en l’homme
je courbe son destin violent
et donne à la colline la forme du sein
et au calcaire sa lumière de fond de mer

je chante par la voûte des cavernes
je suis ce dont vibre la vocalité de l’homme
jusqu’en haut des collines
je suis ce dont il inverse le volcan
dans la courbe de la parole

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Mali 1999-2009

Dans cette période plus de vingt longs séjours au village de Koyo, de l’ethnie dogon Toro Nomu, près de l’oasis de Boni dans le Nord du Mali, ont donné lieu sur la montagne de Koyo et sur les montagnes voisines à une vingtaine d’installations de poèmes-peintures sur pierre créés, pour les signes graphiques, par les peintres-paysans Alguima Guindo, Belco Guindo, Dembo Guindo, Hama Alabouri Guindo, Hamidou Guindo & Yacouba Tamboura et, pour les aphorismes poétiques, par Yves Bergeret.

En voici témoignages : 11 Installation Berbete 4, Koyo, juillet 2009 10 Installation Berbete 3, Koyo, juillet 2009 04 Tin Piri Koyo 1 février 2008 01 installation Koyo ilo juillet 2005

Parallèlement en Europe les oeuvres créées en dialogue sur tissu ou papier à Koyo ont donné lieu à de nombreuses installations dont voici aussi trois témoignages :

1   Au Museo nazionale Etnografico à Rome, été 2005 Rome, Museo Pigorini 2, 2005

2 à la Médiathèque de Poissy, en 2008 : Exposition 2 Poissy mars 2008 005 Exposition 2 Poissy mars 2008 003

3   à l’abbatiale de Baume les Dames, en 2007 : expo-3 expo-2