Cécité

Yves Bergeret (2011)

in L’Homme inadéquat, bilingue franco-italien (traduction Francesco Marotta), éditions Forme Libere, Trenta, 2011,

avec un dessin d’Alguima Guindo.

*

Nouvelle traduction de Francesco Marotta (2021)

*

1
Dans la grotte j’ai éteint ma lampe.
J’ai entendu :
mon souffle, ma digestion,
mon cœur.
Puis j’ai entendu tomber à l’antipode
une à une
les gouttes de la question
qui m’a jeté au monde.


Nella grotta ho spento la mia lampada.
Ho sentito:
il mio respiro, la mia digestione,
il mio cuore.
Poi ho sentito cadere agli antipodi
una ad una
le gocce della domanda
che mi ha gettato nel mondo.

*

2
Sur la neige en altitude
sans lunettes noires
au troisième jour
je suis devenu aveugle.
J’ai entendu chuinter le glacier
et se retourner sur leur lit
la première et la troisième pentes de la montagne.
J’en suis devenu la deuxième:
son désir,
qui n’a plus de verticale ni d’horizontale,
son désir nourri de feu et de sang.
A tâtons je rampe jusqu’à la pitié
et procrée la parole.


Sulla neve in altura
senza occhiali scuri
il terzo giorno
sono diventato cieco.
Ho sentito sibilare il ghiacciaio
e rigirarsi sul loro letto
il primo e il terzo pendio della montagna.
Io sono diventato il secondo:
il suo desiderio,
che non è più verticale né orizzontale,
il suo desiderio nutrito di fuoco e di sangue.
Brancolando mi trascino a fatica
e genero la parola.

*

3
Il se peut
que je sois un vestibule sans lumière
dont je franchis une à une les portes.
J’essaye de ne pas les claquer.
Si une poignée m’échappe,
la porte en claquant
fait tomber encore un morceau du récit
qui m’enrobe.
Et m’échappe.


E’ possibile
che io sia un vestibolo senza luce
di cui varco le porte una ad una.
Cerco di non farle sbattere.
Se una maniglia mi scivola,
la porta sbattendo
fa cadere ancora un pezzo del racconto
che mi copre.
E mi sfugge.

*

4
Il se peut
que je sois un vestibule sans lumière
dont j’écarte une à une les tentures;
je passe, l’air passe avec moi.
Si une tenture retombe trop vite
je trébuche et me déverse dans le bégaiement
dont le courant de l’air m’imite,
et je nage.


E’ possibile
che io sia un vestibolo senza luce
di cui scosto le tendine una ad una;
io passo, l’aria passa con me.
Se una tendina viene giù rapidamente
incespico e incomincio a balbettare
imitato dalla corrente d’aria,
e io nuoto.

*

5
Merci à l’air épais qui me quitte
merci à ma peau qui me quitte
merci à l’air qui me vêt
merci à ma peau
anonyme


Grazie all’aria densa che mi lascia
grazie alla mia pelle che mi lascia
grazie all’aria che mi veste
grazie alla mia pelle
anonima

*

6
Sur une pierre au bord du cratère
j’ai laissé ma peau
et la nuit je me baigne dans le ciel.

Sur un léger cri
j’ai laissé ma peau.
Dans le sillage du cri je me baigne
et touche l’air,
l’air que j’inspire
juste avant le chant.


Su una pietra sul bordo del cratere
ho lasciato la mia pelle
e di notte faccio il bagno nel cielo.

Su un grido leggero
ho lasciato la mia pelle.
Nella scia del grido mi immergo
e sento l’aria,
l’aria che inspiro
poco prima del canto.

*

7
Je dépose l’entier besoin.
Je suis le souffle qui touche.
Je suis le souffle qui touche.
Je suis le souffle qui touche.

Par morceaux je peux me proposer.


Lascio tutto l’occorrente.
Sono il respiro che tocca.
Sono il respiro che tocca.
Sono il respiro che tocca.

A brandelli io posso propormi.

*

8
J’ôte un drap
et le secret s’apaise.

Je quitte ma peau
et les deux bouts du monde
s’enlacent.

J’ôte un drap
et n’ai plus de poids.

Je quitte ma peau,
la nuit me trouve.


Levo un drappo
e il mistero si attenua.

Lascio la mia pelle
e i due margini del mondo
si uniscono.

Levo un drappo
e non ho più peso.

Lascio la mia pelle,
la notte mi trova.

*

9
Alors la nuit s’inclinera
et s’allongera entre nous.

Alors un dieu naîtra entre nous.

Alors nous serons ses syllabes.

L’une puis l’autre.

La même deux fois.

Alors la nuit s’inclinera.


Allora la notte si chinerà
e si distenderà tra noi.

Allora un dio nascerà tra noi.

Allora saremo le sue sillabe.

Una dopo l’altra.

La stessa due volte.

Allora la notte si chinerà.

*

10
Beaucoup de syllabes
mais pas de récit.

Beaucoup de son
mais pas de confins ni de bord.

Naître sans nom,
naître.

Alors la nuit s’incline.


Moltissime sillabe
ma nessuna storia.

Moltissimi suoni
ma nessun confine né limite.

Nascere senza nome,
nascere.

Allora la notte si chinerà.

*

11
Sous ma paupière
mon corps à l’infini,

mon corps non fini,
votre foule
et notre balbutiement, onde
par-dessus des dieux morts.


Sotto la mia palpebra
il mio corpo all’infinito,

il mio corpo non finito,
la vostra ressa
e il nostro balbettio, un’onda
sopra gli dèi estinti.

*****

***

*

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :