Le Luthier parle

 

Cycle de trois poèmes créés et avec certaines strophes calligraphiées (encre de Chine et acrylique sur quadriptyques horizontaux Rosaspina 285 g de Fabriano de 17,5 cm de haut par 100 de large ; en quatre exemplaires) par Yves Bergeret du 23 au 25 septembre 2018 à Die et à Veynes.

 

Après le premier cycle intitulé Luthier, ce second cycle est traduit en italien, dans une version ferme et lumineuse, par le poète Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2018/10/19/liutaio-ii-1-3/

*

 

à Die, le dimanche 23 septembre 2018

 

1

« Sur les galets blancs je m’allonge.

Le sommeil me prend

et me porte au fond du courant.

Le torrent m’ôte la peau,

me dégage de la bourrasque des nombres et des cadastres.

et m’apprend à lire sans alphabet.

Ame brève et fluide

je parcours la terre en son désordre

et l’ensemence. »

 

*

 

2

Le Luthier s’éveille et dit

 

à Veynes, le lundi 24 septembre 2018

 

« La nostalgie du sel énerve le torrent.

Je sais tendre les quatre cordes

où dans un chant de houle il l’évaporera

en quatre voix qui se cognent aux rocs,

se suspendent aux branches

et protègent le cortège des exilés

dont je suis tombé. »

 

 

*

 

3

Le Luthier dit encore

 

à Veynes, le mardi 25 septembre 2018

 

« Ma colonne vertébrale est l’archet.

J’ai les jambes et bras

qui gigotent comme crins rompus.

Il n’y a pas de doute que je joue,

que je frotte le fond écailleux de votre vie.

Il n’y a pas de doute que je joue

le déroulé du troisième récit,

celui sous le second, qui est l’intime, le tragique,

coupant comme des éclats d’obsidienne,

celui sous le premier récit qui est la misérable,

la majestueuse hypocrisie des 4×4 et barbecues.

 

Je joue le troisième récit,

j’ai mains et pieds inutiles, fruits desséchés,

car par-dessus notre océan de violence

c’est le pont arqué de mes trente-trois vertèbres qu’il faut.

 

C’est le vent qui tient l’archet,

ce n’est bien sûr pas moi qui l’ai en main.

Le vent m’agite jambes et bras

comme grappes amères et feuilles sèches.

Le vent passe le cortège court

de mes vertèbres sur le torrent,

sur les tièdes écailles de votre désespoir,

ô mes frères étrangers lointains.

 

Le vent me passe sur.

Je suis celui qui passe sur.

Je n’ai pas de socle.

Je n’ai pas de chair.

Je n’ai pas d’histoire.

Archet suis-je.

 

Archet, ce qui vous met en résonance,

vous chante et vous dit

sonores et mûrs entre les pierres froides.

 

C’est le vent qui tient l’archet,

ce n’est pas moi qui le tiens en main.

Le vent, c’est ainsi que se nomme

la vertigineuse chute de chacun devant soi,

le trébuchement qui va de l’avant,

l’avalanche qui gronde dès le haut de la pente,

la requête de mon frère l’étranger

sûr de survivre en bondissant par-dessus

la nuit glacée et le marécage monstrueux. »

 

 

*

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

3 réponses à “Le Luthier parle”

  1. tramedipensieri dit :

    Ho potuto leggere grazie alla traduzione di F. Marotta.
    Bellissimi testi e grafica.
    .marta

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