Tenace théâtre (en Sicile, décembre 2017)

 

Cycle de sept poèmes calligraphiés chacun en deux exemplaires par Yves Bergeret à Catane du 26 novembre au 10 décembre 2017 (pendant les ultimes répétitions de l’adaptation théâtrale de Carène) sur quadriptyques verticaux de Fabriano Rosaspina 285 g de format 100 x 35 cm, avec en collage des dessins qu’Alguima Guindo a créés en février 2005 au village de Koyo, au Mali, et donnés au poète afin de le protéger et de l’initier à la pensée animiste complexe du peuple de ce village.

La version italienne de cet ensemble, réalisée par le poète Francesco Marotta, se lit à cet endroit : https://rebstein.wordpress.com/2017/12/27/teatro-resistente/

 

1

Ici le magma cogne.

Ici il y a peu de phrases.

Ici quelque chose prend les deux bassins de la Méditerranée

et les cogne l’un contre l’autre

comme à un oiseau on brise les ailes en les

pliant l’une sur l’autre par-dessus son dos.

 

Au milieu du pli

il y a le port, deux darses immenses, le môle.

 

Mais il y a la scansion du théâtre dans l’entrepôt

pour sous le cri et le craquement des os

chercher de nouveau parole,

retrouver souffle.

 

2

Ici il y a la darse des noyés

et la darse des conteneurs.

Il y a des silos gris, il y a des chantiers navals.

Il y a l’Aquarius qui prépare ses prochains sauvetages.

Il y a du crime libyen, il y a l’oppression féodale

 

et le contrepoids infime et immense

du théâtre dans l’entrepôt

pour jeter de la lumière

au milieu de la grande querelle

et la faire fuir comme un cafard.

 

3

Ici il y a le grand marché.

L’oiseau aux ailes brisées l’une contre l’autre

claudique à terre

et cent oiseaux des deux bassins de la mer

et mille oiseaux des deux continents

claudiquent sur les toits de tuiles

par-dessus les cris les ruses les cris.

 

4

Puis un grand battement

puis deux puis dix,

c’est le chœur qui reprend souffle et dit

et ouvre sous le tumulte

dans le tumulte vorace ouvre

reprend le grand récit,

et les oiseaux s’envolent

en tourbillon dans le ciel du marché.

 

5

Au môle est amarré trois jours l’Aquarius.

Puis reprend la mer trois semaines l’Aquarius.

Sur les pavés du môle débarquent les migrants secourus

des désastres, des trafiquants.

De la haute scène d’acier du sauvetage et de la survie

descendent les héros meurtris

dont les mots sont encore pudiques.

 

6

De l’autre côté de la darse

dans le vieil entrepôt glacé le chœur

avec les murmures des héros allume le feu

de la parole qui réveille,

dans le vieil entrepôt le chœur va

et bat de toutes les ailes de la parole.

 

 

7

Toutes les ailes de la parole

battent,

phrases accortes,

répliques aux meurtres vieux ou neufs,

couleurs en damier et ci et là,

tandis qu’éclatent devant la lune

les petites bruyantes fusées d’artifice

des trafiquants

de cocaïne pour avertir de la livraison

fraîche.

 

Mais est-ce que ce n’est pas de la neige qui retombe,

la neige claire de la fraternité

sur la scène où le chœur appelle appelle,

où le chœur des deux continents

construit un clair damier de fidélité

sur une terre dure

où le magma n’est jamais loin

mais jamais ne se lasse le chœur.

*

*****

***

*

 

 

 

 

 

Publicités

Trackbacks / Pingbacks

  1. Teatro resistente | La dimora del tempo sospeso - 27/12/2017

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :