Archipel Vigie

Huit poèmes-peintures de 2 m de haut sur 50 à 75 cm de large,
créés, dans une première étape, par Yves Bergeret dans les montagnes du Dévoluy et autour de Die l’été 2014 (aidé de Francine Dutartre) avec improvisations en musique contemporaine de Nicolas Mizen, saxophone,
en observant les cimes calcaires très mouvementées du Dévoluy à l’Est de Die, en dialoguant avec elles.

Les hautes crêtes calcaires du Dévoluy à l’Est des hauts plateaux du Diois s’opposent aux vastes ondulations lentes de ceux-ci, lentes comme les flux d’une houle minérale. Le Dévoluy a la forme d’un archipel aux îlots élancés, aux silhouettes abruptes et épiques.

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Ou bien le Dévoluy a la forme d’une flottille cherchant à accoster une terre très étrangère. Cette opposition a inspiré Archipel Dévoluy.

***

Dans une seconde étape, les huit grands poèmes peintures ont été présentés tout près de Die au public au temple de Ponet

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et au Temple de Poyols le dimanche 14 septembre 2014,

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Nicolas Mizen en complète improvisation contemporaine a inventé les correspondances musicales de ces huits poèmes-peintures en réminiscence de Jolivet puis surtout de Xenakis, Kientzy, Debussy, Philippe Geiss, Ryo Noda et Berio ;

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Yves Bergeret a dit les poèmes dans une diction profondément renouvelée ajoutant à l’énonciation simple glissements, répétitions, retournements syntaxiques, murmures, balbutiements, sans toutefois que jamais ne se perde le sens des poèmes.

La présentation de cette œuvre dure 50 minutes.

Poèmes 1 et 2

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1
Sur la crête de Solaure, près de Die, le jeudi 3 juillet 2014

Archipel cortège
navigue

accoste à notre grand récit

Dans ses cales, ses cavernes, ses soutes
le récit à l’envers

de l’eau à la pierre,
de la falaise en plateau,
de l’horizon en spirale,
du souffle en ponctuation
et du mot seul en légende

***

2
A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le mardi 22 juillet 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure en crue

Ce sommet là entre dans l’aube
par un mot à trois tons

cette brèche salue les vallées profondes
par un glissement sous deux verbes

ce sommet ci entre dans la vie
par un jet d’ombre en trois syllabes

et le plus haut
prend le ciel par la main
et l’assied à notre écritoire

*****

Poèmes 3 & 4

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3
A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le lundi 28 juillet 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure avant un grand orage

Un seul nuage sur l’océan
un seul vent sur la montagne
une seule note dans la nuit
et toute l’histoire revient,
le cycle des héros et des grands voyages
et aussi le cycle mineur que tristesse et faim rongent

Le nuage passe en saluant,
le vent roule en riant,
la note ouvre la syllabe
qu’à pleine gorge la nuit délivre
et je nais dans la seconde syllabe.

***

4
Dans le vallon de Gleyssoles, près de Saint-Nazaire le désert, au sud de Die, le mercredi 29 juillet 2014,
en écho réciproque aux improvisations au saxophone de Nicolas Mizen, en même temps sur l’île granitique d’Ouessant, extrême pointe des terres dans l’Océan Atlantique, à mille kilomètres de Die

Elle a traversé les steppes du sommeil,
la montagne

elle a dormi sur son coude replié,
la montagne

cette aube elle se dresse jusqu’au cinquième point cardinal
comme un jet de sang frais dans un rêve aigu :
elle a vu arriver l’étranger
assoiffé de parole

elle lui réplique en dansant

elle est la voix étrangère

elle est la voix étrangère
fusant au cinquième point cardinal

***

Poèmes 5 & 6

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5
Dans le lit du Bez, juste en aval de Châtillon en Diois, le jeudi 28 septembre 2014

La vie peut être un gué dans une mer sèche.
On ne l’oublie jamais.
Au creux des guerres et des siècles
cette montagne a pris le nom d’Obiou.
Elle préfère que la vie soit une longue nuit de veille.
Et ainsi l’Obiou nous chante cap et vigie.

***

6
Dans le lit du violent torrent issu de la face Nord-Ouest du Grand Ferrand, à Tréminis, dans le Trièves,
le samedi 30 août 2014

Au revers des séismes et mutilations
cette montagne a pris pour nom Grand Ferrand.
Elle chérit l’incision, le nuage, la filiation rude,
le marronnage, l’éclair.
La vie, dit-elle, est un gué entre la lave et le magma.
Les hommes de parole ne flattent pas le Grand Ferrand
mais l’écoutent, s’il chante cap et vigie.

***

Poème 7

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7

A l’entrée de la vallée de Quint, juste en aval de Die, le vendredi 5 septembre 2014,
sur un lit de galets au bord de la Sure aux eaux très basses

Les crêtes du Dévoluy ne dansent-elles pas
en chœur pour nous ?
Ne dansent-elle pas au cœur de nous ?
Les voici, proches et rebelles,
embryon d’un horizon tiers,
parole notre à venir,
plus vive
plus miroitante

piétinant,
nous tendant les mains

***

Poème 8

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8
Sur la crête de Solaure, près de Die, le samedi 6 septembre 2014

Les hauts plateaux,
belles lignées des gens de la parole,
accostent au Dévoluy

Les hauts plateaux naissent
dans la troisième syllabe
luy
luit, lueur de la parole hors tout maître
lui, l’autre, distant, l’étranger, vigie à jamais

et danse le Dévoluy
comme les pas des gens de parole
passant le gué
du silence à toi

***

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L’installation Archipel Vigie a été présentée de nouveau à la galerie Tunnel Riva, à Monaco, le vendredi 10 avril 2015, les poèmes étant dits par le poète accompagné par des improvisations musicales de Roland Proell au piano et de Roberto Sechi au violon.

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