REBONDS, 3ème cycle, Genèse

Du 12 au 14 juillet 2022 j’ai créé et calligraphié, avec les mêmes techniques et mêmes supports (215 cm de haut par 60) que pour les deux premiers cycles, les six poèmes de ce troisième cycle, Genèse. (On se rappelle la dynamique des deux premiers cycles : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2022/07/19/rebonds-1978-2022-oeuvre-au-long-cours/)

En cette mi-août, mon travail a été toujours porté par l’esprit du Glacier Noir, tel que dans le deuxième cycle de Rebonds, mais aussi par l’esprit de la Résistance, du respect absolu du dialogue et de la parole donnée : personne humaine, même naissant au monde, et montagne se respectent et s’écoutent vraiment, se grandissent, grandissent ensemble.

Le lieu même de cette création était parfait : l’ancienne école d’Aussillon, qui fait depuis une quinzaine d’années fonction de centre d’art communal, au pied de la Montagne Noire, dans le Tarn entre Mazamet et la très belle ville de Castres ; je ne saurais assez remercier Paul Foursin, de l’association Ha Ha Art, et Jeanne Gleizes, présidente de l’association : ainsi que Danièle Mailhebiau.

Le 31 août 2022 Genèse en ses six très grandes calligraphies est présenté à Die, grâce à Anne-Marie Poncet, à qui j’adresse de vifs remerciements.

Le poète Francesco Marotta traduit Genèse en italien dans une très belle version que voici : https://rebstein.wordpress.com/2022/09/05/genesi/

*

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1

Tu nais,

en trois bonds lumineux

la montagne vient habiter sous ton front.

.

Tu nais,

le torrent t’offre ses cordes vocales.

Vous vous parlerez avant la neige.

.

A peine ouvres-tu les yeux

certains nuages déjà t’emportent sur leur dos.

.

Dans tes yeux sombres veillent plusieurs montagnes,

celle aux sources rouges,

celle au lait profond,

ou celle à profil de vent du large, du grand large.

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*

2

Disponible aux serres de l’aigle, voici le granit.

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Libre fissure dans la paroi verticale.

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Béante, la brèche, béante à la ruée du vent.

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Voici bouche future,

déjà un murmure, un prologue.

.

A toi de mettre en récit

mont et piémont

et combe et moraine,

sombres et clairs

.

épaules fines ou larges,

marines ou réelles,

solaires ou d’apnée…

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*

3

Les torrents grondent,

l’avalanche à rebours cherche le vent, l’aube.

Les sabots du ciel

cognent contre le granit.

La montagne, est-ce qu’elle s’écarte ou se réunit ?

« Mes bras, dis-tu, sont courts

mais savent.

Ma salive lie les pierres.

Je n’ai pas le temps pour le doute.

C’est moi qui ouvre le socle de la montagne.

Mes bras lui ouvrent une baie

où l’océan accourt,

voici un port, des quais,

c’est ma fable claire. »

.

*

4

« Je marche sur l’eau.

Mes pieds, dis-tu, sont des barques.

J’éclabousse, j’asperge, j’abreuve la montagne,

elle grandit, arbre exubérant

vacillant vers… »

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*

5

« Dans les feuilles de l’arbre, dis-tu, je souffle.

Quel alphabet palpite dans mon souffle !

Elle grandit, la montagne, arbre gris et or.

A mon souffle son tronc s’apprivoise

et jusqu’à mes genoux s’incline ».

.

*

6

« L’ancre, dis-tu, je l’aime, l’embrasse, je la laisse

et le souple tronc se relève,

bondit à ses quatre mille mètres.

Qui est l’ancre, elle ou moi ?

La mince espèce humaine,

juste graines minérales et minotières,

un peu de bris, de grincements de dents

entre les lèvres du monde assoiffé de sens…

mais torrent, neige et glace

se précipitent, ah l’avalanche

qui frissonne

par mes bras grand ouverts,

qui maçonne. »

.

*

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Yves Bergeret

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6 réponses à “REBONDS, 3ème cycle, Genèse

  1. Antonio Devicienti dit :

    Célébrer la naissance et la vie avec des mots et des couleurs si chauds que la lecture et le regard en résultent si émus…

  2. xavier lemaitre dit :

    Si comme l’écrit Malcom de Chazal « La couleur est un corps de chair où un cœur bat », GENESE s’entend primat et ampleur du souffle.

  3. Jean-François Mathé dit :

    Avec le grimpeur les mots escaladent la montagne et mieux que les mains, ils en saisissent la réalité spirituelle.

  4. Colette KLEIN dit :

    « Les sabots du ciel cognent contre le granit » et le poète est d’une force qui le place aux côtés des anciens dieux, dévorateur d’images qui chaque matin recrée le monde qu’il régurgite avec des mots macérés dans l’obscurité de ses entrailles.
    Quant à l’exposition, elle est somptueusement mise en valeur dans cette ancienne école !

  5. Catherine Reeb dit :

    Juste magnifique !

Rètroliens / Pings

  1. Genesi | LA DIMORA DEL TEMPO SOSPESO - 05/09/2022

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