Pages en Sicile, été 2018 (6)

 

Cette Page se lit en italien, dans une traduction du poète Francesco Marotta pleine de vitalité et d’une précision parfaite, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2018/08/14/i-semi-della-parola/

 

Catane, piazza Umberto, 12 août 2018

 

 

Dans la rue noire ils arrivent peu à peu.

Ils s’assoient à une table du petit bar

où je vais le soir à Catane.

Quand ils s’assoient à la table voisine

le volcan dit qu’il s’éloigne.

Il fait seulement semblant.

Les cendres d’un incendie par là derrière

nous tombent dans les cheveux.

Ils s’embrassent, s’assoient,

se demandent des nouvelles

un Sénégalais, trois Catanaises

un Malien, un Syracusain.

D’eux se désintéressent les dieux banals

ou mesquins, peut-être complices.

des monstres qui ont enfoncé des coins de bois puant

dans la fissure du centre de l’île

et qui enfoncent ces coins

avec des insultes épouvantables

pour écarter encore plus l’île, la diviser,

la déchirer, la réduire en miettes

afin de régner sur des esclaves par millions.

L’île s’écarte, se scinde,

ne se scinde pas.

 

Ils ont trente ans. N’ont pas encore d’enfants.

Ils ont réussi à échapper aux dieux de pacotille

qu’on ressasse à tous les étages, toutes les fenêtres.

En fait leurs propres fenêtres, ce sont plutôt des arbres,

mais de ceux aux odeurs claires dans le feu

comme le cèdre, aux odeurs bondissantes

comme épicéa en scierie, aux odeurs juvéniles

comme mélèze au printemps quand fond la neige.

 

Bien sûr le volcan essaie

de gronder à l’intérieur de leurs phrases.

Il a toujours penché plutôt du côté du meurtre.

Mais eux continuent à parler, à rire.

Les coups sourds sous nos tables, sous nos pieds,

ce sont encore les insultes et les barrissements des monstres

qui affirment à tout vent nous creuser un métro gratuit,

mais qui élargissent la terrible fissure,

font tout pour fermer les ports et vider la mer,

pour séparer les deux continents ; mais dans l’abime ouvert

tout deux tomberaient et se fracasseraient.

 

Voilà, il est nécessaire que nous parlions.

Nous réunissons nos tables.

Fertiles parfois seraient les cendres,

mais qu’est-ce que la vie, la mer, le ciel,

le champ et la roche, le toit et la cour

sans les graines de la parole ?

 

 

 

YB

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

Rètroliens / Pings

  1. I semi della parola | La dimora del tempo sospeso - 14/08/2018

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