Chant d’homme

Poème écrit et calligraphié à l’acrylique et encre de Chine à Briançon le 15 juin 2021, sur papier très tendre 220 g d’un vieux livre d’art des années 1945, en format A3. En hommage à Abdoulaye Guindo, homme qui a fait un long voyage héroïque.

Le poète Francesco Marotta en donne ici : Canto d’uomo | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com) une version italienne dont la beauté est d’une vigueur féline.

*

1

Violence et cruauté au Sahel

l’ont jeté à seize ans à la rue.

Cœur tenace il a pleuré il a couru.

Il a tiré sur lui le vent et s’en est couvert.

Le vent l’a aidé à aller.

2

Seul il a traversé désert et dureté extrême.

Il a pleuré ceux qui marchaient avec lui et mouraient.

Il a marché.

3

Il a nagé dans le sel et dans la violence de la mer.

Il ne savait pas nager, il a avalé trop d’eau salée.

Il a nagé, le nuage de la liberté l’accompagnait.

4

Aux mafieux de Sicile il a désobéi

et a marché jusqu’à la montagne.

Elle l’a protégé comme un vent nouveau,

plus proche, plus fraternel.

5

Il a grimpé dans la caillasse

et franchi le col où ne vont que les tigres

et ceux qui ont le cœur intransigeant et libre.

6

Il a regardé derrière lui

et a vu combien le gouffre était profond

et traitre : il ne lui a rien pardonné

et a ri.

7

De l’autre côté du col plus douce est la pente.

L’eau de la source court claire

comme les bras et les jambes de la parole.

Il a regardé et vu

qu’il est devenu le torse de la parole.

8

Il est devenu homme adulte. Solitaire et fier.

Il sait à présent guider des bœufs vers la pâture.

Il aide encore à mourir ceux qui n’en peuvent plus.

Il nomme la vie : elle a des arômes lumineux.

*

*

Yves Bergeret

*****

***

*

5 réponses à “Chant d’homme”

  1. lemaitre xavier dit :

    Voici le Prince à la tour abolie, veuf de chimères, inconsolé de deuils et d’abandons.
    Ses pieds ont enfoui les lacs de sable.
    Ses bras ont écarté les rets de mer.
    Echappé des filets des écorcheurs, il a franchi seul tous les obstacles.
    Egaré, il a écouté la parole du poète qui pose les mots, pointe la source, porte le sens.
    Le pas, la main et le regard s’affranchissent.
    L’homme troque les cruels royaumes de sel et de sable contre un cheval sentinelle.
    Après avoir été meurtri et malmené par les exploiteurs, le voici devenu soignant et pasteur.

  2. Antonio Devicienti dit :

    Je pense, au contraire, qu’il ne s’agit pas du Prince à la tour abolie, mais d’un homme, courageux et souffrant, qui montre à nous, les occidenteaux aveugles et sans mémoire, languissants dans nos egoismes, la racine la plus profonde de la vie et de la dignité.

  3. Geneviève Gohin-Chignac dit :

    Que de courage, que de détermination pour affronter autant de dangers ! Faut-il que grandes soient la misère, la faim, la souffrance … Les mots du poète donnent force et relief à la volonté de ces migrants dépourvus de tout sauf de leur espérance en un monde meilleur, là-bas, si loin de chez eux

  4. Colette KLEIN dit :

    Merci pour l’évocation de ce périple qui, par le puissant « torse de la parole », conduit de la douleur aux « arômes lumineux » de la vie !

Rètroliens / Pings

  1. Canto d’uomo | La dimora del tempo sospeso - 17/06/2021

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