Ouïsolid, l’Oeil et les Lithophones

Le poète Francesco Marotta traduit en italien les paragraphes ci-dessous : https://rebstein.wordpress.com/2021/12/07/locchio-che-ascolta/ . Or il joint à cette traduction-ci celle du passage (traduit par lui aussi) dans Le Trait qui nomme où, juste après cette épisode périlleux, je décrivais il y a dix-neuf ans ce qui se révélait comme un rite, ou plutôt comme mon initiation à un rite.

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Il y a 20 ans les Toro nomu Dogons du village de Koyo, dans le nord du Mali, m’ont emmené presque en haut d’une crête rocheuse verticale de leur montagne de grès orange. Il y avait là un vrai trou dans la masse rocheuse : il faisait sans doute 10 mètres de large, avec vers l’ouest une paroi vertigineuse de 300 mètres de haut dominant la plaine sableuse du Sahara, et vers l’est une paroi de seulement 50 mètres de haut dominant le plateau où se trouvait le village. On aurait pu dire une boutonnière géante pour boutonner le ciel à la terre.

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Nous sommes montés par la paroi la moins haute, celle du côté du village. Sans aucune corde. Je peux vous dire que la descente a été une escalade vraiment très difficile et, pour moi, carrément dangereuse. Les Toro nomu, tous excellents grimpeurs, appellent cet énorme trou, 3 mètres de haut, Ouïsolid ; les rares parlant français m’ont dit que je pouvais l’appeler « L’Oeil ». Des gros blocs de pierre au sol du trou…nous étions une quinzaine… Je ne comprenais pas pourquoi nous étions là. 

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Mais soudain, dans mon dos, j’ai entendu des sons cristallins non pas aigus mais graves. Quelques initiés frappaient avec des petites pierres certains des gros blocs au sol. C’était un ensemble extraordinaire de sons rythmés. J’ai vu alors que la surface de certains blocs au sol était usée au point de sembler du marbre ; et les petites pierres dans la main des initiés étaient cylindriques et également usées comme marbre. 

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Les sons de ces lithophones rebondissaient extrêmement loin. Les initiés m’ont dit :  » nous parlons ainsi avec tous les êtres de la montagne, les gens du village, les ancêtres, les animaux, les esprits ; nous t’avons mené ici pour que ta parole soit portée par ces pierres à tout ce qui parle, vit, respire dans notre montagne « .

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Yves Bergeret

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4 réponses à “Ouïsolid, l’Oeil et les Lithophones”

  1. lemaitre xavier dit :

    Fraternité avec les Toro nomu Dogons, qu’ils puissent « parler, vivre et respirer dans leur montagne »!
    « Œil » bienveillant, parois protectrices, soyez garants de la portée du Chant de pierres polies des initiés!

  2. Geneviève Gohin-Chignac dit :

    Quelle extraordinaire et belle histoire ! « L’œil » de la montagne, messager des paroles et des pensées, lien entre le monde réel et l’indicible. Merci Yves

  3. linette26e9b0bdf480 dit :

    L’œil qui écoute… Quelle belle expérience ! Merci

Rètroliens / Pings

  1. L’Occhio che ascolta | La dimora del tempo sospeso - 07/12/2021

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