Etranger, à Piazza Armerina, en Sicile

Poèmes écrits par Yves Bergeret à Piazza Armerina, au cœur de la Sicile, du 7 au 9 août 2017, tandis que les forêts d’eucalyptus de l’île brûlaient autour de la ville.

Le premier de ces poèmes se lit en italien traduit par le poète Francesco Marotta, à cette adresse : https://rebstein.wordpress.com/2017/08/17/colui-che-passa/

*

 

Celui qui passe

à Piazza Armerina, 7 août 2017

 

Il est arrivé en pleine nuit.

En feu les forêts d’eucalyptus

allaient avaler la pleine lune et la ville.

 

Il aurait pu être une feuille calcinée

portée par le vent de minuit.

Sa nervure centrale : sa liberté aiguë.

 

Il est le vent

qui rappelle qu’il faut choisir

et qu’on ne se réfugie pas dans la face cachée du vent.

 

Il parle un peu,

salue, pleure, plante sa rame et son chant

en plein nuage,

en plein visage du monstre,

salue, écoute et s’en va

en ayant rehaussé la colline des hommes.

 

 

*****

***

 

 

La Traversée de la place

à Piazza Armerina, 8 août 2017

 

Ton mollet griffé,

quelle ronce étrangère as-tu méprisée ?

*

 

La main pendant à la portière…

Pourtant personne ne la prend,

pieuvre indulgente,

insoupçonnable orpheline.

*

 

Avec un port de reine

traverse la place

l’exilée vêtue d’amples monologues sceptiques.

Pourtant ce n’est pas une langue morte qu’elle parle.

*

 

Les martinets sont repartis très tôt cet été

nous laissant un ciel brûlé

où la détresse ne trouve plus personne à qui s’affilier.

*

 

Sous ton maillot

tes côtes saillent.

La mer t’a tout pris,

même le contrejour onctueux

entre ton prénom et ton voyage.

*

 

Tu aurais dû t’arrêter à temps

avant la retombée du sable

que tu creusais pour trouver la sortie.

*

***

 

 

 

Ombre

à Piazza Armerina, 9 août 2017

 

Des images lui poussent aux épaules

mais elles croissent étrangement,

feuilles sans nervures, pétales incolores.

 

Il traverse la nuit

sans paupières,

comme il a traversé la mer,

les poings nulle part.

 

La foule lui projette son ombre

mais il n’y a pas de sol pour la recevoir.

 

Son ombre est blanche.

On devrait connaître ce point cardinal inconnu

au centre du bruit de la place.

 

Il n’est que sa propre ombre,

un aliment et un sommeil

pour les fauves et les affamés variés.

 

*****

***

 

*****

***

*

 

 

 

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7 responses to “Etranger, à Piazza Armerina, en Sicile”

  1. Anne MICHEL says :

    Le feu s’empare de l’Eucalyptus et ses longues feuilles vert bronze
    lui demandent bienveillance : où nous emmèneras-tu, maître
    des foyers dont la dalle de granit a été autrefois arrachée à sa terre ?

    Quel support prépareras-tu pour les fibres que nous étions,
    nous laisseras-tu nous ici en cendres et poussière de feuilles
    tout autour du tronc noirci que tu n’as pas voulu épargner ?

    Ce sont des poèmes fusibles qui voudraient mettre à l’abri
    tous ceux venus du désert. Hé, Yves Bergeret !
    Écrivez-nous donc l’épopée des grains de sable qui depuis les algues
    bleues se sont unis puis scindés puis réunis pour devenir des humains.

    Sous cette opacité âcre du ciel dévoré par les fumées, on devine le poète
    notant sur ses petits cahiers le grand mouvement des mains
    qui désirent nouer les flammes pour leur inventer un bateau.

    Et qu’il fuie, ce rouge qui happe la terre, les buissons, les fleurs,
    les cyprès de Piazza Armerina ! Et qu’elles fuient les fumées
    qui empoignent l’air et le jette à terre, tout fumant des scories noires !

    Va-t-en flamme ! Va-t-en feu ! Et pourtant, toi feu et toi flamme,
    vous fûtes aussi algues bleues, qui se nouèrent et se dénouèrent.
    Je chercherai parmi les coulées mortes des volcans, voletant
    sous les décombres des troncs, la sève tirée de la plante indigo.

    ÉCRIRE rouge PEINDRE bleu TENIR jaune et REFLEURIR vert.

    • vengodalmare says :

      J’ose dire que votre poème est très beau et qu’il exprime parfaitement ce que je voulais dire au poète, après la lecture de Etranger, a Piazza Armerina.
      Merci.

    • veron says :

      Je crois comprendre le mouvement qui parcourt votre flamboyant poème. La vie veut vivre. Elle cherchera sans relâche parmi ce qui est mort sous la cendre la sève de la plante indigo. Le feu, l’enfer, c’est peut-être le poète seul qui peut le regarder tel Virgile et Dante.

    • veron says :

      Je crois saisir le mouvement qui anime votre poème flamboyant. La vie veut vivre sans la guerre. J’aime cette recherche obstinée de la sève tirée de la plante.

  2. veron says :

    Ces vers sont douloureux à lire. Nous ne voulons pas de la souffrance, de la solitude, de la mort que vous décrivez si bien. Nous voudrions vivre dans les images. Que dans le pur bleu du ciel, ne se voie que la grâce du vol des martinets….que la grâce tout court.

    • carnetlangueespace says :

      Quand je suis arrivé cette fois-ci en Sicile, inhabituellement les martinets avaient disparu, fabuleux migrateurs peut-être déjà retournés en Afrique. Dans le ciel au coeur de l’île, c’était, en total mutisme, cendres et feuilles calcinées d’eucalyptus ; et fumée d’incendie de forêt, fumée. Tout était absent-présent, et limpide, dans une grâce distante. Rien ne pesait, ni ne s’affairait dans la vulgarité de la possession, tout migrait ; et si certains personnages médiévaux et féodaux, voire mafieux, cherchent encore à entraver le grand mouvement humain et notre profonde liberté migrante, les esprits ouverts, modernes et libres de Piazza Armerina relançaient et relancent notre insatiable appétit de parole ouverte et de vigilance.
      YB

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  1. Colui che passa | La dimora del tempo sospeso - 17/08/2017

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