Rue-regards, rue du Faubourg saint Denis, Paris

RR1 à Paris, printemps 2015

Cycle de dix poèmes écrits et peints par Yves Bergeret du 16 au 19 avril 2016 à Paris, rue du faubourg Saint Denis, sur un cahier de 20 cm de haut sur 16 cm de large, avec encre, acrylique et collages

RR4 à Paris, mi printemps 2015

1
Immobile en plein trottoir après la pluie
les mains dans les poches
les pieds écartés
faire viril.
Une flaque de lâcheté brille sous les pieds.
Dans ce miroir ne jamais regarder.

2
Les rides au coin des yeux
pour propulser plus vite plus vite
le regard et sa flèche
vers le parfum aux longs cheveux blonds
qui fuit en face.

3
Avec sa très grosse monture de lunettes
il accommode le monde
à sa leste main. Il le croit.
Aïe, le monde qui se heurte au verrou
ne plonge jamais dans ses yeux.

4
Il laisse marcher son enfant
devant lui dans la foule du trottoir
parmi poubelles , affiches décollées,
lampadaires morts.
Il ne tient plus son fils par la main,
garde les yeux sur ses petites épaules.
Aux épaules le fils n’a pas encore froid.

5
Veste usée à capuche grise
il glisse vers le bas de la rue,
ses yeux si enfoncés, si éteints,
encore si loin dans sa mémoire
que son esprit ne le suit qu’à distance
très grande, et peut-être son corps aussi,
oiseau maigre avant de tenter
une nouvelle migration.

6
Lever les sourcils, cogner
le goudron d’un martial talon
puis de l’autre. Cambrer le bas du dos,
plisser le front. Avoir des yeux gris
et observer par dessus les toits
ricaner le dieu stupide
qui l’abandonna.

7
Et la rue, manchote, que voit-elle ?
Avec ses yeux crevés jamais crevés
avec ses yeux encroûtés de larmes beige
elle perçoit, comme une vache énumérant
l’herbe par brins, ce qui tombe
en pluie bruyante d’entre les dents de la foule
et d’entre les pas pressés des fugueuses ;
elle perçoit et tait ces phrases noires
qui se heurtent violemment
et n’ont jamais de réplique.

8
Rentrer la tête dans les épaules,
coller l’oreille sur le cellulaire
appuyé sur la clavicule,
enrouler les yeux sur le fil
de la conversation avec Marseille,
rectifier la rue puis la couder
dans une poche trouée.

9
Au lieu d’images, de volumes, de lignes,
de couleurs, d’écritures
elle identifie du bout de sa canne blanche
les marées hautes et basses de la rue
et les fuites radicales de son humanité
aux pieds percés.

10
Jetant les yeux à gauche et à droite
et encore trois fois
elle s’apprête à traverser
mais elle est vraiment folle
car on ne sait jamais ce qu’on coupe
dans un fleuve hurlant.

RR3 à Paris 1, avril 2016

*

Rue-regards 3a

Rue-regards 4b

Rue-regards 5b

Rue-regards 6a

Rue-regards 7b

Rue-regards 8b

Rue-regards 9b

Rue-regards 9d

*

RR5 à Paris 2, avril 2016

 

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