Six fois plus clair, six fois

1

Oisans, autour de la Barre des Ecrins, avril 2022 (D.R.)

Mes yeux doivent-ils pleurer si d’avril à août mes Alpes ont perdu l’onctueuse esthétique commode au ski pour rejoindre l’âpreté minérale des déserts que j’adore ?

Oisans, autour de la Barre des Ecrins, août 2022 (D.R.)

2

Guêpe carnivore : un ambassadeur des ayatollahs iraniens veut que sous sa férule je retraduise Rûmî. Sous sa férule.

Rûmî et moi éclatons de rire.

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3

Là-bas, encore plus à l’est, une borgne arrogance de plaine prétend tout peuple montagnard « minorité nationale ».

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4

Aveugle et sourd qui n’entend pas ce que dit la montagne.

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5

Tyran et mafia adorent toute victime mutique.

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6

Peindre au mur transmet vie, volonté de vivre, salut à la vie. Fille de la vie, l’image. L’image au mur agit.

Hommage à François Arago (1786-1853), physicien, astronome et député engagé pour le progrès social lors de la Seconde République (fresque de A. Sauvage, années 1950, dans un bar du quartier de l’Observatoire à Paris).

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Yves Bergeret

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***

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4 réponses à “Six fois plus clair, six fois

  1. Michel: dit :

    Très cher Poète,
    Pourquoi pleurer sur le cycle des saisons ?
    Mais la fonte des glaciers, si flagrante en Oisans/Ecrins, la décohésion rocheuse, l’incendie de forêt à Romeyer, toujours pas éteint, autant de situations où ces nouveaux dangers doivent « humilifier » l’humanité …
    « C’est parce que nous existons que nous voyons l’univers tel qu’il est ». « C’est parce que je l’observe et l’admire que l’univers est ainsi ». Mais quelle est ma, notre « responsabilité » ? Celle d’être sourds et aveugles, celle d’être grégaires sans volonté de différence, celle de se soumettre sans réfléchir si c’est ainsi qu’on écrase, celle de réclamer sans accepter de participer, celle de savoir sans réfléchir, celle de désirer sans contempler et jouir, …

  2. Sandrine Péricart dit :

    Merci pour cette publication qui ne manque pas d’humour… L’ultime photo est en elle-même une mine (de joie) !
    Distance heureuse du peintre avec la commande, distance clairvoyante du photographe avec l’action de l’image dans ce bar…
    Pêle-mêle :
    La télévision est-elle l’œil borgne du télescope ?
    Arago avait-il le même tailleur que Lamartine ?
    L’homme de pensées qui tourne le dos à la fresque est-il un descendant du physicien ?
    Pourquoi une sphère armillaire en 1950, et pour évoquer le dix-neuvième siècle ? Pourquoi un sextant qui flotte sur un parchemin ?
    Ah comme le peintre se rit des métaphores picturales du savoir…
    Et je vois toutes sortes de constellations : l’Écrevisse, les Gémeaux, le Taureau, le Verseau, mais… où est la constellation de la Carène ? J’en vois néanmoins les chevaux écumants sinon cabrés.

    « Six fois plus clair », opposition de la montagne stéréotypée et de la montagne essentielle, opposition de la liberté du mythe et de la tyrannie de ses gloseurs, opposition du regard visionnaire et qui se porte au loin, et de la petite fenêtre étriquée de la télévision ; heureusement, les constellations, qui sont du mythe écrit dans le ciel, dansent et rient !
    Joie.

  3. xavier lemaitre dit :

    « Mur Méditerranée » tombe et les Alpes solidaires s’africanisent.

    En marge du légalisme chiite ou sunnite, le soufisme cultive l’expérience intérieure: poésie et liberté…

    Le nationaliste n’est-il pas, intellectuellement, le plus inapte à « faire nation »?

    Montagne: neige éphémère, parole pérenne.

    Doit-on ménager les fragiles tympans du tyran?

    Arpenteur, observateur, émancipateur; le savant d’espace et sachant de langue Arago est ici la plus noble figure de pilier de bistro qui soit. Quelle fresque !

  4. Catherine Reeb dit :

    Vous voila donc, Madame, Monsieur, vous aussi, atteints de « solastalgie »…un mot que je viens de découvrir. Mon oreille peu attentive au fond radiophonique a remué lorsque une douce voix l’a prononcé, puis a décliné, non pas en vers, mais en rationnelles explications les symptômes semblant atteindre celles-ceux qui trouvent sens dans la terre boueuse et odorante, les moraines chantantes ou le vent des peupliers, lorsque craquelures et roche morte apparaissent. Passée la crainte d’un snobisme de circonstance, admettons qu’à phénomène nouveau, mot nouveau est nécessaire…et c’est bien cette « solastalgie » qui m’attrape lorsque je découvre ces images.
    Au moins la poésie donne elle toujours l’espoir du beau.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/solastalgie-eco-anxiete-les-emotions-de-la-crise-ecologique-2298301

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