L’Atelier

 

Cet ensemble, Prologue à l’Atelier et L’Atelier lui-même, vient au jour en écho à l’Atelier d’écriture qu’à l’initiative des professeures Juliette Beillar et Aurélie Buffel, ainsi que des Itinéraires Poétiques de Saint Quentin en Yvelines de Jacques Fournier et Catherine Baron, j’ai été invité à conduire en janvier et février 2019 avec les élèves de deux classes de Troisième du Collège Ariane, à Guyancourt. Cet ensemble ici est un hommage à la profonde dignité et à la beauté grave et directe du travail de chacun des participants et de chacune des participantes de cette série d’ateliers au Collège Ariane.

YB

Cet ensemble se lit en italien dans une traduction ferme et très vivante du poète Francesco Marotta ; on peut la lire à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2019/05/26/il-laboratorio/

 

*

 

 

Prologue

 

Ecrit et réalisé à Die en deux quadriptyques par Yves Bergeret le 24 mai 2019, en deux exemplaires, sur Canson Montval 300, encre de Chine et acrylique, de format 25 cm de haut par 64,5 cm

 

Couards les chiens de garde

hurlent contre toi qui du fond du désert

nous rejoins après la tempête.

 

Tu portes sur ta tête le savoir,

tu ouvres la bouche, la tempête s’abaisse et s’écarte.

 

Ta mère va chercher l’eau à la source

pendant encore mille ans.

 

 

 

*

 

Ta voix au surgi

de par derrière la montagne, l’a aimée

et l’a poussée vers la table de notre repas.

 

Tes petits-neveux d’il y a cent dix-sept ans

étaient esclaves au pied du volcan de la Martinique.

Il a explosé et les a tous tués.

Fer feu parole.

Mais, parole, tu es là, dans les cordes vocales de Belco,

coulées de lave dans la gorge de Belco

qui chante la vie dans la survie des morts.

 

 

 

***

 

L’Atelier

 

Ecrit et réalisé à l’encre de Chine et à l’acrylique à Veynes les 22 et 23 mai 2019 en double exemplaire sur quatre quadriptyques de Hahnemühle 280 g de format 19,5 cm de haut par 104 cm

 

Débaroule du haut de la pente

le sanglier presqu’aveugle

qui fait rouler des rochers noirs

jusqu’au torrent.

 

Bruyant dans les remous

roulent les gros galets.

 

Cinq cents mètres, mille mètres au dessus

dans le ciel mille cinq cents mètres

naissent fines blanches les formes tordues

des nouveaux nuages.

 

Le ciel reflète l’eau, la roche,

les hommes effondrés dans les villages.

 

 

 

*

 

Les allongés sur les brancards de l’hôpital

attendent, leur bouche pleine de sable gris.

 

Les derniers Résistants de la guerre

traversent la place, une main sur la canne,

l’autre pour te donner le phylactère de la ténacité.

 

 

 

*

 

Assis écrivant dans la salle de classe

les adolescents venus de tous les continents

écoutent leurs corps gronder craquer grandir,

écoutent le racisme braire derrière la porte.

Leurs épaules frêles sont le souffle des flûtes qui chantent

le récit majestueux du père et de la mère dans l’Himalaya,

dans le Sahel en guerre, dans le limon du Nil.

Aux minuscules petits racismes ils ne répondent pas.

Aux voraces aboiements ils ne répondent pas.

Aux minuscules racismes ils pleurent,

s’écartent juste un peu

de la trajectoire du sanglier sans vision.

 

 

 

*

 

Les allongés sur les brancards de l’hôpital

entendent le souffle des flûtes

écarter le sable gris,

entendent voient au ciel le reflet en blanc

de leur vie qu’on a piétinée

puis ils se lèvent

 

puis ils redressent le grand mât

que la tempête raciste a abattu.

Il s’appelle bien « grand mât » ; on dit aussi le « Ténacité »

et sur notre pont parle la foule adolescente.

 

Les plus hardis grimpent à la hune de misaine,

repèrent très loin des canots en dérive

dont le nom est aussi « Ténacité ».

