Trait, Image, Collines (à Piazza Armerina, Sicile, décembre 2017)

On lit la version italienne des ces poèmes, créée par le poète Francesco Marotta, à cet endroit (seconde partie) :  https://rebstein.wordpress.com/2017/12/27/teatro-resistente/

 

 

 

Le trait

30 novembre 2017

 

1

Du tourbillon des langues

celui-là est le vide central,

il chante ce qu’il entend.

La lumière vient du fond des eaux de la mer.

Chaque langue est un profil en contrejour.

Du tourbillon des langues

celui-là est la présence en retrait.

 

2

Au coeur du tourbillon

est le bourdon.

Sur le bourdon

il lance comme un pont

le trait qui nomme,

sillage de la parole toujours naissante.

 

3

Dans l’écume du sillage :

l’ombre de l’acte de la parole

toujours en mouvement.

 

A la proue l’écume aussi :

notre longue pièce ensemble à jouer

sur la scène des langues.

 

***

 

 

L’Image

1er décembre 2017

 

1

J’ai dressé l’image

comme au mat se hisse la voile

et l’horizon s’écarte

dans des coulisses sombres

de part et d’autre

à gauche et à droite du récit.

 

2

L’horizon m’appelle

sauvagement ;

l’image fut ma mère,

sur ses genoux je ferme les yeux,

sur ses genoux j’ouvre les yeux

dans la légende

et ses parfums et ses griffes dorées.

 

***

 

Collines

14 décembre 2017

 

 

Les collines s’éloignent toujours plus.

Elles se dénudent.

Les villages de crête agitent les bras.

*

 

 

Depuis deux mille ans les chèvres ont tout mangé.

Chauves, sèches, les collines

s’allongent dos au ciel.

*

 

 

Toutes ventre au sol

bouche à terre

elles respirent la mer souterraine,

les longues algues, la vigilance.

*

 

 

Calcaires leurs clavicules

leurs vertèbres font saillie ci et là.

Vendetta ou pardon futile,

on jette les morts aux charognards.

On les réveille.

*

 

 

Le vent laboure la promesse,

respecte le secret.

*

 

 

Les nuages sont pudiques.

Restent très haut.

Aucune colline ne trahit,

ne part avec eux.

*

 

 

Les collines s’éloignent s’incrustent

dans le détail des légendes,

dans le delta des mythes, seulement là-bas,

dans les terrasses sèches des strophes

que la mer regrette et délaisse

et reprend.

*

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 responses to “Trait, Image, Collines (à Piazza Armerina, Sicile, décembre 2017)”

  1. Antonio Devicienti says :

    Dans tes vers je reconnais, cher Yves, la Sicile que j’aime, tourbillon de langues depuis des siècles, mais aussi la Sicile contraddictoire de la beauté et de la méchanceté, de la culture et de la désolation…
    En Sicile la parole est image, l’image est parole, comme tu as parfaitement écrit.

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  1. Teatro resistente | La dimora del tempo sospeso - 27/12/2017

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