S’ouvre au bord (premier journal tchèque)

Poème peint en un album en sept parties chacune sur un diptyque de format A3 paysage plus une couverture portant le titre, créé à Prague puis à Cesky Krumlov du 16 au 20 mai 2012 le tout en cinq exemplaires numérotés et signés.

Yves Bergeret

*
S'ouvre au bord, couverture a, Prague, mai 2012

*

Diptyque 1

 S'ouvre au bord, 1 b, Prague, mai 2012

Adieu les rails

le tramway s’envole vers le quatrième nuage

ouvrant les tombes

et levant le rideau de la scène

où j’ai joué.

Dans le souffle de l’ascension

je trouve la parole et la prends par la main.

Et cherche avec elle

parmi le sol ébranlé

les graines fraîches

mêlées aux vestiges d’or

de notre épopée.

*

 Diptyque 2

 S'ouvre au bord, 2 a, Prague, mai 2012

A la maison recomposée

j’entends marcher les mortes

et je salue celles qui traversent

un autre quart de siècle

avec des effusions toujours si près de la lave.

Au buffet de la gare

les voix grondantes des buveurs de bière

font accoucher le ciel.

Ainsi aussi naît la parole

*

 Diptyque 3

 S'ouvre au bord, 3 a, Prague, mai 2012

Le compositeur

prend la ville affolée par la main

et lui rend un soir son humanité.

Cris, rage et rires des pierres se taisent.

C’est l’attente entre elles qui chante

entre les pierres l’attente que la parole se lave

et prophétise l’épopée impossible.

*

Diptyque 4

 S'ouvre au bord, 4 a, Prague, mai 2012

Les étudiants viennent au Musée cubiste

chercher la parole du quatrième nuage

entre les bronzes à la volée

et les feuilles à la battue

où elle pourrait se poser.

A peine se laisse-t-elle écrire, la parole cherche le cinquième nuage.

*

Diptyque 5

 S'ouvre au bord, 5 a, Prague, mai 2012

Stucateurs, doreurs et sculpteurs

ont tant et tant tordu

l’espace en tous sens

qu’ils ont fait de la ville

une grotte retournée

comme un gant.

Au confluent précis

de la destruction

et de la parole.

Est-ce qu’ici la parole

ne marche pas sur sa tête ?

Sous la voûte de la taverne obscure

les joueurs d’échec rattrapent le dieu aveugle

que la parole disperse depuis trente siècles.

*

Diptyque 6

 S'ouvre au bord, 6 b, Prague, mai 2012

Dans ses propres alluvions

creuse

le fleuve

A creusé dans les guerres

sa vocation

le passeur de langues

Dans le vacarme des églises

a creusé

l’image claire qui bouge

La parole y trouve parfois son auberge

*

Diptyque 7

 S'ouvre au bord, 7 a, Prague, mai 2012

Mélèzes, érables et frênes

châteaux, méandres et statues

tout s’ouvre au bord,

s’écarte et part

vers une autre parole

dont l’appartenance tombe

comme en été une bretelle

d’une épaule nue.

***

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