Secousse, à Lus-la-croix-haute, 28 et 29 août 2017

Poème créé à Lus-la-croix-haute, les 28 & 29 août 2017, dont deux strophes calligraphiées dans le lit de galets du Buech, à côté du village, sur deux quadriptyques verticaux de Rosaspina 225 de Fabriano (100 cm par 35, acrylique et encre de Chine).

On lit ce poème dans une traduction en italien, dynamique et sensible, du poète Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2017/09/02/secousse-scuotimento/

 

*

 

La montagne se secoue

jusqu’à la transe,

jette en bas ses identités variables,

mille, cent mille pierres qui roulent.

*

 

Toute masse la montagne est

notre grand ’place en vertical

failles, foules sans sommeil, façades aveugles.

coriace carrefour de toute notre histoire.

*

 

Roulent les galets

dans le lit immense de l’histoire,

roulent mes rotules mes vertèbres,

aucune n’est mienne.

*

 

La montagne s’évide

et grandit.

S’allège et plonge dans les yeux

des dieux faibles.

*

 

La montagne se secoue jusqu’à la transe

et grandit et grandit.

*

 

A déserté les discours creux.

A laissé ses dents ses sourcils

ses mâchoires ses atours

dans un port où la marée est toujours basse,

dans un ravin où le gel n’en finit jamais.

*

 

En sa seule personne

la montagne est la foule.

Elle est ma tête ou la tienne.

*

 

J’aurais voulu entendre les deux

premières syllabes que dit la montagne,

en un seul souffle

une double flamme.

Rien qu’à elle les hommes se sont dressés en foule

et ont marché avec la montagne.

*

 

Ils ont marché ; leur marche

est la montagne, la secousse lente

des corps qui sèment les mots

dans la mer trop salée qui se vide

par effroi.

*

 

La montagne secoue le ciel,

secoue le pouvoir du prince auguste

et la dent pourrie de la tigresse.

*

 

La montagne fait rentrer dans sa niche

la stupidité violente.

La montagne se secoue pour protester.

 

Elle refuse que les violents

dressent des piloris sur la grand ‘place.

Montagne, donne tes deux syllabes suivantes !

*

 

Elle répond par une avalanche

de pierres blanches, aptes à polir

dans la courtoisie, l’écoute, l’attente

puis dans le départ.

*

 

Je porte la montagne sur mes épaules frêles,

l’étranger la porte à bout de bras,

masse mauve et claire

qui jette l’eau et l’aube.

*

 

La montagne est ta foule, ma foule

et la secousse entre les deux

où roulent les cent mille pierres du grand récit.

 

 

*****

***

*

 

 

 

 

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5 responses to “Secousse, à Lus-la-croix-haute, 28 et 29 août 2017”

  1. Antonio Devicienti says :

    Que la montagne, le vent, la pierre vivent appartenait à la tradition lyrique européenne – on l’a oublié, on a eu honte de cette tradition; maintenant tu donnes une perspective nouvelle à tout ça en apprenant des cultures africaines et créoles que ça c’est bien vrai: la montagne, le vent, la pierre vivent et parlent dans un univers qui ne soit pas encore asservi aux règles du marché – ou que l’on essaye à soustraire à ces règles…

  2. vengodalmare says :

    Dalla montagna poche sillabe alla volta, forse una parola intera l’uomo sordo non la reggerebbe, ma lei sì, Bergeret, di lei la montagna si fida e potrebbe consegnare intere frasi alla sua capacità di ascolto.

    • Yves Bergeret says :

      Merci pour votre magnifique et très généreux commentaire.
      Grâce à lui et à vous on prend conscience que dans ce simple cycle de strophes le mythe de Moïse recevant en haut d’une montagne du Sinaï les Tables de la Loi est renversé et redevient humain. Grâce à vous j’en prends conscience. Il arrive souvent que le poème nous précède. René Char le dit très bien.
      YB

  3. veron says :

    Un poème étrange et familier à la fois. La montagne est la gardienne de l’espace mais elle est bien plus que cela. Elle est la gardienne de notre humanité qu’elle préserve. Quand il le faut elle réveille notre humanité quand celle-ci faiblit. Plus encore, elle est l’humanité tout comme le poète qui se fond sans jamais disparaître dans la langue de la montagne signant ainsi sa profonde et singulière appartenance au monde.

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  1. Secousse / Scuotimento | La dimora del tempo sospeso - 02/09/2017

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