Océan, sable, marais

Vendée, Saint-Jean-de-Monts, mai 2021

(Ce poème se lit dans une traduction italienne, toute de vent et d’iode, du poète Francesco Marotta, à cette adresse : Oceano, sabbia, palude | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com)

*

Entre l’île écrasée sur l’horizon

et ton regard qui l’aime,

l’océan.

La gorge du pinson suffit à raccorder la rive

à l’île épelée sur l’horizon.

Quel chant martelé !

Entre l’horizon de pluie sombre

et tes talons s’enfonçant là d’où la vague

en grinçant se retire,

le vent froid : l’inquisiteur.

Le vent froid cajole la colonne vertébrale du cheval.

Ou c’est la colonne vertébrale du cheval

qui cajole le vent froid.

Deux cormorans tirent la volonté du vent

là où eux le veulent.

L’océan verse l’histoire des hommes.

Il ne sait comment la suspendre.

La grenouille la prend sur son dos

et la passe sur l’autre rive de l’étier.

L’océan racle le fond du temps.

L’océan racle sous la semelle crasseuse des Titans.

L’oyat ironise.

L’océan rabote le côté vaseux des timorés,

enivre la rage de vivre.

L’algue pense se préserver toute la souplesse,

t’en concède par empathie.

Quelle présomption !

L’océan empêche les nuages de toucher sol.

Les nuages blancs délèguent, dis-tu,

des hommes sans arme

pour étancher le désespoir.

L’océan écope ce qui déborde du ciel

et de l’histoire violente des hommes

puis efface.

L’océan se persécute contre la roche puis dans la vague.

La vague le lui rend bien.

L’océan fracasse les miroirs

et en fait des rochers noirs.

Au marais la grenouille montre comment nouer l’algue souple

et l’océan repart dans l’autre sens.

L’océan racle sous le sabot tolérant du cheval.

L’océan marche sur l’horizon.

Sur le sable mêlé de bris de coquillages

c’est toi qui marches.

*

Yves Bergeret

*****

***

*

7 réponses à “Océan, sable, marais”

  1. Hilfiger Nicolas dit :

    Je lis les nouveaux textes poétiques de Yves Bergeret comme des expériences où le souffle épique, la trame forte et les mots choisis sont autant d’étapes inclusives et intellectuelles du Lien humain.

    (Les photos sont très belles et accompagnent parfaitement le poème ).

  2. Antonio Devicienti dit :

    Grenouille et cheval sont de nouveau des présences savantes et amicales; le souffle intelligent qui anime le monde se manifeste encore une fois par la parole poétique, matière concrète qui constitue les lieux et les événements.

  3. lemaitre xavier dit :

    Le carnet du poète est un atelier.
    L’océan porte haut sur son encolure musculeuse des foyers d’écume qui appellent le ciel complice, puis assaillent la plage passive pour une énième régénération.

  4. Colette KLEIN dit :

    Je ne savais pas – ou l’avais oublié – que ce sont les cormorans qui tirent le vent mais après avoir lu ces poèmes – qui me donnent le désir de revoir l’océan -, je suis certaine de ne plus jamais l’oublier !

  5. Geneviève Gohin-Chignac dit :

    Le flux et le reflux de l’océan, la clameur de ses vagues puissantes, et les mouettes et goëlands qui se disputent la plage … Au marais chante la grenouille tandis que pait tranquillement le cheval … Que d’images familières dans les mots du poète ! Merci cher Yves pour ces tableaux et les magnifiques photos qui les accompagnent !

  6. Christian dit :

    Le poète regarde et le kaléidoscope de sa pensée nous emmène par mille chemins.

    Christian Cousin

Rètroliens / Pings

  1. Oceano, sabbia, palude | La dimora del tempo sospeso - 28/05/2021

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