Cigales, à Noto Antica (Sicile), avec Carlo Sapuppo

 

 

Cycle de cinq poèmes d’Yves Bergeret créés en double exemplaire à Casa Corpo, à Noto Antica, dans le sud de la Sicile, du 5 au 7 août 2019, sur quadriptyques (en format 17,5 cm de haut par 100) en papier Rosaspina 285 g de Fabriano, les deux premiers avec des interventions de Carlo Sapuppo à l’aquarelle, les trois autres avec des interventions du poète à l’acrylique.

A la fin de ce cycle de poèmes, une petite sculpture de Carlo Sapuppo.

*

Ce cycle de poèmes se lit en italien dans une traduction lumineuse et musicale du poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/08/11/cicale/

*

 

 

1

 

 

 

 

Si tu réduis ton corps à l’échelle d’une cigale

tu rejoins leur procession immobile et vorace

qui transporte le ciel au dessus de la pinède

pour l’accompagner dans les grands vœux.

 

Il y a le vœu de cisailler la violence et la bêtise.

Il y a le vœu d’offrir la pinède au vent.

Il y a le voeu de la paix perpétuelle.

 

 

 

 

Le ciel s’il bouge, c’est le vent.

Le ciel, c’est l’homme des vœux.

 

S’agrippent s’agrippent les cigales

à l’homme qui veut s’en aller

 

qui veut s’en aller derrière les collines

jusqu’à la mer accueillir

l’étranger voguant et ses vœux de fuite et de vie

 

s’agrippent s’agrippent les cigales

à l’homme qui marche à la rencontre de l’étranger

en lui multipliant les petits cailloux d’or

de l’espoir et de l’accueil

 

s’agrippent s’agrippent les cigales

en tirant tissant tirant tissant

les fils du grand tissu

qui va devenir parole,

diaphane et tremblante, coriace et multiple,

qui porte le ciel par-dessus les hommes

et tresse les vœux jusqu’à l’accord.

 

 

2

 

 

 

 

Trois arbres s’en vont sur la colline,

trois pins trois compagnons.

Le vent du large les a déhanchés

tous du même côté.

La mer brille entre leurs troncs.

 

Trois pins glissent sur leurs aiguilles,

d’un pas doux alterné vont

emportés par le chant des cigales.

 

Trois pins voyagent sans leurs racines.

Les cigales gardent les racines,

les vrillent au fond de la mémoire.

 

Voyagent-ils, les trois pins ?

L’exotisme est une claque sale.

Trois pins sont toi, elle et moi,

claudicant, sereins

sur la couche céleste des gens têtus.

 

 

3

 

 

 

 

Dans la colline il y a une montagne.

Dans la montagne il y a une grotte.

Dans la grotte un lac.

Qui s’y baignera trouvera le diamant

pour dessaler la mer

et entre deux rochers rouges

le petit rameau d’or

pour entrer nu dans le poumon de la parole

et déplier les rides de nos peurs.

 

 

4

 

 

 

 

Cigales et vent sont invisibles.

Les cigales ne savent pas encore chanter la nuit.

Le vent naît manchot.

Parfois le vent décide

de chanter plus fort dans les branches

que les cigales.

 

En réponse les cigales parodient

la cacophonie des foules,

soudain chantent à l’unisson

pour rendre hommage

à la part de beauté dans les hommes,

à leur simple parole claire.

Alors les îles écoutent.

 

 

*

 

 

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trackbacks / Pingbacks

  1. Cicale | La dimora del tempo sospeso - 11/08/2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :