L’Errance, 1991-1993-2005-2016

Si legge in italiano, tradotto da Francesco Marotta, qui : https://rebstein.wordpress.com/2016/12/22/lerranza/

Petit carnet de format 16,5 cm de haut par 12,5 en papier chiffon à la cuve de 350 g, créé et cousu à la main en 1991 par l’artiste Gille Lenglet, sur lequel j’ai écrit en décembre 1993 un cycle de poèmes intitulé L’Errance, en réponse à une demande du poète martiniquais Monchoachi : à cette époque je parcourais en tous sens les volcans et « mornes » des Antilles et, entre Digne et Nice, la haute montagne du Grand Coyer . En juillet 2005 j’emportais ce petit carnet au Mali ; au village de Koyo le peintre-cultivateur Hamidou Guindo y ajoutait ses signes à l’encre de Chine et à l’acrylique bichrome.

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Hamidou Guindo, alors âgé d’environ 35 ans, posait ici pratiquement tous ses signes comme incitateurs de fertilité, signes de pluie et de gouttes de pluie, semences et graines, paroles de création, rafales du vent pendant la fécondante saison des pluies, juillet & août, où les actes et les rites afin d’entretenir les rares terrasses cultivées dans sa montagne sont essentiels pour la vie de Koyo, son village dogon Toro nomu. Où pendant dix ans je suis revenu pour de longs séjours créer en dialogue avec Hamidou et cinq autres peintres-cultivateurs.

YB

*

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Me reposant allongé dans la pente

sur un fouillis de pierres plates mêlées de neige,

midi, étant descendu du col où soufflait un vent glacé.

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J’entends sous mes os sous les pierres

le chuintement infime de la fonte au soleil.

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En face dans une pente plus haute,

d’un blanc presque aveuglant,

claquent crient des pierres rares

déchaussées par le soleil,

rares, tombent. Menus cris dans le vide.

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Je m’endors. Je rêve aux glaciers

glissant dans les vallées désertiques,

langues des grands vents du ciel

endormies sur des lits de pierres polies.

Un sursaut de quelque chose qui gronde,

un bref souffle repris

et la glace en séracs descend l’escalier

(ou la pente brisée) en secouant

de ses épaules brumeuses

les petits bris de l’amour perdu.

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Puis je vois un cheval au loin dans la brume.

Puis un homme qui court

au bord de la route dans la brume dorée.

Au pied des arbres dénudés

l’humus brun, des fougères jaunies.

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Je rêve au carrelage blanc

posé sur les tombes de la Martinique

comme des petits coups de rame,

réguliers, tendres, à peine sonores

sur l’eau étale de la fonte des terres et des corps.

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Que le poème soit alors

qu’il dévide alors

le mince fil de la pensée

dansant comme une ombre

sur la dérive venteuse des eaux de la terre.

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Que le poème soit alors

qu’il dresse alors

dans la mouvance instable des choses

un cortège d’images moins provisoires,

belles comme les fresques sous les voûtes,

insatisfaites comme les tasses trop petites,

belles comme la foulée d’un corps

sur la neige dure encore sous le vent de l’aube,

heureuses et inquiètes comme une famille de réfugiés

débarquant en guenilles dans l’aéroport,

tombant déjà au bas d’une pente boueuse

où fond la neige.

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Que du poème il reste alors

aussi seuls que les pierres tombant dans la pente

les cris d’une toute petite fille

criant au fond des aéroports où l’on dérive sans fin,

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ses cris aussi réels

que les montagnes blanches mouvantes

où l’on est né

et où l’on retourne dormir

dormir sur elles qui bougent

et fondent dans la lumière.

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*

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***

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6 responses to “L’Errance, 1991-1993-2005-2016”

  1. Antonio Devicienti says :

    Que le poème soit alors
    oeuvre de pontonniers
    (je lis tes poèmes en pensant à Char, je lis les signes d’Hamidou en pensant à toi, je lis le nom de Monchoachi en pensant au besoin de l’Europe de s’ouvrir à d’autres mondes – je pense dans ces heures à Berlin, à l’Allemagne, pays que j’aime totalement, Berlin, l’un des coeurs d’Europe, mais le coeur se meurt s’il ne dialogue pas avec d’autres coeurs).

  2. vengodalmare says :

    Spettacolare, da togliere il fiato. Non oso aggiungere altro. Grazie, questo sempre.
    Grazie anche a Devicienti per il bel commento.

  3. carnetlangueespace says :

    Merci pour vos deux commentaires.
    J’aime ce poème simple d’il y a presque un quart de siècle. J’ai l’impression que son texte n’a pas vraiment vieilli. Mais ce qui me plaît encore plus ici c’est qu’au delà de ce texte avec son signe final de ponctuation, la vie du poème soit cette succession de transmissions, de Gille Lenglet qui était un modèle du peintre Yves Klein, à Monchoachi devenu le plus profond poète francophone, au très fertile « poseur de signes » Hamidou Guindo, à moi aussi, poète dont jusqu’ici la demeure aura été la montagne. La sève de la poésie nous a tous reliés, parole universelle, comme chaleureux le vent lie les montagnes ; et les sculpte.

    YB

  4. veron says :

    je n’arrive pas à me détacher des derniers vers ,j’ai peur de ces grandes montagnes blanches .où l’on retourne dormir;Elles semblent trop belles ,trop fascinantes ;Resterez- vous encore dans les vallées des petits homme ?Merci de m’éclairer;

  5. carnetlangueespace says :

    J’ai toujours adoré dormir sur la roche même à la belle étoile en montagne. En altitude la nuit peut être très fraîche. Je me réveille souvent, regarde les étoiles glisser lentement, la lune passer plus vite, j’observe les longues ombres des versants, j’écoute l’avalanche discrète sur un autre versant invisible, j’entends le pas rapide d’un animal nocturne ; et le sommeil revient aussitôt, profond et paisible. Puis l’aube progressive est de toute beauté.
    Dormir dehors en montagne est un merveilleux accomplissement, accord léger et aérien entre les rythmes du corps, de l’esprit, de la pierre, de l’eau et du vent, selon chacun son ample et à la fois intime dynamique.

    YB

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  1. L’erranza | La dimora del tempo sospeso - 22/12/2016

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