 

Tous accueillent les héros fourbus qui dérivent.

 

 

 

*

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

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5 responses to “L’Atelier”

  1. Romain Poncet says :

    Jeunesse en péril, jeunesse sans futur, jeunesse toujours sous l’oeil lourd de soupçon des gens sérieux, des gens adultes, des désemparés.

    La France est fatiguée de sa jeunesse. Parce que celle-ci a le dos robuste et qu’elle porte à volonté les frayeurs de « l’opinion », trop heureuse de se défausser sur ce peuple silencié.

    Silencié, silencieux, et qu’on s’imagine calfeutré à l’abri des murs des collèges. Du moins pour ce qui est des morceaux de tissu qui cacheraient trop de cheveux – mais laissons entrer l’esprit d’entreprise, et la laïcité à gros bâton, et les drapeaux, et les grosses caisses.

    Aux minuscules petits racismes ils ne répondent pas.

    Aux voraces aboiements ils ne répondent pas.

    Aux minuscules racismes ils pleurent,

    s’écartent juste un peu

    de la trajectoire du sanglier sans vision.

    Le renoncement à la réponse, la lassitude, si jeunes, si jeunes, combien de leurs professeurs s’en découragent… « ils ne s’intéressent à rien… »

    Puis entre une voix qui rend hommage et regarde la classe comme une question barricadée. Une voix qui fait lever la tête, un peu.

    « Je te vois assourdi par le vacarme des grands hommes, et par l’aiguillon des petits harcelé » (Zarathoustra, « Des mouches de place publique »)

    Dans cette voix, pas d’injonction, mais l’oreille qui travaille sur la fine paroi défensive qui s’est édifiée sans qu’aucun des corps vissés à leur chaise ne l’ait senti. Oreille qui perçoit l’en-dedans, qui ne feint pas de ne pas aussi entendre l’au-dehors…

    écoutent leurs corps gronder craquer grandir,

    écoutent le racisme braire derrière la porte.

    « Où commence la place publique commence aussi le vacarme des grands comédiens » (idem)

    Voilà. On ne parlera pas de pédagogie. De devoir sur table. D’orientation. De bienveillance hypocrite. D’autorité.
    Parlons. Intransitivement. Sans dire « non » à la frustration. Sans rien dire non plus au visage méfiant, encore, un peu fatigué des séductions décevantes.

    « Harassé je te vois par des mouches venimeuses, écorché jusqu’au sang je te vois en maintes places; et ton orgueil ne se veut même irriter. » (idem)

    La voix dit aux méprisés : tu existes. Ta colère existe. Ta colère a raison. Ton ennui est plus lourd que les mensonges qu’on enrobe de sérieux, dehors.
    La voix dit : je me tais. Je t’écoute. Parlons

    puis ils redressent le grand mât

    que la tempête raciste a abattu.

    Enfin, je crois…

    • HILFIGER Nicolas says :

      Nous pouvons dire: Et le « Oui » & le « Non ».

      « Oui » au poema (Mot de Yves Bergeret, cf « Granite », splendide anthropo-poétique )

      « Oui », à la littérature, au théâtre, à la musique, aux Arts.

      Nous le devons impérativement. Yves Bergeret utilise le mot « ténacité », et moi,

      avec mes pinceaux je colore un son dans l’adversité.

      Le devoir dans son parcours, tenace, vis à vis de nos adversaires, oui je leur dis « Non ».

      Le Logos en acte, chez Y. Bergeret ne se situe jamais dans l’illusion.

      Au contraire, son déploiement est tout à la fois, naissance pudique, roues

      magnifiques, lignes de réserves sûres quant à son Ethique.

  2. Nicolas Hilfiger says :

    Des lignes, des traits, Yves Bergeret nous fait du bien en nous donnant à voir sa peinture, et en déposant son témoignage: C’est l’excellence toujours en rythme (s) , c’est -aussi- le Sujet comme remontée de son Etat d’Etre au travers de son drame.
    Par cette façon spéculaire, l’artiste nous encourage à tracer, sans discontinuer notre Liberté auprès du sujet plus qu’humain.

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