Nouveaux Poèmes de Prague (juin 2018)

Ayant vécu et travaillé à Prague d’août 1988 à septembre 1990, comme le présente l’article juste précédent de ce blog, et selon mes engagements de poète qui dialogue, j’y suis retourné par la suite assez souvent. Et ces derniers jours.

Pourtant portée par des idéaux démocratiques, la Révolution de Velours de novembre 1989 a été rapidement occultée par des réformes ultra-libérales brutales. Le consumérisme a réussi à séduire beaucoup d’esprits jadis indépendants. Racisme virulent, xénophobie, antieuropéisme, et bien d’autres prurits d’extrême-droite ravagent actuellement la société tchèque. Comme celles de pays voisins. Cependant des sursauts d’indignation, des résistances et des prises de conscience se manifestent.

 

Yves Bergeret

 

Dej si pozor, vládo,

Praha nenè stádo !

Fais attention, gouvernement,

Prague n’est pas un troupeau de moutons !

 

Inscription relevée le samedi 9 juin 2018 par Jiri Pechar sur une vitre dans un wagon du métro de Prague et ici traduite par lui.

***

Les premier et quatrième de ces poèmes se lisent dans une traduction italienne ferme et très dynamique du poète Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2018/07/01/nuovi-poemi-di-praga/

***

*

 

1

Il est allé au bout de la ligne du tram 17

qui monte qui monte sur la colline.

Il a trouvé une bonne table verte en bois,

s’est assis dos à la ville

qui s’enfonce dans le paysage en bas,

a commandé une bière, a ouvert son gros livre.

 

Pour sa lecture silencieuse

les martinets se sont écartés,

sont eux aussi montés montés montés

pour s’adosser aux cumulus préparant

l’orage du soir.

 

L’encre sur les pages du très gros livre

qu’il a ouvert sur la table verte

pèse un poids extrême,

comme une sueur de plomb,

traverse le papier,

ruisselle jusqu’au carrelage, jusqu’à la cave,

à la nappe phréatique, à la plage

de l’autre côté de la mer,

là où les trafiquants d’esclaves s’affairent sur le sable

pour gonfler le canot pneumatique.

 

Puis il lève les yeux de son livre,

boit un peu de bière,

lève ses yeux jusqu’aux cumulus

dont très sombre est la base

puis regarde ce qu’en volant à tire-d’aile

essaient d’écrire les martinets si hauts

que presqu’invisibles.

 

A cinq mètres du sol incliné

les fils électriques du tramway

quittent leurs pylônes,

cherchent mieux, beaucoup mieux.

 

Le lecteur dos à la ville

pose ses mains sur ses cuisses,

plonge de nouveau dans son très gros livre.

Les fils du tram se glissent dans les menus tunnels d’encre

que forment les lettres noires, tout abasourdies,

endolories, orphelines, désorientées.

Non, le lecteur relève la tête, recommence à déchiffrer

sous le nuage noir les lignes à l’encre blanche

et personne ne sait plus qui a écrit en blanc

ce dont la mémoire ne se départit jamais.

 

Les fils du tram creusent explorent des galeries

dans l’épaisseur du sens vieux

qui s’est agrippé à la peau du sol,

qui s’est embourbé près de la nappe phréatique

sous la voûte de cavernes sans lumière.

 

Est-ce qu’ici sur la colline au nord de Prague

vols de martinets, fils débridés du tram

assez se croisent pour offrir à lire

au lecteur qui a laissé le fardeau de son alphabet

lui brouiller la cervelle ?

 

Si le lecteur solitaire veut lire, trouve-t-il bien le bon alphabet,

l’humain alphabet, celui que justement remue

et brasse sur le sable

de l’autre côté de la mer l’esclave enfui

(et d’ailleurs encore un esclave puis un autre

et un autre…) qui veut venir s’installer

sur la marge du livre ouvert mais dont

l’encre est en passe de s’effacer ?

*

 

 

2

Arrivent par le fond de la petite galerie commerciale vide

la mère en robe rouge et la fille en robe rouge.

Ou la sœur et la sœur.

Chargées de cabas de courses.

Cabas au bout de chaque bras.

Jambes lourdes. Décolletés profonds pour l’été.

Remontant du sous-sol

la malédiction des péchés

qu’elles n’ont jamais commis.

Rapportant de l’arrêt du tram derrière les commerces

le verdict céleste qu’en secouant leurs épaules nues

elles annulent et font tomber

comme une bouffonnerie de plus

dans leurs cabas saignants

et le rouge déteint partout.

Et même la langue qu’elles parlent

est la flamme agitée rouge intense

où j’aimerais reconnaître la forme et l’élan

d’une pensée libre.

