Héroïnes et héros de notre temps

Poème créé et calligraphié à Veynes à l’encre de Chine et gouache sur quatre diptyques Canson 224 g de format déplié 24 cm par 32 le 19 novembre 2021.

*

L’héroïsme n’est sûrement plus dans l’action solitaire d’une figure bravache, close dans son étincelant mystère et bousculant, depuis l’avant-scène médiatique européenne, toutes les autres personnes ; cette figure malodorante, elle les voudrait ignorantes, muettes et infantilisées. Qui mérite d’être dit héros ou héroïne écoute, dialogue, transmet, ne tranche pas mais ouvre sans fin la parole, accueille sans fin l’étranger.

Ont traduit ensemble ce poème et l’ont publié ensemble Francesco Marotta en italien, Stefanie Golish en allemand, Massimiliano Damaggio en portugais et Evangelia Polymou en grec.

Ce poème en cinq langues se lit ici : https://rebstein.wordpress.com/2021/12/27/al-vaglio-della-speranza/

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Elle remonte les pierres de la maison brûlée.

Les poutres neuves de la charpente, elle sait les trouver

dans le bruit de verre pilé du vent du soir.

Elle le passe au tamis de l’espoir :

alors splendide devient le vent. Et le toit.

Elle nous offre le gîte et le couvert

puis, sans finir la phrase, s’écarte.

*

Lui, ses poignets sont plus larges que ses genoux.

Il est naïf, les fayards qu’il abat lui pardonnent chaque fois.

Les marches de l’escalier qu’il élève sont trop hautes.

C’est quand même ce qui nous permet de grimper,

chargés de ballots de linge un peu jauni,

de caisses de livres cornés tant ils sont lus.

Lui s’essouffle avec nous, derrière dans l’escalier

mais rehaussant le récit vers plus de verdeur et de cœur.

*

Cet autre homme invite à s’asseoir avec lui

dans la grange au pied de la falaise lisse.

Il nous sert le café puis se lève et écarte

à droite et à gauche les immenses rideaux gris.

Le voilà si léger qu’à l’unisson de lui la falaise s’évapore.

Vaste comme ses épaules est la scène de théâtre,

et ouverte, vacante, vide, heureuse,

où reprendre, en moins sanglante, l’histoire au début.

Il trébuche dans la coulisse,

n’arrive plus à entrer en scène, avale les mots.

*

Ayant entendu l’héroïne et les deux héros

qui l’ont très bien entendue,

la montagne se hausse un peu, donne sa lueur dorée

puis tire sur elle la longue neige noire de la nuit,

vallon à vallon, puis s’éteint

et s’accomplit dans l’oreille du monde

qui est aussi celle de toi qui tamises le vent,

et de toi, aux larges poignets,

et de toi qui délies l’humaine transmission

comme joue un lit de galets sous de très jeunes pas.

*

Yves Bergeret

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5 réponses à “Héroïnes et héros de notre temps”

  1. catherine dit :

    Magnifique Yves, on voit jaillir de multiples humanités, presqu’au fil de chaque vers. Ni pays, ni genre, ni statut, juste l’humain.

  2. Geneviève Gohin-Chignac dit :

    Que c’est beau ! Comme sous ta plume, cher Yves, ces héroïnes et héros, aussi discrets que la plus petite brise, deviennent bâtisseurs en élevant pierres et esprit et nous invitent à ouvrir notre cœur

  3. Colette KLEIN dit :

    Comme vous savez manier les mots à la manière de ces artisans de l’humanité ! Et, merci de m’avoir appris le mot « fayard » que je ne connaissais pas, je l’avoue.

  4. Jean-François Mathé dit :

    Très beau. Redonner à la vie son sens ascendant, même quand la vie s’effondre. Etre, chacun, la montagne qui à la fin « donne sa lueur dorée ».

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