Au Bar L’Etape, à Montrouge, avec Nicolas Hilfiger

Dessin à l’encre de Nicolas Hilfiger, 2017, intitulé La Lettre, ( 31 cm x 23),

& poème d’Yves Bergeret

 

 

 

 

1

Il ne renverse rien.

A pas vifs il passe entre les tables.

Il n’est renversé par rien,

si fin si émacié

que le vent aime être reconnu par lui.

 

2

Il est dans l’art du fil :

on tire le fil,

on noue et dénoue l’amarre,

il est déjà de l’autre côté du détroit.

 

3

Si on tire plus sec le fil

il tinte entre le nuage d’altitude

et l’horizon raboteux.

 

4

Rien ne le décompose,

il danse bien au delà du décor,

de toute panoplie il se rit en arpège,

par exemple de celle du douanier.

 

5

Il serait la lettre

qu’il n’envoie ni ne reçoit.

 

Il tremble avec le bras

qui en tremblant aussi soulève le monde

afin de distribuer la fraternité

en la déposant sur chaque table.

 

Puis s’échappe de la violence, semble-t-il,

en glissant entre nos tables.

 

6

Dans le grand miroir du fond du bar

reste juste le contour de nos têtes soudain évidées

et nous voyons la tristesse de la fugue à trois voix

de l’étranger qui apporte à boire

en regardant les barques

que la tempête projette en l’air.

 

Tandis que parmi nous le peintre qui le dessine

garde le vieux bras d’Atlas

et un rebond sans cri de lui

ou est-ce de la carène

avant la toute première lettre de l’alphabet ?

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

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3 responses to “Au Bar L’Etape, à Montrouge, avec Nicolas Hilfiger”

  1. Antonio Devicienti says :

    Cher Yves,
    ça c’est bien chanter (et dessiner) le monde pendant qu’il se passe…

  2. vengodalmare says :

    Entrambe le braccia di Atlante possono sorreggere il mondo, ma non la Fratellanza che ha il peso dell’anima, troppo leggero per potersi depositare in ogni cuore. Forse che essa ha piuttosto bisogno di una Carena?
    I miei complimenti al poeta e al disegnatore.

  3. veron says :

    C’est une scène de tous les jours, mais le regard du poète suit les lignes invisibles que dessine celui qui donne à boire. Il me vient à l’esprit quelques uns de vos vers : « que le poème soit alors/qu’il dresse alors /dans la mouvance instable des choses/un cortège d’images moins provisoires … » Le meilleur commentaire c’est le dessin, je crois. Merci pour la leçon.

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