L’Os léger

Installation créée en juin 2013 à Noto Antica, dans le sud de la Sicile sur les faces sud et ouest de l’ermitage della Providencia,

dominant la pointe sud de l’île ; avec des sculptures de Carlo Sapuppo

et avec des improvisations en musique contemporaine d’Enrico Sorbello, violoncelle, et Savi Mana, violon,

et une diction en italien par Pia Scornavacca

 

1
L’île dit :
j’accueille
et protège

entre les continents
je souffre ou tue

je tends l’oreille
ou le poing

priant la parole
d’être la mère
de la mer

dont les courants
et les vagues
me harcèlent

vers un monde
moins hostile

2
Au volcan qui crie
l’île répond
par le souffle d’espoir

qui se lève dans les pas de l’étranger
et bâtit notre demeure
de plein vent

3
L’homme fertile dit :
Décalés déjetés
eux agitent des bribes d’armure
déplacent certains murs
et même des caves,
fomentent des guerres
avec héros bruyants

ils tambourinent aux images
qu’ils dressent en paravents pour cacher l’horizon
et ne pas lire sur sa ligne lucide la parole
dont naissent la danse des montagnes
et la joie nue de générer

4
L’homme sans nom dit :
A l’enfant de l’autre rive
je fais place
ouvrant dans les murs qui l’enferment
la fenêtre de mon chant

A la femme de l’autre pays
je donne l’eau fraîche et le pain
ouvrant entre les poings qui se hérissent
la paume de ma vie

Dans la pente rocheuse
je m’absente
inapte au conflit

me suffit le bruit des pas
de qui, une épaule puis l’autre,
passa par le chas de l’aiguille
de la parole claire

5
Le poème dit :
Monté sur la cime trop haut
je suis phare d’humanité et d’inhumanité
je découvre la supercherie des dieux,
toutes fenêtres ouvertes j’élance
mes oiseaux de parole

bagues à leurs pattes
portant mes questions
dans les vallées et les villes
embrouillées dans des langues peu claires

phare mon grand livre
toutes pages ouvertes
où rien ne s’écrit
qu’en parole qui ouvre
avec des lettres de couleur et de feu

6
L’homme lucide dit :
La montagne fume
et le corps fume
et l’île fume

après la tempête qui nous déchira
et la foudre et le séisme

lavée la parole se pose
sur les pierres blanches, sur nos mémoires pleines
sur nos poings serrés

et sur nos crânes à présent chauves
que la vie fend en deux,
l’os reliquaire de la fierté qui saigna,
puis l’os léger

l’os léger que la parole balance
d’un bord à l’autre
le cognant aux rêves alternés de l’homme et de la femme,
aux bords réciproques du conte et du poème
du non et du oui

7
L’os léger dit :
Je suis la part claire en l’homme
je courbe son destin violent
et donne à la colline la forme du sein
et au calcaire sa lumière de fond de mer

je chante par la voûte des cavernes
je suis ce dont vibre la vocalité de l’homme
jusqu’en haut des collines
je suis ce dont il inverse le volcan
dans la courbe de la parole

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