Sang futur / L’Étape dans l’île 2, Sicile décembre 2015

01 Installation Berbete 1, Koyo, juillet 2009

Quatre premiers poèmes d’Yves Bergeret issus du séjour sicilien de décembre 2015 se trouvent sur le blog à cette adresse : https://carnetdelalangueespace.wordpress.com/2016/01/10/letape-dans-lile-sicile-decembre-2015/

Ils présentaient en particulier les portraits de deux migrants du Sahel arrivés en barque sur l’île.

Dans ce cycle-ci de brefs poèmes Yves Bergeret dit la rencontre il y a juste un an avec un autre migrant arrivé aussi par barque. Ce cycle-ci de poèmes se lit en italien, traduit par Francesco Marotta à cette adresse : https://rebstein.files.wordpress.com/2016/03/yves-bergeret-le-fil-du-rc3a9cit-2015-20161.pdf    et là, à la page 77.

02 Après l'orage, aout 04

03 20150806_190511

Ici, à Aidone, en mars de l’an passé
la brume me prit à la gorge
tandis que par le bas s’enfuyaient
les collines en désordre.
*

La grosse ville, Catane rouillée et salée,
quittée six heures plus tôt
battait ses tambours
à flanc de mer.
Dans ma mémoire
la mer perdait son sel.
*

La brume s’appuyait de toutes ses forces
sur le bourg et se mit à me manger.
Sur sa crête le bourg vide
n’était pas vide.
*

Une poignée de riz en somme,
c’est ce que la brume de toute la mer
savait offrir au bourg,
toutes les portes étaient fermées.
*

Je ne sais qui avait faim.
La faim veillait dans le bourg.
Le bourg avait froid.
*

Mais voilà que au fond d’une boutique
d’une triple salutation à rebond double
des yeux noirs m’ont mangé.
*

Il venait du Mali.
Son nom : Ankindé.
Il avait traversé la mer
dans le plus violent désordre
et laissé sa jeunesse au fond de la brousse,
son sang était futur.
*

La brume le mangeait lui aussi.
Mais lui qui ne savait pas nager
avançait à toute allure sur encore un océan
de fureur et de fourberie qui projetait
les unes contre les autres des personnes
aux bras si maigres
qu’ils crevaient la peau des tambours
et les tympans de la mémoire.
*

Il aurait pu à son tour être ce grand chasseur
que furent ses ancêtres
et s’occuper de remettre des montagnes à l’endroit
et des monstres dans les cages de la beauté.
Mais il veut à toute allure scinder la mer
en deux visages.
*

La brume mange le bourg.
La brume mange tout visage.
La brume mange les deux pommettes.
On ne peut plus fermer les yeux.
*

Tout s’écarte en deux,
la volonté tranche le présent,
entre les deux pommettes
le visage est la brume au futur.
*

Son sang est au futur.
Il n’a pas beaucoup de repli possible,
toute sa fortune tient dans ses poches.
Son sang pâlit dans la brume
qui s’écarte.
*

04 IMG_3245

05 Sicile, décembre 2010 584

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