*

 

 

3

Ils attendent dans le noir le tram.

Tous étrangers ils ne lisent pas

l’affichette en tchèque qui annonce quelques travaux

fermant justement leur ligne cette nuit.

Ils attendent dans le noir sur la colline.

Dans le noir la ville s’en va.

Dans un marais noir la ville

sans saluer s’en est allée.

Parmi eux un ivrogne allemand.

Personne n’a de perche pour sonder le marais noir.

Personne n’a d’esquif pour glisser dans la nuit.

 

Soudain un tram passe sans bruit

mais en sens contraire, dedans en pleine

lumière des visages chinois et tchèques

tous muets, vaguement souriants.

 

*

 

 

4

Jamais si fleuris n’ont été les tilleuls,

chaque après-midi l’orage éclate ou menace.

L’herbe est déserte, courte, piquante.

Vastes les pelouses rases jaunies

et les terrasses en arc de cercle autour du château.

Fut gloire d’une famille féodale il y a cinq siècles,

est maison de retraite, palais lent et silencieux.

Au dessus de la porte close à jamais de l’écurie

le blason crispé sculpté aux huit heaumes,

personne plus ne le déchiffre.

 

Zavolej mi ! le cri sidère alouettes et martinets

très haut sous les cumulus.

 

Zavolej mi. A nouveau. Jailli de sous

le grand tilleul dont toutes les feuilles frémissent

puis se redressent et se figent dans l’air chaud.

Du côté sud du mouroir : opéra sans voix / statues

de Braun se tordant au fond de leur grès sombre.

 

Zavolej mi crie à nouveau sous le tilleul

un très vieil homme enfui de sa chambre.

La moitié de son cerveau est une boue blanche et lourde.

 

Zavolej mi crie très fort et lentement le vieil homme.

Le tilleul ouvre ses ailes.

Les statues tordues au jardin sont matière

blanche et grise et noire.

Le vieux, avant de s’endormir sous l’arbre,

le vieux crie encore une fois

Zavolej mi !

Appelle-moi !

*

 

 

5

L’Europe, c’est de l’eau, ce sont des eaux internationales.

Cernées de terres à définitions criardes

et à fonciers rudes, où empaler ceux qu’on attrape

et qu’on appelle les pirates parfois, les migrants souvent.

Les terres autour de cette mer, oui, terres :

la Baltique salée comme une morue séchée, comme

un lit calviniste mis debout,

l’Atlantique rougi du sang précolombien

et de celui du commerce triangulaire,

la Méditerranée tricheuse de théâtre catholique,

l’Oural herse de fer dont les tsars de jadis

et de maintenant déchiquètent leurs peuples.

 

L’Europe, ce sont des eaux internationales

où Platon lança son radeau d’ivoire, Elytis son soleil,

Cendrars son train sifflant, Beethoven son cyclone,

donc des algues excessives, des courants,

du plancton amoureux,.

 

Au centre des eaux batailleuses, une île souple.

Son nom : Prague. Sans rive escarpée ni falaise

ni écume ni récif ni grotte à pirates.

Une île flottante et qui revient sans cesse au centre.

Son humus et son sédiment en langues variées, c’est la parole.

Son poteau-mitan et le lest d’or de son âme,

c’est la parole. La parole éventuelle et sans maître.

 

Ici s’affrontent deux qui se disent parlants,

créatures amphibies.

 

L’un se reconnait dans la forme, toute en pointes

et en creux, d’un prophète maigre

que Braun sculpta comme un bateau échoué :

un prophète s’étant trompé de dentier, bégayant.

 

L’autre a la forme sans contour qui est

le mouvement sans fin divergeant de la parole ouverte :

cet autre parle plusieurs langues.

 

L’un possède la lueur aigre qui émane du fossile

au fond du torse sculpté en grès brun.

Voilà, c’est la cynique boussole qui clignote ; les apeurés,

les amers, les tueurs la regardent souvent

pour vérifier que la chasse aux migrants est situable et ouverte

et pour jauger leur propre pureté académique.

Ces violents ne s’aperçoivent pas qu’autour

Braun a sculpté dans le grès des guenilles moussues

pour vêtir le torse maigre du prophète

car Braun savait très bien que les hommes

sont frêles et doivent s’asseoir ensemble

pour manger et se parler : le prophète ne précède

aucune vérité, mais ouvre des parloirs et des débats.

 

Mais celui-ci a si peur des autres

qu’il lui faut à tout prix tripatouiller les os de grès,

autopsier le prophète et se rassurer avec ce squelette

qui devient le sien,

car il pense que là est la vérité unique,

qu’elle s’appelle l’académisme

et que ça le sauve des rudes tempêtes

de notre mer l’Europe.

