Archive | août 2014

Cinq feuilles de Flumet

Journal sur quadriptyques de Canson 300gr de 65 cm de large sur 25 de haut

créé en Savoie fin août 2014 ;
poèmes de Xavier Lemaître, poèmes et peintures acryliques d’Yves Bergeret

1

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– Eau

au lac des Evettes, au dessus de Flumet, en Savoie, le samedi 23 août 2014

Au centre du cercle des grands arbres
le creux d’une main de pierre
boit les chants frais en échos
de deux bouches en canon
et
par une large bouche grave
abreuve avec persévérance
les vallées ensoleillées
ivres de reconnaissance

XL

Elle garde le monde dans sa mémoire,
cette montagne
et lui distribue toute eau
en mille sources à toute pente

pour les longs actes de la pièce aride
que les hommes de fer et de sang
s’échinent à lui jouer.

Or la forêt laborieuse glisse
entre les sources les interludes ombreux
où la parole reprend souffle

YB

2

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– Peau

au Roc des Evettes, au dessus de Flumet, en Savoie, le samedi 23 août 2014

Or les hommes d’écoute et de de parole
boivent à cette montagne,
la remercient,
bâtissent l’autre histoire des grands actes
et remercient les troncs élancés des épicéas
pour leur ténacité
et la polyphonie du gneiss
pour sa confiance
et le bourdon du schiste
pour sa fidélité,

cette montagne sous le vent d’ouest
qui toujours cogne aux falaises
et scande sur les crêtes :
« qui me prendra ? quelles femmes m’allaiteront ?
qui me prendra ? quels hommes m’apaiseront ? »

YB

A l’encre des ruisseaux
de mystérieuses lettrines arborées
se lisent sur le parchemin
vert de la vallée
veinées par des chemins
qui de jour relient les hommes
et de nuit s’illuminent.
XL


3

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– Air

A la crête de Sciozier, au dessus de Flumet, en Savoie, le dimanche 24 août 2014

Le vent pose sur un nuage
la montagne qu’il choisit.
Tous trois montent le long escalier 
des hommes de parole,
celui que le torrent inquiet descend
en sautant jusqu’au trou vide du souffleur,
tandis qu’alpages et bois brassent brumes,
rumeurs de sabots et de fange et de schiste.

En coulisses le vent pose la beauté,
agitée, épopée possible.
Certains hommes de parole
en font leur graine.

YB
Des vagues de nuages assaillent
les crêts blancs fortifiés par le temps.

Des nuages enfument les sommets
ou jettent des ombres sur leurs flancs.

Des coulées de vent se glissent
dans les cols et les failles.
AIR EAU : marqueurs, ciseleurs ;
vecteurs de vie.

Les montagnes reçoivent ces offrandes
créées par la terre, venues des mers.

Les hommes légataires nomment
ces montagnes, partagent leur langage.

Leur obole est leur parole.
XL

4

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– Pierre
Au lac de Flumet, en Savoie, le lundi 25 août 2014

Face au lac deus seins défient les cieux.
Coiffés de hêtraies sapinières,
ces colpos schisteux exhibent fièrement
leurs scarifications.
Leur gneiss accroche la lumière.
XL

Autour du lac de ma mémoire
je tourne en famille,
dit le schiste,
et n’ai de cesse de disperser
au moindre filet d’eau
le nom du dieu gris
qui me feuilleta.

Autour du poing de ma colère
je tourne et cherche le noyau du mutisme,
dit le gneiss,
et jamais ne me lasse d’évacuer l’eau
du gel comme de la pluie
pour tarir enfin mon vieux mutisme
et desserrant mon poing
scander la genèse perdue.
YB

5

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Arbre
Au chalet des Evettes, à Flumet, en Savoie, le mardi 26 août 2014

Trop près des maisons,
l’arbre rêveur,
ivre d’espace
perd la raison.

Sève échauffée,
fibres bandées
l’intrépide
s’élance.

Branches enracinées au nuage,
feuilles assoiffées de lumière
le libertaire
ouvre l’horizon.
XL

A chaque scène,
à chaque acte,
il pousse une branche, une ramée,
contrepoint d’une de nos tirades,
une branche, contrepoint ligneux, une ramée,
infatigable vers le ciel et le prochain vent.

A chaque acte
il installe sa mission de frêne
plus près du grand récit
en cours.
YB

***

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*****

 

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Dans cette bouche autour de laquelle nous tournons

In questa bocca attorno cui giriamo

( Sicile, début août 2014)

Invités en résidence de création au cœur de la Sicile dans la ville de Aidone, par l’association Bombyx Mori que préside Gaïa Raffiotta, les poètes Yves Bergeret, de Die, et Giampaolo De Pietro, de Catane, ont créé sur place un cycle de poèmes sur quadriptyques inspirés par le lieu de séjour, l’ermitage San Marco, du dixième siècle ; il a été récemment restauré d’une manière aussi sobre que belle. L’édifice, chargé de légendes, se dresse sur une petite colline en haut d’une vallée d’argile et de grès tendre aux formes ondulantes dynamiques.
Ce cycle de six quadriptyques horizontaux de 65 cm sur 25 cm s’intitule « Dans cette bouche autour de laquelle nous tournons » : bouche sobre du centre de la grande île, répondant plus profondément à ce que hurle le cratère de l’Etna cent kilomètres à l’Est.
A partir du troisième quadriptyque, les deux poètes ont été rejoints par les artistes catanais Pia Scornavacca, avec de subtils écheveaux de laine encollés sur les quadriptyques, et Carlo Sapuppo, avec de fines sculptures de fils de fer rehaussées de laine.
Ces journées de résidence ont abouti à une installation présentée au public le soir du 7 août 2014, les poèmes dits dans les deux langues étant accompagnés d’improvisations en musique contemporaine par Alberto Finocchiaro à la guitare et par Lorenzo Camiolo aux percussions.
Ce dernier, qui est également créateur en céramique, a invité Yves Bergeret à créer et calligraphier des poèmes sur un vase et une amphore, présentés au public ce même soir.
Parallèlement à ce vrai Journal de création réalisé avec Giampaolo De Pietro, Yves Bergeret a créé sur place cinq poèmes-peintures verticaux de 100 cm sur 35 cm et deux verticaux de 200 cm sur 75 cm. Ces œuvres ont également été présentées dans l’installation de la soirée du 7 août.

