Crue d’avril (à Die, avril 2018)

Cycle de quatre poèmes créés et calligraphiés par Yves Bergeret à Die sur les galets du lit de la Drôme et de celui du Bez, du 4 au 8 avril 2018, en quatre exemplaires sur quadriptyques horizontaux de 120g en format 17,6 cm par 100, avec collages, encre de Chine et acrylique.

*

 

 

1

Vent fort,

l’orage est ma vigie.

Dans ses marécages

féodale la bêtise

fait le dos rond.

 

Vent fort,

les embruns du torrent

glissent l’alerte dans ma phrase,

ourlent ma bouche.

 

Vent fort,

les galets roulent dans les vagues,

le torrent porte ma maison

dans un panier insulté

que je tresse de colère et de rire.

 

Vent fort,

mes volets claquent,

l’orage vient laper mon assiette.

 

Vent fort,

invisibles des pattes de lion

me décoiffent, mais je suis chauve,

redressent mon escalier

mais je dors dans un lit céleste.

*

 

 

2

Six hirondelles de roche

déplient à larges volutes

la montagne que l’hiver laisse.

 

Soixante volutes soixante lettres

quarante six au-delà de ce que je sais lire.

 

Le torrent à ras bords

retrousse ses rives.

Jamais si fort n’a chanté

la montagne qu’au soir les six hirondelles

mènent boire.

 

A voix très grave

roulant au fond des remous

chantent les galets invisibles

balbutiant ce qui se nomme

dans les seules quarante six lettres illisibles.

*

 

 

3

Juvénile le torrent

marche au milieu de son eau

en éclaboussant tout.

 

Une escouade de phalènes

tressaute à reculons dans le vent

lisant, je crois, les mots illisibles des galets.

 

Au bord du torrent fou

sur un lit de galets froids

je m’allonge ; heureux est mon dos.

Le soleil rôtit ma face.

J’écoute jubilant

l’eau donnant à mille voix

le chant des fondations.

*

 

 

4

De l’amont le torrent descend

les grands gradins

monocorde.

 

Devant mes genoux

c’est le point de silence de l’eau.

 

A mon aval

le torrent jaillit

clown ou brigand

roulant dans ses remous

les osselets de la montagne.

 

Devant mes genoux

c’est pleur ou supplication.

De la montagne ou de moi.

Ou de l’étranger qui cherche place

entre elle et moi,

notre ombre jumelle,

nos lèvres siamoises,

nos deux lèvres,

amour rosse qui rage et fuit,

corps d’ombre et de joie.

*

 

 

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

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One response to “Crue d’avril (à Die, avril 2018)”

  1. Antonio Devicienti says :

    Oh, cher Yves: je reconnais ces lieux! merci de nous y avoir conduits, merci de ce nouveau voyage fait de mots, musique et images.

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