Académisme, trompète-t-il, c’est rameaux de corail,

arcades de platine, racines de titane.

Hors académisme, trompète-t-il, c’est déluge,

charabia étranger.

 

L’autre en souriant

fait passer l’Europe aux tumultueuses eaux

sur des tamis de grains de sable,

trie, lave, écoute pour trouver le chant des eaux,

entend la pluie humaine, larme, baiser et bain,

soif et regain de vie

sur des tamis de grains de pensée,

entend l’Europe en ses eaux

être à son tour aussi l’humaine pluie, ocre ou brune,

beige ou rose, souple comme sa propre peau

en tous langages,

tendant au loin verres et carafe.

 

*

Y B

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

 

 

9 réponses à “Nouveaux Poèmes de Prague (juin 2018)”

  1. Antonio Devicienti dit :

    Les larmes aux yeux, je te remercie, cher Yves, en attendant la traduction par Francesco Marotta de ces magnifiques poèmes – l’Italie est un « pays voisin » où le fascisme et le racisme deviennent de plus en plus évidents. Nous avons besoin d’une écriture telle que la tienne.

  2. MICHEL dit :

    Pour tout dire, ce ne sont pas les larmes qui me viennent aux yeux mais une sorte de félicité à lire ces poèmes qui célèbrent tout en résistant, qui égratignent le pouvoir illégitime de la dictature tout en traçant les grandes lignes d’une histoire encore proche, qui montent à l’assaut des vieilles pierres de la bêtise, qui pointent d’un doigt tantôt accusateur les vilenies et traquenards de la vie politique, tel ou tel assassinat des libertés, tantôt solidaire les épreuves des abandonné(e)s du monde,

    ces poèmes qui dansent, qui grognent, qui soulèvent les mots faux pour en proposer de plus vrais, rafraîchissent les rues de cette ville de Prague
    ( magnifiquement évoquée dans l’article précédent ) où traînent pas mal de miasmes de temps encore assez proches, et où maintenant, si l’on en croit notre poète, s’épanouissent toutes les fleurs vénéneuses du consumérisme et d’une inertie citoyenne consternante,
    mais tout le monde ne possède pas la verve, la force et l’esprit de détermination
    qui caractérise cet insurgé poète,

    ces poèmes où la langue va et vient, saute et tourbillonne, clame la délivrance attendue, espérée des corps et des esprits, et ce qui est épatant dans ce
    tourbillon de danse, de révolte et de poésie étroitement mêlées, c’est l’inventivité
    d’un art de raconter la réalité sans faillir une seule fois à l’éthique de penser droit.

    Comme un torrent qui bondit, clair et puissant, entre ses rives de roches, conduit inexorablement vers la mer.

    Véron, qui savez parler du coeur, quelle sera votre perception à vous de
    ce témoignage cavalcadant par monts et par vaux de l’espace humain ?

    Anne MICHEL

    • Veron dit :

      Anne, vous avez tout compris de la démarche du poète, de ce qui constitue le jaillissement de son écriture et aussi sa force. Je ne ressens pas cette félicité qui est vôtre. Je ressens le froid mortel engendré par la dissolution de l’humain si bien évoquée dans ces poèmes. Je suis proche de ce qu’écrit A.Devicienti, Mais les larmes sont dangereuses et vous savez prendre un autre chemin. Je me dis qu’il faut que le coeur se dépasse s’il ne veut pas disparaître. Merci pour ce blog qui nous permet de dire cela, merci de votre témoignage.

      • Anne MICHEL dit :

        Larmes ou félicité ( je n’aurais peut-être pas dû oser ce terme trop positif ou du moins trop exalté pour désigner mon état d’esprit ), il se trouve que malgré nos divergences de réception aux textes d’un poète aussi engagé qu’Yves Bergeret, nous sentons bien qu’ici nous cheminons sur une terre commune. Celle de la recherche d’un équilibre, d’un appel vers la justice, d’une volonté de bonification d’une société qui ne déborde pas, on peut le dire, ni d’équilibre, ni de justice, ni de bienveillance.
        Le poète ici même porte, et de lieu en lieu, d’année en année, il la maintient vivante et vibrante, cette bienveillance qui est comme une caresse aux âmes, un geste de réconfort pour la conscience. Et sa parole nous invite à la conversation :
         » Veron, dit-elle, j’ai vu ceci et cela et j’en témoigne aujourd’hui non pour que vous souffriez dans votre sensibilité exacerbée mais pour que vous sachiez que, où que vous soyiez, la conscience poétique est à vos côtés et vous ouvre la porte pour passer des seuils, franchir des passages. »
        « Anne, dit-elle, devant votre enthousiasme à la lecture de ces poèmes que vous entendez chanter et ces vers que vous dites danser, n’oubliez pas que les mots
        sont ici non pour jouer la cigale ivre de son talent d’aède de l’été mais pour nommer, dans ces strates du monde qui se livrent à nous, les planches pourries qui menacent la solidité de l’édifice ! »

