La Maquette (12 Le feu)





Les deux derniers épisodes, le onzième et le douzième, qui concluent La Maquette,
se lisent en italien dans une splendide, ample et lumineuse traduction
du poète Francesco Marotta,
à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2020/06/03/il-plastico-11/
 
YB

Si la maquette-masque ne prend pas feu
c’est qu’elle est plus forte que le feu
de haine, guerre et confusion.
 
Son père est un tout autre feu, elle l’honore.
De ce feu paternel peu est su
car c’est très profond sous la croûte terrestre
qu’il brûle et ronfle et nourrit et brûle,
très profond sous le fond des océans,
très profond sous la peau de la personne.
Il remue et tourne sur lui-même,
magma dit-on, jaillissant parfois
en crevant la croûte des roches froides pour
répandre destruction, recomposition et fertilité
à la surface des îles et des terres longues.
 
A ce feu paternel la maquette-masque
doit aussi d’avoir la forme d’un volcan,
d’un sein solitaire dont unique au monde
est la mélancolie scintillante
car son téton nourricier est en bas
dans l’ombre de l’orgueilleux sein,
son téton, la source rouge de la parole.
 
Sa mère est le bois le plus vif, aubier
du chêne millénaire, travaillé en poutres et
planches, poutres et planches ayant porté
et abrité humaine famille en la maison.
Et maintenant broyé broyé broyé
et étiré en rames de papier.
Et le papier a blanchi, a porté les mots écrits,
les comptes du commerçant, l’inventaire âcre
du notaire, les dettes étrangleuses et les contrats
sibyllins. Puis intoxiquée par sa propre honte,
la mère a refusé,
le bois a refusé, a reverdi et le papier a porté
les messages secrets de l’amour, les dernières
pensées des condamnés, les appels des Résistants,
en somme la beauté humaine.
 
Et quand le maternel vacarme des siècles en lutte
a trouvé meilleure voie, il a porté vie.
Bois, a tant porté vie qu’un soir il s’est fané
et la mère harassée a voulu partir.
Mais nous l’avons tant aimée que pour nous
elle s’est pliée et froissée et mêlée et broyée,
devenant le carton dont se crée la maquette.
 
Je veux que la maquette follement impudique
soit la précaution, le masque qui permet de danser
malgré les giclures acides de la guerre, de la violence
et de la bêtise et de traverser leurs flammes racistes.
 
Je veux qu’elle soit le masque qui permet
de respirer, inspirer, expirer par le feu réel
et avec le réel feu du magma, par la puissante
naissance de la vie et par la somptueuse
avalanche qui retourne à sa naissance.
 
Je veux que la maquette follement utopique
soit le masque qui porte la voix et grâce auquel
je clame et tu clames et nous clamons ce que
dévaluent la frigide écriture et l’académisme,
cela qui foisonne dans nos âmes et nos corps,
le furieux dialogue qui nous lie
et nous fait aimer qu’un rythme, un chœur,
un théâtre rendent aimable cette fureur en dédoublant
la parole incandescente, la parole de la parole,
en son ombre et en elle-même,
souffle inspirant expirant du mot
et de son petit frère le bref silence mettant
au monde le mot suivant.
 
Ainsi va la vie de la maquette,
la vie marchant allant pivotant autour de
la source rouge de la parole.

2 réponses à “La Maquette (12 Le feu)”

  1. vengodalmare dit :

    È un’opera magistrale
    (peccato non si possano vedere meglio le foto dei suoi trittici, sono anch’essi parte del testo e altrettanto belli).

Rètroliens / Pings

  1. Il plastico (11, 12) | La dimora del tempo sospeso - 03/06/2020

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