Ton premier hiver

Poème écrit à Langeais le 17 mars 2021.

Le poète Francesco Marotta l’a mis dans la langue italienne, dans une traduction toute de lumière et de tendresse : Il tuo primo inverno | La dimora del tempo sospeso (wordpress.com)

Vers la fin de ton premier hiver

en t’appuyant au panier d’osier que tu pousses devant toi

tu te mets à te déplacer debout seul.

Le panier est fier que tu lui donnes ta force.

Il glisse sur le sol.

Il glisse comme une longue chanson sur la mer.

Le panier et toi glissez votre longue chanson.

Elle réveille le sol de la pièce et la terre du jardin

que l’hiver avait engourdis afin qu’ils préparent leur force.

Tu entends la chanson que ton panier saura rouler jusqu’à la mer.

Elle filait déjà sur la neige crissante de la montagne.

Aujourd’hui c’est toi qui chantes dans le creux de nos oreilles.

Le panier et toi racontez une très belle histoire

car tu sais maintenant aller de long en large

comme le rouge-gorge dans le jardin.

Ecoute bien, le bruit sec et doux du panier d’osier

c’est le son né de toutes nos histoires,

de tous nos voyages par les montagnes et les plaines,

au long des eaux vives et des eaux douces.

De l’autre côté du jardin le fleuve

roule doucement ses sables.

Lui aussi est fier de faire aller sur le sol ses eaux et ses sables.

Ecoute comme le fleuve traverse l’hiver

en brassant ses sables.

Très loin par là-bas où la neige habille tout l’hiver la montagne

le fleuve en frottant a pris à la roche les grains

dont il fait le sable. Et il le porte jusqu’ici

et il le portera jusqu’à la mer.

Parfois c’est toi avec ton panier qui appelles le sable

et encourages le fleuve.

C’est toi qui es l’ami du sable.

Le fleuve vient le déposer près de toi.

Le fleuve t’écoute. Il pousse et il pousse le sable et lui dit :

« sable, dessine une grande oreille

pour écouter le petit garçon et les oiseaux et le vent ».

« Sable, dessine une bouche

pour déposer un baiser sur le front de ceux que tu aimes ».

« Sable, dessine une aile grande comme une maison.

Du fond des eaux elle va s’élever, longue plume à longue plume,

pour aller en long, pour aller en large

comme un petit garçon qui fait ses premiers pas ».

*

Yves Bergeret

*****

***

*

5 réponses à “Ton premier hiver”

  1. Antonio Devicienti dit :

    …et le poète, avec le petit enfant qui, après son premier hiver, apprend ses premiers pas, lui aussi continue à composer ses poèmes: chacun d’eux est, toujours, « le premier ».

  2. lemaitre xavier dit :

    Poème dialogue du passage : évidemment réel, éminemment mythique

  3. Geneviève Gohin-Chignac dit :

    Tendre et belle histoire ! Que ce panier d’osier pousse ses grains jusqu’à l’océan, sous le soleil vendéen, passe de l’hiver des montagnes au printemps de la côte en attendant l’été. L’accompagneras-tu dans ce joli périple ?

  4. Michel L dit :

    À Langeais, un joli poème pour un petit à langer …

Rètroliens / Pings

  1. Il tuo primo inverno | La dimora del tempo sospeso - 23/03/2021

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