        Que dirait cette voix bienveillante à Antonio Devicienti ? Esprit éminemment moral et intègre, analyste politique dont le verbe tranche aussi dans les planches pourries du système, celui-ci a, grâce à ce blog, posté il y a quelques mois une prose plus personnelle d’une très grande force, un récit presque ontologique de sa propre mémoire et la révélation de l’être vibrant qu’elle a engendré, en sourdine à son intelligence.

        Bon. Il est temps d’empoigner le jour et d’agir. Mais passer de la pensée au réel le plus cru n’est pas toujours facile.

  3. Veron dit :

    Les martinets familiers au poète sont très hauts dans les nuages. Autrefois ils dessinaient leurs arabesques autour du clocher, l’encre disparaît tout comme les lettres de l’alphabet, le silence et l’absence de sens envahissent la ville. « Personne n’a de perche pour sonder le marais noir. Personne n’a d’esquif pour glisser dans la nuit ». La ville fut pourtant le lieu de la parole libre de l’homme. Le poète a foi en elle qui fut « le lest d’or de son âme ». Bientôt il trouvera le chant des eaux, la pluie humaine, Prague et encore plus l’Europe. Déjà verres et carafes attendent les invités. Beaucoup ont déserté la parole éthique pourtant ; pourquoi ?

  4. Antonio Devicienti dit :

    Madame Michel, Madame Véron,
    « les larmes aux yeux » c’est une expression qui voulait dire, au moment où j’ai lu l’article d’Yves, comment j’étais (mais je le suis encore) dominé par la rage et la rébellion contre les opinions racistes et fascistes diffusées en Italie (mais aussi en Europe, il faut l’admettre); l’expression n’a rien à quoi faire avec des états de l’esprit langoureux ou tendres: bien au contraire!!! Je suis touché par la manière avec laquelle Yves écrit et exprime sa vision claire, parfaitement consciente du moment historique et politique: il inspire mes pensées, il nous indique une manière de se conduire qui est vigilante et jamais, JAMAIS résignée.

    • Anne MICHEL dit :

      J’entends bien qu’il s’agissait de larmes de fureur, d’indignation extrême devant les propos inacceptables tenus par certains de vos hommes politiques ! Qu’elles soient larmes de colère ou de désolation, aucune en ces moments de déviance de l’éthique et d’une telle pollution idéologique, ne pourrait être prise pour l’effet d’une humeur langoureuse ou tendre.
      Peut-être ne faudrait-il pas, en ces cas où un État est menacé de replonger dans des miasmes passés, se permettre de parler de félicité quand d’autres subissent l’angoisse du délire ostracisant d’un dictateur potentiel à peine dissimulé.
      Je souhaitais simplement noter la justesse de ton des Nouveaux Poèmes de Prague. Souligner la manière droite qu’a Yves Bergeret de rapporter, présenter et disséquer les diverses déflagrations que nous impose l’actualité, tout en demeurant dans le noyau d’une poésie centrale, dynamique, vitale.

      Yves Bergeret m’évoque le fameux Testo du Combat de Tancrède et Clorinde. La superbe inspiration du Tasse, survoltée par les récitatifs déclamatoires novateurs de Monteverdi, insuffle un allant sans rupture à la voix de ce témoin qui raconte ce combat mortel au plus près de chacune de ses étapes et ne désengage jamais son récit du réel.
      De même, quelles que soient l’urgence et la gravité du sujet, notre Testo poète garde le cap et porte sa Carène droit au but : humanisme et résistance.

      Par contre, pour moi, pas de Madame Michel sur ce blog dédié à de telles valeurs, mais simplement Anne Michel, poète.

      Et quand je m’adresse par le biais de ces échanges à Veron tout court, ce n’est pas de la désinvolture. Veron, par la sonorité de son nom et par les portes qu’elle ouvre avec ses commentaires, m’apparait comme cheminant le long des poèmes d’Yves Bergeret, interrogeant chacun de leurs mots et notant leur appel à une prise de conscience, justement.

      • Antonio Devicienti dit :

        Je suis d’accord avec vous, Madame Michel et je suis très touché par votre allusion au Testo du Tasse et à la musique de Monteverdi, allusion qui prouve comment la culture italienne est bien plus haute, humaine et tolérante que la très lamentable situation politique actuelle.

Rètroliens / Pings

  1. Nuovi poemi di Praga | La dimora del tempo sospeso - 01/07/2018

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