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***

Dans cette bouche autour de laquelle nous tournons
In questa bocca attorno cui giriamo

 

Poèmes de Giampaolo De Pietro

I
Beve più silenzio
o aspetta già
il buio
da sotto i nostri
passi
circola fino
all’arrivo

II

SUOLO – o DEMETRA
RACCOGLIE – GRANO –
TEMPO E SPAZIO SCRITTURA
MINIERA DI PRESENTE
SCRITTURA SCOMPARSA
SPAZIO RIPRESO
*

Allora è vero
ogni riflesso a colore
calore di smalto
ceramica di
impressione
forno di silenzio
luce che mantiene
in frane di vetro il
suono

III

La penna batte la terra
sulla terra molti
pavimenti
il mestiere di vivere
e suonarlo
felicemente
tra le pareti e i
volti
naturalmente
discende dal
suono
la pietra terrestre
dal passo alla lingua
l’eterno linguaggio
della poesia
DEMETRA discendi…
IV

TU, sei ascoltato
da – tu, sei
disturbato da
un ricomposto
museo all’
uscita:
SATIRO FITTILE.
DEA STANTE CON COLOMBA
AL PETTO.
Chiuse le finestre di
un museo, chiudere
gli occhi.
CALAMAIO FITTILE
CON ISCRIZIONE.
ALA FITTILE FORSE DI EROS.
ANIMALI FITTILI.
Anche la pace nutri.
Ora mancanti, resti di parola fittile.
ENIGMA DI UN SORRISO.
Ti accompagna. Resta

V

Gomma la terra
dell’alfabeto
che morde la lingua
e il cavaliere-sempre
dispone del viaggio
dalla ripresa lenta
di notte
si risparmia il
giorno
di corse d’ora
in avanti
il sole corteo
di parole al
pascolo
unisono la valle
ridiventa voce
di ogni città
coraggiosa
dalla memoria traspare
da un centro lanoso
un vello d’acqua
VI

Vulcano genitore
di ogni abitante
creatore di
canzoni delle
distanze
preme su tutti
i terreni
grava dal cielo
alle pance
un velo di leggenda
discende
da ogni sogno
fino allo stare
abitante del mondo
arancione di musica

*

Poèmes d’Yves Bergeret

1
De l’antre de l’île,
des galeries de mine médiévales,
des grottes de la mémoire
sortent à minuit
par centaines
les enfants qui cherchent
les étoiles filantes

2
Sortent à midi
du four du céramiste
les terres cuites
qui crépitent et craquèlent
d’un son si pur
que les prochaines étoiles filantes et nous aussi
le remercierons
de rappeler que la beauté est possible

3
On a pris un peu d’argile
et des couleurs de la terre,
on a pris une lame,
on a pris les cordes qui vibrent,
on a tendu la peau qui résonne
et sous nos mains
le sens est venu s’installer
dans un récit qui excave l’espoir

4
On sculpta le marbre et le calcaire
pour prendre à la mer son émotion.
On peignit au torse des figurines de terre
des légendes violentes.
On vient voir au Musée
cette violence de toujours.
Assis ensemble
on joue en souriant
une joute orale ombreuse

5
La montagne est ton cheval
qui bondit à minuit
de l’autre continent.
Dans ses cavernes
ton désespoir dernier
et ta naissance auguste

6
La montagne fut le son des dieux.
Par argile, parole et couleur
nous voici,
jeunes dieux d’écoute et d’accueil

7 (créé et peint le 11 août 2014 à Aci Bonaccorsi)
Tu entends le volcan dans ton poumon
et dans l’autre poumon
tu mets ces fleurs
où les tiens entendent ta voix

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***

Dans le jardin rénové de la demeure des artistes Pia Scornavacca et Carlo Sapuppo, à Aci Bonnacorsi, près de Catane et au pied de l’Etna, les deux poèmes-peintures verticaux d’Yves Bergeret de très grand format créés à Aidone la semaine précédente ont été de nouveau présentés au public le soir du 12 août 2014.
Dans cette installation figurait également un troisième grand poème créé à Aci Bonaccorsi spécialement pour l’occasion et rehaussé aux écheveaux de laine par Pia Scornavacca ; entre eux une large sculpture de fer de Carlo Sapuppo, avec laine. Les poèmes ont été dits en français par l’auteur et en italien par Pia Scornavacca, soutenus par de très belles improvisations de Enrico Sorbello au violoncelle et des interventions de Savi Manna au violon.
Un cycle inédit de treize courts poèmes, créés et peints sur carnet par Yves Bergeret à Aci Bonaccorsi dans les jours précédents, et traduits par Daniele Sapuppo et l’auteur, a été lu ensuite, soutenu au violoncelle par Enrico Sorbello. Ce cycle est dédié au jardin et au volcan. La nuit tombait. A la fin de la lecture le volcan a projeté d’immenses jets de flammes et émis une triple coulée de lave, et jusqu’au lendemain.

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