Récit peu court, suivi de : L’Ecoute

RECIT PEU COURT, suivi de L’ECOUTE

Deux cycles de poèmes écrits chacun en quatre exemplaires à Die, l’un du 21 au 25 avril, l’autre du 28 au 30 avril 2017, par Yves Bergeret sur quadriptyques à huit volets de Rosaspina ivoire 230g de Fabriano, chaque volet de 17,5 cm de haut par 12,5, avec collages, encre de Chine et gestes d’acrilyque.

1

En bourgeons violets la hêtraie

gravit par décennies siècles

la pente et rejoint

l’alpage gris-vert

et touche là-haut

ocre la cime

puis le ciel vide et bleu.

2

Le torrent vert court contre les pierres où j’écris.

L’écume insiste à ras de crise et de phrase.

La hêtraie avance son épaule large

dans la mer céleste.

3

Un hêtre touche le ciel et dit :

« le ciel est du pollen,

friable ciel d’où tombent ci et là des hommes,

souffles aux plaies noires,

des hommes, souffrances aux fronts d’or. »

4

Un hêtre dit : « ciel main d’enfant

qui ne sait prendre que le doigt de sa mère ».

5

Un hêtre dit : « ciel main sans crayon sans passion ».

6

Un hêtre dit : « très jeune reptile

au ventre fébrile, c’est le vent impuissant ;

je le pose sur ma branche et l’allaite.

Transigeant vent, merci :

tu m’apprends que je suis beau

dans l’entracte parmi les cris des drames ».

7

Ici les oiseaux à toute gorge répondent au torrent.

Personne ne traduit.

Le torrent insiste.

8

La montagne dit : « ce qui m’échancre

balance dans la peine des hommes, dans la joie des hommes.

Ce qui m’échancre tient la note verte du torrent perpétuel

et me jette dans la parole ».

9

La montagne dit : « ciel pollen dont je tombe,

vois mon éboulis violet qui s’agite,

ma forêt beige, elle rampe.

Un hêtre, un homme,

lentement je rassemble le rayon rouge

de la voix minutieuse des hommes, elle

s’enroule à la parole ».

10

La montagne dit : « ma chair, un homme,

un migrant, je rassemble son histoire,

je me serre claire riant dans son récit ».

*

***

*****

***

*

J’habite le fond du cratère

que chaque jour de ma vie creuse dans le sable.

De l’autre côté de l’océan

est-ce que mon cratère a son double ?

Suis-je en deux oreilles l’ouïe du monde

et le son qu’il émet

et même le son qu’elle reçoit ?

Suis-je une plainte discrète ou une joie

ou ce qui sculpte le fond de l’océan

en y faisant tomber et rouler par épopées

les grandes montagnes ?

Suis-je le bruit, la longue phrase,

la polyphonie, l’hymne du sable

qui glisse en dansant vers le fond des deux cratères,

le féminin, le masculin,

le docile, le triomphal ?

Suis-je le grand silence émergeant

du tumulte des eaux, dans la forme

d’un archipel blanc,

c’est-à-dire des mots, quelques phrases,

une salutation et un don

une réplique tendre comme un diamant

dans la paix de l‘aube ?

*****

***

*

 

 

 

 

 

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2 responses to “Récit peu court, suivi de : L’Ecoute”

  1. Antonio Devicienti says :

    Je considère parfait ce double poème, dans lequel la première partie trouve son écho dans la deuxième (la voix de Koyo est bien vivante et présente) et où les images appartiennent au poème, elles ne l’illustrent pas, mais elles parlent, disent, elles sont les yeux du corps du double poème – et le papier de Fabriano sur les galets blancs ou près de l’eau ou en dialogue avec la montagne et le ciel confirme ton idée du poème selon laquelle il n’est pas seulement une succession de vers, cher Yves.

  2. veron says :

    Au delà du visible et pourtant au coeur de la matière, le sens du monde et de la vie. Merci pour ceux qui le cherchent ou l’ont perdu.

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