L’Eau (1), Le Monde réel, avec Francesco Marotta

Poème & traduction de Francesco Marotta & Yves Bergeret

*

Poème en trois diptyques horizontaux sur papier Aquarelle Etival de Clairefontaine 200 g, format 30 cm x 40, créé en deux exemplaires par Yves Bergeret à Paris du 25 au 31 décembre 2016 avec des collages et des gestes d’encre de Chine, de lavis et d’acrylique ; en contrepoint ce poème s’enrichit ici des vers de Francesco Marotta.

le-monde-reel-entier

1

Ceux-là sont montés à bord

avec des valises violettes à roulettes,

des sacs informes de sport

et des amphores en équilibre sur leurs têtes.

Dès que la nuit les a serrés dans sa poigne de fer

le bateau s’est ébranlé.

Ils n’ont pas vu la voûte basse du tunnel

sous laquelle ils reculaient parmi

des dizaines d’épaves de nefs amarrées

mais ils ont ouvert leurs bagages

et partagé le temps en mille galettes dorées

et la joie en mille palets de bois rouge

et ils les faisaient tinter en les laissant glisser

contre le bastingage

et cela c’était l’énergie de vivre

et ils étaient très heureux.

Sono saliti a bordo
trascinando valigie viola a rotelle,
informi borsoni sportivi
e anfore in equilibrio sulle loro teste.
Appena la notte li ha stretti nella sua ferrea morsa
la barca si è messa in moto.
Non hanno visto la volta bassa della galleria

sotto la quale retrocedevano
tra decine di relitti di navigli ormeggiati
ma hanno aperto i loro bagagli
e diviso il tempo in mille tavolette dorate
e la gioia in mille dischetti di legno rosso
che facevano tintinnare lasciandoli scivolare
contro il parapetto della tolda
e tutta quell’energia vitale
li colmava di felicità.

le-monde-reel-1

Ci inoltriamo nella notte

col passo fermo e vigile

di chi conosce l’insidia della spina.

Mostriamo al cielo

la mappa degli astri sconosciuti

incisi sulla pelle, i segni

indelebili, febbrili

del morso feroce della fame.

 

Stretti nel palmo

conserviamo come una reliquia

semi di memoria.

Nell’anfora dei giorni l’infanzia della terra

che si fa corpo e voce

al richiamo delle fonti, canto

augurale, speranza di raccolto.

Sulle labbra

il respiro dell’acqua delle origini

mormora parole senza tempo

per dialogare col silenzio delle ombre.

 

Nous avançons dans la nuit

avec le pas ferme et vigilant

de qui sait le piège de l’épine.

Au ciel nous montrons

la carte des étoiles inconnues

incisées sur la peau, les signes

indélébiles, fébriles

de la morsure féroce de la faim.

 

Serrées dans la paume

comme une relique nous conservons

graines de mémoire.

Dans l’amphore des jours l’enfance de la terre

qui se fait corps et voix

au rappel des sources, chant

augural, espoir de récolte.

Sur les lèvres

le souffle de l’eau des origines

murmure des paroles hors du temps

pour dialoguer avec le silence des ombres.

***

2

Sur les planches du pont

ils ont étalé des nappes.

Elles donnaient de la lumière,

ils ont posé assiettes et verres sur elles.

A leurs bouches leurs mains et leurs bras ensuite

levaient alternativement les verres

et les fourchettes.

C’était le seul mouvement.

Et nul dans sa jovialité ne s’aperçut

que c’était celui des vagues de l’eau noire

ou même celui du bateau condamné

à cette joie de vivre.

Sulle tavole del ponte
hanno steso delle tovaglie
che diffondevano un po’ di luce intorno,

vi hanno posato piatti e bicchieri.
Mani e braccia portavano alle loro bocche
in modo alterno ora i bicchieri
ora le forchette.
Era quello l’unico movimento.
E nessuno nella sua euforia si chiedeva
se era prodotto dalle onde dell’acqua scura
o proprio dalla barca condannata
a quella gioia di vivere.

le-monde-reel-2

Nel pane condiviso

la vita pianta il seme

da cui ogni alba rifiorisce il cielo.

 

Impara da quelle mani tese

l’alfabeto immutabile

delle stagioni, il legame perenne

del gesto fraterno che ripara.

 

Fa della tua parola

una dimora che accoglie, il respiro

che rovescia in canto

l’onda tenebrosa che inabissa e schianta.

Parola d’isola

che restituisce al naufrago

la luce senza mistero

della terra rinata e delle sue radici.

 

Dans le pain partagé

la vie plante la graine

dont à chaque aube refleurit le ciel.

 

Apprends de ces mains tendues vers toi

l’alphabet immuable

des saisons, le lien éternel

du geste fraternel qui répare.

 

Fais de ta parole

une demeure qui accueille, le souffle

qui renverse en chant

la vague ténébreuse qui engloutit et fracasse.

Parole d’île

qui rend au naufragé

la lumière sans mystère

de la terre née à nouveau et de ses racines.

***

3

Mais il est si vrai,

ce mouvement de leurs mains et de leurs bras

au dessus des nappes claires,

qu’eux-mêmes se plaisaient

dans ce flux de mangeaille et de joie

et qu’un ciel se créa et naquit

en effaçant la voûte humide du tunnel

ou de la nuit, plus personne ne le savait;

et ils allaient ainsi, dans la perpétuation de l’espace.

Les coudes et les épaules étaient beaux

et les poignets souples étaient l’excuse

du monde endeuillé, étourdi de tristesse

d’avoir tant concédé.

 

Per loro era così reale

quel movimento delle mani e delle braccia

sopra le tovaglie chiare,

che tutti si compiacevano

in quel flusso di cibaglia e di allegria

e quando un cielo comparve all’improvviso

cancellando la volta umida della galleria

o della notte, nessuno se ne accorse;

ed essi andavano così, nello spazio che si dilatava all’infinito.
I gomiti e le spalle erano eleganti

e i polsi agili erano l’ammenda

del mondo in lutto, sopraffatto dalla tristezza

per aver concesso tanto.

le-monde-reel-3

 

Il futuro è qui –

in questa barca sospesa tra naufragio

e volo, in questo abbraccio di destini

che partorisce fuochi

per rischiarare la tenebra

che assedia l’orizzonte.

 

E’ un verso interminabile, madre

di inauditi accenti, che ci precede

e segue sulle strade di ogni esilio.

 

E’ la passione antica

che albeggia nel cuore della rosa

che si fa argine alle maree di fango

generate dall’odio e dal rifiuto.

 

Voici, c’est le futur –

dans cette barque suspendue entre naufrage

et vol, dans cette étreinte des destins

qui met au monde des feux

pour éclairer la ténèbre

qui assiège l’horizon.

 

C’est un vers sans fin, mère

aux accents inouïs, qui nous précède

et nous suit sur les routes de chaque exil.

 

C’est la passion ancienne

qui se lève dans le cœur de la rose,

qui se fait digue pour les marées de boue

engendrées par le rejet et la haine.

***

*****

*

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One response to “L’Eau (1), Le Monde réel, avec Francesco Marotta”

  1. vengodalmare says :

    Un vero Inno alla Vita, bello nella purezza delle forme, nell’eleganza dei dipinti e nell’energia della parola.
    Grazie.

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