Outre couleur, elle et lui

rimg0068

Sur un livret allemand de format A4, cycle de dix poèmes avec collages et gestes d’encre de Chine et d’acrylique, créé en trois exemplaires par Yves Bergeret à Catane, en Sicile, & à Paris, du 16 octobre au 2 décembre 2016.

2-rimg1264

1

Elle descend les marches du réel,

robe longue noire lui moulant les hanches

comme l’illusion moule ses tempes.

A mi hauteur, le palier des quarante ans :

dans l’angle une fenêtre,

avec un balcon sur la ville qui traîtreusement

s’en va en fredonnant un air de bal.

Elle descend la volée suivante de marches,

de vieilles traces de sang au bas du mur,

sang du bouc qu’on égorgea il y a trop longtemps

ou celui de l’enfant du bombardement d’avant-hier.

 

2

La face masculine du réel

affectionne les angles droits.

Tête de marteau est perpendiculaire au manche.

Marteler réjouit le foie.

La face masculine ignore qu’elle aussi descend

les marches sonores du réel.

Entre les pas, musique. Le réel est musique,

bousculant la percussion masculine, légère et fausse.

3-rimg1265

3

Or descendre n’est pas vivre.

Dans le bois de l’arbre

et dans l’épaisseur de l’air

circule désœuvrée

la parole qui m’engendra

dans l’effacement d’un rocher.

 

4

Flamme grise monte :

c’est le chant.

Dans le retrait de l’arc-en-ciel

le chant opportun me porte,

hors couleur, me détoure.

4-rimg1268

5

Elle descend les gradins

de l’autre côté de la mer

cherchant entre les pierres

les perles du collier de l’enfant mort.

 

6

Est-ce qu’une longue pluie

ne la prend pas par la taille

et ne l’allonge pas jusqu’au bout

de la deuxième phrase du sacrifice ?

 

Est-ce que le terre boit assez ?

 

L’homme reste à califourchon sur le fût du canon.

 

La deuxième phrase du sacrifice

donne au chant la tolérance et l’ombre.

5-rimg1269

7

De travers et surtout si elle descend

la parole se sédimente dans l’image,

qui est œuvre par mélancolie,

empreinte dans une argile sèche,

 

maquillage fendillé

suavement.

 

D’un pas militaire va le maître de l’image.

Dans la cave.

 

8

L’image est le ballon

dont son enfant lâcha la ficelle.

Premier lien qu’il lâcha.

A tout vent virevolte l’image.

 

Vire et volte, elle le sait, le court chant long

qui par ses cuisses remonte à sa taille

à nouveau vierge.

6-rimg1271

9

L’arc-en-ciel se retire.

Hagarde la couleur, emphase du retrait,

me salue.

Sous le pigment de la peau

une pluie grise, sève de la montagne veuve,

frissonne, remplace le souvenir.

 

Lui cherche encore dans les rides du réel

le bleu et le jaune virils des effigies.

Elle, elle écoute germer la montagne prochaine.

 

7-rimg1274

10

Une barque moins pourrie pour traverser la mer,

une effigie plus renversable,

un chant plus simple, audible dans l’herbe,

dans la cour et dans le lit.

Une main ouverte

et une autre main ouverte aussi

sans les deux quelles la terre ne se peut cultiver

ni le chant s’élever, souffle et mot,

mot et souffle

par-dessus la couleur.

8-rimg1276

***

Publicités

One response to “Outre couleur, elle et lui”

  1. veron says :

    Un poème qui semble évoquer une cérémonie funèbre ou sacrificielle, une histoire de mort et de vie qu’inscrivent la femme, l’homme, l’enfant. Celle qui descend, en robe noire, les marches est celle qui est attentive aux sources de la vie, elle écoute germer la montagne prochaine, ce n’est plus celle qui cherche les perles du collier de l’enfant mort (ces deux images me touchent). Mais la vie naît pourtant, forte et si simple !!!! La fin du poème évoque pour moi la grande sagesse inscrite dans la vie à Koyo.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :