Les Aboyeurs (Carène, Acte 2, scène 11)

Texte originel, puis traduction en italien de Francesco Marotta

 

Dans la rue à Catane le petit chien blanc surgit du fond de la nuit,

se précipite sur moi, se met à aboyer furieusement.

Tressaute sur ses pattes blanches fines.

Aboie enragé. Sa maîtresse sous grande capuche

feint de ne rien voir. Le petit chien hurle.

Sa maîtresse ne le rappelle pas. Le petit chien

saute de colère sur place. Cherche à me mordre.

Court en rond autour de mes jambes en hurlant.

Je ne bouge pas. Il hurle. Fait des bonds.

La maîtresse ne fait rien. Je ne peux bouger.

Hurlements hurlements hurlements.

Les figuiers de Barbarie ouvrent grand leurs oreilles

Le volcan se rapproche. Le chien blanc hurle.

 

 

Deux jours avant en quittant Aidone, Modi et moi

payons chacun sa chambre. L’argent reçu,

les logeurs après une semaine de bizarres harcèlements

lâchent un feu d’artifice d’invectives, reproches,

insultes. Invectives. Elles me font rire.

Je refuse de répondre. Les insultes redoublent.

Insupportable aux logeurs est que je m’intéresse plus aux migrants.

Qu’à eux. Eux qui à peu près invisibles se calfeutrent, ne s’intéressent à rien.

Mon dialogue avec les migrants exaspère, risque de révéler des choses

et les misérables profits grappillés sur leurs dos.

Dialoguer pourrait signifier enquêter. Observer. Au pays cendre et ombre!

Invectives acharnées, insultes, c’est la peur qui aboie,

qui aboie déchaînée, pour faire peur, qui a peur.

 

 

*

 

I latranti

 

Per strada, a Catania, un piccolo cane bianco sbuca dal fondo della notte,

si precipita verso di me, si mette ad abbaiare furiosamente.

Saltella sulle sue sottili zampe bianche.

Abbaia rabbioso. La sua padrona sotto un grande cappuccio

finge di non vedere niente. Il piccolo cane ulula.

La sua padrona non lo richiama. Il piccolo cane

salta incollerito sul posto. Cerca di azzannarmi.

Corre in cerchio intorno alle mie gambe ululando.

Io non mi muovo. Il cane ulula. Continua a saltare.

La padrona non fa nulla. Io non posso muovermi.

Ululati ululati ululati.

I fichi d’india spalancano le loro orecchie.

Il vulcano si avvicina. Il cane bianco ulula.

 

Due giorni prima, lasciando Aidone, io e Modi

paghiamo ognuno la sua camera. Preso il denaro,

i proprietari, dopo una settimana di bizzarre molestie,

si lasciano andare a un fuoco d’artificio di invettive, rimproveri,

insulti. Invettive. Mi fanno ridere.

Mi rifiuto di replicare. Gli insulti raddoppiano.

Trovano insopportabile che io mi interessi più ai migranti

che a loro. Loro che se ne rimangono rintanati, quasi invisibili,

badano unicamente a se stessi.

Il mio dialogo con i migranti infastidisce, rischia di svelare qualcosa

dei miserabili profitti lucrati sulle loro persone.

Dialogare potrebbe significare indagare. Osservare. In paese silenzio e omertà!

Invettive accanite, insulti, è la paura che abbaia,

che abbaia scatenata, per fare paura, perché ha paura.

 

*****

***

*

 

 

 

 

 

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3 responses to “Les Aboyeurs (Carène, Acte 2, scène 11)”

  1. veron says :

    Nous aimerions rêver, nous laisser porter par la parole poétique; mais celle-ci reflète le réel, nous aimerions que la main tendre de Nausicaa offre une coupe au voyageur, mais ici c’est un petit chien qui aboie enragé, plein de colère il cherche à mordre, soutenu par le silence de sa maîtresse… Chez ceux qu’on appelle les hommes tout n’est qu’insultes, reproches, invectives ; c’est là le sol aride où nous devons vivre avec ces aboyeurs qui sont là, parmi nous. Ce poème nous permet de comprendre qu’ils ont peur, que le silence et le rire sont nos armes. Merci

    • carnetlangueespace says :

      C’est moi qui vous remercie.
      Il y a en effet, hélas, parmi les hommes des gens particulièrement fermés et obtus. Leur sève est une autosatisfaction molle, un narcissisme stérile et immobile. Leur seule motivation à agir est la défense d’un territoire, le leur, d’où exclure tout étranger à moins de l’asservir. Aucune écoute, aucun dialogue de création. aucune parole ouverte, démocratique selon la grande expérience athénienne, aucun engagement dans aucun projet, jamais de contrat car celui-ci implique par fonction même autrui ; une faiblesse permanente, une peur permanente. Et si quelque étranger approche, comme un animal, vite montrer les crocs, aboyer pour faire peur et parce que on a peur.

      René Char parle si bien de cette misère dégradante, dont les premiers dégradés sont les aboyeurs eux-mêmes !
      YB

  2. veron says :

    Merci pour votre commentaire clair, détaillé, exigeant aussi. Car vous nous poussez à nous aventurer dans la nuit, à emprunter des chemins qu’une naïveté ignorante nous avait fait éviter. Vous nous donnez une lanterne pour avancer, mais tout ce noir fait un peu peur quand même .

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