L’Eau (2), La Nef, avec Francesco Marotta

Poème & traductions de Francesco Marotta et Yves Bergeret

Poème en trois diptyques créé en deux exemplaires par Yves Bergeret du 22 au 24 décembre 2016 à Paris sur papier Aquarelle Etival de Clairefontaine 200 g, format 30 cm x 40, avec gestes d’acrylique & collages d’images de Rio de Janeiro et d’ailleurs ; en contrechant ce poème s’enrichit des vers de Francesco Marotta.

*

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*

1
A la proue, une poignée d’illuminés ou de gens très jeunes;
sur le pont, sur les escaliers, près du bas des mâts
allaient et venaient lentement
beaucoup de gens, affairés aux exigences mornes
de leurs destins.
A la poupe,
certaines personnes, tristes,
refermant sur elles le couvercle de leur cercueil;
et si elles le faisaient trop vite et alternativement
cela créait dans le vent excellente roue à aubes,
alors par à-coups nous avancions dans la nuit très noire.

A prua, un pugno di esaltati o di ragazzi molto giovani;
sul ponte, sulle scale, intorno alla base degli alberi
in molti andavano avanti e indietro lentamente
alle prese con le oscure incombenze
dei loro destini.
A poppa,
alcune persone, affrante,
si chiudevano da sole il coperchio della loro bara;
e se lo facevano con molta rapidità e alternativamente
il movimento creava nel vento una perfetta ruota a pale,
di colpo allora avanzavamo in quella cupissima notte.

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*

2
Très agitée la vigie nous cria:
«un grand feu loin devant!»
Mais rien à faire: invisible. Nuit partout.
Pourtant on entendait nettement secousses,
grondements, boati, effondrements variés
et surtout innombrables claquements de talons
sur des marches sans doute en bois
aussi bien à la montée qu’à la descente.
Non, non, ce n’était pas nous. C’était là-bas
dans la nuit, par le devant.

 Visibilmente agitata, la vedetta ci gridò:
«un grande fuoco in lontananza davanti a noi!»
Ma niente da fare, era invisibile. Solo notte, ovunque.
Si sentivano tuttavia nettamente delle scosse,
rombi, boati, cedimenti vari
e soprattutto un prolungato rumorìo di passi
tanto in salita che in discesa
su dei gradini probabilmente in legno.
No, no, non eravamo noi. Veniva dal fondo
della notte, davanti a noi.

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*

3
Ni carburant, ni voile, ni rame,
clos à jamais étaient les cercueils
et même beaucoup jetés déjà dans les remous du sillage.
Nous dérivions dans la nuit totale depuis huit jours
quand nous vîmes le grand feu.
Un visage de pure flamme
sans yeux, bouche immense ouverte.
Y brillaient de fines dents.
Qui tintaient ensemble puis alternativement.
Brillaient de fines dents,
nos mille besoins inassouvissables de pardonner,
nos minuscules mots en promesse
vers l’autre rivage
que nous n’atteindrions jamais
mais nous allions.

Senza carburante, né vela, né remo,
le bare erano chiuse per sempre
e molte già scaraventate nei vortici della scia.
Andavamo alla deriva nella notte assoluta da otto giorni
quando scorgemmo il grande fuoco.
Un viso di pura fiamma
senza occhi, dall’immensa bocca spalancata.
Vi brillavano denti sottili.
Che tintinnavano insieme, poi uno dopo l’altro.
Brillavano quei denti sottili,
i nostri mille insaziabili bisogni di perdonare,
le nostre effimere parole che promettevano
l’altra riva
che non raggiungeremo mai
ma continuavamo ad andare.

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*

Noi abbiamo attraversato il deserto
per sentieri di sofferenza e speranza
dalla savana al mare. Il ricordo dei fratelli
che affidavamo ogni giorno
all’abbraccio materno delle sabbie
batteva il ritmo inarrestabile
dei nostri passi, ci indicava il cammino da seguire.
Ci insegnava a custodire la libertà
più grande, il dono estremo
di chi, morendo, depone nella terra
delle tue mani il suo frammento di sogno
affinché tu possa farlo fiorire
alla luce di occhi futuri. E allora quel mare
che non conoscevamo
non aveva più segreti per noi.
L’orizzonte lontano parlava la sua lingua
millenaria, era un’arca immensa
sospinta da un coro infinito di voci
mai udite, illuminava la vastità del cielo
col bagliore del primo seme dischiuso
nella stagione feconda delle piogge.

 

Voi intanto ignari, gioiosi convitati
a una festa oscura, veleggiate al richiamo
di un dio senza occhi che vi guida
verso i sepolcri d’occidente, alle dimore

sbarrate dove la vita che vive,

soltanto nel respiro della parola che unisce
subisce l’ingiuria del silenzio, è un fiore
privo di radici partorito da una terra
ormai senza più linfa, senza più domani.

*

 

Par des sentiers de souffrance et d’espérance

nous avons de la brousse à la mer

traversé le désert. Le souvenir des frères

que chaque jour nous confiions

à l’étreinte maternelle des sables

battait le rythme inarrêtable

de nos pas, nous indiquait le chemin à suivre.

Nous enseignait à garder la liberté

la plus grande, le don extrême

de celui qui en mourant dépose dans la terre

de tes mains son fragment de rêve

pour que tu puisses le faire fleurir

à la lueur des yeux futurs. Et alors cette mer

que nous ne connaissions pas

n’avait plus pour nous de secret.

L’horizon lointain parlait sa langue

millénaire, était une immense arche

entraînée par un choeur infini de voix

encore jamais entendues, illuminait l’immensité du ciel

avec la lueur de la première graine s’ouvrant

dans la saison féconde des pluies.

Mais vous les ignares, les joyeux convives

d’une fête obscure, vous voguez à l’appel

d’un dieu sans yeux qui vous guide

vers les tombes d’occident, vers les demeures

murées où la vie qui vit

uniquement dans le souffle de la parole qui unit

subit l’injure du silence, est une fleur

privée de racines, née d’une terre

désormais sans plus de sève, sans plus de lendemain.

*****

***

*

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One response to “L’Eau (2), La Nef, avec Francesco Marotta”

  1. veron says :

    ce poème ,cette épopée humaine,est douloureux à lire parce que l’écriture va directement au vrai ;la beauté du texte rend cette réalité humaine encore plus douloureuse .Les deux langues ,dans leur beauté et leur expressivité propres,telles un double coeur et sous la forme d’un double choeur,amplifient le sens et donnent une portée universelle aux réalités humaines évoquées Merci pour cette leçon d’écriture et d’humanité.

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