Le Frère du tigre

 

Poème écrit et peint en quatre exemplaires par Yves Bergeret, dans le lit de galets du Buech, à Lus la Croix haute, les 9 et 10 juillet 2018 sur polyptique horizontal Hahnemühle 280 g de format 20 cm par 107 cm.

On lit ce poème dans une dynamique et très ferme traduction italienne du poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2018/07/13/il-fratello-della-tigre/

 

 

La crue arracha les arbres,

les a couchés sur les bancs de galets blancs

mais lui, petit frère du tigre,

il remonte le cours du torrent.

 

Giclées de cris confus, là en aval.

Cris aigus que le vent

broie mêle.

Est-ce que ce sont seulement des enfants ?

Se baissent sur des remous,

dans leurs casquettes prennent

de l’eau qui aussi crie,

la portent, la versent sur l’argile du bras mort,

le vent gonfle les chemises ouvertes.

 

A deux heures la balle orange de Jupiter

a traversé le bas du ciel par le sud.

A quatre heures la lune s’est levée à l’est,

a éteint les étoiles,

a dressé l’aube

et le ciel a été la voute ivoire

où lui, petit frère, tire la nostalgie

comme le rideau de la scène

dont il nous cache ou prédit le sens.

 

Par dizaines les voix crient sous le vent,

ne peuvent que crier

crier sans phrase

crier courts souffles piquants

ne savent ici que crier

et sur leurs notes les plus aiguës

la montagne se pose

et remonte à la racine du ciel.

 

Il y arrive aussi

moins essoufflé

plus silencieux

ayant affadi la dissimulation ou l’arrogance,

apprenti à la maçonnerie

de la parole et du don clair.

 

Le ciel n’arrive jamais à rester voute ivoire.

Le ciel est toujours le simple retrait des cris

maintenant que l’étiage s’approche

et que le dénouement de la tragédie

semble inévitable.

Mais à la crête sur un rocher

qu’en rouge les cris de tout temps badigeonnent

et que la lune, Jupiter et le vent ont évité,

est assise la femme qu’il aime

et qu’il ne voit que dans les soirs

où la source du torrent tarit.

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

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4 responses to “Le Frère du tigre”

  1. Antonio Devicienti says :

    Je trouve ce poème d’une grande beauté et vitalité, capable de nous conduire dans des régions physiques, mais aussi idéales où notre humanité se manifeste et rèvèle son urgence d’exister.

  2. Anne MICHEL says :

    Vous m’ôtez les mots de la bouche, exprimant en une phrase, deux virgules et un point, la haute portée de ce Frère du tigre. Lascia la mi ringraziare !

  3. Veron says :

    En lisant et relisant ce très beau poème on part à la recherche de l’invisible qui affleure dans ce qui est le plus simple, le plus élémentaire. Quel est l’invisible qui nous anime ? Et quelle merveilleuse surprise quand se révèle la vie dans sa somptuosité comme le signifie la photographie qui couronne les mots de la fin. Mais par quoi commencer pour aller sur ces chemins essentiels ?

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  1. Il fratello della tigre | La dimora del tempo sospeso - 13/07/2018

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